‹ MoustacheChapitre 205 sur 281 · X.X'VUl. — tWE RENCONTRE DÉSAGRÉABLS · texte numérisé non relu

X.X'VUl. — tWE RENCONTRE DÉSAGRÉABLS

— Enfin, Hortense, quand rctourneroiis-itous à Lisieux, dit un matin M. Langlumol à sa femme, tout en mettant sa cravate. L'argen va ici d'une manière tllrayaute... ci la roule comme sur un chemin de fer... vous ne savez peut être pas qu'il ne me reste plus que moitié sur mon héritage'? — Monsieur, je ne sais pas ce qui vuus reste... mais je sais que lorsque vous étiez ici sans moi, vous ne regardiez guèr* à dépenser de l'argent... vous meniez une existence (le grand seigneur turc... vous ne vous refusiez rien... vous conduisiez an spectacle et ailleurs ces deux demoiselles de la Grenouiller^, avec lesquelles vous m'avez forcée de l'aire couiiaissance sous pro texte qu'elles sont nos voisines de Normandie. — Ce n'est point un pirtexte, c'est la véiité; elles possèdent une Irès-btUe propiieté dans nos environs... Ce sera une société tiès-agreable... surtout à l'époque de la chasse. — Ei depuis quand i liasscz vous, monsieur... vous ne pouviez pas même tirer sur les pierrots qui mangeaient nus ceiiscs.

— Madame, je lire heaucoi^p mieux maiiilcnant. — Volre assiduiié pi es de ces deux cousmes me seu.lile bien louche. Ces dames ont l'ait des yeux tout eif.irés la première fois que vous m'avez présentée à elles... elles seiublaieiit ignorer que vuus lussiez marie. — Par exemple!... quelle idée! elles le savaient sur le bout de leur doigt.

— Etifln celte liaison est bien singulière. — Uurtense, vous savez bien... je vuus ai espliqué cumment j'avais fait leur connaissance.,. Auguste est leur ne :e.,iii. — Cela ne vous obligeait pas à y aller tous les jours. — Auguste fut la cour à l'une de ces dtnioiseiles... ce .serait pour lui un excellent parti... cela le fixerait dans nos enviions... il pourrait devenir médecin d'une grande partie de la iNorluandie... — Et à laquelle de ces dames votre neveu lait-il la cour"?

— A laquelle... ma loi... je ne sais pas au juste. . mais pourvu qu'il en épouse une des deux, peu importe laquelle. — Je ne lui en lais pas mon compliment, elles sont allreuses toutes les deux. — Madame, on n'épouse pas une femme po.-itivement pour son visage; on doit avoir autre chose en perspective. Enfin les demuisdles de la Genouillère, qui sont obligées de payer leur corsetiere, malgré la plaidoirie de leur avocat. M, Chipotier, doivent repartir Ires-iucessaninient... nous auiinns pu partir avec elles. — Phonplionse ne veut pas encore quitter Paris... il adore le spectacle de Sérajilim... il veut y aller ce soir. — Nous y avons été hier et avant-hiei . — Cela ne lait rien ; il veut encore y aller ce soir, nous irons. — Toujours les Ouibres-Chinoises,.. toujours \t Pont-Cansé... cela devient uioiiuione.

— Ah! iiionsieur,comineParis vousacliHugé.., vous n'aimez plus votre fils! — Mais si, mais si; ce sont les ombres cliinoises que je n'aime plus.

En ce inonieiit le jeune Alphonse accourt piès de ses paieiits, iuivi du Vi,'ibin UaiiÛàrd, qui a plis ausM une chambre dans l'liôtel

M. Itanllard est un grand et gros homme «le cinquante ans qui lient le milieu entre le paysan et répicier, mais qui se donne un air guguenard, vent toiij.air^ faire de l'esprit, et n'uburde jaiuai.i quel qu'un sans lui ollrir une prise.

