‹ MoustacheChapitre 207 sur 281 · I.K PLTIT ISlDOIli · texte numérisé non relu

I.K PLTIT ISlDOIli

lui pour se lever rie table, cl ilisparaitre en disaiil : — Je ne manderai nas de ilesscit, n'i-st vrai, mais j'ai dans l'Idée que le dénoù- ■Jienl lie ce dîner si ra moins a;,'ri''alile que le début. I l'oiM(iiii> dune Isidore ne s'rtait-il pas trouvé au renilez-vous 'u'd avait donné à ses convives?

Le aiaiin de ce mi'imo jour, sur les dix lieures, et alors que le petit jeune hoiiime roinineiii^ait seulement ii l'aire sa toilette, im agent de police, aes i-ergcnls de ville et quelques soldais, étaient entres dans i'hotel du capitaliste. L'agent avait placé ses soldiits à la poiti-, avec ordre de ne laisser sortir personne. Puis, ayant demandé à un valet à être conduit devant M. Dobautcours sans aucun retard, avait été introduit près du banquier. Celui-ci, tniil sorpiis de cette visite, le fut bien davantage en entendant l'agent de police lui dire:

— Monsieur, je viens vous apprendre que vous êtes depuis quelque temps la duped'im faussaire cpii vous a dit se nommer Mdore Dubois et être par conséipicnl reniant que Vdus chercbiez.

— Comment, monsieur... que voulez-vous dire';...

— Celui (jui s'est présenté à.vous comme étant Isidore Dubois, n'est, en réalité, qu'un iionmié Eustache Craqiiet, qui a été aussi, il est vrai, élevé aux Enfants-Trouvés. Mais ce Craquet est conscrit réfraclaire, il ne s'est pas présenté à l'époque oii il était appelé pour tirer au sort. Nous le cherchons depuis ce moment, et peut-èlre aurions-nous eu beaucoup de peine à le reconnaître ici, dans cet hôiel, sous le titre honorable qu'il avait pris, si un îiasard n'avait permis à l'un des nôtres d'entendre une conversation tenue par ce Craquet et une femme qui le connaît bien. Veuillez. donc nous permetire, monsieur, d'accomplir notre mandat et de i)o'i> emiiarer de la personne de cet Eustache Craquet. t ■■»^=»

— Si je vous le permets, monsieur: s'écrio le capilali-le dont la physionomie expiiiue la plus vive sa'isl'ai'tion, aai-^avcc le plus grand plaisir; ce que vous venez de m'aprendre m jncliame !... car ce fripon qui s'était introduit chez moi... comme le résultat dune faute de ma jeunesse, m'a déjà coûté plus de cinquante mille francs depuis trois mois que je l'ai recueilli...

— Il allait bien, il voulait pioliter de sa position.

— Venez, iuont.ieur l'agent, je vais vous conduire moi-même, car je veux être témoin de la mine que va faire cedrùle en se vojanldéniasqiic.

Isidore achevait de s'habiller, lorsque Duliautcours entre dans son appartement. C'était la première fois que le millionnaire venait chez lui, et le jeune houiiui' tout surpris de cette visite, s'écrie :

— Comment, mun>ieur, vous avez pris la peine de venir chez moi... quel motif peut donc nie piucurer cet honneur?

— Monsieur, répond Duliaulcours en jetant sur Isidore un regard de dédain, je vous amène quelqu'un qui vous connaît beaucoup mieux que moi et qui vous cherchait depuis longtemps...

En ce moment entre l'agent de police acconipagne de deux sergents de ville; il dit à Isidore : — Euslache Craquet... conscrit réfractaire, au nom de la loi, je vous somme de me suivre.

En s'entendant appeler par son' véritable nom, le petit jeine homme pàlil et se trouble ; cependant il veut essayer de faire bonne contenance et s'écrie : — Pourquoi m'appelez-vuus Eustache Craquet... Je me nomme Isidore Dubois; je suis le fil> naturel de monsieur... demandez-lui plutôt si je ne lui al pas donné tous les renseignements les plus po-ltifs.

