‹ Moustache (volume 3)Chapitre 25 sur 25 · CHAPITRE XXV liT DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV liT DERNIER

ou l'on revoit MOUSTACIUÎ

Quand les deux amis sont arrivés , Bouclienot s'enferme avec Henry dans la chambre de ce dernier ; il regarde si les fenêtres sont Lien closes , si personne ne peut les entendre , et après avoir pris toutes ces précautions , se décide à parler.

« Tu sais , mon cher lîenry, que tu fus assez » long-temps absent de Paris , alors je demeurais » avec George et Timothée. Et alors nous étions » bien malheureux... cV'st-à-dire bien pauvres, car » du reste cela ne nous empêchait pas encore de rire, » de nous amuser quehjuefois ; nous prenions gaî-

» ment notre parti et pourtant nous en étions

» réduits à n'avoir plus qu'un habit pour nous » trois... Un jour... je crois que c'était la veille de « ton retour, un jour je sors ! c'était mon tour de » mettre Ihabit. iNous avions vendu quelques eÔets, » il restait cinq francs dans ma poche , sur lesquels

» j'avais promis à mes amis d'acheter un pâté pour » leur souper. Me voilà donc dehors ; je fais le gen- » til... je me pavane... je casse une canne... j'achète )^ des parfums au lieu d'un pâté; bref, n'avantplus » que quelques sous, je sais réduit à déjeuner sur » le pouce. Je venais d'entrer chez un charcutier où » je dépensais ma monnaie, lorsque je vois passer » une jeune fdle assez bien faite. Tu sais que j'ai tou- » jours eu un penchant très-prononcé pour le beau « sexe... je mets mon jambon dans ma poche, et » me voilà à suivre les pas de cette jeune fille

« — Mais , Bouchenot , je ne vois pas quels rap- » ports il y a dans tout cela avec ce qui regarde mon » mariage.

» — Attends donc ! nous allons y arriver.

» Laisse -moi aller par ordre , sans quoi je m'em- » brouillerai. Cette jeune fille avait un chien... un « gros chien... espèce de barbet manqué... Maudit » chien , va ! c'est pourtant lui qui fut cause de » tout!... La fille était une grosse sotte qui ne vou- » lut pas m'écouter ; le chien, au contraire, se plaça « derrière moi et ne me quitta plus... Je m'aperçus » bientôt que c'était au jambon que j'avais dans » ma poche que je devais l'amitié de Moustache. Je » fis ce que je pus pour chasser le chien , mais inu- » tilement ; bref , la jeune fille disparut et jMoustache w me resta. Je ne te ferai pas le récit de toutes les » aventures que ce maudit chien m'attira ; il te suf- « fira de savoir qu'après avoir été battu. . . m' être » battu avec des saltimbanques, je me trouvai le » soir sur le boulevard Saint-Antoine dans un état

MOLSTACflE. 477

» piteux. Moi: habit , ou plutôt notre habit était en

» loques enfin j'étais si honteux de ma position

» que je n'osais plus rentrer près de mes compa- » gnons qui comptaient sur Thabit pour sortir le » lendemain. Alors, évitant le monde, cherchant » les rues les plus désertes, je marchai long-temps... » je traversai le canal, voilà tout ce que je me rap- » pelle... puis enfin je m'arrêtai dans une espèce de » ruelle et je m'assis sur une pierre. Le chien , qui » m'avait quitté un moment , revint bientôt à moi ; » il semblait m'inviter à le suivre. Je pensai que » nous étions alors près de la demeure de sa mai- » tresse et je suivis Moustache n'étant pas fâché de » retrouver la jeune fille et désirant lui rendre son » chien.

» Moustache me conduisit devant une vieille mai- » sonnette , espèce de masure ; on ne voyait aucune » lumière nulle part; le chien se frottait contre la » porte d'une allée. Je m'avançai pour frapper , » mais je ne trouvai qu un loquet qui m'ouvrit aus- » sitôt l'entrée de la maison. Tout cela était noir » comme un four ; mais le chien avait bien vite enfdé » l'allée , et je me décidai à le suivre , croyant tou- » jours que j'allais retrouver la jeune fille. J'avance » donc en tâtonnant; j'arrive dans une petite cour, » puis devant l'escalier d'une cave; alors j'entends » un bruit sourd et uniforme... comme des coups

» de marteaux je ne sais quel démon me pous-

» sait au lieu de me sauver, je descends dans la

» cave, j'arrive dans un couloir... j'aperçois de la j) lumière, elle partait d'un caveau dont la porte

» n'était qu'à demi fermée ; c'était de là que ve- » nait le bruit. J'entends plusieurs voix d'hommes, » j'écoute... ils parlent de la police... ils craignent » d'être surpris , arrêtés... ils attendent un de leurs V compagnons qui est sorti. Je vois que je suis tombé » dans un repaire de brigands , et je ne songe plus » qu'âme sauver; mais je me jette dans une plan- » che , je tombe , et trois hommes sortent du ca- « veau et accourent sur moi en faisant des impréca- » tions horribles ! . . .