■ — Papil |iapa! crie le petit gai (;on en sîiitaiit dans la chambre I I tapant sur cli.iquc me. bl.' avec un b.Uon... ïu e» un vdain gourmand! .. je le sais .. Riidl ird me l'a dit.. Ah! le viiiin go .roi.ind que papa. — Perin. liez, jeune Alphonse, dit M. Itanllard, en présenlant sa tabatière ouverte à Eaiiglumot, je ne me suis [las servi ■!<; ces expressions... vous chan^îez lotaleinenl mon inteniiun. —Tu m'as dit : Ton papa a acheté hier au soir une livre de m.wrons (.-la» cis... eh! bien... puisqu'il ne m'en a pa» donné, c'est qu'il a mangé tout, et c'est un vilaingoiirmand.

Linj-'lumot se pince les lèvres', refioiisse sans y rien prendre la tabala;re qu'on lui présente, et re(iond : — .Mon (ils, vous i;les dans l'erieur... j'ai en ellet acheté hier au soir des marron- glacé-... et c'était dans l'intention de les oiïrir à votre mannii. Cela m'est ensuite sorti (1.: la léte, mais je ne les ai pas niang(;s, et la preuve, c'est que... voici le sac intact; daignez l'accepter, chère amie. — Ah! c'est à moi que vous, le destiniez, dit madame Langlumot, Uiut en prenant le sac. C'est bien diôle alors que vous l'ayez oublié; d'autant plus que ce gros sac devait vous giiiier dans votre poche où e-t déjà vutre muiichuir. Tiens, Pliuiipliunse, prends des marrons... Sans le Voisin U uiflard, je cr is cpi il- aur.'iieiit bien pu nous passer devant le nez. — Oh ! avec l'ami Kantl.ird, il n'y a pas moyeu que je fasse la moindre chose sans que vous le sachiez, murmure Langlumot d'un ton moitié plaisant, moitié vexé. Je crois ipie son but en venant à P,ii is a été de se faire mon ombre. — Ça y e-t, ça y est! s'écrie M. Hanllard en riant bêtement Oui, oui, je me sois dit : « I anglumoKsl un gaillard qui plait auxdauies, faut que je me fasse son singe pour avoir de l'agremunt comme lui. » Eh! eh 1 ça y e-t, (;a y est! — Ah I vous êtes mon singe.' — Il me semble, monsieur, que c'est très Uitieur pour vou-l d4 niidauie l.aiiglumot en lançant on regard profond au voisin Hiullard, tandis que le petit garçon recoinuu-nce à courir dans la cliambre, en criant a tiic-téie :

— Papa est un siuge, Ranllard est un singe, ça tait deux singes... :^h! i.ous irons promei.er nos singes sur le boulevard.

