SCÈNE i
Mais les trompettes sonnent au loin, et le strelets, las, pour lutter contre le sommeil, fredonne : « J'irai, j'irai à Ivangorod; j'enfoncerai, j'enfoncerai les murailles de pierres. J'emmènerai, j'emmènerai la belle fille... » Et, vaincu, il retombe.
Deux de ses camarades passent :
— Comment ! Kouska dort ?
— C'est naturel, on a travaillé ferme hier.
— Peuh !
— Tu ne trouves pas? N'a t-on pas rompu le corps du secrétaire du conseil, et broyé les membres à cet Allemand !
— Ah! ah! Ecoute-moi les trompettes.
Comme elles hurlent, les vigilantes. Plus vigilantes que Kouska !
Mais Kouska se dresse, en défense :
« Ah ! monstres ! Ah ! brigands ! Vous comptez sans moi ! »
Et ses camarades éclatent de rire.
Et lui ricane, furieux :
— Que faites-vous là, sur la place Rouge, en pleine nuit?
— La nuit? Mais n'entends-tu pas F Angélus, mais ne vois-tu pas venir le soleil? Ne vois-tu pas venir le greffier, qui diligente, ses oies aux doigts?
Et tous trois, comiquement, s'inclinent.
« Salut à Votre Majesté grave et mesurée ! Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! »
Les rires atones et lourds, à l'unisson, se fondent.
ce Sodome et Gomorrhe ! Misère des temps ! » murmure le scribe, dont les bras s'élèvent et retombent.