V Un de ces hommes... celui qui paraissait com- » mander aux autres, me dit avec une voix... une » voix étourdissante :

« Que faites -vous ici? comment y êtes- vous » venu?

» — J'v suis venu par hasard , sans aucune in- » tention de vous nuire, ni de vous surprendre, » messieurs, répondis-je en tremblant, car j'avoue » que je n'étais pas du tout rassuré.

» — Et savez-vous » reprit-il , a ce qui nous ocn cupe ici?...

» — Je me doute bien, messieurs, » répondis-je, « que vous faites de la fausse monnaie ; mais laissez- » moi m'en aller, et je vous jure que je n'irai pas » vous dénoncer. D'ailleurs je ne sais pas où je suis, » dans quelle rue je suis... Le hasard m'a fait tomn ber au milieu de vous, parce que vous aviez ou- » blié de fermer votre porte. Mettez-moi dehors, et » vous n'entendrez jamais parler de moi. Pendant » que je parlais, je vis ces hommes se regarder entre » eux je les vis même rire, ce qui me sembla

» d'assez bon augure. Puis, celui qui était le chef » parla tout bas aux autres , ensuite il revint vers » moi et me dit : « Nous allons te rendre la liberté , » mais c'est à condition que tu ne parleras jamais • de ce que tu as vu celte nuit ; si tu manques à » ton serment , prends garde , tu t'exposeras aux » plus terribles chàtimens. » Je promis, je jurai, je » fis tous les sermens qu'on voulut. Alors on me » banda les yeux , on me prit par la main , on me » fit sortir du caveau, puis de la maison, on me fit » marcher quelque temps; enfin quand j'ôtai mon » bandeau , je me retrouvai dans une autre rue , » près du canal. Je pris mes jambes à mon cou , et » je revins tout tremblant , tout malade près de » mes amis, auxquels je n'osai pas conter ce qui » m'était arrivé.

» — Yoilà une bien singulière aventure!... mais » je ne vois pas encore...

n — Attends donc... Le lendemain tu vins nous » voir , tu nous prêtas de l'argent ; mais , pendant » que mes amis étaient allés te retrouver pour dé- » jeûner, juge de ma surprise en trouvant trois cents » francs en or, en bon or, dans la poche de mon » habit déchiré... c'étaient les misérables qui m'a- » vaient gratifié de cela... Que pouvais-je faire?... » il m'eût été difficile de leur renvoyer leur argent, B je le dépensai... et tu comprends pourquoi j'étais » moins pressé d'accepter la place que tu m'avais » offerte. Cependant, n'ayant plus rien, j'allais en- > trer chez toi lorsque tu me menas chez madame » Merlier... Eh bien, là, dans cette belle société,

» sais-tu qui je rencontrai? ie chef de mes faux- » monnaveurs...

j) — Se pourrait-il? oli! non, c'est impos-

» sible... tu as cru reconnaître, tu t'es abusé.

V — Je me suis si peu abusé! que le lendemain » de cette soirée je reçus une lettre renfermant mille » francs, avec des remercîmens pour ma discrétion, » et de plus la promesse de cinq cents francs par » mois tant que je continuerai à me taire. . . La voilà, » la cause mystérieuse du changement qui s'opéra » dans ma position... et depuis ce temps on n'a ja- » mais manqué à la promesse qu'on m'avait faite ; » tous les mois je reçois dans une lettre un billet de » cinq cents francs.

» — Mais celui qui t'envoie cela... ce misérable

« que tu as reconnu chez madame Merlier qui

» donc est-il?...

» — Tu ne l'as pas deviné!... c'est ton rival, celui » qui veut épouser ta Pauline...

„ — M. Mortandal!...

« — Lui-même ! . . . «

Henry reste quelques momens muet de surprise; puis il saute au cou de Boiichenot, et l'embrasse à plusieurs reprises en s'écria nt :

« Ah î mon ami! quel bonheur... il se pour- > rait... Oh! non certainement, il n'épousera pas )> Pauline... elle ne sera pas la femme d'un misé- » rable. Et si M. Giraumont savait cela !... Mais qui » aurait cru?... M. Mortandal... un négociant es- » timé... un homme dont la fortune, le crédit, sont j» si bien établis!...

» — Parbleu ! il n'est pas difficile de faire fortune » quand on se la fabrique soi-même...

» — M. Mortandal serait un faux-monnayeur... » Bouchenot , es-tu bien certain de ce que tu avan-

» ces? sais-tu qu'un tel crime mérite la mort?

» et que pour en accuser quelqu'un il faut des » preuves...