Celle petite scène de famille est interrompue p;ir l'arrivée d'Auguste, qui tient sous son bris un superbe polichmel et une bide boito de bonbons. Il présente la baue à .-a taule, et duime le polichinel à Alphonse en leur disant : — Veuillez accepter ces légers cadeaux... — Commeni, Auguste, c'est pour moi cette belle boite'!'... Voyons l'intérieur... Ah! des dragées, des praln.os... c'est charluaiit !... — Llles sont à la vanille, 'iit le voisi i U ïiiUard, en croquant une praline. — Et ce beau poiichinel... Ah! esl-il juulllu... il te lessemble, mon oncle! — Auguste, tu deviens d'une galanterie... C'est très-bien cela. — Mon Ùieu, ma tante, ce n'est pas moi qu'il faut remercier, je ne suis ici que le couiuiissioniiaire de mon ami Isidore; c'(Sl lui qui vous prie de vouloir bien accepter ces bagatelles. — Mais quel est donc cet Isidore dont je t'entends parler s ^iis cesse? — Madame, dit Langlumot, cetiit un ba'l mauvais suji t .. qui ne cherchait qu'à me fane jouer au billard, i ù il me g ignail luujours, et qui une fois s'est periins d'emirunler deux cents francs en mon nom aux d^'iiiiaselks de la Grenouillère... qui lieuieuseme.t ne les ont |ias proies. — Mon cher oncle, Isidore a fa.t beaucoup de folies, c'est vrai... mais il est si )euue... il aimait tant le plaisic, ei il n'avait pas le sou. Aujourd'hui, c'est bien ditlèrent, lia retrouvé son père... Il est le fils nauirel de i\l. Dahautcoms, qui esl milliunna le et n'a. plus d'autre enfant que lui. AlainU-nant L-idore ce sait que fare de sa fortune, el son^i'Us grand déair seiait, cuniiueju vuus l'ai deja dit plusieurs fois, de l'aire sa paix avuc vous. — Si ce jeune homme est imllioiinaire, dit Kantlard, il me semble ()ue cela excuse tout! — Ah ! mon ami, ses bonbons sont délicieux... et ce supei bu poiichinel qu'il envoie à notre tils... cela doit faire pardonner bief des elourdenes !... — Mai» d'abord est-il bien sûr qu il soil millio;i naire "?... Cet Isidore élait si blagueur !... — yuanl à cela, mon oncle, je puis vous parler en connaissance de cause. Isidore demeurd dans l'bôiel de sou [ère, il a va et de chambre, groom, chevaux, voiture... il nous donne tous les jours, à moi et a ses anus, des dîners et des soupers dignes de Lucullus... tout ce qu'il y a de mieux en meis et en vins!... — Diable! s'ecria l-tanflard, c'est une connaissance fort agiéaldo que celle de ce jeune homme!... — Je veux dîner avec lui! dit M. Pliouphoure; je ne manger.d que de roinelelle soufflée !... — Mon ami, il me semble que vous auriez toit de tenir rigueur à ce jeune hoinine qui a de si bonnes façons... — Mais enfin... i|ue désire-l-il. Ion M. Isidore"? — Vous olfrir à diner, ainsi qu'à ,iiia tante, à Phonplionse... au voisin RanUiid... à d'autres de vus amis si vous en avez d'autres. Je iia'i pas besoin de vous dire que le repas sera magmtique... Isidore veut que vous n'ayez jamais été à pareille fête... — Pour mon compte, j'accepte, s'eciie Kantlard. — Un moment, reprit Laiigli, mot, j'espèie que M. Isidore ne compte pas faire diner mon épouse avec des femmes qui... de ces femmes quii,.. avec de ses maîtresse-, enfin ? — Oh ! soyez sans inquiétude ;i cet égard. 1-idoie, qui désire aussi se raccuin uoder avec les demoiselles de la Greiiouillere, leur a envoyé plusieurs buites de coniiturCï be-

LE PFTir ISIlMKlIv.

clifs avec son invitation... Ces damfis, pr<5parées par moi et connaissant la PDUvi'lle position d Isidore, m'ont df'claré qu'elles iraieni à re dîniT si vous y alliez avec ma tante... il n'y anr.i pis d'antres dames. — S'jI en est ainsi, j'accrpte.... N'est-fe pas, Il ulen-eî — Oui, mon

ami. Ça y est, ca y est! nous acceptons ! s'écrie Randard — Tiès-

bien... Isidiîre sera au comble de ses viimix. — Kl pour quel jour ce fainnux ili'ier? — Di'main, si cela vous va. — Soil... va pour demain... Où aiira-t-il lieu?— A la Maison d'Or. Veuillez vous y trouver à'six biîores précises. Vous dciiiaiidercz le salon retenu par .M. l-idore Diihantcoiiis. — C'est entiiido, nous serons cxacls! — Kt moi, je vais prévenir les demniselli g do la Grenouillère, pour qu'elles se trouvent à six heures au rendez-vous, accoiiiiiagnées do maître Chipolier, qui est invité également.

Le Kros Au^'uste se rend chez ks deux cousines, dont il continue de soigner la santé, tâchant toujours qu'il y en ait une de malade, alln de conserver sa clientèle. Les fruits conlils qu'il leur a portés de la part d'Isidore, et, hirn plus encore, la trouvaille d'un père qui a des millions, ont faeilemenl fait oublier à ces dames l'élourderie un jieu risipiéede sa lettre sous le nom de Lan?lumot. On se dit que l'or eflace tout, et que le fils du capitaliste ne doit pas être responsable ries fautes de l'enfant alianilomii'.

L'invitation yioiir le ilîiicr du lendemain est donc aceeotée par les deux cou>iiies. ipii se rh iigeulde faire prévenir loaitri' Cd mlinr qui (lôil: leur servir de cavalier pour les conduire à la Maisnn-d'Or; et Aiip:iiste ayant terminé les couiinissions dont il s'était charge, se rend .'■i:i- le boulevard des lialiens: c'est là qu'lsidiire lui adonne renti'Z-voiis.

