‹ MoustacheChapitre 149 sur 281 · LE PROFESSEUR P[CI1EGLAQCE · texte numérisé non relu

LE PROFESSEUR P[CI1EGLAQCE

lui parler avec la niL^me famiiiantô, la môme amabilité qu'aiitrel'iiis, bientôt elle sarièlait, reprcMait son air froid, coaniosé, et rcx|iression de ?nn visape redevenait stWore.

l.uilger rcmanjiiait tout cela, il en (kvinait la cause, et pri'HiiiM.mt ijue sa pré-.:,cH était maintonant ilésagréablo à An^'lle, il <h: venait plus i|iiu rarement clic/, M. PicarJin. Mai-; ce (|ii'il avait

■ marqué aussi, ce qui frappait tous les jeux, c'était le cliangciiciit qui s'opérait cbcz cette jeime et belle (ille, si lr,iîi:he, si rose, 'I jiileine de vivacité, de santé quelque temps auparavant, et (jui ■iii^iiilcnant, [»àle, trisie, amaigrie, ne semblait plus être que

'■nilire Uvlle-méuie.

I.éiinie éprouvait un vif chagrin de voir l'état de tristesse, de i!çpcrissement de sa sœur. Un matin elle lui dit ;

— Tu veux donc passer ta vie à te faire de la peine... à soufliir!

— Je ne souffre pas, ma sœur.

— Oh ! ne me dis pas cela... tu me prends donc pour une imliccile... Tu changes, tu maigris, tu pâlis... c'est bien visible... et il n'y a pas d'effet sans cause.

— Ce n'est pas ma faute si ma santé n'est plus aussi bonne.

— Oh ! ta sanié ne dépérit que par suite de ton chagrin I Oiiand le ccçur est malaile. il faut bien que tout le reste s en ressente, puis(|ue c'est lui qui marque noire existence. Voyons, An^elle, il lie s'agLi pas de feindre, de dissimuler entre nous... Il t'a donc dit qu'il ne t'aimait plus?

— Il m'a dit qu'il ne serait jamais mon mari...

— (l'est la même chose, car s'il t'aimait toujours, à présent qu'on veut bien qu'il t'épouse, il s'empresserait de te ()rendre pour femme,.. 0 ces monstres d'hommes!... Mais qui aurait cru cela (le Ludgerî... avec un air si bon, si doux, si timide même!... Se faire adorer dune jeune fille, et puis n'en plus vouloir quand ou saii qu'elle vous aime. Mais enfin, s'il ne l'aime plus, pourquoi .soupirer quand il est près de toi, pourquoi te faire d<;s yeu.v blancs... et regarder le plafond'/ C'est donc une comédie qu'il joue?... Je lui eu demanderai la raison, moi.

— Oh I non, Léouie, non, il ne faut rien lui demander.

— Mais toi, il ne faut plus l'aimer, ce monsieur qui te dédaigne. Voyons, ma sœur, tu ne peux donc pas cesser de penser à lui?

— Non... je ne peux pas !

— Que c'est drôle qu'il y ait comme ça des hommes que l'on aime malgré soi et à qui l'on pense toujours en voulant les oublier ! Alors tu ne te marieras doue jamais'?

— Non, Léonie, jamais !... Mais cela ne doit pas t'empècher de te marier, toi, et cela me fera bien plaisir de te voir heureuse I

— Il est certain que si j'attends toujours après toi, et que tu ne te maries jamais, ça iik' mènera un peu loin. M. Bourlet me fai.sait la cour de dépit détre rebuté par toi; mais depuis que lui ai dit qu'il avait une perruque, oh! c'est fini, il ne me r. garde plus. Je n'aurais jamais voulu de cet homme-là pour mari, il est méchant, sournois.. . Moi, je veux un mari bon enfant, et qui fasse toutes mes volontés !

— Et Jolichose ?

— Ah! ce petit Cloud de Jolichose... il est bien bète.., il est vrai que chez un mari on a.ssure que c'est une qualité... lUais, il est bleu jeune et n'a pas encore une position.

— Il t'aime, j'en suis sûre.

— G ma sœur, est-ce qu'on peut être siire de quelque chose avec ces messieurs !... Tu vois, bien par toi-même que ceux qui ont l'air le plus sage, le plus sincère sont aussi trompeurs que les autres.

Le iendemain de cette conversation, dans le milieu de la journée, Jofehose. accourait chez les deux sœur», tout essoufflé, tout Uansporté, en s'écriant :

— Mademoiselle!... je l'ai... il est à moi... c'est fini!... Papa me l'a cédé... ouf!... Je suis si content que j'en ai perdu la respiration!... Madeni'Ji.'^^iiL- Léonie... entendez- vo,is? je l'ai.

— Si c'est l'ail iuiïsi bète qu à l'ordinaire, oui, je vous assure que vous l'avez toujours...

— Oh! il s'agit bien de bêtise .. c'est du sérieux cette fois... vous ne comprenez pas que j'en suis po.ssesseur?

— .Mais de quoi, enlin, de quoi'.' \oilà une heure que vous nous dites que vous l'avez, sans nous expliquer ce que c'est.

— Comment I je ne vous l'ai pas dif^,. C'est la joie... Ça me bouleverse... j'aurais bien gagé que je vous l'avais dit !... Vous " i, .« . ■-". que je ne vous l'ai pas dit'?

— Est-il impatientant, cet élrc-làl Monsieur JoHcho«p, vous me portez sur les in rfs !

— Mademoiselle, j'aimerais mieux vous porter dans mes bru.

— Parlerez-voiis enfin ?...

— Mademoiselle... m'y voilà... j'ai le fonds de papa... voilà le grand mot IAcIh'I...

— Vous avez le fonds de monsieur votre père?

— Oui, et un fameux fonds de confection, je puis le dire... qui va très-fort, confection d'enfants... Je vais confectionner de» onfants pour mon compte... C'est gentil à vingt-deux ans'....

— Et par quel ha-^ard votre père vous ccde-til déjà son fondjs... lui, qui vous trouvait trop jeune... trop étourdi?... Qui a pu le déterminer à agir ainsi?

— Alademoiselle, c'est une salade de homard qui en est cause.

— Une salade de homard ?

— Oui, mailemoiselle, une mayonnaise de homard.

— Comprcuils-iu quelque chose à ce qu'il dit, Augelle?

— Mademoiselle, vous allez comprendre : il y a hnit jours, mon père a mangé de cette mayonnaise... il l'aime passiomiémi'iit. il en a mangé beaucoup, il paraîtrait même qu'il en a mangé trop. Le homard est très-lourd. Bief, il a eu une indigestion ; depuis ce temps, il est toujours indisposé .. il ne peut plus nraii ger... ça ne passe pas... ou ça passe mal, .«i bien que le médecin lui a dit : « Vous avez une gastrite. Si vous ne vous soignât pas, vous êtes flambé ; il faut cesser tout travail, cela fatigue Prcnej! du repos et du lait, c'est le seul moyen de vous guérir. » Vous sentez bien que cela a fait réfléchir mon père. Il aime l'argent, mais, avant tout, il tient à la vie... et surtout à une vie dans \iquellc on puisse manger. Voilà pourquoi il se retire des affaires et me cède son magasin de conf'Ction. Est-ce heureux, ça?... Certainement je suis fâché que mon père seit malade, mais c'est égal, je suis bien content qu'il ait trop mangé de homard.

