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I.e vieux l'ripard fait la grimace en disant

— Mon lion ami, voilà qui n'annonce pas que vous soyez fort malin , et \t'. fi,T;iis peut-cMre hieti iltj no point vous premlre chez moi ; car je crains que vous ne me laissiez voler aussi, moi !

Trick promet au vieux marchand d ô!ro sans cesse sur ses gardes, de ne jamais avoir confiance en personne, et Fripa rd cousent \ le garder chez lui, en disant :

— Heureusement pour vous, votre hahit est (;,-esque neuf, vous joiinez le porter ilix ans C(jmme cela sans !e .a're retourner.

— Oui, mais j'espère gff^iilir en dix ans et mon liahit ne grandira (las, murmure Trirk en soupirant.

Par honheur, le je;infc Breton n'avait pas placé son argent dans son sac do nuit. Avec 3e qu'il possi.'de. il se rachiite du linge, et il a hienlol oublié celle 'fireTiière mésa\tnture.

I.e piHit Trick pissc huit mois dans la boutique du vieux marcliaiul de bric-.T-Ln»v. et comme pendant tout ce temps il ne s'éiait pas laissé attraper un'i seule fois, sa confiance en lui-même était revenue, et avec elle cette vanité, cette forfanterie quiétaieiit son mauvais côlé.

Cependant le jeune apprenti ne g.ignait toujours que quatre francs par mois, c'était bien peu ; ni.is son maître l'obligeait à èlre économe en ne lui perraiîtlani -oune distraction, aucun plaisir.

Un beau matin, un monsieur très-bien mis entre dans la boutique du marchand de bric-à-brac, qui avait alors en ^talage un parapluie fort élégant et presque neuf. L'individu examine le parapluie et en demande le prix.

— Trente-six francs, répond .M. Fripard, et c'est mon dernier mot. Ce parapluie est d'un tatlelas magnifique, le bois en est précieux, il a une petite pomme en écaille avec des incrustations en or. Trente-six francs, c'est pour rien.

— Qu'on le porte chez moi ; qu'on me suive, je rentre. Comme le monsieur a déjà une canne, on trouve assez naturel

qu'il ne veuille pas encore se cliarger d'un parapluie.

D'ailleurs, on peut être fort honnête homme et n'avoir pas toujours trente-six francs dans sa poche pour payer une emplette faite ex abrupto.

l.c vieux Fripard donne le beau parapluie au petit Trick, mais il lui dit à l'oreille :

— Surtout ne lâche pas cet objet sans en avoir reçu la valeur! Trick fait un signe de téleafQrmatifiil met lo parapluie sous

son bras, et suit le monsieur en disant:

— Vous pouvez être bien tranquille, patron, ce n'est pas moi qu'on attraperai Je me suis laissé aonnerdu son une fois, c'est vrai; mais si j'avais tenu reon sac pendant tout le voyage, cela ne serait pas arrivé.

I.e beau monsieur marciifc assez longtemp.s; enfin il s'arréio dans une rue, et au moment d entrer dans une maison dont la porto cochère est ouverte, il tfile ses poches et s'écrie :

— Ahl 'iablelj'ai oublié ma tabatière dans votre boutique... Oh '. bien certainement. Je l'avais en sortant; je ne suis entré que chez vous... Je me rappelle fort bien maintenant que j'ai prisé ; je ! aurai laissée sur un comptoir. Je tiens beaucoup à ma tabatière, sur laquelle se trouve un fixédeTéniers,qui nevientd'uno tante qui m'a servi de mère. Jeune homme, donnez moi ce parapluie, et veuillez aller me chercher ma tabatière.

Trick devient rouge jusqu'aux oreilles, et il serre encore plus ' .riemcnt le parapluie sous son bras, car il se rappelle la recomuiandation de son bourgeois.

Le beau monsieur sourit, st reprend d'un air gracieux •

— - Je devine la cause de votre embarras, jeune homme; vous craignez do me laisser le parapluie sans être payé. Je ne me formalise pas de cette crainte; a Paris, il y a tant de fripons, que l'on fait bien do se tenir en garde, surtout quand on est dans lo «commerce.

