‹ MoustacheChapitre 257 sur 281 · I -Àhl vousguoltozlcsgens!... décidément jo ne veux pas vous · texte numérisé non relu

I -Àhl vousguoltozlcsgens!... décidément jo ne veux pas vous

épouser . vous ôlos trop méflant , et uuis vous ne savez pas vous

l' tenir à cheval.

— J'en suis pour mes présents, se dit Trick en s'en retournant dioi lui. C'est encore bien heureux que j'aie vu cela avant d'être • on mari, .\llons je me suis trompé... Je croyais celte jeune fille un peu libre dans ses actions, mais je commence a voir qu'elle I est trop. C'est la faute de sa (anle qui est paralytique. Je ne m'adresserai plus à une demoiselle dont les paronis seraient imposents. Comme c'est heureux que je me sois lové de bonne heure ce malin! je chercherai une auire femme; mais celle fois je ne me laisserai pas attraper, je m'adresserai mieux.... Décidément ma- (lenioiselle Pélagie était trop évaporée et ses manière .«o ressentaient de son habitude de monter à cheval, elles étaient Ion cavalière?. Une femme tiuode et modeste vaut mieux

Oh! je trouverai ce qu'd me faut.... Tâchons seulement de le trouver bien vite...

Le jeune Trick était pressé de former le lien conjugal; il voyaii le bonheur dans l'hymen; il pensait ce que Voltaire a écrit :

Le ciot Cl les femmes

Pour corriger le levain de nos âmes , Vour adoucir nos chagrins, nos humeurs.

Pour nous calmer, pour nous rendre meilleurs.

Cepoudaut mademoiselle Pélagie s'y élait prise d'una singiilir''ie fa(;oii pour corriger le iepai/i du Petit-Trick!... Mais à dixhuit ans on oublie vile une mésaveniure.

Bienlôt lo jeune homme apprit que dans une jolie maison bourgeoise habitée par de vieux rentiers, il y avait une demoiselle à marier, et que cette demoiselle, que l'on citait pour sa grâce et sa beauté, passait aussi pour un modèle de vertu.

Trick se rend hardiment un jour chez les époux Roniorantin ; il so présente comme voisin qui désire lier connaissance, et il voit pour la première fois mademoiselle Séraphinette.

l""igurez-vous une blonde aux yeux bleus, à la bouche petite et (liucée; un front modeste, sur lequel de beaux cheveux retomheui en grosses boucles, tandis que d'autres descendent plus bas ei caressent un cou et des épaules d'une éclatante blancheur ; enlin ligurez-vous une jeune personne toute mignonne, toute mince, au pied petit, cambré, étroit; à la démarche pudique et décente ; qui baisse les yeux quand on la regarde, qui rougit quand on lui paile, qui se trouble quand il faut qu'elle réponde, et vous aurez une idée de ce qu'était mademoiselle Séraphinette.

En contemplant la fille du vieux rentier, Trick se sent sur-lechamp épris, charmé, séduit, enflammé.

Vous trouverez peut-être queTrick prenaitfeubien vite; je vous répondrai qu'il n'avait alors que dix-huit ans et demi, et qu'à cet ;1ge un homme est bien mal conformé s'il ne s'enflamme pas aussi vite qu'un paquet d'allumettes. Que, d'ailleurs, un homme doit toujours prendre feu à l'aspect de la beauté ; que Dieu lu iréé pour cela... Demandez aux dames ce que c'est qu'un homme qui ne s'enflamme plus?... Quelque chose de bien peu amu.-ani en société.

Trick se dit :

Voilà la femme qu'il me faut!... de la candeur, ue la modestie, de la douceur, de la retenue... des yeux presque toujours baissés! quelle ditférence avec celte perlide Pélagie, dont la prunelle avait l'air de vouloir percer jusque sous mon gilet et qui se donnait en marchant un petit genre de cavalier qui ressemblait beaucoup au cancan que j'ai vu danser à Paris. J'épouserai cette jeune

Taime à croire qu'elle m'agréera; elle ne m'a pas regardé en face... mais je crois qu'elle m'a un peu examiné île profil. Ensuite, elle a l'air si obéi.-sant, si soumis devant ses parents, que, dès que ceux-ci lui diront : Vous allez devenir madame Trick, je gage qu'elle réponpra :

— Avec plaisir, papa; quand vous voudrez, maman. ^

Trick s'empresse de faire sa demande aux parents.

M. Romorantlu élait un grand vieillard maigre, jaune, sec, qui avait beaucoup de ressemblance avec un corbeau ; madame son épouse était une petite femme un peu bossue et très-bancale, qui aurait pu représenter la fée Carabosse.