L'' leudemjin de cette nuit où il s'était b.iltu sur le boulevard et aviit été ramenée sa demeure par Franville, le petit jeune homme n naît pins un sou des quinze mille francs que le banquier lui avait ( U'-' re donnés ; alors, n'étant plus gris, il s'était dit qu'en continuant à mener le iiièiiie train de vie, ;l murait risque de se mettre fort nul lians les papiers de M Duhaulci-urs, ets'etail promis de s'amend'.r; mais il fallait d'.ihord si! faire de nouveau de l'argent.

Isi lore, qui n'est point à court d'histoires, se rend dans Iccabinet du banquier, et là, itàctiaiit de prendre un Ion pathétique, fait l' ivou d'une dette iloiit jii-iiu'alnrs il n'avait pas, dit-d, osé parler, parce qu'élit; est assez ftiite. Eiilin il diclare qu'il devait dix mille francs à un usurier, leipiel le menaçait de la prisoii; il a payé cet iisir^^r, et c'est pourquoi il se trouve encore sans argent.

Diihanteoiirs ne semble nullement persuadé de la sinesmc ue ce récit, mais il ne fait aucune reHexion, ouvre sa caisse et donne dix billets do banque à 1,-idore, eu lui disant seulement :

— Teiifz, monsieur, tâchez de ne plus avoir all'ai're à des usuriers. Lorsi]u'il sent son portefeuille garni de billets de banque, Nidore

ne song.' plus à ses projets de sagesse; mais depuis longtemps il lui est venu il l'esprit de traiter la luiiille Langlumot et les demoiselles de la Grenouillère : il veut les élilouir par sa magnificence, et il se promet surtout un grand plaisir à griser tout ce monde-là.

C'était dans ce but qu'il avait envoyé Auguste comme son ambassadeur ; et il se promenait sur le boulevard des Italiens, attendant, en fumant son eigare, le résultat de ses invitations et de ses cadeaux.

M. Berlinet, devenu le coimuensal le plus assidu d'Isidore, depuis que c«liii Cl reiialait tous ses amis, se rendait aussi sur le boulevard où il savait rencontrer le nouvel enrichi, loisqu'en passmt iis;is la rue du lli'lder. il s'entend appeler, et en se retournant, se trouve devant le jeune Torse.

— Tiens, c'est ce cher artiste I... Eh ! bonjour donc !.. il y a un siècle que je ne vous ai aperçu !

— C'est vrai, pas depuis notre rencontre au bois de Boulogne, où je vous ai laissé suivant une jeune personne très-jolie, ma foi I

— Ah ! oui... oui... je crois me rappeler... confusément, j'ai eu tant d'autres bonni's fortunes depuis ..

— Et celle-là, 1 avez-vous menée à bonne fin?...

— Avec celte jeune tille?... Parbleu ! est-ce que cela se demande !...

— Ah I je vais vous dire pourquoi je vous le demande : (•'e>t que le lendemain j'ai reçu une visite... Un ancien militaire se présente chez moi, demande M. torse. «C'est moi,lui dis-je. «Alors, il ouviedegrands yeux en s'écii int : « Mais ce n'est pourtant pas vous ipii avez hier insulté an bois de Boulogne une jeune personne à laquelle ji' donnais le bras,etqui pour cela avez reçu un soulllet? — Oh! non, dis je, ce n'est pas moi... je n'ai reçu aucun soufllet... — Et pourtant, celte carte... est-ce la vôtre? » En disant cela, il me .présente rne carte qui était bien laniieiine; alors je me suis souvenu que je vous avais donne ma carte au bois de lioulogiie, parce que vous vouliez fare f lire votre portrait,et...

M. Brrliuet, qui, pendant le récit du petit dessinateur, est devenu tour à tour rouge, ecarlate, ponceau et violet, s'écrie :

— Comment! ipi'est-i e à dire?... qu'entendez-vons par Ut... Est- :e que vous aiiriiz supposé que c'est moi qui ai reçu le soulllet?...

