MOUTON, NANETTE
(Mouton arrive par la droite; il a l'air préoccupé.)
HANKTTi à part. — Oh! comme il a l'air de réfléchir!...
MOUTON. — Ah ! vous voilà, IN.inette ?
HANKTTE. — Oui... oui... not' maître.
MOUTON o part. — Mon dîner n'a pas été long... l'inquiétude m'a ♦té l'appétit... C'est bien singulier ! tout le monde et mon notaire luimême (gardent un silence mystérieux dès que je fais une question...
NANETTK à paM. — J' n'ose pas m'en aller.
MOUTON à part. — Et toujours des circonstances qui ne sont pas naturelles !...
MANETTE à part. — Si je pouvais prévenir madame Firmin... mais il n'y a pas moyen.
MOUTON. — rVanette, est-il venu quelqu'un en mon absence?
^ANHTTE. — Non, monsieur, personne...
MOUTON. — De loin, pourtant, il m'a semblé voir un homme sortir de cetie maison.
NANKTTE. — Un homme ?
MOUTON. — Oui ; je crois même qu'il était armé...
KANETTK. — En vérité !... (A part.) C'est son neveu !
Air de la Pipe de tabac.
MOUTON. Avec un air rempli d'audace
D'abord il march^jit droit à moi.
Et je crois vraiment qu'à ma place
Un autre aurait eu de l'eft'ioi.
Je l'ai vu s'élancer ensuite
A tr.tveis champs... comme un voleur;
Tu vois, puisqu'il a pris la fuite.
Que c'est luoi qui lui faisais peur.
HABETTE. — C'est ben drôle !... En tout cas, monsieur, il n'est entré aucun étranger ici.
Mou'ioN. — C'est possible; mais pourquoi se sauver comme cela?... J'ai donc l'air bien ertr»yant ?...
NANETTE. — Ah ! pas du tout, j' vous assure. Monsieur a-t-il trouvé les environs jolis ?
MOUTON. — Oui, assez bien. Cependant, cette propriété est un peu isolée...
NANETTE. — Qu'est-ce que ça fait ?... Nous ne craignons pas les voleurs, nous autres.
MOUTON à part. — Nous autres !... hum... (Haut.) Vous êtes bien Heureux !
Air : Tant que l'on boira, lanrett».
■àMRn. On dit à tout's nosjeun's filles Qu' toujours des voleurs adroits.
Pour guetter les plus gentilles, Sont cachés au fond du bois :
J' vas cueillir queuqu'fois La noisette, Sans craindre tout ça,
Nenui da !
On rencontrera Tant qu'on voudra, D'ici, d' là, D' ces gens-là Sur l'Uerbetie; Nanette y viendra, Larirette ;
Nanette en rira , Larira !
MOBTOB à part. — Tudieu ! quelle femme 1
Même air.
■AHETTi. On dit que dans nos campagnes
(C qui n' me surprend pas beaucoup), Queuqu's-unes de me^ comparu En courant ont vu le loup.
Moi, qui ris de tout,
Je r répète.
Je n' crains pas tout ça,
Nenni da !
On rencontrera Tant qu'on voudra.
D'ici, d' li, D' ces loups-là Sur l'herbettc ; Nanette y viendra,
Larirette; Nanette eti rira , Larira !
MOUTON. — Je vous félicite d'être aussi coorageme ; mais laisson, cela... Qu'est-ce que c'est que ce rocher?... Je n'ai pas encore visitÀ cela.
NANETTE à part. — Tâchons qu'il n'y entre pas. (Haut.) Monsieur, on appelle ça un labyrinthe, et si tous n'avez pas le fil, vous vous perdrez.
MOUTON. — Ah ! il faut avoir le fil pour entrer là dedans?... (A part.) Encore du mystère !
NANETTE à part. — Il n'a pas l'air persuadé... Si sa nièce pouvait sortir par l'autre côté...
MOUTON à part. — Elle chuchote.... Cela m'est suspect... (Haut.) r Nanette, laissez-moi ; je veux être seul.
NANETTE à part. — Allons, v'ià qu'i m' renvoie... Il va entrer là.<.
MOUTON. — Nanette, est-ce que vous ne m'avez pas entendu?
NANETTE sans bouger. — Si fait , not' maître.
MOUTON. — Je vous dis que je veux être seul. Que diable ! c'est clair, je pense...
NANKTTE. — C'est que... monsieur va s'ennuyer tout seul.
MOUTON. — Qu'est-ce que cela vous fait, mademoiselle?... Je suis bien le maître de m'ennuyer, si cela me fait plaisir. Ailei, vous dis-je.
HANETTK. — J' m'en vas, monsieur. Oh! mon Dieu, j' m'en vas.
MOUTON. — C'est bien heureux. .
(Nanette s'éloigne à regret, en regardant toujours U labyrinthe.) i<i