Le» parents de Séraphinette firent beaucoup de questions au jeune Trick sur sa position, sa fortune, puis ils lui permirent

d'espérer il lui dir-nt : Kn aiiendant nous Ircns chez vous pour nous assurer de votre position.

Trick occueilloavec joie coite proposition.

Il invite la famille Roniorantin à regarder sa maison commo la sienne ot à venir dîner chez lui le plus souvent possible.

Il faut dire qiia le vieux monsieur qui ressemblait à un corbeau avait un penchant très-prononcé pour la table, et que ma» dame Carabosse, son épouse était, malgré son âge, d'une coquetterie extraordinaire.

M . Roniorantin vient donc s'installer chez Trick; il s'y met i table il midi et y reste jusqu'au moment de ventrer so coucher, encore est-on obligé de le reconduire, quelquefois mémo de le porter chez lui, parce iiuoses jambes lui refusent tout service.

Quant à madame Romorantin. pour être bien venu d'elle, ii tant que chaque jour lo jciino Trick lui apporte quelque parure, quelque bijou, quelque culilichet à la mode.

Mais aussi Trick a quelquefois la permission do faire un tour de jardin on tiMe à tête avec mademoiselle Séraphinette ; c'était une grande faveur, caria vieille coquette disait souvent :

— Ma fille a été élevée avec un soin bien rare mainienanl. Elle a rei^ii une éducation superbe, mais elle a pris toutes ses leçons sous nos yeux ! Nous ne l'aurions pas laissée seule avec un professeur, lors même qu'il aurait ou quatre-vingt-dix ans. Séraphinette est musicienne, peintre; elle connaît la çéograpliio, la géométrie, l'algèbre, l'astronomie... Oh! elle esttres-forte sur l'astronomie ! il n'y a pas une seule étoile dans le ciel qu'elle ne connaisse sur le bout de son doigt.... Elle serait même devenue capable de prédire les éclipses et les comètes. Mais comme son professeur élait un joli garçon, j'ai pensé qu'elle savait assez d'astronomie et qu'il ne fallait pas pousser cette science plus loin. Notre tille est un trésor; il faut se rendre digne de la posséder.

Trick ne néglige rien pour qu'on lui adjuge le trésor; il laisse le vieux Romorantin so soûler tous les jours avec les meilleurs vins de sa cave ; il se ruine en présents près de madame Carabosse, et on lui promet enfin Séraphinette et on lui permet de lui déclarer son amour.

Quand Trick dit à la modeste petite blonde qu'il l'adore et qu'il va devenir son époux, celle-ci se contente do baisser les yeux et de faire la révérence en répondant :

— Comme vous voudrez, monsieur.

Ce « comme vous voudrez » paraît assez vague au jeun ehomme qui reprend, en cherchant a faire passer dans sa voix tout l'amour qu'il éprouve :

— Mais, mademoiselle, est-ce que cela ne vous fera pas plaisir lussi... à vous?

— Oh! moi, monsieur, ça m'est égal.

— Ah! cela vous est égal de vous marier Vous n'avez donc

aucun penchant pour moi ?

— Je ne sais pas, monsieur.

— Ah! vous ne savez pas si vous m'aimez ?

— Oh! moi, j'aime tout le monde, monsieur.

Au lieu de trouver cette réponse peu rassurante dans une future épouse, Trick y voit l'expression de l'innocence portée à son plui haut degré ; il saute de joie... il sauterait au cou de Séraphinette s'il l'osait; mais il se contente de lui baiser la main respectueusement, en lui disant :

— Mademoiselle, vous serez la crème des épouses et moi celle des maris I

Trick ne calcule pas que d'une telle union il pouvait résulte/ un fromage. Il est au comble de ses vœux. Le même jour il fai; un cadeau magnifique à la vieille bossue, qui lui dit :

— Vous serez mon gendre la semaine-prochaine.

Et le soir il rapporte chez lui son futur beau-père qui ne lui dit rien, mais qui l'embrasse, en le quittant, d'une façon touic pathétique

Au moment de rentrer chez lui, Trick s'aperçoit qu'il a gardé dans sa poche la clef qui ferme la grille du jardin de son futur beaupère. Alors une idée lui vient à l'esprit, il ?e dit:

— Maintenant le vieux Romorantin ronfle, et probablement sa femme en fait autant, si je retournais chez eux... la fenêtre de mademoiselle Séraphinette donnt; sur le jardin... et elle est au rez-dechaussée... La jeune fille ne doit pas encore être endormie... je frapperai doucement au carreau, elle ouvrira et nous causeronsun peu, moi dans le jardin, et elle a sa fenêtre ; ce sera fort décent, et après tout, puisque dans huii jours je serai le m?ri de cette belle enfant, il n'y a pas grand mal a ce que j'aills un peu causer avec elle au clair de la lune... justement le temps est superbe et on voit presque aussi olair qu'en plein midi.