Tenez, mon jeune ami, voici deux pièces de vingt francs, c'est un peu plus que je no vous dois, mais rapportez-moi ma tabaiière, et les quatre francs qui resteront siiont pour vous. Voi i ma demeure... Vous demanderez M. Breloque: allez, dépêchez vous, vous me ferez plaisir.

Peiit-Trick s'empresse de donner le parapluie. II prend les pièces qu'on lui présente, et se met à courir, enchanté de gagner 'ii in jour ce qu'il no sagne ordinairement qu'en un mois, et se promettant déjà de bien se divertir le dimanche suivant avec ses quaire francs.

il arrive tout joyeux chez son patron, et 8c met sur-lc-champ à fureter daoi la boutique, en disant:

— Cil est la t.'ibatière de ce monsieur?... Il l'a laissée ici... il «n est sûr... Vous devez .avoir trouvé sa tabatière, il y a dessus un pclhattarhr! iU: Téniers.

— Je n'ai rien trouvé I s'écrio le vieux Fripard ; mais lui, im bécile, tu n'as plus le paraiiluic?... Csl-cc que maigre ma défense tu aurais livré un objet de lrenie->ix francs fans élrc payé?... Ah' si tu as fait ce cuup-la, je te chasse '.

— N'ayez donc pas peur, bourgeois, je ne suis pas un niais, m ûi '. Tenez, voila quarante francs en ileux piec s dorque ce roonsieu' m'a données pour vous payer, et le reste y.'ra pour moi !ii je lu rapporte sa tabatière. Sapristi, je voudrais bien la retrouver pour tant I

Ft Trick se met à quatre pattes pour chi.Tcher dans tous lo coins de la boutique.

Cependant le marchand a pris les deux pièces qu'on lui donne en payement; leur poids lui semble suspect. Il les examine aiteiitivemenl, les frotte entre ses doigts, pousse un cii de colère ci allonge un coup de pied dans le bas du dos de son commis, qui s'obstinu â vouloir trouver la tabatière sous les comptoirs.

— Tiens! petit drôle, s'écrie le vieux Fripard: lo voilà Ion pourboire! ce sont deux pièces de vingt sous dorées, et m£uic mal dorées, que tu m'apportes. Je suis volé!

Trick reste stupéfait; mais bientôt il sort de la boutique en courant; il se rappelle dans quelle rue, dans quelle maison II a laissé le beau monsieur; il arrive, reconnail la porte cocbere, entre, et demande au portier :

— Monsieur Breloque"?

Lo portier lui répond :

— H n'y a jamais eu de Breloquû dans la maison.

Trick donne le signalement exact du monsieur et du parapluie. On ne sait pas ce qii il veut dire.

Lo pauvre garçon revient en pleurant chez le vieux Fripard, qui lui dit :

— Tu avais trente- six francs à me remettre pour l'objet vendu. tu m'en as donné deux, reste à trente-quatre. Tu as déjà g:i;.'ne trente-deux francs chez moi, tu vas me les rcmetire et l'en alh-r : c'est quarante sous que je pt^rds, mais j'aime mieux supporter ce déficit que de te garder chez moi plus longtemps.

Trick donne ses épargnes, et quille le marchand de bric à-brac en se demandant ce qu'il va faire.

Le Petit -Trick se rappelle alors que dans ses courses il a fait connaissance avec un jeune homme employé dans un maiMsin de nouveautés, qui lui a donné son adresse; il s'empresse d'aller le trouver et lui conte ses malheurs.

Le jeune commis en nouveautés présente Pelil-Triek à son patron en lui apprenant la position fâcheuse dans laquelle se trouve le pauvre garçon. Le commerçant consent a prendre Trick clicj lui comme surnuméraire.

Voilà donc le jeune Breton placé dans un grand magasin de nouveautés, oii il ne regrette pas sa boutique de bru- a-brac. Il se conduit avec tant de zèle, montre tant d'aptitude à I ouvrage, qu'au bout de six semaines son patron lui alloue douze francs par mois d'appoinlements.

