SCÈNE III
La songerie triste du prince Galitsyne est interrompue par l'arrivée du prince Khovanski, qui jette sur le prince et syr l'ameublement un regard circulaire, amèrement moqueur.
— ce Assieds-toi » lui dit Galitsj^ne.
— M'asseoir ! (Que Dieu me garde !) mais c'est un problème à résoudre. Nous n'avons plus de sièges, prince, et c'est toi qui nous les a retirés. Où faut-il m'asseoir? Ici, ou là, ou à l'entrée, avec la canaille ? »
— Mais que veux-tu dire là ! Je ne te comprends pas !
Khovanski, dur, en mots brefs, hachés, que souligne à l'unisson l'orchestre, invective, ironise.
— Tu es fou ! » s'écrie le prince Galitsyne. « Tu oublies à qui tu parles ! »
— Ah, ah ! je te gêne !
— Excuse mon interruption » rétorque le diplomate. « Il se peut que j'aie offensé les boïars par quelques mesures inévitables ; mais il est surprenant que j'aie pu l'oublier. Toi, prince Khovanski, tu es riche de puissance et d'honneurs, tu commandes les Streltsy, tu es le maître de Moscou, Moscou tremble sous tes pieds, et si tu ne sais plus où t'asseoir, c'est que tes vêtements ruissellent de sang. »
Et les affronts se heurtent, implacables,
lorsque la porte s'ouvre, livrant passage à Dosithée.