PETIT-TIUCK, LE lUŒTON.

Trick retourne donc vers la demeure de la famille Romorantin. A l'aide de la clr:f ([u'il possède, il ouvn,' la ^'riUe et se trouve liientôl dans l'intoricur du jardin; ce jardin qui précédait la maison, était assez considérable : il y avait une plowse, un parterre, 'in potager, puis enfin une partie était arranf,'ée à l'anglaise ; c'està-dire qu'elle renfermait des bosquets, des allées tortueuse-, touffues, et mille petits détours qui étaient presque des labyrinthes.

En traversant cette partie du jardin, Trick crut entendre parler près de lui. Il s'arrêta: le bruit parlait d'un bosquet de lilas qui se trouvait alors éclaire par la lune, Trick, au contraire, se trouvant dans l'obscurité ne pouvait craindre d'être vu. L'n son qui ressemblait beaucoup ;\ celui de plusieurs baisers se succédant avec rapidité avait fort intrigué notre jeune amoureux qui, écartant doucement le feuillage, aperçoit alors mademoiselle Séraphinettc assise fort près d'un beau garçon, lequel, tout en l'enlaçant dans ses bras, lui disait:

— Je l'ai fait connaître à peu près toutes les planètes, la Grande Ourse, Vénus, le Berger, les Trois Uois et une foule d'autres qui n'ont pas l'éclat de tes jeux ; maintenant, ù ma douce amie, laissemoi faire avec toi des études sur la lune ; je suis bien aise que l'imbécille que tu vas épouser n'ait plus rien à l'apprendre en fait d'astronomie!

El aussitôt le beau professeur commença à se livrer à l'étude avec sa jeune élève, qui se montrait d'une extrême docilité et paraissait avoir le plus vif désir de devenir savante.

Trick est un moment pétrifié en voyant un quartier de la lune sur laquelle le professeur dirigeait ses études; mais bientôt il prend son parti, laisse échapper un grand éclat de rire et s'éloigne en chantant ;

A3 -tu vu la lunt, mon gas ?

ei. le kiidemain il met à la porte le vieux corbeau qui venait encore piiiii' bc f;rifer chez lui.

Cependant ces deux aventures avaient un peu abbalu la vanité

du jeune Triclf, il était bien obhgé de s'avouer à Jui-mèine qu'il avait été encore attrapé rt qa'il n'était pai aussi connaisseur en femmes qu'il l'avait p«nsé.

S'il eut été tout à fait franc, il s« terait dit qu'il ne se eonnaissait à rien.

Un autre s'en serait tenu là et aurait renoncé à l'idée de m

marier. Mais Trick tenait beaucoup à l'être, et l'on dit qu'on ne

peut pas fuir «a destinée.

Ayant un jiiur rencontré dans le monde une jeune veuve assez

I laide, mais qui avait Mi-disant rendu son défunt trcs-heureux...

! Trick se préienla, se propoM; on l'agréa, et a'i bout de quinze

i jours il épousa,

— Parbleu I se dit Trick le lendemain de ses noces, j'ai fort bien fait de prendre u«e femme qui n'est pas belle, je serai du moins tranquille du côté de sa fidélité; je sais bien qu'il est av

j sez fâcheux d'être obligé de prendre un laideron pour n'avoir pas j peur d'être cocu, mais après tout on s'habitue à la figure, tandis

que je ne me serais jamais habitué à être attrapé i Deux mois après son mariage, Trick, descendant par hasard à j sa cave, où il n'allait jamais, y surprit sa femme en conversation I extrêmement criminelle avec un voisin qui s'était offert pour venir I lui boucher ses bouteilles.

— Sapristi ! se dit Trick en se frappant le front, puisque je ne pouvais pas éviter cela, j'aurais tout aussi bien fait alors de la prendre jolie !

Et Trick, laissant là sa femme, s'en fut vivre tout seul dans uo petit coin do la terre, en se disant:

— Je ne verrai plus personne, je n'aurai plus affaire à personne... comme cela, ce serait bien le diable si j'étais encore attrapé.

Trick y mettait de l'entêtement. Il ne voulait pi» comprendre que dans ce bas momie les gens les plus heureux sont ceux qui m laissent le plus facilement attraper.

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