» — Des preuves!... des preuves!... c'est ce qu'il sera » peut-être difficile de se procurer. Enfin, ce qu'il y a » de certain, c'est que je t'ai dit tout ce qui m'est ar- » rivé , sans y rien ajouter. Maintenant c'est à toi » d'en faire ton profit. Quant à moi , je vais pro- » bablement être assassiné un de ces soirs en rentrant » chez moi , pour prix de mon indiscrétion ; mais » j'y suis préparé. Que tu sois heureux , qu'on ne » me méprise plus, c'est tout ce que je demandais, 9 et je ne regretterai pas une fortune qui venait d'une » si vilaine source.

» — Rassure-toi, mon cher Bouchenot, je veillerai » sur tes jours. . . Dèsaujourdhui viens demeureravec » moi, ne me quitte plus.

» — Je le veux bien ; j'ai assez de la Chaussée- » d'Antin.

» — Mais d'abord , vovons comment nous para viendrons à confondre ce Mortandal. Cette maison » où tu l'as surpris. . . tu vas m'y conduire. . .

» — T'y conduire! j'en serais bien en peine!... » Comment veux-tu que je la retrouve?... Je te dis » que c'était la nuit. . . dans un quartier qui m'est I» inconnu. Je marchais au hasard ; je suis arrivé là

4tà MOUStAGHl*.

* feâns savoir comment. .. et quand j'en suis sorti j'a- » vais les yeux bandés.

» — Mais ce chien qui t'a mené à cette maison?

» — Moustache î... Ah! parbleu! si l'on savait où » il est , à la bonne heure ! mais où le trouver ? la » jeune fille qui l'a perdu se trouve être une amie » de Cœlina 5 elle se nomme Prudence. Je l'ai revue » plusieurs fois.

» — Eh bien, par cette jeune fille, on pourrait » savoir...

» — Rien du tout : elle n'a pas revu le chien. f Elle demeurait dans un quartier fort éloigné de j) celui où cette aventure m'est arrivée. Moustache

* lui a été donné par son parrain, jardinier fleuriste, » qui est retourné à son pays. Il n'y a rien à espérer t) de ce côté; tout ce que je sais, c'est que nous avons » vu une fois le chien à Montmartre ; il était avec des » hommes que je n'ai pas reconnus, et qui n'ont pas » voulu le rendre à son ancienne maîtresse.

» — Comment donc faire... comment avoir des « preuves pour démasquer ce Mortandal, ou le forcer )) à renoncer lui-même à la main de Pauline ?.. . Ah ! )) les lettres qu'il t'a écrites . . .

p — Il n'y en a qu'une dans laquelle on a écrit ; A mais ce n'est pas signé , et tu penses bien que ce » n'est pas son écriture.

» — IS'importe, je vais d'abord écrire à M. Girau- » mont, le supplier de différer le mariage de sa fille, r> en lui promettant d'importantes révélations sur » M. Mortandal ; ensuite nous nous mettrons en » course pour retrouver cette maison où tu as été

» la nuit... et nous la trouverons, il le faudra » bien...

» — Oui , à moins qu'on ne Tait abattue depuis, » ce ne serait pas impossible... car il y a près d'un » an de cela...

» — Ah ! Bouchenot , ne m'ôte pas l'espérance » après m'avoir fait entrevoir le bonheur.

« — Mon ami , je ne veux rien f ôter, seulement

» je crains que cela ne soit un peu difficile -, enfin ,

» nous essayerons. Par exemple , je te préviens d'a-

» vance que si je reconnais la maison des faux-mon-

» naveurs, je n'entrerai dedans qu'avec la force

T> armée, parce que je ne veux me faire assommer

» que le plus tard possible. Écris toujours au papa

* Giraumont ; moi, pendant ce temps, je vais pren-

» dre un cabriolet à l'heure , je me fais conduire

» chez George, chez Timothée et chez Cœlina ; je vais

» leur conter à tous d'où me venait ma fortune. J'ai

» comm«-.ncé à parler, je parlerai à tout le monde.

» Ah! on me croyait un mouchard! ah! fichetre! on

» va savoir que cela n'est pas ; et si cela est nécessaire,

j) je ferai tambouriner mon histoire dans tous les

n quartiers.

• — Garde -t'en bien, Bouchenot, car alors » M. Mortandal sera averti ; il se tiendra sur ses » gardes : nous ne pourrons plus le surprendre. » Il faut au contraire recommander le silence à no«

n amis.