— Allons, mo.isieur Jolichose, c'est très-bien, je comprends maintenant voire joie. Et c est là tout ce que vous aviez à me dire?

— Oh, non, mademoiselle, ça n'est pas tout, car en me cédant son fonds, papa m'a dit : « 11 faut que tu te maries tout de suite, parce qu'il te faut une femme à la léte de ta maison... cest indispensable. Tâche, d'en trouver une qui aime le commerce et qni ait une jolie dot comptant... Tu meitras l'argent dans ton commerce, ta leinme dans ton comptoir, et ça pourra marcher. » Il a même ajouté : « Tu es en position de trouver des demoiselle:; eu quantité... tu dois trouver des dots de trente mille francs et même au-dessus ; depéehe-toi de faire ton choix, ta demamle, et marie-toi lien vite. » Alors, mademoiselle, vo là pourquoi je suis venu toujours courant.

Ici, Jolichose s'arrête, rougit, soupire et baisse les yeux. Léonie sourit, le regarde avec malice et s'écrie :

— Eh bien, après?

— Comment! après? Est ce que vous ne comprenez pas, mademoiselle ? Je viens vous demander en mariage.

— Mais, moi, Jolichose, vous savez bien que je n'ai pas en dot trente mille francs et au-dessus !... J'en ai quinze mille, pas davantage.

— Oui, mademoiselle, je le sais, vous avez quinze mille francs argent, mais ensuite, vous en valez bien quinze mille par vousmême, ça fait trente mille.

Léonie regarde sa sœur en murmurant :

— C'est gentil ce qu'il dit là, n'est-ce pas, Angelle? il a des moments où l'amour lui donne presque de l'esprit.

— Oh! oui, mademoiselle, oui, quand je pense à vous, je suis rempli d idées spirituelles, et quaud je serai votre mari, vous verrez que j'en serai farci,

— Prenez garde, Jolicho.se, vous allez tout de ^uite vous faire du tort ; mais si je voulais bien devenir votre femme, qui vous dit que votre père consentirait que vous prissiez pour sa bru une personne qui n'a que quinze mille frmcs d'i dot?

— Il faudra bien qu'il consente. D'abord, je lui dirai que je n'en ai pas trouvé d'autres !

— Et s'il vous en trouvait une autre, lui ?

— C'est diflérent. Je lui dirai alors que je n'en veux pas d'autre que vous.

— Ecoutez, monsieur Jolichose, dit An j-tUc, il y aura un moyen bieu simple de contenter monsieur votre père et de lever toutes les dilûcullés : mon père veut me donner à moi quinze mille francs comme à ma sœur, il nous a dit déjà plusieurs l'ois que nos

I,r PROFESSEUR FICIIECLAQI.'E.

(lots (ilaient toutes prêtes. Eh bien, comme moi, je ne veux jamais me marier, je le prierai de donner sur-le-champ à Léonie, outre sa dot, celle qu'il me destinait; comme cela vous aurez vos trente mille francs.

— l'ar exemple! s'écrie Lconie, te prendre ta dot! je voudrais bien vdir cola! Monsieur Johcliose, si vous acceptiez ce (|ue lua sœur propose, je vous déclare que je ne serais jamais rotre femme, que je ne vous reverrais de ma vie !

— Mais, niadenioiselle, je ne l'accepta pas... Ce n'est pas moi qui ai eu cette idée-là... Dépouiller votre sœur... fi donc!... Elle dit aujourd'hui qu'elle ne se mariera jamais... mais est-ce que l'on peut savoir ce quo l'on fera plus tard?... D'ailleurs, mademoiselle Léonie, je vous répète que je vous veux telle ipie vuns clés, que je me ficFie du votre dot, de vos quinze mille francs, et vdus n'auriez que quinze sous que je vous épouserais tout de môme... Oui, mademoiselle, vous et quinze .soift», ça suffit à mon bonheur.

Léonie tend sa main au jeune homme :

— A la bonni^ heure, c'est bien ce que vous dites-là. .. Tenez, Jolichose, voilà ma main... je veux bien être votre femme, et je suis siire d'avance que mon père approuvera mon chjûr».

.lolichose prend la main qu'on lui tend, mais an lieu de la baiser, il essuie ses yeux avec, parce que l'excès de sa joie le fait pleurer. Puis, il saute dans la chambre, renverse [plusieurs chaises, et manque encore de marcher sur te chat, tout en criant :

— Me voilà marié ! et j'ai le fonds de papa, une femme et une confection d'enfanis... Suis-je heureux!...

Léonie est oblif,'ée de le faire se tenir tranqnr^le, en lui disant :

— Taisez-vous donc, Jolichose ! parce que ttous allons nous marier, ce n'est pas une raison pour briser tous' les n)eubles ict et écraser mon chat.

— .Mademoiselle, c'est la joie, c'est le ravissement. Fandra-til que je vous demande à votre papa?

— Mais assurément, et il serait même beaucoup plus convenable que monsieur votre père vînt avec vons faire la demande de nia main.

— Mademoiselle, il viendra dès ce soir, s'il peut s'absenter de son cabinet d'aisance, parce que, depuis qu'il a sa gastrite, il y passe presque tout son temps... mais s'il ne vient pas ce soir, ce seri demain... Oh ! quel plaisir... mamzille Léonie! nous ferons uaë noce, n'est-ce pas, et nous danserons'?

— Je l'espère bien ; ne pas danser le jour de ses noces, cela porterait malheur!

— En ce cas, mamzelle, nous ne ferons que ça... Ah ! vous pouvez d'avance faire la liste des personnes que vous voulez invitgr pour ce beau jour-là... 'Vous n'inviterez pas M. Bourlet, n'estce p3,s?... il ne me plaît pas du tout, celui-là; et puis il demanderait peut-être à mon père pourquoi les homards devuimcut rouges quand ils sont cuits, et vous concevez, papa qui a maiiilenant les homards en aversion, pourrait prendre ça pour une per- -soinialité.

— Soyez tranquille, je n'aurais jamais eu envie d'inviter M. Bourlet.

— Mais par exemple, le professeur, maître Ficheclaque, ah ! celui-là, je l'aime bien; il ne se moque jamais de moi; vous l'inviteu'z, n'est-ce pas?

— Oh ! nous Verrons... non... il me semble que ce n'est pas la peine... n'est-ce pas Augclle, tu aimes mieux que M. Ludger ne vienne pas?

— Moi, je n'ai pas dit cela... Mais au contraire, il fknt l'inviter.

— Ah 1 que tu es singulière?... Alor.s, c'est toi qui t'en chargeras... Au reste, nous avons encore le temps!

— ■ Ohl non, manizclle Léonie, je suis pressé, moi, je voudrais me marier tout de suite... Je tâcherai d'amener papa ce soir, pendant un intermède, et on fixera le jour. Au revoir, ma future, ma li;incé(!!... Je retourne au magasin... Voule7.-vous me permettre ue vous embrasser, n'iinimrte z'où ?

— Par exemple!... nuiis nulle part... Quand vous serez mon mari, à la bonne heure, et encore il faudra que je sois contente de vous... Vous entendez, je vous préviens que je veux être la maîtresse, d'abord !

