‹ MoussorgskiChapitre 41 sur 83 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

La scène est déserte. De l'orchestre montent des notes rapides comme une

poursuite. Une jeune fille, Emma, fuit devant le prince André qui l'enlace.

- Emma. — Pitié! Pitié ! Laissez-moi !

Le prince André. — Non, non, non, la colombe n'échappera pas au pigeon rapace.

Emma. — Ecoutez. Je vous connais.

Vous êtes le prince André Khovanski !

Vous avez tué mon père ! vous avez exilé mon fiancé ! vous n'avez pas même eu pitié de ma mère ! Eh bien ! que me voulez-vous? Tuez-moi ! Je suis entre vos mains !

Le prince André. — Que tu es gentille, mon oiseau, dans ta colère ; oui> comme un oiseau dans le filet, tu secoues tes plumes. Ah ! mon amour, aime-moi ; ne rouille pas tes yeux vifs en regardant la terre humide !

Emma. — Laissez-moi ! (avec force) s'il faut, tuez-moi plus vite... tuez !

Le prince André. — Tu seras à moi.

Alors arrive Marthe, la veuve, la raskolnitsa que le prince Khovanski a trahie. Elle s'interpose entre le prince et la jeune fille :

— C'est ainsi, prince, que tu gardes tes serments ! Ah ! Ah ! Ton amour s'est vite transi !Tu me faisais serment, mon prince, d'un amour éternel, mais le serment était éphémère, mon aimé? Et la jeunesse distraite? et le désir vite éteint? et le cœur du boïar orgueilleux ? et la douleur de la femme une misère ?

La menace aux lèvres, le prince André se jette sur Marthe ; il lève sur elle un poignard, mais elle, d'un geste rapide, s'arme, parele coup, prend l'offensive: ce Ne crains rien, prince, ce n'est pas par le fer que tu mourras, ni de ma main !» Et, mystique, extatique, les mains jointes, la raskolnitsa prononce : « Le cœur malade pressent les verbes du Sort ; il voit dans l'au-delà la demeure divinement resplendissante ; et vers elle, dans un rayon de lumière, monter les âmes des morts. »

oc La sorcière m'est envoyée par le diable ! » hurle Khovanski.

« Elle me sauve et je ne puis rien pour elle ! » gémit Emma.

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