« Lesilence, soit... mais c'est égal, jeparlerai, ,) je leur dirai tout... Je ne veux plus avoir la moins dre chose de caché pour personne. . . je ne veux plus

» faire un pas sans qu'on sache où je vais. .. Ma con- » duite sera claire comme de l'eau de roche, et on ne » dira plus que je suis un mouchard. »

Bouchenot laisse Henry écrire sa lettre ; il sort , prend un cabriolet, se fait mener chez George et Timothée dont Henry lui adonné l'adresse; et , sans se déconcerter par l'accueil glacé qu'on lui fait, sans leur laisser le temps de lui demander le motif de sa visite, leur dit :

« Messieurs, vous m'avez mal jugé. Je viens vous » apprendre quelle était la source de ma fortune ; je » viens vous conter toutes mes aventures, parce que je » ne veux pas que vous ayez peur de vous compro- » mettre en me donnant la main. «

Et Bouchenot fait à ses amis le récit qu'il vient de faire àHenry, et ceux-ci Tembrassent, en le félicitant d'avoir renoncé à une fortune mal acquise pour rendre leur ami au bonheur.

Bouchenot laisse ses anciens amis et se fait conduire rue de la Calandre. Il monte l'escalier en parlant tout seul et tout haut, comme s'il était déjà devant Cœlina : mais lorsqu'il frappe chez la petite enlumineuse, celle-ci qui a reconnu sa voix ne veut pas lui ouvrir, et lui crie à travers la porte :

« Laissez-moi tranquille , monsieur , je ne veux » plus vous recevoir : vous en savez le motif. Il est » inutile que vous reveniez chez moi.

„ — Mademoiselle! » dit Bouchenot en collant sa bouche contre le trou de la serrure, « je viens me » justifier... je viens vous prouver que je ne suis pas 1» un mouchard. Mes amis m'ont déjà rendu leur

» estime... vous me rendrez aussi la vôtre. Ouvrez- » moi la porte pour l'amour de Dieu. »

Cœlina a ouvert. Bouclienot entre, s'assied, réclame toute l'attention de la jeune fille, et lui répète tout ce qu'il a déjà dit à ses anciens amis. Cœlina a écouté Bouclienot avec le plus vif intérêt; sa figure exprime tout le plaisir qu'elle éprouve d'entendre la justification de son amant. Enfin, elle ne le laisse pas achever, elle est déjà dans ses bras ; elle lui prend la tête, l'embrasse sur le front en s'écriant :

« Mon pauvre petit Bouclienot , que je suis con- » tente ! je puis donc t'aimer encore... t'aimer tou- » jours... Ah! voyez- vous, monsieur, que vos coli- » ques étaient feintes... c'était de frayeur, quand » tu rencontrais ce vilain homme , quand tu avais » peur d'êlre compromis.

» — C'est vrai... j'en conviens : tout ce qui me » rappelait cette effrayante aventure me troublait, * me bouleversait. Maintenant c'est fini, j'ai pris » mon parti... je suis résigné atout.

» ■ — Comment, résigné à tout?

» — Sans doute ! à présent que j'ai parlé , que » j'ai divulgué la source de la fortune de M. Mor- » tandal, je dois m'attendre à être assassiné un de » ces soirs ! . . .

» — Par exemple! je voudrais bien voir cela! » Ecoute, ne me quitte pas... ne sors pas d'ici ; » cache-toi dans mon lit, n'en bouge pas.

» — Ma chère amie, ce que tu me proposes aurait » certainement son agrément , mais j'ai promis à

» Henry de l'aider à trouver la maison des faux-» » monnayeurs, et je dois tenir ma promesse.

» — Mais pourquoi ne pas dénoncer tout de suite » M. Mortandal à la justice?

f> — Pourquoi. . . parce qu'il faut, avant tout, avoir « des preuves. . . des renseignemens positifs à donner. » Un homme riche ne se dénonce pas comme celai » si c'était un pauvre diable.,, je ne dis pas; mais » un homme qui a trente mille Uvres de rentes!... » cela paraît toujours innocent. »

Bouchenot quitte Cœlina, après lui avoir promis de la revoir bientôt. 11 retourne chez Henry; celuici a envoyé sa lettre, et il attend impatiemment Bouchenot pour commencer avec lui les recherches qui pourraient amener à la découverte de la vérité. Les deux amis sortent, ils se dirigent vers le quar* tier où Bouchenot s'est rendu le soir de sa mésaventure avec les saltimbanques. Ils marchent lentement, ils prennent de préférence les rues les plus désertes, Henry s'arrête souvent, en disant à son compagnon : « Regarde bien, est-ce cette maison? » Bouchenot examine , et secoue la tête en répondant :

« Non... ce n'est pas cela... il me semble qu'il » y avait un grand mur. . . je n'en suis pas bien sûr. . .

)) Oh! si fait je me rappelle à présent qu'il n'y

K avait point de maisons dans le voisinage; par con? » séquent, ce ne peut être cela. »

On marche de nouveau, on s'arrête souvent, quelquefois les deux amis reviennent sur leurs pas pour examiner encore une maison qui a quelqu'apparence

MOUSTACHE. 4â7

avec celle qu'ils cherchent. Mais Bouchenot répète encore :

« Cela ne peut être là. Je m'en souviens très- » bien maintenant : c'était au bout d'une ruelle » dans laquelle il n'y avait aucune habitation. C'é- » tait une bicoque entièrement isolée , et toutes » celles-ci ne le sont pas. »

La journée s'écoule en recherches inutiles. Le lendemain, Henry et Bouchenot se remettent en route , et explorent sans plus de succès tout le quartier dans lequel doit être la maison mystérieuse.