Douze francs par mois! c'était trois fois plus qu'il ne.gagnaii chez le vieux Fripard; Trick ne doute point qu'il ne .^oit sur le chemin de la fortune.

Il y a six mois que Petil-Trick est employé dans lo magasin do nouveautés, et il n est pas besoin de dire qiio sa conQance en luimême est revenue, et qu'il s'ecrio souvent;

— .\h! maintenant •« ne conseille à personne d'essayer de m'attraper.

Cependant Trick était surtout chargé do faire le,<i courses et di porter chez les pratiques les étoffes dont elles avaient fait choix.

Un jour il sort de son magasir, tenant sous son bras deux jolis cachemires français soigneusement enveloppes et tlcelos.

Un particulier bien couvert, qui depuis quelque temps suivait 1 pL'lit commis, no larde pas à l'aborder; il baragouine comme s i Biait Allemand, .Anglais ou Italien; souvent il lui arrive de faire les trois à la fois, il salue Triek en lui disant :

— Mon belit monsir, pardon, excuse si cho adressais à vous sans connaître, mais moi étrangir, moi bas avoir ici de connaissances, tarteilT.

Le petit coinmis se mit à riro en répondant :

— Parbleu I on l'entend bien que vous êtes étranger: vou# parlez lo français comme un ramoneur.

— Ya..., ya... comme un ra...

Pardon, bétit monsir; vous il avoir une jolie figure qui inspirait le connancc, et si vous il \oulait obliger moi d'une renseignement, che donnerais subito vingt francs per louil

1 vant ces mots, l'étranger son de sa poche sa maio

i'l:tit thick if hueton.

pleirii' ilf pièces iliM-piilsoiiscl de najiolf^on^, et le pi-lil coniinis, I qui a inaiiili'iimil riiiihiliiilo de loin-hor ili- l'or et de l'arfreiil, s'assure (|ui^ 10 uc nul pas des pii-cfs luussc's.

Kbioui à la vui'dp taiil d'espaces, et ae demandant pas mieux que de papncr >inpl Irunc», si c'est d'une manière qui ne Boil point réprt'licnsible, Trick s'écrie :

— yuol service désirez-vous de mot, étranger? parlei,- et si cola se peut, jo suis prôl à vous ohlit,'or.

— C'était bien possible, bétit nionsir: moi, étraiigir, venu à P»is pour in'aniuser, voyez-vous, et jo m'eruniyuis toujours, nieii

iierr! inui voiiJrais que vous il conduise moi à un de ces petits liii'àlrescii l'on joue des farces coiuii|ues qui faisaient bien rire... Vous compreiiir.

— Oui, le comprends! c'est très-lacile; il ne manque pas à Paris de théâtres où l'on s'amuse. Par exemple, le Cirque, Séraphin, Curtins, ou bien les Délassements-Comiques... où je no suis jamais allé, mais ces messieurs du magasin disent qu'on y donne des petits vaudevilles comme à l'Opéra.

— Très-bien, saproinann! che vouloir allir à ce théâtre; voulez vous conduire moi?

— .4vpc plaisir ; venez.

Petii-Trick se mot en marche, l'étranger le suit. Tout à coup il dit au jeune homme :

— Ecoutez, c'est que je avais sur mqi une grosse somme en or que je voudrais cachir et ne pas emporter dans la comédie avec moi ... de crainte des voleurs; menez-moi, s'il vous plaît, sur les bords du canal, dans un endroit ou il passe peu de monde. ..Vous allez comprenir pourquoi.

- C'est très-facile, dit Trick, le canal est justement derrière fes petits théâtres.

On arrive sur le bord do l'eau, dans un endroit où il n'y a pas encore do maisons bâties. L'étranger s'arrête devant un tas de grosses pierres on disant :

-C'est ici que je avais envie pour cachir mon trésor. Aidezmoi, bétit monsir.

Trick cède à la fantaisie de l'étranger; il l'aide à cacher une issez forte somme sous des pierres pendant que personne ne passe près d'eux.

Le trésor caché, on se remet en marche.

