‹ MoustacheChapitre 12 sur 281 · MOUTON, BALLOT · texte numérisé non relu

MOUTON, BALLOT

BALLOT arrivant tout essoufflé. — Ah!... j' vous retrouve enfin, monsieur Mouton; j'ai eu une fière peur, allez...

MODTON. — Peur, imbécile!..; Et de quoi donc ?

BALLOT. — Pardi... j'ai eif peur de me perdre dans les allées de ce jardin... C'est qu'il a plus d'un arpent, au moins ..

MOUTON. — Un arpent neuf perches, mon ami. Toi qui n'étais jamais sorti de ton quartier, tout ce que tu vois doit bien te surprendre! [A part.) Et moi aussi !

Air de Marianne.

BAU.0T. Paris est trop loin d' la natur* Et celui qui veut l'habiter, D'y trouver d' l'air et d' la verdure Aurait grand tort de se flatter...

Pour qu' la santé Pour qu' la gaîté, Y soit compagne, D* U salubrité,

Tenez , sans mentir.

Faut en conv'nir.

Dans la campagne On aurait dû 1' bâtir !

En vérité, c'est bien dommage Qu'on n' m'ait pas d'mandé mon avis; Car, au milieu des champs, Paris Ferait un fier village...

MOUTON. — Ah ! oui... un village conséquent. BALLOT. — Quoiqu' ça, v'ià une belle maison, pour un ancien marchand de draps ! ça annonce une fortune... MOUTON. — JLégitiBiement acquise, Ballot.

Air : Pégase est un cheval qui porte.

Tu sais que j'avais pour enseigne Le tableau du Gagne- Petit, Et je ne crains pas qu'on se plaigne Des draps dont j'ai fait le débit ; Je donnais la bonne mesure, Et de jaloux environné , Je ne fus jamais, je te jure, Accasé d'avoir mal aune.

BALLOT. — Oh ! ça , c'est vrai , vous avex bien mérité de vous retirer... Pourtant, il y a une chose qui me tourmente ici.

MOUTON. — Qu'est-ce donc ?

BALLOT. — C'te maison est ben déserte... Je n' vois dans les environs qu'une grande forêt... ou ben des champs...

MOUTON. — Buth!... Le village n'est pas éloigné... Et puis, nous ne serons pas seuls ici. Tu sais que je garde les trois domestiques qui servaient l'ancien propriétaire; on m'en a dit du bien. D'ailleurs, c'est justement ce qu'il me faut pour monter ma maison : un concierge, un jardinier et une cuisinière.

BALLOT. — Ah ! vous gardez ces trois villageois ! Eh ben ! vous avei tort , not' bourgeois, j' leur trouve un drôle d'air... J' les vois to8 ■ jours se parler bas entre eux...

Air de Calpigi. .

Ils ont l'air de faire une trame, ,

Comm' les coquins de c' fameux drame 'v

Qu'on jouait dans c'te société, Oii cous avons tant sangloté...

Si c'est des geiis d' la même espèce, j' vois en vous le héros d' la pièce; t..^

Les brigauds paraîtront bientôt, . ',J^

Et moi je serai le nigaud.

MOUTON. — Balh !... depuis que tu as été au spectacle, tu ne vois partout que des mauvais sujets...

BALLOT. — Des mauvais sujets !... Eh ben ! monsieur Mouton, regardez avec attention vos nouveaux domestiques, ou je me trompe fort, ou c'en sont...

MOUTON. — Samson!... fl est fort, Celui-là ! Au surplus, je leur ai ordonné de venir me trouver tous les trois ici. Je vais les examiner. Ah! si je n'étais pas brouillé avec ma nièce et son mari, ils seraient Tenus habiter avec moi cette maison de campagne»

M. MODTOM.

KtiLOT. — Pardi, c'est dommage... D y aurait d' quoi les loger... La niiiison est grande... A propos d' la maison, dites-moi donc, not' miiitre, qu'est-ce qui a couclié cette nuit dans l'appartement en face Ijdu vôtre ?

: Mot'ioN. — Cette nuit?... Eh! qui veui-tu que ce soit?... Les trois villageois ne logent-ils pas dans le pavillon qui donne sur la route ? A.insi, puisqu'il n'y a qu'eux et nous dans la maison...

BALLOT. — C'est singulier.

MOUTON. — Pourquoi donc ?

BALLOT. — J'ai pourtant beh vu d' la lumière aller et venir dans ces •hambres-là...

MOUTON, i^ Allons... tu rêvais... ou tu dormais...

BALLOT. — Oh! qu' non... (^ar je n' sais pas si c'était l'étonnement jlu voyage, mais je n'avais pas envie d' dormir, et j' m'étais mis à la fenêtre pour prendre l'air... quand j'ai vu c'te lumière... et même il m'a semblé entendre du bruit, comme quelqu'un qui s' plaignait... ou qui chantait... Je n' sais pas lequel...

MouTOM effrayé. — C'est jiarticulier... Y aurail-il du mystère dans cette maison ?... En effet, pourquoi, hier soir, ces villageois n'ont-ils pu me donner la clef de cet appartement ?... Ballot !...

BALLOT. — Monsieur...

