I.R PHOI-'ESSEUK l'JCHECLAQUK
j. n. en (lisant cela, Ludycr iirciid son chapeau, salue profon- (l(itnent Valcntine, puis s'eniprcssant (le sortir, gagno le petit esralifti' et quitte i'hôlel presque en coiu-ant, tant il a 'le hiîte de se rendre prés d'Aiigelle peur lui faire part de la découverte qu'il vient de faire.
La blonde Angelle était presque toujours seule chez elle dans la journée depuis que s-a scrnir élait mariée, mais elle demeure toute saisie en voyant entrer Liid^er, l'air bouievcrs(';, le visage inondé lie sueur et qui se met à marcher dans la charahre comme un insensé, tout en s'écriant :
— Je l'ai trouvée .. c'est elle... je n'en saurais douter... Ah ! mon Dieu! qui l'aurait pense?... qui aurait jamais deviné cela?... et moi-même... il y a des moment-i où je me dis : Non, cela n'est i'as po«sibl(!... Cela n'est pas!...
'— Mon ami, au nom du ciel, que vous est-il arrivé? demande Angelle en regardant Ludger avee iiicpiiétude. Vous êtes bien ému, bien agité...
— Il y a de quoi... Ah! ma douce Angille,il y a biendciiuoi !... j'ai vu cette preuve, vu de mes yeux... pluiùs est oculat'is unus ijuain auriti deceiii /,..
• Ah ! mon ami, si vous me parlez latin, je ne [jeux plus voi/s conqtrendre!...
— Vous voyez un homme qui ne sait plus où il en est!... c'est ( Ile!... Aleajacla esti ..
— Encore... c'est elle... qui, elle I...
— Je vous dis que je viens de II découvrir, et pourtant le ciel m'est témoin que je ne la cherchais (lasl... mais le hasard, la destinée... sic fala volunl anvrilucrunl]...
— Mais qui donc avez-vous trouvé ,. découvert?...
— Ma femme... la | ei'sonne que l'on m'a fait épouser... Angille devient à son tour pâle et tremblante en balbutiant:
— Votre femme!... vous avez vu votre feuune?... vous la connaissez?...
— Oui .. et je la voyais, je la connaissais depuis longtemps, sans me douter que j'étais son mari!...
— Votre femme!... mais je ne veux pas que vous connaissiez votre femme, moi!... je ne veux pas que vous habitiez avec elle... Ah! mon Dieu! il ne nous manquait plus que cela !... Vous allez peut-être l'aimer, cette femme !...
Kt la pauvre Angelle se met à éclater en sanglots ; alors Ludger court à elle, l'euioure de ses bras, en lui disant de la wix la plus tendre :
— Moi l'aimer! .. est-ce que c'est possible?... n'est-ce pas vous que j'aime, chère Angelle? n'est-ce pas vous que j'ai toujours :iimée?. . El puis, quand même, est-ce que je pourrais l'aimer cette (lame?... est-ce qu'elle voudrait, de moi?... n'en aim-^^-t-elle pas un auli'e?.. et (|ui l'aime aussi... Oh! j'ai bien vu cela...
— Votre femme aime (pielipi'un? .. ah! tant mieux!... elle ne vous aimera pas alors. ..
— Une si grande dame I... mais elle serait furieuse si elle savait ((ue je suis son mari!...
— Vous ne lui avez pas dit?
— Oh! je m'en serais bien gardé...
— Vous avez bien lait... il ne faut jamais le lui dire, entendezvous!... jamais!... Mais enfin, cette... feuune... qui e.st votre femme... où donc l'avez-vous vue?... tonmient l'avez-vous reconnue, pins(pic vous ne la connaissiez pas?.,.
— Ah! chère Angelle, \ous allez être bien étonnée... celte jeune fille av('c (|ui Ion m'a marie il y a six ans et queUpies mois
Maintenant... c'est la mère de mou petit élève .. c'est madame la L.imtesse do Valgrave...
— La comtesse de Valgrave!... oh! par exemple!... est-ce posible! mais alors vous êtes donc le comte de Valgrave, vous?