— Vous serez la maîtresse, vous serez le maître, vous serez tout dans la maison; moi, je ferai le ménage, je ferai ce que vous voudrez,

— Nous aurons une bonne, monsieur ; moi, je tiendrai la caisse, le couiptou', et vous, vous auvei afTaire au public... Kn

attendant, retournez parler à votre père et amenez-le ce soir.

— Oui, mamzelle, s'il ne peut pas *enir, je le porterai!

Et Jolichose .s'en va en courant, en sautant et «n tioale^enant lc;s chaises sur son chemin.

Léonie va embrasser -^a 'œur en loi di-ant :

— rroiivci-lii que j'aie bien fait di- laccepur pour mari?

— Oui, car c'est un bon garçon, et »!■ a l'air de t'aimer de tod son âme.

— Et cela ne te fiche jws que je me marie avant toi ?

— Me fâcher?... ah : j'en suis bien content»', ao contraire, cf je mi; regardais toujours comme un obstacle à ton bonheur. D'ailleurs je te lai dit, je le le répète, je ne me roariera» jamais...

— .'Wa bonne amie, Jolieho.^e a eu rai.son de dire que l'on ne pouvait .savi>ir ce que l'on ferait plus tard. Et tu veux qu'il vienne à ma noce, cet homrne qui cause ta peine... pour qui lu te condamnes an céhbat!... Je ue te conç/iis pa»... Est-o; comme cela que tu l'oublieras?...

— Ah! Léonie, je ne l'oublierai d'aucune façon... et j'aime encore mieux souffrir et le voir.

— N'en parlons plus. Je vais rrpfirter mes fleurs et m' occuper déjà des emplettes pour ma noc«... car j'ai besc'in de mille choses... Ma noce ! ah ! (jue c'est drôle !... je ne puis pas encore me faire à l'idée que c'est moi qui serai la mariée.

Léonie est sortie. Lorsqu'elle est seule, .\ngelle hiisse couler ses larmes, qu'elle a comprimées longtemps, mais que maintenant elle ne cherche plus à retenir. Elle n'est pas jalouse de l'union de sa sœnr, elle en est satisfaite au contraire ; mais elle ne peut s'empêcher de se dire que jamais elle ne goûtera le même bonheur.

Tout à coup la porie s'ouvre, car en sortant Léonie avait laissé la clef en dehors, et Lndger paraît devant Angelle, qui n'a pas eu le temps de cacher ses larmes. Le professeur demeure immobile (levant le tableau de la douleur de cette jeune fille. Il n'ose avanecr, et balbutie :

— Pardon... excusez-moi. ma Icraoiselle... je n'aurais pas dû entrer ainsi... e est M. Jolichose (|iieje viens de rencontrer, et qui m'a dit : « Allez donc chez M. Picardin, mademoiselle Angelle a qiiciqui chose à vous dire... » .Mais si j'avais su !... mon Diiiu... vous (ileurez?...

— Oh ! que cela ne vous empêche pas d'entrer, monsieur. Oui... je |)!cure... et devant vous je n'ai aucune raison pour cacher mes larmes...

— Angelle!.... Angelle!... pourquoi pleurez-Toa» T s'écrie Ludger qui ne peut plus résister à ce qn'il éprouve, et court se précipiter aux genoux de la jeune fille.

— Pourquoi je pleure! il mêle demande... lui, l'auteur de tous mes chagrins... lui, par qui je suis si malheureuse!... mais vous ne voyez donc pas que la souffrance me mine... qu'elle me tue!... Oui, je suis as.sez lâche, assez folle pour vous aimer encore... pour vous le dire quand je devrais vous fuir, vous dcte.ster!... Mais, grâce au ciel, celle Souffrance m'enlrainera bientôt dans la tombe... aloi's vous ne me verrez plus pleurer...

— Angelle... par grâce... par pitié .. vous me désespérez... Ah! si vous cessiez de vivre, que lerais je encore dans le moude, moi, qui ne pense qu'à vous... moi, qui vous adore !...

— 11 ose encore me dire qu'il m'amie, quand il ne veut pas de moi pour sa femme I

— Oui, je vous aime... oui, je n'ai jamais aimé que vous!...

— Ecoutez, Ludger, si vous voulez que je vous croie, il faut me dire pourquoi vous ne voulez p.«s être mon mari, il faut m'appieiulie quel est cet obstacle qui s'élève entre nous... Alors... eh bien alors, je verrai si je peux vous croire... Aloi^s il me semble que je serai moins malheureuse.

Vous le voulez, Angelle, vous voulez connaître ce secret terrible?... Ah! vous allez me mépriser... me trouver bien ampable.

— Non, non, mais parlez... Ah! dites-moi tout... je le veux...

— J'avais juré de garder le silence, mais il m'est impossible d« résister à vos prières... Vous al'ei tout savoir!

l'AVïNTUiiK or pnorr.ssKim.

Vous n'avez pas oublié celle époque on je vous appelai» ma petite femme, oh je venais |>assir presque tout mon temps près de TOUS. O temps, hélas I j'aurai* voulu l'ïmploytr austi à don-

LE PRc

l.rn Fir.HECLAQU'R.

La cérémonie commeuça sur le champ. (P. 26/

lier des leçi>ii':, à ga;,'ni r i\e l'argent! c;m'. après la nivit de mes parents, je m'étais trouvé dans mit! profonde détresse, et c'est à peine si j'avais un pauvre élève avec lequel je gagnais de quoi ne pas mourir de faim. J'étais si pauvrement vêtu qne, lorsque je me présentais dans une maison où l'on m avait dit que l'on cherchait un professeur, on me regarda\t d'un air de pitie et l'on me renvoyait en refusant de m'emnloyer... Pour ach'viT de mv désespérer, nimisieur votre pei-e me dit un jour : « Kicheelaque, vous êtes amoureux de ma petite Angelle, elle s'habitue à vous appeler sua futur mari; je ne veux plus décela. 'Voiis n'é|)Ouserez point ma ■fille, car vous ne gagnez pas seulemunt de quoi vous acheter un atitre iialetot, et le vôtre est plus que râpé. Vous èles savant, c'est possible, mais vous ne savez pas tirer parti de votre science. 11 ne faut plus venir nous voir si souvent, mon garçon. Je suis fâché de vous dire cela, mais vous avez trop l'au' d'un mendiant. » Vous rappelez vous tout cela, mademoi-.elle?

— Oui... oh! oui... car vous pleuriez eu me disant adieu .. Et moi, je vous disais. « Revenez toujours...» je vous trouve assez bien mis!...

Je m'éloignai désespéré, et j'allai, comme c'était assez mon habitude, lifomener me-; rêveries du côté de Bougival. Je montais jusque dans le bois de i.ouvecienne; là. je rencontrais peu de monde, et je pouvais m'abandonner à mes réflexions qui étaient fort tristes; car si l'on peut à dix huit ou vuigt ans rire de sa mi- ■sère et braver l'adversité, il en est pas de même lorsque, arrivé à l'âge de trente ans, on n a pas encore pu se faire une position. Et j'en étais venu la, je maudissais le grec et le latin, je maudissais la science qui ne me donnait pas de quoi vivre et je regr.rttais de ne point avoir a|i(iris à ressemeler des souliers... Ah ! j'étais bien malheureux! Pardonnez-moi de m'étendre sur ces détails... mais ils serviront peut-être a me faire pardonner ce que je fis ensuite...