— n.ime, écoutez donc, tous les jours on a une dispute poar une femme, et ensuite...

— Eiisiiiie on SI' bat ; sapristi !... on se bat à outrance... Si j'avais reçu un soulllet, ahl coimne je lui aiiriiis crivé la |iiillasse. ii celuilà... Mais, je vous le répète, iiioii cher T. Tse. je ne si is pour rien dans cette aveuluie; ce n'est pa.s moi qui ai iLmu' votre carte...

— Vous auriez pu tromper et croire donner la votre...

— Non, mon bon, dans les afTiires de ce penre je ne me tromie jamais!... Ce n'est pas de moi que venait votre carte...

— Du moment que vous l'aifirmez...

— Ah ! fichtre!... vous pouvez me croire!...

— C'e-t qiiek monsieur qui est venu chez moi ressemblait beaucoup à celui qui donnait le bras à cette jeune fille si jolie que tous vouliez suivre...

— Il ressemblait!.... Au bras d'une femme, tous les bommes se ressemblent : c'est comme les chats la nuit.

Ces messieurs en et dent la de leur conversation, lorsque Isidore les aborde : — Bonjour, Berlinet...

— Bonjour, mon cher ami... Je me disais: Je vais le rencontrer par ici...

— Voulez-vous un cigare ?

— Vi.lontiers, d'autant plus que vous en avez toujours de délici'-ui...

— Monsieur veut-il en accepter un î

Cette offre s'adressait à Torse, qui s'incline en répondant :

— Vous êtes trop bon, monsieur...

— Par exeniiile... le cigare est le lien des hommes... et le feu rjj>proche tous les rangs... Je flâne par ici en attendant Auguste que j'ai envoyé en ainb iss nie... Ah ! luslement le voici... Eh bien, gros docteur, quelles réponses à me- propositions de paix ?

— Les plus favorables... Les lionbonset le polichinel avaient trèsbien di^po.séma tante... Phonphonse a dit: o Je veux dîner a«ec ce nion-ieur! » Par conséquent, la paix esli.oncb.e et le diucr accepté pour df main...

— Bravo: Et les demoiselles de la Grenouillère?

— Celles-là ont suivj le torrent.. Tout le monde accepte, et on sera demain, à six heures précises, au salon que lu retiendras à la Mahon-d'Or.

C'est très-bien... Berlinet, vous êtes de ce dîner?

— Avec le plus extrême lionheur.

— Si monsieur voulait aussi nousfairele plaisird'être des nôtres?... Le prtit Toise s'incline de nouveau en rep nidaiit ;

En vérité, monsier... vous me comblez... Je ne sais si je dois...

Vous ne me connaissez pas...

Mon cher Isidore de Duhautcours, s'écrie Berbnet, monsieur est

un jeune artiste peintre dessinateur, rempli de talent... 11 se nomme Torse... .

— Oh! je connais monsieur, alors; j'ai souvent admire de ses dessins dans des ouvrages illustrés... il est lui-même dans ce genre une de nus lUuslrations... Pardieu! ce sera une bonne f..r!une pour nous de posséder monsieur... Je puis lui promettre d'ailleurs.desièies dont il ferasoo profit... quand ce ne seraient que les deux cousines et maître Ch'potier. Vous viendrez, c'est convenu?...

— Ma foi, monsieur, il n'y a pas moyen de vous refuser.

— Eu ce ca«, messieurs, a demain, je vous quitte; car Tambour nette veut faire auj mrd'h li une promenade dans la campagne, (lour voir s'il y a de la neige sur les arbres... Il fut un (leu froid pour se promener en cabriolet, et je vais aller prendre un ciupe...

Isidore quitte ses amis. En passant devant la Uaùon-dOr. il m're retenir un salon pour le lendemain, et commande iiii dîner uias;ii tique pour onze personnes; il enjoint au restaurateur de sesuri>asser dans le service et le chois des vins. Celie affaire lernii ce, il se dirige vers la rue de Provence, où il compie prendre ce qu il y a de plusélégaut enc'upés. Mais, au détour d'une rue, il ist tout a Coup arrêté par une leiniue qui lui barre le passage en loi disant d'un ton qui n'a rien d'aimable :

— N'allez donc pas si vite, mon petit monsieur, j'ai à vous parler, moi. il y a assez lonutenips que je vous cherche. .