— Moi! vous savez bien ([(((Vie suis Ludgcr Ficheclaque,. et pas autre chose... Je n'ai jamais été comte de ma vie.
— Mais celte dame se dit veuve, elle croit donc que vous êtes mort !
— Je ne sais pas ce qu'elle croit... on le lui a peut-être dit...
— Mais pourquoi ne se nonime-t-elle pas veuve Ficheclaque au lieu de comtesse de Valgrav(; f
— Pourquoi?... Tenez, ma chère Angelle, je ne suis pas bien fort en fait diiilrigiies, cepeiulant ce que je puis comprendre, ce ipii me semble très-probable dans tout ciei, c est (pie l'on aura lait iroire à cette jeune femme qu'elle éfiousait iiu noble, un comte; il a été facile alors de nous tromocc Ions deux, car le prêtre (pu nous a mariés parlait si bas lors^dil pronontait des uoms, qu il
était impossible de bien entï-nlre. Cette jeune dame ignoie donc qu'elle a épousé le miideste Liidgcr Fiehecla/jm?, simple professeur, et e'ie le saurait qu'elle n'en port.-rait ctrtes wis le nom... La sœur du marqui'. de Ravageole ne peut pas s'appeler roadame Fichoelaque!... Fi donc!... ce serait trop déroger! Kt puis, uoe autre preuve : si celle darne avait su... qu'elle était ma femiue, crovfz-vnus donc qu'elle m'aurait accepté pour professeur de son fils?
— Vous avez raison.,, mais comment avez-vous découvert cela?
— Elle a parlé d'une propriété qu'elle possédait près de Loiivecieiine et dans laquelle il y a une petite chapelle au fond d'un jardin... e-ela m'a donné l'éveil; j'ai pu regarder 'a main, ses doigts : j'a vu, j'ai reconnu cette alliance rayée, abimée par moi contre une baliislradê... <»h: c'est bitn elle que j ai épousée.. tout me le dit; mais je vous le répète, celte darae aura cru donner sa main au comte de Valgrave.
— Alors, pourquoi vous a-t-on marié avec elle?
— l'oiir cicIk r une faute... une faiblesse... et puis, vous savez bien (pie l'on ma fait jurer le secret...
— Ce secret, vous ne le trahirez plus, n'est-ce pas Ludger? vous ne direz pas à cette dame que vous êtes son mari?... Oh! jiirez-nioi que vous ne le direz pas... que vous la regarderez toujours ('omme la veuve d'un autre,
— Oui, chère Angelle, je vous jure que je ne dirai pas à cette couite.sse qu'elle est devenue roturière,., et pourtant... j'aurais li!( Il voulu ..
— Quoi? .. qu'est-ce que vous auiiez voulu, monsieur? user de vos droits de mari [leut-étre?...
— Ah! par exemple!... quelle idée me supposez-vous là!..,
— \li ! c'est (pie... elle est bien jolie cette jeune dame!
— Il n'y a de jo'.ie que la personne que Ion aime...
— A la bonne heure!... et c'est moi que vous aimez... oui, je vous crois, Ludger... mais c'est égal, vous ne direz pas à la comtesse que vous êtes son mari. ,, promettez-le-moi encore!.,.
— Je vous le promets...
— Et, quand vous retournerez donner des leçons à son fils, vous ne la regarderez pas trop, cette dame?...
— Oh! soyez tranquille... aujourd'hui déjà, en découvrant ce terrible mystère, je n'osais plus lever les yeux sur la comtesse... Au reste, les leçons que je donne à son fils seront bieotijt suspendues... ils partiront pa.sser l'été à la campagne...
— Ah ! tant mieux... je voudrais qu'elle y fût déjà, cette d;ime! Et dire que c'est moi qui vous ai envoyé chez elle I... En vérité, dans la vie, nous sommes presque toujours ies pn'miers autenrs de nos peines... enfin... vous m'avez juré que vous ne lui diriez pas (pie vous èles son mari. Adieu, mon ami, allez chez vos élèves,,, mais ne pensez plus à votre femme... puisqu'elle est veuve !