Un jour... c'était six semaines après que votre père m'avait à peu près mis à la porte. Je n'avais plus que deux sous dans mu poche et rien à espérer pour le lendemain. J'étais assis dans un endroit solitaire de la campagne... et je versais des larmes... car je pensais qu'on lie me voyait pas!... Tout à coup, nu homme, mis fort pro-

prement, mais dont la tournure était assez commune, s'arrête devant moi et m : dit:

« .Monsieur, vous n'êtes pas heureux... vous êtes professeur de langues, je le sais, mais vous n'avez pas d'élèves, votre mise pauvre vous empêche d'eu trouver... Voilà plusieurs fois que je vous vois ici... Je me suis informé, vous êtes d'origine allemande .. vous vous nommez Ficheclaque et vous êtes un très-honnête garçon... c, i|iii ne vous empêche pas de mourir de faim.»

Je regardai cet homme avec étonuement, en répondant:

« Tout ce que vous venez de dire e.st exactement vrai, monsieur, mais oii voulez vous en venir? »

L'inconnu s'assura que nous étions bien seuls et reprit:

« Je viens vous olTrir de sortir de votre triste position: vous recevrez trente mille francs comptant, cette nuit même, si vous consentez à ce qu'on exigera de vous. »

Trente mille francs!... concevez -vous, Angelle, quel effet peut produire cette offre faite à un homme dénué de tout et prêt à mourir de faim ? Cependant ma première pensée fut qu'il s'agissait de commettre une action criminelle, et je répondis :

« .Monsieur, vous savez que je suis un honnête homme et, s'il s'agit de commettre une action coupable, je refuse de gagner ainsi la somme que vous me proposez.

« On ne vous propose aucune action coupable ! reprit l'inconnu; bien loin de là : il s'agit de conserver l'honneur à une famille noble... estimable... d'empêcher une jeune fille de se livrer à un vil séducteur... enfin, il s'agit de l'épouser... »

— 0 mou Dieu ! s'écrie Angelle ! vous marier ?... il serait possible!...

— De grâce, permettez-niui d'achever mon récit.

« Comment, dis -je à cet homme, vous voulez que.ie me marie à une personne que je ne connais pas... que je n'ai jamais vue?...

« Et que vous ne verrez et ne connaîtrez jamais... de son côté, voire femme ne vous connaîtra pas davantage. Ecoutez, voilà ciiuimeul les choses se passeront : ce soir, à onze heures et demie, je viens vous prendre ici avec une voiture. Vous aurez la complaisaii'c de vous laisser metire un bandeau sur les yeux, car il ne

LE PROFESSEUR FICHECLAQUE.

LuJger exumiiie cette mai», qui jiorte à l'annulaire gauctie... (P. 28.)

faut pas (]\ie. vous sachiez où vous allez. Nous arrivons chez moii maitre, Je vous conduis à la ciiapullc qui sera prcpanie, i-l li; pn";tre sera là pour célébrer votre union. Votre future arrivtra couverte d'un grand voile (jui ne vous permettra pas île voir ses traits. Vous ne lui parlerez pas... vous ne cliorcherez |)as à la connaître. De son côté, je vous réponds qu'elle en fera autant, et lo prêtre parlera assez bas pour <iue vous n'entendiez pas les noms qu'il prononcera. La cérémonie achevée, ou emmène la mariée. Mon maître, qui sera masqué, vous remet les trente inilli^ francs qui vous sont dus, en vous faisant jurer de ne jamais parler de cette aventure. Puis, je vous remets le bandeau sin' les yeux, vous remontez en voiture et on vous ramène oii l'on vous a pris. Voilà tout ce que l'on eïif^e de vous. Vous serez marié, c'est vrai, in.i'.s jamais vous n'entendrez plus parler de votre femme ; et, grâce à la .somme importante que vous aurez reçue, votre sort eliaugera, car vous pourrez vous domier de beaux habits, faire somier de l'or dans vos poches, et avec cela dans le monde ou est toujours certain de parvenir. »

— Maintenant, mademoiselle, veuillez vous rappeler quelle était ma position: «ans argent, sans ressource... vêtu presque comme un mendiant... n'osant me présenter mille part... on m'ollrait une somme qui me domiait les moyens de feparaitre dans le inonde... je ne songeai pas que j'engageais ma liberté... Me trouvez-vous si coupable d'avoir aceeiite'?...

— iNon, dit Augellc en tendant sa main à Ludger, non... et je vous pardoime, car cette femme vous ne la connaissez pas... cette (cmme vous ne l'aimez pas... Ah! tenez... je suis déjà moins malheureuse depuis que je sais que vous n'en aimez pas d'autre, et que je puis croire que vous m'aunez toujoiu's! mais coiitinuez, mou ami... achevez votre récit... Ah! vous comprenez eombien il m'intéresse.

Après avoir couvert de baisers et pressé sur son eivur la m.iui qu'Angi'lli! lui abandonne, Liulger reprend:

— Aussitôt qui' j'rns annoiii-e que j'acceptais ce que l'on me proposait, mon honune me remit cin<i cents francs eu or en me disant:

« Prenez cela d'avance et achetez-vous d'antris vêtements : il ne faut pus ipie vous paraissiez à la chapelle vêtu comme vous l'êtes e.n ce moment. Ce soir, soyez à onze heures et demie ici ; je viendrai vous prendre avec la voiture.

Puis cet homme disparu. H me sembla un moment être le jouet d'un songe, mais la bourse pleine d'or qui était dans ma main me prouvait que je ne rêvais pas. Je revins à Paris, où je changeai complètement de toilette; puis le soir j'étais exact au rendezvous L'iii lividu que j'avais vu le matin ne se lit pas attendre; il parut très-satisfait en me voyant sous mon nouveau costume, ri s'écria; « Ou a beau dire que l'habit ne fait pas l'homme... vous n'êtes plus reconnaissable. » 11 me lit monter en voilure et me mit un bandeau sur les yeux. Le carrosse roula quelque temps. Je crus remarquer que nous revenions quelquefois sur nos pa.s, mais qu'en réalité nous ne faisions pas beaucoup di- chemin. Au bout de vingt munîtes la voilure entra dans une cour... ce que je présumai du moins par le bruit des roues sur le |)avé, puis elle s'arrêta. Ou me lit descendre, monter six marches, traverser un vestibule... du moins je le jugeai ainsi, puis redescendre un perron... et marcher dans un jardm. Là ou in'ôla mon bandeau, nous étions devant l'entrée d'une cliapelle, située sans doute dans le fond d'un jardin; à la porte de celt.- ch.ipelle. je rem.irquai une statue représentant une femme en prière, mais à laquelle \1 manquait une main. Vous me demanderez peut-être comment je pus voir tout cela puisqu'il était unit, mais un valet m.m-hait devant nous en portant nue lorelie, et ce valet s'était jusleraent arrête contre la statue.

