CHANTS HÉBRAÏQUES
mais celle qui afflue, douce et intime, vers un monde intérieur que les sens ne perçoivent pas, mais qui sollicite les sens.
Moussorgski eut quelque temps pour voisins, à la campagne, des Juifs. De ces êtres minables et malingres, que Ton ne voit qu'en Pologne et dans certaines provinces de la Russie. Bizarrement accoutrés de manteaux noirs tombant bas, coiffés de casquettes à fond perdu, d'où s'échappent, étrange recherche de coquetterie, deux longues mèches torses collées aux tempes. L'haleine est d'ail, le nez en' bec d'oiseau de proie, l'échiné courbe, les yeux inquiets, les mains nerveuses faites pour gratter.
Souvent, ils priaient. Les débats d'intérêt, la mendicité, l'habitude des marchandages avaient faussé leur voix, tari leur inspiration, fait dévier leur mémoire. Et pourtant, sous ces rythmes rapides comme un bégaiement de peur, ces mélodies hurlées, Moussorgski entrevoyait un Art simple, original, noble, auquel il fallait rendre sa plastique
Il fit ce que ne firent point et ne son-