« — C'est inconcevable ! » dit Bouchenot , a il > faut qu'on ait démoli la maison, sans quoi nous la « trouvex'ions. »

Henry se désespérait, il voyait approcher le terme fixé pour le mariage de Pauline avec M. Mortandal, et comme aucune preuve n'était venue appuyer ce qu'il avait écrit à M. Giraumont, le vieux négociant avait méprisé cet avis, qu'il supposait dicté par la jalousie, et ne voulait pas reculer l'hymen de sa fille.

Renonçant à des recherches qui semblent devoir n'amener aucun résultat, Henry est resté chez lui^ accablé, désespéré ; car c'est le surlendemain que Pauline doit être la femme d'un autre, et il n'a pas trouvé demovenspourempêchtr ce mariage. George et Tiinothée sont auprès de leur ami ; ils cherchent à le consoler et à lui donner encore un espoir qu'euxmêmes n'ont plus, Bouchenot n'est pas avec eux, il est allé voir Cœlina po.ur chercher avec elle par quel expédient on pourrait empêcher une union qui fait le malheur de Henry.

Tout-à-coup on sonne avec violence. Les trois ami* ont tressailli, Henry espère quelque bonne nouvelle ; bientôt , en effet , Boucbenot paraît tenant en laisse un gros cbien, et s'écriant :

« Victoire, mes amis! victoire! voilà Mousta- >> clie... je l'ai retrouvé... je le ramène... sans la « permission de son maître, mais c'est égal, je le ra- » mène...

n — Moustacbe ! » s'écrie Henry dont les yeux brillent de joie et d'espérance.

« — Quel est ce chien? » demandent George et Timothée.

» — Eh ! parbleu, c'est celui qui fut cause de tou- « tes mes aventures... celui qui me conduisit la nuit » dans cette petite maison que nous ne pouvons pas )) retrouver. Mais il la retrouvera lui !... Oh!... les » chiens sont plus adroits que les hommes... ils ont » le nez plus fin.

« — Par quel bonheur as-tu retrouvé ce chien ? » dit Henry.

« —Ah! ma foi! c'est bien le hasard... la Pro- » vidence... ou plutôt c'est au jambon de Bayonne » que nous en sommes redevables. Ecoutez-moi : je y> me rendais chez Cœlina la tête préoccupée de ce )^ maudit mariage qui désole notre ami, et cher- » chant comment on pourrait forcer ce Mortandal « à y renoncer. Comme je sais que Cœlina a beau- » coup d'imagination, je lui avais promis d'aller dé- » jeûner avec elle, et tout en déjeunant nous devions » causer de cette affaire. Tout-à-coup je me rappelle » qu'hier j'ai promis à ma belle de lui porter quel-

» que chose pour déjeuner ; j'étais auprès de Véro- » Dodat, j'entre, je me fais servir un superbe mor- » ceau de jambon de Bavonne... je sais que Cœlina » a de la j)rédiIeclion jiour le Bavonne, je mets le » jambon dans une poche de mon habit, et je pour- » suis mon chemin. En traversant Ja rue Saint- » Honoré, un embarras de voitures me force, pour » me garer, à entrer dans la boutique d'un mar- » chaud de vins; je me remets en marche, mais je » n'ai pas fait dix pas que je sens quelque chose )> dans mes jambes; c'était un gros chien qui me

» suivait de fort près. Je veux le chasser Mais

» jugez de ma surprise, de ma joie, en reconnaissant » Moustache , qui , fidèle à son penchant pour le » jambon , avait probablement senti mon emplette » lorsque j'étais arrêté devant le marchand de vins, » et depuis ce temps avait constamment cherché à » fourrer son nez dans ma j)Oche. Oh ! vous pensez » bien qu'alors je ne le chassai plus. Je fis mieux : » de crainte qu'il ne m'échaj)pàt, ce dont la pauvre » bête n'avait pas envie, je passai mon mouchoir » dans son collier, et doublant le pas, de peur que « son maître ne se mît à sa poursuite, je suis revenu » ici avec jMoustache , empressé de vous montrer » cette heureuse capture.

» — Maintenant, » dit Henry, « nous allons re- » tourner avec le chien dans le quartier que nous » parcourons en vain depuis quelques jours.

» — Un moment ! » dit Bouchenot , « mon avis » est qu'il vaudrait mieux attendre la nuit, car c'est » la nuit que Moustache m'a mené à la maison

» isolée. Il ne faut pas déranger ses habitudes.