Avant d entrer dans la chapelle, mon conducteur me remit un anuraii, en me disant :

u Voici ce que vous passerez au doigt de votre femme. Ne cherchez point à ouvrir celte alliance... Vous ne devez pas voir ce qui est écrit dedans. »

Je pris l'anneau que je mis à mon doigt en pnnn ttant de ne point l'ouvrir. Mais, maigre moi, je ne pus me défendre alors d'un sentiment .le euriosilé. et je me dis : s;ins doute il y a dans relie alliance le nom de celle que Ion nio fait épouser... Parbleu,

LE TROFESSECR FlCHFXLAQLr..

j(! no (lois jamais coniiaî;ri> ma fi'mmr', t;\rtinns an m'iins île rcconiiailre cet anrioaii. Et, sans qui; ci-la put se remarquer, lorsque le nie trouvai placé ilevaiit la balustrade en fer qui sé|)arail li's fidèles de l'autel, je frottai avec tant de force mon anneau l'itiire l'i'lte balustrade que je lui lis des marques qui n'ont pas cii s'eflacer.

Celle que j'allais épouser parut bientôt donnant le bras à un {;iand homme de belle tournure, mais qui était masqué. Quant à la inariéi", elle était tcllcracnt cachée siius des voiles qui enveloppaient toute sa personne, qu'il était même impossible de deviner si elle était vieille ou jeune, et le voile jeté sur sa tète me sembla si épais que, de son côté, elle ne devait pas distinguer les traits des personnes qui l'entouraient.

La cérémonie commença sur le champ. Le prêtre qui nous unit parlait quelquefois si bas, qu'il était diffli'ile de l'enttndrc; et d'ailleurs, en ce moment, je dois vous l'avouer, chère Angelle, votre souvenir était présent à ma mémoire : je comprenais qu'en m'unissant à une autre, c'était vous perdre pour jamais!... Et, s'il en avait été temps encore, j'aurais changé de résolution. Mais déjà on m'avait présenté la main de la mariée, main petite, mignonne, et qui était tremblante : le grand monsieur qui était près d'elle soutenait son bras, sans quoi je crois qu'elle n'aurait jamais eu la force de recevoir l'alliance que je passai à son doigt, en tremblant aussi... mais déjà la cérémonie était terminée. Ma lemme avait disparu ; j'étais seul avec le personnage masqué. Il vint à moi et me remit un portefeuille, en disant :

a Voici la somme qui vous a été promise. Maintenant, oubliez ce qui vient de se passer, et surtout jurez-moi de n'en jamais dire un motj quant à votre femme vous n'en entendrez plus parler. Vous êtes un honnête homme, on est persuadé que vous ne faillirez pas à votre parole. »

Je jurai, puis je fus reconduit avec les mêmes cérémonies que lorsqu'on m'avait amené. Cette promesse... ce serment que j'avais fait, je viens d'y manquer. . mais vous l'avez exigé... m^is vous mourriez de votre chagrin si je vous avais résisté... Ah ! je ne me repenspas dd vous avoir céJé... heureux d'être coupable, si j'ai pu ainsi obtenir de vous mon pardon !

— Oui, Ludger, oui, je vous pardonne, car vous n'en aimez pas une autre, car je [luis croire que vous pensez toujours à moi... Si vous saviez comme cette idée me fait du bien... comme je respire avec plus de plaisir !... Vous ne pouvez pas être mon mari... puisque vous êtes marié... mais vous ne serez pas à une ;uitre non plus... car cette femme qu'on vous a fait épouser, vous ne l'aimez point, n'est-ce pas, mon ami ï vous ne chercherez jamais à la retrouver '! Elle a votre nom, mais c'est moi, moi seule qui aurai votre cœur ?...

— Jamais il n'a battu que pour vous...

— Cependant... si cette femme venait à mourir... cela vous rendrait libre... Mais comment le sauriez-vous ?

— Je l'ignore... et voilà ce qui me désespère !... Ah! pourquoi ai-je Consenti à cette fatale union !... mais la misère... le dènùment... vailà ce qui m'a perdu.

— Je vous ai pardonné, Ludger, cessez de vous adresser des reproches inutiles. Maintenant, je ne pleurerai plus... vous viendrez nous voir so ivcut... tous les jours... Vous ne serez pas mon mari... mais nous nous aimerons toujours, et l'amitié noiis coiifoiera des obstacles que le destin a mis à notre union. Et maintenant vous viendrez à la noce de ma sœur. Ah! je suis heureuse qu'elle se marie... je suis aimée, moi, et cela me suffit.

RETOUR DE CONTRAN

Léonie est devenue madame Jolichose, et elle est allée s'établir dans le magasin de confection qui appartient maintenant à son mari. Angeile reste seule avec son père. Mais maintenant Ludger vient tous les jours près d'elle passer tous les instants qu'il a de libres. Quant à M. Bourlet, furieux de n'avoir pas été invité à la noce fie Léonie, il ne met plus les pieds chez M. Picardln, où il sait que le professeur retourne assidûment. Mais il tâche de se venger en disant partout :

— La petite Léonie a épousé Jolichose qu'elle traitait d'imbécile... mais elle a réfléchi qu'uu imbécile était bien le mari qu'il lui fallait. Sa sœur Angeile continue de soupirer avec maître Fi-

chcclaque, qui se laisse faire les yeux doux, niais n'époiisi' pa-.-.. Probablement, il trouve que ce n'est pas nécessaire; il fait le piquel avec le papa, qui est satisfait, du moment qu'il a quelqu'un pnur faire sa partie. Singulii-re maison! Je n'y mets plus les pnds... je n aime pas les situations luuches !

Depuis qu'il est de retour à Paris, Edouard de Cbarnieusc n'a pas été un seul jour sans aller rendre visite à la comles>e de Valgrave; il n'a pas eu de peine à se faire bien venir du petit Armand, anqiipl il apporte sans cesse quelque jouet nouveau. Le petit garçon court an-devant de lui dès qu'il le voit arriver; il l'embra-sse en l'appelant son bon ami, rt dit à sa mère :

— i'ti deux amis que j'aime bien... mais comme Charmeuse m'apporte toujours quelque chose, comme il me donne tout plein de joojoui... «elil-hi c'est mon bon ami, et il a le droit de m'embrasser ; tndit que Lndjrer, c'est mon professeur; il ne m'apporte jamais rien ; Mloi-là ce n'est que mon ami, et il ne m'embrasse pas.

Les erfants sont déjà de petits hommes, et ce mobile de tout, l'intérêt personnel, les fait a^r, avant même qu'ils sachent raisonner.

Edouard s'était trouvé plusieurs fois chez Va.'entine pendant que le petit Armand recevait des l^çons de Ludger j il avait même pris [ilaisir à assister à quelques leçons; la vue dn professeur avait sur-le-champ chassé de son esprit toute crainte; la douceur, la bonté se peignaient dans les traits de Lu l;:rr, dont le ton était aussi respectuiux que convenable; aussi Charmeuse s'était il kcnti sur-le-champ porté à aimer cet homme qui mettait tous ses soins à instruire le petit élèvr qu'on lui avait coiitié.

Le retour du marquis de Ravageole était attendu avec impatience par Edouard. Déjà plus de deux mois s étaient écoulés depuis que Contran était parti pour l'Italie; et comiiie Valentine ne recevait jamais de nouvelles de son frère, qui trouvait superflu de faire part à sa sœur de ses actions et de ses projets, celle-ci ignorait totalement si l'absence du marquis devait se prolonger encore longtemps.