MOUTON. — Nous éclaircirons cela, mon garçon. En attendant, j'irai diner chee mon notaire, qui m'attend, et dont la campagne est voisine de la mienne. Quant à toi , tu coucheras ce soir dans mon antichambre, jiarce que je ne piétends pas que tu aies peur la nuit .. Certainement, je ne le prétends pas... Mais, chut! j'entends mes gens, je vais les interroger.

SCÈME III.

Les PnÉcÉDENTS, NANEÏTE, GROS-JEAN, PIERRE.

Air du vaudeville du pont des Arts.

us VILLAGEOIS. J' nous rendons en diligence

Aux ordres de raonseignvar;

Pour le ben servir, d'avance

J' promettons d'aller d' tout cœur.

HOUTOM. Nous n'auions pas de querelle

Si vous vous conduisez bien;

J'aime que l'on ait du zèle,

Et qu'on ne me cache rien.

ENSEMBLE

SMS VILLAGEOIS. J' nous rendons en diligence

Aux ordres de monseigneur;

Pour le bien servir, d'avance

J' promettons d'aller d' tout cœur.

MOUTON ET BALLOT. Ils viennent en diligence

Et m'appellent 1

Et l'appellent |«°°n^eigneur;

Pour 1 bien servir, je pense Qu'ils agiront de tout cœur.

MOUTON. — Ah ça ! dites-moi un peu , pendant que vous voilà , qu'est-ce donc qui s'est passé cette nuit dans l'fppartement en face du mien ?

GBos-jKAN embarrassé. — Cette nuit, monseigneur?... (Bas aux autres.) Est-ce qu'il aurait vu queuque cliose ?...

MOUTON. — Oui, cette nuit. Ballot m'assure avoir vu de la lumière et entendu du bruit...

piEKBK à part, aux autres. — Quoi lui dire ?

BALLOT. — Certainement, j'ai vu comme qui dirait... Enfin... à peu yrès çii... qui allait et venait...

NANKTTK. — Allons, VOUS VOUS êtcs trompé, puisque personne ne loge-là... Ce sont queuques chats qui vous auront fait peur...

CROS-JKAN. — Ça serait ben possible...

BALLOT. — En toulca3,ces chats-là ont les yeux comme des chandelles.

«ANKTTK. — D'ailli'urs, monsieur n'a qu'à visiter lui-même c't ap-

rtement, pour voir c' qui en est.

MOUTON. — Vous avez donc retrouvé la clef?

HANKTTE. — Oui, monseigneur, je n' l'avions qu'égarée.

ORos JEAN se fouillant d'un air embarrassé. — {Bas à Manette.) Tu veux donc nous trahir !... (Haut.) La clef... monsieur? je ne l'ai pas (ur moi... Mais...

MOUTON. — Enfin , elle est retrouvée; à la bonne heure; c'est que, ▼Oyez-vous, j'aime à avoir la c'ef de tout chez moi.

BALLOT 6iis à Mouton. — Visitons, monsieur, et armons-nous de BOS deux fusils.

MOUTON bas à Ballot. — Il vaut mieux ne leur montrer aucun soupfon , ri tâcher d'obtenir au dehors quelques renseignements. {Uaut at;ec finesse.) Tu m'en .ends. Ballot?

BALLOT. — Oui , movisieur, je vous saisis. J MOUTON feignant d'être rassuré. — Quant à vous, mes enfants, je /.TOUS garde tous trois à mou service ; INanette aura soin du ménage. ■ J* tiiciierMU qu'il n'y maiique rien , d'abord.

MouToi». — Gro^Jeao restera concierge.

CRO.s-jEA."«. — Oh ! vous S'^n i bien f.irâé , çn ce tai. MOUTON. — Et Pierre s'occupera du jardin. piep.be. — Vous voyez qu'il est en bon élat. HOUTOR. — Voilà qui est arrange.

Ali : De Jadii et Auinmrd^hui, Des bons valets heureux modèlei.

Pour les autres soyez discieti :

Mais toujours soumis et hdèiet.

Pour moi n'ayez pas de secreu ; Soyez sobres, polis et sage».

Et remplissant bien votre emploi.

Ne tourmentez pas pour vos gages.

Voua resterez longtemps cbet moi.

LES VILLAGEOIS. — Ça Suffit , monseignçar.

MOUTON. — Ah ! je vous permets aussi d« ne n'appeler que votre maître.

AIR : Où s'en vont ces gais bergertT Le titre de monseigneur.

Quoique fort doux à prendre.

Pourrait me porter maibeur.

Je dois me le défendrs :

Je n'eus jamais que l'ambition

De rester à ma place.

Et dans ma famille aucun Monton N'a renié sa race.

Allons , vous m'avez entendu ; je vais faire un tour dans les environs. Ballot, tu vas sortir avec moi, tu iras jusqu'au village faire quelques emplettes.

BALLOT. — Oui , not' maître.

MOUTON. — Suis-moi, mon garçon, snis-moi. {.4\iX villageois.) Je reviendrai bientôt , vous entendez... Suis moi , Ballot. (Les villageois saluent Mouton, qui sort avec Ballot par la droite.

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