» — Il a raison, » dit George, « attendons la nuit. » Mais nous irons avec vous, nous ne vous laisserons » pas aller seuls à la recherche de ces faux-mon- » nayeurs.

» — Venez avec nous, » dit Bouchenot, « cela n'en » vaudra que mieux.

» — Et nous prendrons des armes, » dit TimothéCy » chacun une paire de pistolets.

» — Très-bien pensé! » reprend Bouchenot. «Enat- » tendant, dînons bien, buvons beaucoup; cela » nous montera la tète pour Texpédition de ce soir.

» — Et surtout, » dit Henry, « veillons bien sur » Moustache, qu'il ne nous échappe plus.

» — Oh ! sois tranquille, tant que j'aurai du jam- » bon dans ma poche, il ne s'éloignera pas. »

Les quatre jeunes gens dînent ensemble, et attendent avec impatience que la nuit vienne. Timothée est allé chercher ses pistolets et ceux de George ; Henri a les siens ; Bouchenot ne veut pas avoir au-n tre chose que son canif. Enfin la soirée arrive, et l'on se met en marche avec Moustache que l'on tient encore en laisse.

Parvenus dans le quartier qui est de l'autre côté du canal, dans les environs de la barrière de Ménilmontant, on lâche le chien, mais on ne le perd pas de vue. Bouchenot a eu soin de vider sa poche , afin que Moustache ne s'obstinât pas à rester auprès. Pendant quelque temps le chien suit les jeunes gens et n'a pas l'air de vouloir les quitter. Mais toutà-coiip, au détour d'une rue peu fréquentée, Mous-

MOUSTACHE. 4ôt

tache prend sa course sans regarder derrière lui.

» — Il se reconnaît! » dit Henry, « il va nous » conduire , ne le perdons pas de vue. »

Les jeunes gens sont obligés de courir pour suivre le chien qui trotte très-vite et qui a déjà enfilé plusieurs ruelles. Enfin Moustache vient de s'arrêter devant une petite maison qui est au bout d'un mur.

« — C'est là , f) s'écrie Bouchenot , « oui , c'est » bien là , je reconnais parfaitement la maison.

» — Et nous avons passé plus de vingt fois de- » vant cette maison , » dit Henry, « et tu ne l'avais > pas reconnue ?

» — C'est qu'il y a quelque chose que je ne coni- » prends pas. Autrefois la maison était seule dans la » ruelle... maintenant en voilà deux auprès... une » là-bas... une en face.

» — Parbleu ! on les a bâties depuis , » dit George. « Il est bien facile de voir qu'elles sont neuves.

» — Ah! ma foi , c'est ce qui m'a trompé; mais » c'est bien là... d'ailleurs, vous le voyez, messieurs, » Moustache est contre la porte de Tallée... il voudrait ï bien entrer... Voyons si en tournant le loquet...»

Henry court à la porte , mais le loquet est dé^ croche , et cette fois la maison est bien fermée.

« — Comment allons-nous faire? » dit Bouchenot; « employer la violence pour entrer dans celte » maison , ce serait maladroit ; ensuite nous ne » sommes pas certains que M. Mortandal et ses corn- » plices Y soient en ce moment, et il aurait fallu » pouvoir les prendre sur le fait. »

Pendant que les jeunes gens se consultaient pour

savoir ce qu'ils avaient à faire , un cabriolet s'arrête à l'entrée de la ruelle , un homme en descend et se dirige doucement vers la maison devant laquelle est le chien; les jeunes gens se sont éloignés et cachés derrière Fangle d'un mur, afin de n'être point aperçus par cet homme ; mais ils n'ont pas pensé à emmener le chien, qui est resté blotti contre la porte.

L'individu , qui a quitté le cabriolet , est arrivé devant la porte de la maison ; là il tire une clé de sa poche et se dispose à ouvrir, lorsque Moustache se met à aboyçr.

« — Que le diable soit du chien ! » dit une voix, que Henry reconnaît fort bien pour être celle de M. Mortandal ; « je ne l'avais pas aperçu... Qu'est-ce

n qu'il fait là? allons, va-t-en il ne bouge

» pas.. N'importe, entrons vite... »

M. Mortandal est entré, mais il a refermé la porte sur lui et sur Moustache , qui s'est faufilé avec lui dans la maison.

a — Nous sommes certains que M. Mortandal est » là , » dit Henry ; « maintenant , mes amis , que » l'un de vous prenne un cabriolet , se fasse con- » duire chez M. Giraumont , et le ramène ici en lui » annonçant qu'on va lui faire connaître de quelle » manière son futur gendre senrichit.