Mais un matin, une voiture entre dans la cour de l'hôtel, et Contran en descend gai, joyeux, bien portant. 11 entre chez sa sœur en s'écriant :

Me voici, moi. Bonjour, Valentine! tu te portes bien, je le

vois à tes yeux. Quant à moi, ma santé est totalement rétablie ; le séjour de l'Italie m'a fait le plus grand bien, et j'y serais resté encore si je m'y étais amusé... Mais ce diable de Paris... il n'y a rien qui lui soit comparable I... Je n'y tenais plus, et j'y suis revenu avec bonheur... Mon coquin de neveu se porte bien, j'espère?

— Oui, mon frère; il dort en ce moment, mais si vous voolez l'embrasser...

— Non ; j'ai le temps... il ne faut pas le réveiller... j'ai hâte de changer de toilette...

— Mon frère, je voulais vous dire...

— Plus tard, Valentine, plus tard!... et vous me parlerez tant que vous voudrez... pourvu que cela en vaille la peine, cependant, sans quoi je ne vous écoute pas; car, je vous en préviens, je suis revenu à Paris pour m'amuser, et j'ai hàle de réparer le temps perdu.

Le retour de son frère a vivement ému Valentine, car elle sait que celui qu'elle aime, que le père de son enfant est imparient de le voir ; et elle tremble et redoute l'entrevue qui aura lieu entre Edouard et Contran. Mais il n'y a pas moyen de cacher l'arrivée du marquis ; et en se rendant à Ihôtel, au mouvement qu'd remarque dans les appartements et parmi les volet), M. de Charmeuse a sur le-cbamp deviné que le frère de Valentine était de retour. Alors, au lieu de se rendre suivant son halitude chez la comtesse, c'est chez M. de Ravagtole qu'il se fait annoncer.

Contran venait à peine de quitter ses habits de voyage lorsque M. de Charmeuse se présente devant lui.

T:ens!... c'est Edouard, notre ancien compagnon de folies!..

s'éciie Contran en souriant à son visiteur. Pai- ma foi, mon cher-, vous me prenez presque au débotté... j'arrive d'Italie ce nialir, même... Quant à vous, avant de partir, j'avais déjà appris voire retour en France avec une nouvelle fortune, que vous venez probablement y manger. C'est très-bien... je vous approuve, et je vous y aiderai niéuie; car tel vous m'avez quitté, tel je suis encore, aus^i bon viveur, aussi bon com|iagno:! qu'autrefois.

Cet accueil cordial déconcerte un peu Edouard, qui s'attendait à une toute autre réception; cependant il se remet, et saus pren-

LE raOPKSSEUR FJCllECLAQUE.

(Ire la rn;iin (\\}n le marquis lui prcsciilc, le salue profoiuK^mont,; el lui répond d'un ton sérieux: .

— Monsieur de. Havageole, ce n'est pas pour vous entretenir de, iK)s ancicttues folies, ce n'est pas dans l'intentiou do vous ea proposer de nouvelles que j'avais hâte de vous revoir... Le sujet qui m'amène est grave, important; je croyais que vous l'auriez deviné (Il me voyant.

—Je ne tiens nullement à deviner ce qui est important et gravec'est dans l'intention de m'amuser, de me livrer aux plaisirs, que je suis revenu à Paris. Si vous fivcz à me parler de choses sérieus(;s, dépêchcï-vous d'en finir, sans quoi je vous avertis que vous n'en trouverez plus l'occasion.

En disant ei.'la, Goulraii se jette sur un divan, allume un cigare et commence à liimcr. M. de Charmeuse s'assied en face de lui, se met parlai tenieiit à son aise et reprend la parole.

— Monsieur de Ravageole, la dernière fois que je vous vis, vous rappelez-vous ce que je venais vous demaniler?

— Parfaitement, mon cher, parfaitement ! Vous veniez me demander la main de ma sœur, que je vous refusai, parce que vous étiez ruiné. (Je que j'ai fart alor.-, je le ferais encore aujourd'hui si les positions étaient les mèuies... jen'ai pas deux manières de voir.

— c.o que vous avez fait alors, vous l'avez fait en y joignant pour moi des motifs injurieux, en me prêtant de vils sentiments il intérêt, qui n'étaient pas les miens, car ce n'était pas pour sa l'ortune, c'était parce que je l'adorais que je vous demandais la inain de votre sœur...

— C'est possible... d'autant plus qu'on adore toujours les femmes qui ont une grande fortune... Mais, au fait, où voulez-vous en venir?...

—Si vous n'aviçz pas été le frère de Valentine, croyez-vous donc que j'aurais enduré patiemment les paroles qui accompaguùrent votre refus?...

— Non, non; j'ai fort Inen compris ce qui vous arrêtait, car je sais que vous êtes brave, vous en avez donné la preuve en plus d'une occasion; c'est pour quoi j'aurais eu grand plaisir à me battre avec vous!... mais j'espère que cela pourra se retrouver... iistce pour me provoquer que vous êtes venu ce matin me trouver?... Oh! alors, bravo! je suis votre homme... prenons sur-le-champ rendez-vous...

— .^on, monsieur, cela ne se peut pas plus aujourd'hui qu'autrefois, car vous êtes toujours le frère de Valentine...

— Alors que diable venez-vous me conter avec vos souvenirs de notre dernière entrevue!... et à quoi bon revenir là-dessus?

— Monsieur, quand cette entrevue eut lieu, j'ignorais que ma faute avait ou des suites... que votri; so'ur était mère ..

— Pardieu! il me semble, mùiisieiir de Charmeuse, que c'est moi qui aurais le droit de vous demander raison de votre cotidiiile... de l'outrage fait à ma sœur... el lorsque je veux bien ue pas vous dire un mot de cela, c'est vous qui vtiicz me le rappeler!... décidément, vous avez envie que nous nous battions!

— Monsieur, en vous demandant la main de Valcntii)e,je cherchais il réparer ma faute.

— Heureusement je l'ai beaucoup mieux réparée et cachée quç vous ne l'eussiez fait, lui mariant ma sœur, j'ai di'robé sa boute à tous les yeux... Aujourd'hui, vous es|iériez peut-être encore l'épouser... la croyant veuve!...

— lin rll'ct, je l'espérais, c était mou plus ardent désir. Ayant niainteuant une fortune qui ne permet plus de penser que rintérôl me fait agir, je me llattais que vous-même verriez cette union sans déplaisir... .Mais qu'ai-je appris de la bouche môuiu de votre sieur!., elle n'est pas veuve... celui que vous l'avez forciie à épou-ser, le comte de Vaigrave, existe toujours!... et il a disparu .. .iliandimiié sa fenmie... et il consent à ce qu'on dise (pi'il e>t mort!... Mais quel est donc cet homme? à quel misérable avezvous lié l'existence d'ime femme charmante, d'une femme faite pour être tendrement aimée? Où donc est-il ce Valgrave que pcrsoime ne coiuiaît, (|iic personne n'a vu? Voilà, monsieur, ce que je viens vous deniaiider, ce que je veux savoir... H faut que je le trouve, cet homme qui me prive à la fois du bonheur d'être époux et père... il faut i)ue je le trouve et que je le tue... car il m'a pris ma femme, il m'a pris mou enfant !...