On approche des boulevards, et le petit commis s'apprête à indiquer à son compagnon le théâtre où il désire se rendre, quand celui-ci s'arrête encore en disant :

— Permettez, excuse!.., Tiaple, che zouis inquiète... Che affre peur qu'on trouve mon trésor.

— Ail! dame! je vous ai prévenu que vous iai^siei une imprudence.

— Décidément, je voulais ravoir. Bétit monsir. vous savez où était le cachet\fi obligez-moi d'aller chercher et de me rapporter mon trésor, puis je payerai le prix convenu à vous, sapreraann!

— Comme vous voudrez! répond Trick qui s'apprête à courir; mais l'étranger l'arrête en lui disant :

— Une minute! Vous allez cherchir mon or, mais si ensuite vous plus revenir... Pardon, mais moi, pas connaître vous, et on m'a prévenu qu'à Paris on attrapait beaucoup les élrangirs.

— C'est vrai, répond Trick en riant, on m'a bien attrapé, moi!

— Bétit monsir, laissez à moi celte paquette que vous tenez sous votre bras pour garantie à moi.

Trick réfléchit : les deux châles qu'il porte valent huit cents francs. L'étranger a caché pour mille francs en or, il donne le paquet en s'écriant ;

— C'est juste, gardez cela et attendez-moi... Oh! je ne serai pas longtemps.

Petit-Trick se met à courir. Il arrive sur ies bords du canal reconnaît l'endroit où il a aidé à cacher le trésor; il dérann-e là pierre, il fouille..., il n'y a plus rien. Un compère a déjà enlevé la somme, et bétit monsir, après avoir remué toutes les pierres lûisines, court à l'endroit où il a laissé l'homme au baragouin, et, :omme de raison, ne retrouve plus son étranger.

Le pauvre garçon s'en revient en pleurant à son magasin. Ses camarades lui apprennent qu'il a été victime du vol au pot et son patron le met à la porte. '

Petit-Trick s'en retourne alors près de son vieil oncle en se di tant :

J'en ai assez de Paris !... Ahl quelle vilaine ville-.... quel amas ile boue, de crotte, de monde, de voitures, d'omnibus, de marchands, de gamins, de floueurs de blagueurs, de voleurs... Je vais m'en retourner auprès de mon vieil oncle, 'lins mun beau et bon pays de Breta^nel... Là, du moins, on sait à qui l'on a affaires on n'est pas sans cesse exposé à commettre des bévues! et

rivec de l'esprit, on n'est p,i$ obligé de se tenir sans este -ur ^'ardes, ce qui est irès-faiigant, même pour les gens les iihisll

Vous voyez que le jeune Trick, malgré tout ce qui lui éti.lt rivé, n'était pas encore bien guéri île a honae opinion de même; dans sa colère, il s'en nrenait à la grande ville, et rtj< sur elle toutes les fautes qu'il avait commises. Mais c'e^i a notre ordinaire : nous ne voulons jamais avouer que nous av eu tort, à oiuins que nous n'ayons vraiment beaucoup d os et do mérite ; dans ce cas-la nous convenons franchument de erreurs, puice que nous ne crai^iiutu pas qu>i cela nous f passer pour un sot.

Lor.si|U8 Petit-Trick fut de loiour dans sa Bretagne chérit ne raconta p;is à son vieil oncle comment les choses s'étaient lésées pour lui à Paris ; il se présenta co l'me une victime des ï nomenis, des circonstances. Le vieil û.u.elo crut ou eut lair le croire, ce qui revient absolument i tnême. Puis, dix-l mois après le retour de son neveu, le vl 'iard mourut, en ne i manl Trick son seul héritier.

Or, il advint que ce vieil oncle, qui av.'ii\ >çJours vécu très-i >■ destement, et que par cette raison on cr. -tt peu fortuné, I sait au Petil-Trick une fortune très-ronde, .res-confortable bons billets de banque et en pièces d'or qu'il avait entassés fond d'une cassette.

