LES MENDIANTS
Les professionnels se partagent en trois catégories. Ceux qui traînent sur les routes, par les villes et les villages, récitent les poèmes traditionnels et chantent en des thèmes populaires la charité et la reconnaissance. Ceux qui, d'une voix geignarde sans hauts ni bas, demandent l'aumône, accotés aux murs d'églises. Ceux qui, comme des troupeaux, cheminentsans guides à travers les Russies d'Europe et d'Asie, refoulés au loin quand ils approchent des villes et revenant toujours aux villes, fatalement, bien qu'au hasard des pas. Ils ne savent ni leur nom, ni d'où ils viennent, ni où ils vont. Ou bien ils ne veulent pas qu'on sache. On en a vu, en plein hiver, en Sibérie, au nombre de
74 m DITS ET CHANTS POPULAIRES
trente à quarante mille, ramassés auprès des villes, apportant dans leurs haillons la misère et la maladie.
Les autres sont des paysans chassés de leur village par l'incendie ou par la famine. Ils vont, contant le désastre, prolixes et plaintifs, prélever sur la pauvreté le tribut de la misère, au nom de Dieu.