Goiitràii se levé eu faisant un mouvement d'impatieiico ; il jc;tte ri avec colère le bout de son cigare el se promène avec agitation dans 1 a|ipart(Mnent, en murmurant:

— Ah ! vous voulez connaître le mari de ma sœur ! . ,. ah ! vous >"HiJez aller le trouver... lui chercher querelle... le tuer!... Vous.

auriez de la peine !... il ne se bat pa.s, celui-là... mais je f-uis désolé de vous contrarier, raon cher monsieur; rien de tont cela n'arrivera!... Il ne me plait jias, à moi, que tous connaiesiez le comte de Valgrave... par con-équent je ne vous dirai pas où il est.

— Vous ne me le direz pas?

— Non, monsieur, oh! toutes vos instances à ce sujet seraient vaines!... ma résolution est irrévocable!

— Ah! monsieur de Havagcole, vous ahnsez cruellement Je votre portion, de votre litre de frère de Valentine!...

— Je vous ai déjà dit, monsieur, que, dès que vous le voudrez, je serai à vos ordres, soit à l'épée, soit au pislolel.

— Mais enfin, pour agir ainsi que vous le faites, il fant que von? ayez un motif... Pourquoi prfpiégez-vous ce Valgrave?... ffinr.]Ti..i me refusez-vous le bonheur de me battre avec lui?... Croyez- vi^is donc que votre sœur soit heureuse de la position que tous lui av.-z faite?. .. ce veuvage qui est faux... cet enfant que je ne puis appeler mon fils... Par pitié... Contran! au nom de cette amitié qui nous liait autrefois, ne persistez pas à faire notre malheuf a tous... dites-moi où est ce Valgrave qui vous a vendu son nom... ce mariage peut se briser peut-être...

— Non, non, et cent fois non !... Tenez, Charmeuse, croyez-moi, ne revenez pas sur ce sujet; la position de ma sœur est celle que vous lui avez faite... c'est grâce à moi que l'honneur de n<ilre maison a été sauvé... j'ai trouvé un homme qui a bien voulu lui donner son nom ; et présumant que les deux époux ne se plairaient pas ensemble, j'ai exigé de cet homme qu'il partît, qu'il ne revint jamais près de sa femme... Il me semble que c'est gentil cela... un mari qu'on ne verra jamais... qui consent à passer pour mort!... Mais au lieu de vous plaindre de moi, vous devriez me remercier... en vérité, je ne vous coni^ois pas!...

— Monsieur de Ravageole, vous oubliez que votre soeur est incapable de trahir ses devoirs... môme lorsque c'est à un misérable qu'elle est liée.

— Monsieur de Charmeuse, il me semble que ma sœur ne s'est pas toujours montrée si sévère que vous la faites maintenant. Mais brisons là! vous avez tout dit, je pense, et j'espère que vous ne reviendrez plus sur ce sujet ?

— Non plus avec vous, monsieur, puisque vous êtes impitoyable; mais ce que je veux vous dire encore, c'est que déstirmais mon seul but, ma seule pensée sera de découvrir où est ce comte de Valgrave que vous refusez de me faire conuaitre. Ob 1 je le trou"erai... j'y parviendrai... et alors, je vous le jure, tout son sang me payera le mal qu'il m'a fait !

Gonlran part d'un éclat de rire, en s' écriant d'un ton moqneur :

— Très- bien, trèS-bien ! tuez Valgrave... si vous le trouvez, je vous le permets... oh ! je vous le permets!

Edouard se contient avec peine; il sort furieux de chez le marquis et en lui lançant un regard menaçant, auquel celui-ci répond, en saluant avec ironie, par ces mots :

— A vos ordres quand vous voudrez !

TOI ECLAIR Lvrr-

Depuis le retour du marquis, Ludger continuait de donner des leçons à son jeune élève ; c'était habituellement sur les raidi qu'il se rendait à l'hôtel de Ravageole. Pour allei chez la comtesse de Valgrave, au lieu de monter le grand escalier qui eonduisiiit «us cnirées principales des appartements, il lU montait un plus petit, qui arrivait jusqu'à la porte d'une pioce doiinaut sur la chambrt; d'.\rmand. On lui avait indiqué ce chemin plus commotie pour lui, en Ce qu'il lui évitait la peine de traverser tout rappwtemcnt de la comtesse. Ludger ne rencontrait jamais le mar>)uis en suivant celle roule ; il n'aurait pu le voir qu'en iraveisint la (Mi.r de Ihôtel; mais comme il s'y rendait toujours vers midi, il ne pouvait guère se rencontrer avec Goutrau qui, faisant de lu nuit le jour et ne se couchaui jamais avant quatre ou cinq heure;? du matin, était encore au ht pendant que son neveu n-ceraii .siin professeur.

Après l'entrevue orageuse qu'il avait eue avec lo niiin^uis, Edouard était revenu voir Valentine et ne lui avait pa.s cache quelle avait été la réponse de sou fW-re. Mais la jeune (einme n'eu avait pas été surprise, elle roniiaiss.iit le car.uière iiHK»mpt.ible

LE IMtOFESSEUK FICHECLAQUt..

de Gontran et savait liitn qu'il serait impossible de rii-n ih;iii;,'cr à Cf qu'il avait résolu.

— Il faut nous soumettre à notre sort, dit-elle en soupirant. Je ne suis plus si mullieiireuse ; je vous revois, vous m'aimez toujours et j'ui mon tils avec moi.

Mais M. lie Charmeuse ne pouvait ainsi prendre son |)arti, et il n'avait (pi'uiie puisée, qu'un dësir : c'était de trouver cet homme qui avait épousé Valeiiline et consenti ensuite à passer pour mort.

Le printemps était revenu, l'été s'approchait, et un jour, pendant que son fils prenait une lei^on de son professeur, Valentine, <|ui était venue eiïihrasscr Armand, dit à Luilger :

— Daiis quelque temps il iiuu> faudra suspendre les leçons, le travail, car nous irons suivant notre habitude, passer quelques mois à la campagne.

— Vous avez bien raison, ma lame, dit Ludger, le séjour de la rampagne est bien afçréable en été, l'air dos eliainps est plus sain que celui de Paris, et je suis persuadé que mon jeune élève doit s'y plaire beaucoup.

— Oh! oui, dit Armand, je m'amuse bien là-bas, je cours dans le jardin, dans le parc... c'est bien grand le parc !... Kt puis, il y aune grotte, un labyrinthe, une pièce d'eau et un petit bateau !... Mais, maman, pourquoi mon ami Ludger ne viendrait-il pas aussi à notre campagne?... Je lui ferais voir tout cela... il courrait avec moi dans le jardin... nous nous amuserions bien... et [luis je prenurai toujours des leçons et ji: coiuinence à épeler... je saurai lire bi. ntôt... et Mouvert ne ni'a|ipellera plus un âne!...

— Mon cher Armand, je ne demanderais pas mieux que de recevoir M. Ludger dans notre propriété de Montchauvet, mais c'est un peu loin de Paris.

— .K combien de lieues madame ?