» — J'y vais, » dit Bouchenot, qui aime autant s'éloigner de la maison, e j'y cours... je ramène- > rai le beau - père. . . Yous , en attendant , soyez » prudens! mais ne laissez pas notre homme s'é- » chapper. «

Bouchenot court , vole , il trouve un cabriolet et

se fait mener chez M. Giraumont , auquel il demande à parler pour affaire importante. On l'introduit dans le cabinet du vieillard; il lui dit sans préambule :

a Monsieur , jai l'honneur de vous prév enir » que vous êtes sur le point d'unir mademoiselle » votre fille à un faux-monnaveur: comme ce n'est » peut-être pas un homme adonné à cette industrie » que vous auriez choisi pour gendre, je viens vous » proposer de vous assurer de la chose, afin que » vous puissiez agir ensuite comme vous le jugerez * convenable. »

M. Giraumont fait un bond en arrière, en s'écriant :

« Un faux-monnaveur!... M. Mortandal!

» Ah! monsieur, cela n'est pas possible... C'est une » nouvelle calomnie que l'on invente pour que je » ne lui donne pas ma fille.

» — Mais , monsieur , puisque je vous propose » d'en avoir la preuve par vos veux!... Tl me semble » que le sort de mademoiselle votre fille vaut bien » la peine que vous fassiez au moins une démarche » pour savoir si Ton vous dit vrai.

» — Partons, monsieur, je suisprêt à vous suivre. »

Le vieillard monte en cabriolet avec Bouchenot,

qui se fait descendre avec lui à l'entrée de la ruelle,

où ils ne tardent pas à trouver Henrv et ses amis, qui

attentiaient devant la maison.

Henry s'approche de M. Giraumont et lui dit : « Monsieur, ne crovez point que ce soit la ja- » lousie qui me fasse agir, mais on m'a assuré que » M. Mortandal n'était qu'un misérable faux-mon-

49 i MOUSTACHE.

« nayeur, et que c'était dans cette maison isolé© » qu'il se livrait à cette criminelle industrie. J'ai » cru qu'il était de mon devoir de vous aider à con- » naître celui que vous voulez prendre pour gendre. » En ce moment, M. Mortandal est là... dans cette » maison , nous l'y avons vu entrer , et il n'en est » pas sorti; que voulez- vous faire, monsieur? nous » nous soumettrons à votre décision. Voulez-vous » que nous allions requérir la force pour nous faire » ouvrir cette maison , ou devons-nous employer » un autre moyen ? Parlez, nous vous obéirons.

« — M. Mortandal est dans celte maison... vous 1» en êtes certain? « répond le vieillard.

« — Oui, monsieur.

» — Eh bien , il faut éviter l'éclat... il faut tâ- » cher de pénétrer aussi dans cette demeure, et sa- » voir enfin ce que M. Mortandal v fait.

» — Oui, certainement, « dit Bouchenot, « il » faut pénétrer là-dedans. . . quoique ce soit peut- » être fort dangereux, mais comment se faire ou- » vrir cette porte ? »

En ce moment on entend du bruit dans l'allée ; bientôt la porte est vivement heurtée : c'est Moustache qui est en dedans, et qui fait tous ses efforts pour sortir. A force de pousser avec ses pattes, le chien a levé le loquet qui ferme en dedans. Bouchenot a entendu ce que fait Moustache ; il saisit le moment pour pousser la porte avant que le loquet ne soit retombé, et bientôt l'entrée de la maison leur est ouverte.

« — Décidément Moustache est notre provi-

» dence! » dit Bouclienot. « Venez, messieurs

j» entrez; ne faites pas de bruit. Prenez vos armes j » je vais vous suivre.

» — Va plutôt devant poumons (guider, » dit George.

« — Non, je vous guiderai mieux par derrière... » Venez, mais du silence! »

On entre dans la maison , on marche en silence , on arrive dans la petite cour, puis, en approchant de la porte de la cave, on commence à entendre comme des coups de marteau.

« — Entendez- vous? » dit Bouclienot ; « ils sont » en train de travailler.

» — Descendons doucement, » dit Henry, » j'aper- » çois une faible lumière. »

Les jeunes gens et le vieillard descendent l'escalier , ils arrivent dans la cave , ils entendent parler dans un caveau voisin dont la porte est entre-bàillée. George, Henry et Timothée arment leurs pistolets, et se précipitent brusquement dans le caveau, en criant :

« Rendez-vous , misérables ! »

Et ils aperçoivent M. Mortandal entouré d'hommes, dont les uns emplissaient d'huile et d'eau-de-vie des barriques qu'ils refermaient ensuite ; tandis que les autres recevaient dans des cruches des liquides qui leur arrivaient par des tuyaux qui s'étendaient sous terre , et communiquaient en dehors de la barrière d'où ils aboutissaient là, sans rien payer à l'octroi.

« — Ils ne font pas de fausse monnaie, » s'écrie Bouclienot qui vient d'allonger la tête à l'entrée du caveau , tandis que Henry et ses deux amis sont res-

tés tout ébahis au milieu des fraudeurs , qui de leur côté, ne semblent pas moins surpris de cette visite inattendue.