Isidore est demeure tout saisi en recollnai^^aut Pliilil>erte, dont la mise est celle d'une blanehisseu-e de fin, et qui lient à s« m un le grand panier dans lequel ces dames portent le Imge a leurs praiiques.

— Comment c'est vous... c'est toi, Phiiilierlt!... ah!... pardirn, ça me fait plaisir de te rencontrer... mais je suis liè-pressc eu ce niinnent... nous causerons une autre fois... j'irai le vot...

Eu disant cela, Mdore regirde à .Iroiiecl à gauche, il serait trèvexe qu'on le vit causer avec Philib Tte. car un jeune homme mis avec la dernière élégance ne doii pas faire la conver*itiion dans la rue avec une lilanchisseu-e. Il passait peu de moule, parce qu'il fusait tioid, m;iis il en pas-ail encore assez pour être vu; aussi notre dandy essaye-t-il de s'el.iiguer. M iis Phililierle le reti.'nt d'une main ferme par s<ui raglan, en luiiii^ani d'un ton im|iériiif: —N >n,njn. vous iievous en irez p is comme ça... j'ai à vous p trier, je veux que vous m ecouiiei...

— Venez chez mot... rue du lleldcr... à l'hôlel de mon jièr*, vous m'y parlerez...

— J y suis allée plusiiuis fois rliei vous, vous n'y êles jamais, ou bien vousdoiimz; enfin on ne peut i>.is arriver ju-qu'à vo.is;jev»us ai leiieoiitrc suivent sur le- Ih.ulev.irds, m.ti> vous etin d.nis votre équipaife... el vous alliez d'un tram... je aie voulais i>as me faire écraser pour vous arrêter...

— C'est lion... c'e-l bien... mais je ne cause p.ts d.ms la rue., j'ai affaire .. je vous prie de nie Llcher...

— Alii vous le pi-ei.ei sur ce loii-la, mon jwtil ami... eh bien, je ne vousbkherai p.is, inonsijiir Eiisiacho Craquet... qui vous faite»

LE PETIT ISIDOUK.

appelt^r irim nom qui n't>t pas le vôtre .. j'irai dire h nvmsieiir Dnh.inle.iurs le iiiillior'iiiiiri- q.ie vous h'hviz jaiiiait) élr le fiU qu'il chercha t... et qii il (lniiiie ^es hilitis de baiiqu« à un iiiécliani eiilant •de je ne ^ai^qil'e^l-^e!,.. 4|ui ne lui est île run <lii ImuI

Au nom il'fc.unliu lu- Ciaqiiel, le petit jeune liHinoiea pilli, tieniMé; il thaï ge de t>ili. Il d'Vi.nt Iniiiihie, doux, sipplianl, tout iri halhuù.iiil ; — Chut'... cluit!. . ma pilite l'Iiililieitu, ne parle donc pas M liant... lu cries... t<>ul le monde -e r> tiiUiiie...

— Hu'est-ce queijamefailà moi,jc; n al pas peur qu'un entende...

— Uni... mais moi... je ne le veux pas... voyons, l'Inliherte, ne soi.-- pa^ iiic'ih mte, pourquoi voudrais tu me faire du tort... qu'est-ce que je l'ai fait?

— Le qui- Vous in'avtz fait!... mais vous êtes un ingrat !... un sanscœur!... lorsc|u à l'âge de seize ans, vous sortiez de chez vos nieiiuisiei'3 etque vous ne faviez où coucher, que vous étiez sans le sou, n'est-ce pas moi qui vous ai recueilli, nourri, loge, habillé/... vous aviez làche votre ami, le vérilalde Isidore, qui travaillait celui-là I... qui n'était pas un mauvais sujit comme vous... vous commencez par quilitT Votre nom de Craqnet pour prendre le sien...