— Vous en imposez, vous êtes Eustache Craquet; sorti des Enfants-Trouvés avec le véritable Isidore; vous saviez par lui tout ce qui le concernait, c'est pourquoi vous avez pu repondie juste aux questions de monsieur...

— Oui, dit Duliaulcours, mais il n'a pas pu me présenter une lettre écrite par sa mère, et une petite croix qu'elle avait attachée au cou de son enfant... l'absence de ces deux objets aurait dû me faire deviner sa t'ouibene ..

— Je vous ail dii, niun>ieur, que je les avais perdus.

— Vous n'avez pas iilé être Eu^tache Craquet dans votre conversation d'hier avec la blaiicbisseuse Philiberte 1...

— Ah! scélérate de l'hiliberle? s'ecrie le pitit Carambolage en se jetant dans un fauteuil. C'est elle qui est la ( au?e de ce qui m'arrlve I... ah ! bien, tant pis !.. après tout, je m'en moque... c'est dommage pourtant de finir sitôt... je faisais joliment danser vos écus, papa Duhaiiteonrs !...

— Eustache Craquet, suivez-nous...

— Pardon, monsieur, dit le banquier, permettez-moi d'adresser ""iioore quelques questions à cet... intrigant!...

— Ah ! pas de gros mots, mon cher millionnaire... je vous pré- .^ens que je ne les aime pas... et je n'ai plus besoui de faire semblant de vous respecter! voyons, parlez... allez-y gaiement..,

— Cet Isidore, dont vous aviez pris le nom... savcz-vous ce qu'il est devenu ?

— Nullement!... mais je puis vous répondre d'une choPe, c'est que jamais vous ne le retrouverez, lui ; car si j'avais pris son nom, c'est parue qu'il allait le quitter; au lieu de désirer retrouver ses parents, il ne voulait pas être retrouve par eux... car • ne leur pariloimait pas de l'avoir abandonné. IJ'apics cela vc; lojez ' -e i;pelui l'^-"*ds lias beaucoup de tort en menant sa plcte, e*, en dé-

pi.'iisarit pour lui les écus de monsieur.. On a découvert le pot aux r.iscsl. . c'est (iiiil... la l'aice est jouée... salut, millioniiaue, vnu» ne retrouverez jamais une si belle occa;iioii de nlacer votre aigeul.

En achevant ces motii, le petit maïqi is du (virambula;.'e salue Duliaulcours et suit en riant les gcnsipii viennent l'arrêter. Cet événement a lait gnnd bruit dans i'h'ptel; on y i-ait bientôt (pi'iin fiipoii avait pris le nom du fils naturel du baiiquiec et qu'il vunt d'être démasque et arrêté. — •

Alors, lorsque le gros Auguste, arrive sur les li ut li<-ureg du toir demander si le jeune Isidore Ouhautcours est à l'Iiôtel, le valet dt ch imbre,Jolic(eur, lépond d'un air giioguenard : — Il n'y a plus ici de jeune Duhautcours, il n'y en a jamais eu. Celui qui avait pris ce nom est un ml.-érable qui se noiiimait Eustache Craquet, et qu'on a arr;ti' rc malin comme consent vélraetaire.

— l'iclilre !... se dit Auguste en s'éluignant, comment! mon ami... n'était pas le fils du mlllioni:airf... le fait est que cela m'avait loujour? étonné... mais alors, si ce ma^uinque dîner commandé par lui n'a pas élé paye d'avance... et c'est assez pré.^uuiable, il ne pay.iit jamais d'avance... je prévois du dc.sagrément au moment où l'on apportera la carte ; mon oncle sera furieux ; naturellement on voudra faire payer le dîner a C' ux qui l'ont mange ; ma foi, pour ne pas me trouver compromis, ce que j'ai de mieux à faire est de ne point retourner chez le Iraiteur.