« — Comment, messieurs î est-ce que vous seriez « desgabelous? « dit M. Mortandal en regardant les jeunes gens avec étonnement.

« — Non , monsieur , » dit Henry, « mais on » nous avait assuré que vous faisiez ici de la fausse » monnaie.

» — Ah ! je devine qui vous a dit cela ! » reprend le Marseillais en apercevant Bouchenot. « C'est mon- » sieur, auquel je Tai laissé croire, parce que je pen- » sais qu'il aurait bien plus peur d'un faux-monnayeur » que d'un fraudeur!... Ah ! monsieur Bouchenot, » vous m'avez trahi , ce n'est pas bien !

» — Eh fichetre ! . . . il fallait donc me dire qu'il « ne s'agissait que d'huile et d'eau-de-vie ! » reprend Bouchenot , « et je n'aurais pas été dans des » transes continuelles depuis que je vous connais!... i»

En ce moment M. Giraumont , qui n'était pas encore entré dans le caveau , se présente devant M. Mortandal, qui semble un peu contrarié à sa vue , mais tâche de se remettre, et lui dit , en affectant de rire :

« Comment, mon cher beau - père , vous aussi, » vous venez visiter notre entrepôt secret!...

» — Monsieur, « répond le vieillard, « je suis » bien aise pour vous que vous ne soyez pas un faux- » monnayeur, mais je ne veux pas non plus pour » gendre d'un homme qui fait la contrebande.;. » J'aime les professions qui s'exercent au grand

» jour et qui ne craiguonl pas les regards de Ja » police ; c'est vous dire assez que tout est fini >» entre nous.

» — Eli quoi ! nKïnsicur Giraumont. . . mais » ceci n'est pas de la contrebande , ce n'est que » de la fraude...

» — ^ Je n'estime pas plus Tune que l'autre, mon- » sieur ; du reste, soyez tranquille, aucun de nous ne » se chargera du soin de vous dénoncer. Allons , » messieurs , je crois que maintenant nous pouvons » partir, rien ne nous retient plus ici. Monsieur •• Henry, donnez-moi votre bras. »

Henry ne s'est pas fait répéter cette prière. Il s'empresse d'emmener M. Giraumont; George et Tiraotliée les suivent, et Boucheuot ferme la marche , en répétant :

« Ahl si j'avais su quil ne s'agissait que dhuile » et d'eau-de-vie... les imbéciles! cela leur apprenti dra à s'être moqués de moi. »

Quinze jours après cette aventure, Henry devenait Tépoux de Pauline, et ses trois amis assistaient à la cérémonie qui assurait son bonheur.

Bouchenot accepta la place que Henry lui avait offerte; dans les premiers temps il ne travaillait ni bien, Li beaucoup, mais Ilenrv n'était pas exigeant. Petit è petit Bouclienot s'accoutuma au travail; il s'aperçut que Ton n'a pas le temps de s'ennuyer lorsque l'en est cccupé; et que Ion s'amuse beaucoup plus qufînd on n'a j as que cela à faire.

Cœiina était devenue rangée, laborieuse, économe. Bouclicnot finit par lui devenir fidèle. En amour,

comme en toutes choses, il ne faut désespérer de rien.

Moustache, fêté, choyé et bien nourri, resta près de Henry et de Pauline, qui lui devaient leur félicité.

Mais Bouchenot disait souvent :

« Dans tout cela nous ne sa'vons pas ce qui « attirait le chien dans la maison des fraudeurs. »

Enfin, mademoiselle Prudence épousa M. Merlandin, qui invita à sa noce Bouchenot et Cœlina , et leur dit avant de repartir pour Poissy avec sa femme:

« A propos ! le parrain de mon épouse m'avait « chargé de lui donner des nouvelles d'un chien » nommé Moustache, et prié de mener quelquefois » ce chien chez la personne qui le lui a donné ; c'é- » tait un jardinier fleuriste, près de la barrière de » Ménilmontant ; mais ma femme m'a dit qu'elle » avait perdu le chien. Et quant au jardinier , on » m'a assuré qu'il était mort depuis long-temps.

w — Ah ! voilà donc la cause de l'attachement M de Moustache pour l'habitation isolée !... » s'écrie Bouchenot après avoir entendu M. Merlandin ; « je ne m'étonne plus si ce chien connaissait si bien » les localités delà maison! c'est son berceau! c'est » le séjour de sa jeunesse, c'est peut-être sa famille )> qu'il voulait revoir. Allons, si Moustache aime le » jambon, il conserve aussi un souvenir de ses pre- » miers amis et de la misérable bicoque où il fut » élevé. Il y a bien des hommes qui n'ont pas autant '■) de mémoire que ce chien-là. «

Vm DE MOUSTACHE,

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