— Je ne lui faisais pas de lorl puisque l>idore était décidé à changer de nom... bim dillennl des autres enfants dans sa position, il ne voulait (jas que ses parents pussenl jamais le retrouver, il di.sait : « Puisqu'ils ont eu la lâcheté de m'abandoimer, je ne veux point les connailre. a

— Oui, et vous qui connaissiez parfaitement tout ce qui le concernait, vuos vuosétes empare de son nom... car tontes les précanlions qu'on avait pi i?es pour litreconnailre un jour, vous avaient l'a t deviner qu'il relrouveiait une l'amille... tandis que vous, Kustache Craquet tout simplement... rien avec... à pt^ine vôtu...*pas le plus petit signe sur le Corps... on ne recherche jamais ces eufams-là.

— Ehl bien, les événements vienmntde prouver que j'avais raison.

— Tout ça est bel et bon, nia's vous m'aviez réiété cent fuis : Philiberte! s'il m'arrive nue lannlle riche, sois bien sûre que je n'oublierai pas ce que tu as fait pour moi... que je te prouver i ma reconnaissance... que tuaura^ ta partde mon bonheur... et au fait, je le mentais bien, car combien de fuis vous ai-je recueilli encore, lorsque vouselicz traque, poursuivi par des créanciers...

— Oui... oui... j'en conviens, et sois siîie...

— Eh bien, il tombe à monsieur, non jias seulement une famille riche, mais un père qui a des millions... ce brave homme lio.irre mousienr de billets de banque... il lui donne vuitture, chevaux, laquais, tout ce qu'il veut... il y a près de trois mois de cela... et vous croyez peut-être que mon jeune eniichi a tenu ses promesses qu'il s'est souvenu de moi, qu'il m'a comblée de pié-~ents!... îi'ii!^.. rien!., depuis qu'il a quitté ma mansarde pour habiter un i.ù el... on ne l'a pas revu une seule fois.,, il n'a pas envoyé le plus peut souvenir à celle qui, pendant près de cinq ans, a été sa providence • chez laquelle il était sur de trouver toujours un asile et du tricot...

— J'ai eu tort... c'est vrai... c'est un oubli... mais, ma chèie Philiberte, je le promets... que dès demain...

— E' oulez, mon petit monsitiir, je ne suis plus du tout votre chère Pldlilitrie, mais je suis une leinme qui a éle trop bonne p ur vous, ei qui ii.e veut pas qu'on se fiche d'elle maintenant. C'est donc comme une cieancièie que je vous parle ; je veux que vous me donniez lecaihemire que vous m'avez promis... je veux que vous dcinniez à Lisi^ka, a Fanliiiette, enfin à toutes les personnes qui sont ch z moi ce que vous leur avez promis., il nie semble que ce n'est pas trop de vo. s prier seulement de tenir vos promesses...

— Vous aurez tout cela... vous aurez bien plus encore...

— Ou no vous en demande pas plus... mais on veut avoir cela...

— Dés demain je vous pont tout...

— Je veux bien vousaccorder encore trois jours, afin que vi us ayez leteiupsdechoisiret que ce soit du beau et pas de lecamelotte... t'est que je m'y connais, voyez- vous, el faut pas espérer me mettre dedans!

— Encore une fois, Pluliberte, puisque je vous jure que vous serez satisfaue. — Dureste, c'est voire iuléiél, car songez-y bit n! si dan» trois jours vous n'êtes pas venu chez moi avec tout le bataclan, le quatrième, moi, je vais trouver M. buliautcours, le père aux raillions, et je lui fais connaître à quel particulier il fournit des billets de banque... et cela, loi de Pluliberte, je le ferai, comme c'est l; jour qui nous éclaire, adieu.

Apres ces mots, la blanchisseuse s'est éloignée, et Isidore se hàle de prendre d'un autre cote, tn se disant ; — Quelle fiihue rencontre!... mais il lauilra que je m'exécute, sans quoi je la connais... elle (jeut me peidre eteik le ferait comme elle le dit!...

Et lorsque notre jeune élégant continue son chemin, il ne s'aperiiiilpas qu'il est suivi de loiu par un individu qui, an été d.iiH l'aih'le .i'uii€ pone cochèie, a entendu toute sa couversaliLai avtc luadeniuiselie PhihiitTte, et a pdiu y pieiidre beaucoup d'iiUerèt.

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