A la vérité, les pièces d'or étaient à dilTérenles effigies; . avait dos louia, avec le portrait du malhi.'ureux Louis XVI, j il y avait des pièces de vingt francs frappées sous la républiq puis des napoléons,. puis des Charles X, puis des Louis XVII I, e

De toutes cespièces d'or, celles que Petit-Trick semblait le (. affectionner, c'étaient celles qui portaient l'effigie do Louis.X.' était-ce comme Breton, par suite de l'altachoineiit qu'il p tait à cette dynastie? était-ce parce que la pièce valait vingt q trfi livres, tandis que les autres ne valaient que vingt francs

Voilà ce que nous n'avons iamais bien su il y a tant de cho

dans ce monde que l'on ne sait jamais bien!

Voilà donc Trick qui se trouve, à l'âge de di.x-huit ans, li de ses actions et possesseur d'une assez jolie fortune.

C'était plus que jamais la cas de ne point se laisser attraper

Pour ne point être attrapé, savez-vous à quoi pensa Trick?... veus le donne en cent... je vous le donne en mille. ...

Mais, comme je vois bien que vous ne devineriez pas, je p fère vous le dire tout de suite : il pensa à prendre une femme.

En voilà une idée! Cerlainemeiit, la femme est la créati

la plus jolie, la plus séduisante, la plus provoquante que l puisse rencontrer sur la terre, du moins je n'ai encore troi rien de mieux, et je pense qu'on sera généralement de mon av mais c'est justement parce que la femme possède tant d'attrai tant de charmes, qu'à dix -huit ans c'est une folie de penseï i se marier, à s'enchaîner... et surtout lorsqu'on n'a pas enc< connu l'amour. L'hymen demande de l'expérience, beauco d expérience... du côté du mari, s'entend!

— Et pourquoi seulement du côté du mari? vont peut-êi s'écrier les dames.

— Ah ! mesdames, c'est que si vous aviez aussi de l'f tpérien( vous ne voudriez probablement pas de nous.

Trick se dit :

Je vais me choisir une petite femme capable de faire mon bo heur... Oh! je sais ce qu'il me faut... je ne m'y tromperai pas.

Je suis gai, je dois prendre une femme rieuse; j'ai de lespr je ne ferai pas la bêtise de me marier avec une sotie; je suis fi Il faut que mon épouse soit pétrie de malice; j'aime assez la t ble, je veux unefemrae qui ait un bon estomac; j'aime la musiqu il faut que ma compagne chante et qu'elle ait l'oreille juste ; ei fin, je suis bien bâti et assez gentil de figure, il est indispensab que ma moitié soit bien faite et jolie, pour que nos en/ants soie des petits amours.

Vous voyez que le jeune Trick était partisan de Vhoméopathi Il y a des personnes qui croient qu'en mariage les contrast vont beaucoup mieux que les ressemblances. Il est certain, p exemple, que si vous mariez ensemble deux entêtés, ils pass ront leur journée à se disputer sans vouloir jamais céder.

Ceux personnes bavardes auront encore beaucoup de peine s'accorder. Deux époux colères ou emportés briseront tout ch« tux; deux gourmands se disputeront le même morceau.

Mais si vous mariez la vivacité avec la nonchalance, l'espi avec la sottise, l'avarice avec la prodigalité, la gaieté avec lalrii lesse, il en résultera une union où il y aura nécessairement ii compatibilité d'humeur.

C'est fort embarrassant.

Revenons à Trick, qui n'était jamais embarrassé, comme tous It sens oui ont une grande confiance en eux.

PKrn-TIUCK l,K BHF.TON.

A dix-huit .'iiis. M. Trlck s»> flsitc i\o rnmi.-ilirf |(?s f(?mmi>s!... OtJeili- f.'iiiiiif!! nous avons tant do K^nsmii vivoiitPt mfliironl>isr.« 'es avoir jatiiriis coiiiprisos. I.cs phllosuphfs, Irvssnvsnls, les «n^'f^, iegRons d'cs|irit el Ins homiiius ii jjuniies fdiiiinos ont déjà ditoii • rcrit tant de cliosos sur Ion feriinics, cl la (iliipfirl do leurs opinions se conlrodisenl entre «Iles ; co rpii fait (piaprcs avoir con- •iilié, lu on tnédilé loti» cesKens-là, on iiV;n est pas plus avancé. Mais le jenne Trick se croyait plus avanci') qw, tout lo monde, ' i Tnoiifu'il n'eniconsiilii'' ni Calon, ni Orif/hie, ni TerliiUtcn, ni 'Uint Hcrnard, ni Catull», ni Juténul, ni Virr/Ue, ni Confucius, :ii TibuUn, ni Voltaire, ni La J'ontaiue, ni Uiiile.au... il était certain (1() bien choisir.

