‹ MoussorgskiChapitre 8 sur 83 · LES MENDIANTS · texte numérisé non relu

LES MENDIANTS

de menaces, les bonnes gens accueillent ma prière d'affamée. Dans la forêt, je me cache des gens. La faim me chasse de la forêt, Je n'ai plus de forces. Je veux boire, je veux manger. Mon bon monsieur! Monsieur ! Monsieur ! la mort de faim est horrible ! Le froid arrête le sang ! Mon bon Monsieur, ayez pitié de la pauvre, ayez pitié de la malheureuse orpheline ! »

Cette page est brutale, affolante. Ce cri de la misère étrange, horrible, tenace, déchire le cœur. Oh ! certes, on ne passerait pas ! la main la plus sèche, rivée à l'âme la plus flétrie par les servitudes morales, n'ouvrirait.

N'y-a-t-il là que l'expression d'une douleur physique suraigùe ? du désespoir ?

Il y a peut-être autre chose, quelque chose qui gène, humilie, diminue. Vous oubliez les statistiques, qui vous disent qu'on ne meurt pas de faim, et vous songez qu'il y a peut-être eu sur votre chemin de la misère qui criait comme cela, et que vos oreilles étouppées ne pouvaient pas, ne devaient pas ou ne voulaient pas entendre.

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