— Seize lieues environ, c'est par la route de Mantes, à quelques lieues plus loin.

— En effet, c'est loin pour quelqu'un qui a chaque jour des occupations à Paris.

— Ah ! si nous possédions encore la eliaimarite propriété que nous avio.ns auprès de Lonvecienne, vous auriez bien pu venir là!... C'était si près de Paris! en moios d'une heure on y était.

— Ah! madame a eu une propriété... près de Louvecienne ? répond Ludger qui n'a pu s'empèclier de tressaillir eu entendant nommer ce village.

— Oui, c'était presque un petit château!... Rien n'y manquait, beau jardin, parc, pièce d'eau; il y avait même une petite chapelle dans le fond du jardin.

Ludger éprouve un nouveau frémissement, il jette à la dérobée un regard sur la comtesse, tout en disant :

— Et il y a fort longtemiis que madame n'habite plus... qu'elle n'a plus celte propriété ?

— Mais, non, pas très-longtemps... il y a six ans j'y étais encore... j'aimais ce château... il nous venait de nos parents... je ne sais pas pourquoi mon frère a voulu le vendre... j'y avais passé mon enfance... je le regrette... et pourtant il se mêle à mes regrets un bien triste souvenir...

Valentine se tait et devient rêveuse. Ludger garde quelque temps le silence, puis enfin il murmure eu hésitant :

— C'est sans doute dans cette propriété de Louvecienne que madame s'est mariée?...

Valentine éprouve comme une commotion, mais elle ne lève pas les yeux et se contente de balbutier :

— Oui... c'est là... qu'on m'a mariée.

D'étranges soupçons traversent l'esprit du professeur, qui cherche dans sa tète comment il pourrait parvenir à en savoir davantage, et éprouve une émotion qu'il a de la peine à maîtriser.

— Maman, est-ce que tu pleures? s'écrie tout à coup le petit Armand, qui vient de voir des larmes s'échapper des yeux de sa mère.

— Non, mon ami, non, je ne pleure pas! répond Valentine, qui /empre-se d'essuyer avec son mouchoir les traces de ses pleurs.

— C'est que tu as eu lair triste tout de suite... est-ce parce que tu regrettes ton vieux château ?

— Mon ami, ou doit tenir aux lieux dans lesquels on a passé son enfance, où l'on a reçu les caresses de sa mère.

— Et bien, il faut dire à mon oncle Contran de racheter ce château que tu aimes tant. Puisque nous sommes riches, nous pouvons bien acheter ce que nous voulons, n'est-ce pas, maman?

— Mon ami, ce château ne doit pas être à vendre... eeux qui s'en sont rendus asquereurs veulent sani doute le garder. D'ail-

leurs il déplairait probabb'ment à ton oncle, puisqu'il a voulu le vendre. .Mais notre nouvelle proprieti; me plait à présent... tu es avec moi, je ne regrette plus rien.

— Alors il ne faut pas avoir l'air triste... C'est égal, je suit f.lché que mon ami Ludger ne pui-se [las venir à Montchauvet.

— Si ton professeur a quelques jours de libres pendant la bel|.; saison, il nous fera grand plaisir de venir les passer avec nous . no^re campagne.

Ludger s'incline en murmurant :

— .Madame est trop bonne... elle me fait beaucoup d'honneur .,

— Et mon noiiv •! ami Edouard, il viendra aussi à Montchauvet, n'est-ce pas, maman?... D'abord il m'a déjà dit qu'il me suivrait partout oii j'irai... (pi'il ne voulait plus me perdre de vue !...

Valentine rougit tout en répondant :

— Oui, mon ami, M. de Charmeuse viendra nous voir. Oh! tu ne t'ennuieras |ias, nous aurons de la compagnie.

— Ludger, donne-moi une autre plume... je ne pcuï pas écrire avec celle-ci .. elle est mauvaise... Pourquoi ne me fais-tu pas écrire avec des plumes de fer?

Le professeur rélleidiissait toujours, il cherchait un moyen pour éclaircir ses soupçons. Tout à ciiiip un souvenir le frappe et, prenant une plume qu'il se me' à tailler, il dit à son élève :

— Je ne vous fais pas servir de plumes de fer, parce que cela rend presque toutes les écritures semblables, et, suivant moi, i'('st un mauvais .«ystéiiie ; plus tard, quand votre main .sera formée, vous vous en servirez si cela vous plait mieux. Tenez, en voilà une qui sera très-boîine.

— Non... non .. elle ne vaut rien non plus.

— Vous appuyez trop dessus, ce qui les abime vite. Tenez, en voici une autre, priez madame votre maman de l'essayer... je suis persuadé qu'elle la trouvera bonne.

— Ah! oui... SI maman la trouve bonne, je la garderai... Man;ari, viens essayer cette plume-là... moi, je ne fais que des barres et des ronds, mais toi, tu peux écrire des mots !

Valentine s'approche en souriant et prend la plume que lui présente .son fils, puis elle se penche sur la table sur laquelle travaille Armand, et pose dessus ses deux mains. C était bien là ( ; que le professeur es[iérait, car pendant que la comtesse écrit linom de son fils sur une belle feuille de papier banc qu'il a plaei idevant elle, il peut tout à son aise examiner cette main qui porte à l'annulaire gauche une simple alliance, et, sur cette alliance il aperçoit ces espèces d'entailles qui la déparent et ne sont pas, à coup sûr, l'ouvrage du bijoutier.

Ludger est devenu pâle, tremblant, il respire à peine, et n'ose plus lever les yeux sur la comtesse, parce qu'il est à peu près certain maintenant que c'est sa femme qui est là, devant lui.

Valentine a fini d'écrire le nom de son fils, elle donne la plume à l'enfant, en lui disant :

— .Mon ami, cette plume est excellente, il faut t'en servir. Le petit garçon a pris la plume, en s'écriant :

— Ah! comme maman écrit bien!... Vois-tu Ludger, c'est mon nom qu'elle a mis là... ,Ie jiarie que tu ne l'écris pas si bien que cela, toi... Voyons... écris-le... au-dessous... Eh bien... est-ce que tu ne m'entends pas ?...

Mais le professeur n'était plus en état d'écrire, et lorsqu'il essaye de former des lettres, sa main est tellement tremblante, qu'il ne peut continuer.

.\rmand s'écris :

— Eli bien, voilà mon ami qui ne fait plus ses m si bien que moi... Oh! comme il tremble!... qu'est-ce que tu as donc, mon ami !... tu es tout pâle...

— En effet... vous avez quelque chose, monsieur Ludger, dit la comtesse; vous trouveriez-vous indisposé?

Le professeur se lève et, toujours sans oser lever les yeux sur Valentine, balbutie :

— Madame... en effet... il vient de me prendre un malaise... je ne me sens pas bien... je vous demanderai la permission de ne pas continuer laleçim ..

— .Mais il faut prendre quelque chose... je vais faire apporter de l'eau orangée .. de l'éther...

— Non .. je \ous remercie, madame... i air o'u dehors me fera du bien... excusez-moi...

— Mon ami Ludger, pourquoi ne veux-tu pas jirendre ce que di; mamar. ?... cela te guérirait...

— Merci... mon cher élève... Madame... pardounez-m i... mais j'ai besoin d'air...

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