Or, dans les l'n^•i^n^s de m demeure, Trick avait avisé une jeune personne qui pouvait bien être de son âpe. C'était une brune piquante, à l'œil noir et velouté, aux longs cils, aux soiir- ::\U bien fournis et bien arqués ; toute sa personne respirait la traifUé, le plaisir, la malice ol la coquetterie; sa taille, fine, élancée et souple on mftino temps, semblait annoncer les plus heureuses dispositions pour tous les exercices du corps: c'est une chose fort à considérer dans la personne avec laquelle on veut se marier. D'une humeur vive, enjouée, folâtre, mademoiselle Pélagie (c'était le nom de la jeune Glle) avait tout ce qui peut charmer, séduire au premier coup d'œil. Sans doute, il ne faut pas épouser une f^mme riou que sur l'efTel produit par le premier coup d'œil...

On se dit cela quand on est raisonnable; mais ce dangereux premier coup d'œil fait pr(!squa toujours des siennes, el on n'efface pas facilement les impressions qu'il n faites.

Mademoiselle Pélagie vivait chez une vieille tante paralytique C'est une bien faible garde pour une jeune fille qu'une tante qui ne peut pas bouger de son fauteuil. Mademoiselle Pélagie laissait assez souvent sa tante aux soins d'ine domestique, et allait se promener seule dans la campagne, soit à pied, soit à cheval ; la jeune personne montait >n chevai comme une élevé AeBauehn ou de Francmii; elle chassait souvent aux petits oiseaux, el elle fumait des cigarettes,

Trick avait remarqué tout cela, et il était dans le ravissement.

Après avoir longtemps suivi des yeux et des pieds mademoiselle Pélagie, Trick l'uboida un jour à l'entrée d'un peiitbois, on elle venait do mettre pied à terre pour laisser soufDer son cheval.

Le jeune homme s'approche de la séduisante amazone, en lui disant :

— Excusez ma témérité, mademoiselle, mais il y a bien longtemns que je désire faire connaissance avec vous. Je me nomme TricK, el j'habite une propriété de voire voisinage.

Mademoiselle Pélagie connaissait fort bien Petil-Trick; elle s'était aperçue que depuis longtemps il la suivait partout, qu'il était sans cesse sur ses pas. el elle en devinait parfaitement le motif.

Quelle est la femnii', la dame, la veuve, la demoiselle, la jeune personne qui ne voit pas quandellea fait une conquête... ànioins, cependant, d'avoir atlaire à ces amoureux timides qui ne vous suivent que de fort loin, qui ne vous regardent qu'à la dérobée et n'osent pas vous toucher le bout du doigt.

Mais cette espèce d'amoureux est devenue très-rare ; il y a môme tout lieu de croire que la graine en est tout à fait perdue.

Mademoiselle Pélagie fait au jeune Trick un sourire fort encourageant, el lui répond :

— Vous n'êtes point un inconnu pour moi, monsieur ; je sais que vous élcs mon voisin, je vous ai aperçu plusieurs Aais en me promenant.

— Mademoiselle, ce que je vais vous dire vous seinMera peut- (tre bien prompt, bien hardi; mais quand il s'agit du honneur, jai toujours pensé qu'on devait aller vile.

— C'est aussi mon avis, monsieur ; parlez donc, ne craignez pas de vous expliquer.

— Mademoiselle, depuis que j'ai hérilé de mon oncle, il ne me manque plus qu'une chose pour être entièrement heureux.

— Quelle est donc celle chose, monsieur ?

— C'est une femme, mademoiselle.