Une demi-heure après, le beau Berlinet avait appris à l'hôtel de Duliaulcours, (|ue le soi-disant fils naturel n'était qu'un filou que l'on avait arrêté le .malin. Alors le courtier en vins aviii fait le nirune raisonnement que le neveu de M Langlumoi, et s'était abstenu de relouriierà la Maisou-d'Oi'.

Nous avons vu ()u'un peu plus tard, le jeune artiste Torse s'était éclipsé, n'augurant rien de bon pour le dcnoùment d'un dîner où raniphiinoii n'était pas venu.

Maintenant retourmms à là Maison-d'Or : on a servi nn dessert digne eu tout des services qui ont précédé. Ces dames se bourrent de fruits, de confitures, de gelées, de glaces, de crèmes ! Ces mesieurs man gent du fromage alin de faire encore honneur aux vins qu'on leur .^ei t.

Madame Langiomot n'e>t occupée qu'à emmener et ramener son fils qui a tour à tour mal au cœur ou uiîi! au vjutre.

Les demoiselles de la Grenouillère, tout en ne faisant que goûter à peine leurs verres, ont ks yeux tellement rapetisses qu'on ne leur en voit plus. Maître Clii|)c)tier parle continuKlIeuient et rtcommence à racon er l'alfiire de madame Rigaut. M. Langluinot se permet de cherche" sous la table le genou de mademoiselle Araiande qui fait semblant de ne point s'en apercevoir; enfin le voisin UinlUrd esta moitié endormi =ur son assiette et ne revient à lui que pour demaiidti^à boiro.

Cependant on a servi le café et les liqueurs ; pendant que M. Ranfiard abuse du marasquin, les deux cousines, qui s'aperçoivent de l'absence indéfinie des trois jeunes gens, ne cessent de s'écrier :

— Ces messieurs se sont donc trouvés indisposés!...

— Et ce jeune Duhautcours qui nous donne ce diner et qui n'y est pas venu... est-ce que c'est la mode à Paris de traiter du monde sans y être?...

— Cela me semble au moins peu galant !

— Monsieur Chiiiotier, que pensez-vous de cela? Mais l'avocat roulait des yeux elf rés en s'écriant :

— Pour un jambon! mesdames !. . la servante était montée au grenier sous prétexte d'un jambon !...

Enfin les dames, qui éprouvent, le besoin de prendre l'air, se lèvent et prennent leurs châles,, les hommes tâchent do se lever aussi et tout en vacidant, cherchent leurs chapeaux, la société va partir en ié| étant en chœur : — Ce dîner élait m-ignifique!... mais qu'esl-il donc arrivé à celui qui nous a invités?

En ce moment un garçon paraît et s'adresse aux trois hommes qui sont reslis en leur disant : — Messieurs, quel est celui de vous qui pale la carte ?

Ces mot> l'ont sur ces messieurs l'efFet d'un pétard ; ils s'arrêtent, se regardent et balbutient : — Gomment la carte... qu'est-ce que cela nous fait la carte?

— Un nous a invités... nous sommes venus dîner...

— Ce n'est pas nous qui avons coraman'le le dîner...

— C'est vrai, messieurs, mais vous l'avez muigé, un autre monsieur avait commandé un diner à cinquante franc- [lar télé... mais il n'avait rien payé d'avance... ce uionsieur-là n'est pas venu... vous le savez bien... nous ne pouvons réclamer la carte qu'à ceux qui sont venus et qui ont diné.

Les trois hommes sont médusés. Langkimot entre en fureur et s'écrie . — C'est une inlamie... une indignité! comaienton nous invite à dîner... et on \eut nous le taire payer... C'e^t le jeune Isidore Duhautcours, fils d'un millionnaire, qui nous a engages... c'est lui qui doit payer.

— Messieurs, vous vous entendrez plus tard avec ce monsieur, mais vous savez bien que c'est vous qui avez mangé le dîner...

— Puisqu'on nous avait... invitation. ..unîtes... balbutie R infiard, c'éiait pou... pou... pour que nous mangions...

Page 1