— 'VousavoE parfaitement raison, monsiour... un homme s)iii.<. femme doit être un corps sans âme.

Le jeune Trick aurait pu trouver cotte réflexion un peu décet- Idée, surtout dans la bouche d'une demoisello ; mais loin do cela, il fut enthousiasmé de cotte réponse, et s'écria :

— Vous parlez comme un antre, mademoisolle. Oui, je suis le corps... qui cherche une Ame... Voulez-vous être l.i mienne, ravissante PiMai^iti; ou, pour pnrier sans tijj^ure, youlez-vous ^\yc ma feramc ?. . Je mets mon iwra, ma personne et ma fortune à vos pieds.

PélaprlAreirardc le jeune h'>nime dnn .tir q>ion fiouvaii ialeipri'ter d» difTi'rcnies manières ; elle n-puiid oiiiio ;

— Vous Mp', donc amoureux de moi?

— Comme un fou..

— D'-pui? longlemp»?

— Depuis six semaines.

— ?.\. vous me le dites seulemcm aujourd'hui... »ou» jr ave» mis (!" la réflexion !

— C'est que je n'osais pas.

— Ah! ah ! ah! un homme timide me fait lelTei d uu eu--..!, boiteux!... pour peu que vous vous abandonniez à lui. vous pouvez être certain qu'il vous jettera par terre.

Trick trouve encore cette réflexion cbarmanie, et il répond :

— Mademoiselle, je ne suis pas boiteux; c<jnll>;z-vou- a moi, jt ne vous laisserai pas tomber. Accueillez-vous ma demande .. tut permettez-vous d espérer?

— Vous pouvez toujours espérer ; cela ne fait j'irnais de mal. Quant à vous prendre pour mari... c'est possible.... Cependant, il faut que Je connaissi' d abord votre caracU-re, queies«ctu$ienàn vous me convenez...

Montez- vous à cheval?

— Un peu, mademoiselle.

— Vous allez monter en croupe deniers moi , noos verrou-^ comment vous savez vous tenir.

Et sans attendrie la réponse de Trick, mademoiselle Pélagie saule lestement sur son coursier. Le jeune homme met beaucoup plus do temps à grimper derrière elle; en5o, il esl placé sur la croupe du cheval.

— Tenez-moi bien, dit Pélagie; mais je vous préviens que j'aime à aller vite.

— Oh! mademoiselle, répond Trick en enlaçaut la laille mignonne et voluptueuse de l'ama.zone, allez le trot, allez le galop' allez comme vous vi idrez... ventre a terre même! je serai tr>p heureux de che^vucier avec vous.

Pélagie a donné un coup de cravache à son cheval, qui s'élance sur la route avec la rapidité de l'éclair.

Trick serrait la cavalière, mais , malgré cela, il faisait sur h croupe des bonds, des sauts qui lui faisaient faire de singulières grimaces. Bientôt le courber de mademoiselle Pélagie, peu habitué à porter deux personnes, se mit a faire le saut de mouton: et Trick, qui ne s'atieiidail pas à ce nouveau genre d'exercice, lâcha sa partnaire et roula sur la poussière.

— Vous n'êtes pas fortl dit Pélagie en riant, mais je vous donnerai des leçons...

Avez-vous un cheval?

— Non, mademoiselle.

— Il faut en acheter un bien beau, bien vif, bien dressé que vous m'olTrirez, et moi je vous donnerai celui ci qui nefait jamils le saut de mouton quand II ne porte qu'une seule personne.

Le lendemain Trick ofTrait à la belle amazon-» un fort joli cheval.

Deux jours après, mademoiselle Pélagie se faisait donner par Trick un beau collier en perles; quelques jours après, des boucles d'oreilles en diamants.

La jeune flile avait infiniment de fantaisies, et elle s'écriait :

— Pour me plaire il faut avaal tout contenter rae^ caprices ; je ne croirai jamais à l'amour d un homme qui ne satisferait pas tous mes goûts.

— Elle doit être certaine que je l'aime, se disait Trick . car je m'empresse de lui offrir tout ce qu'elle parait désirer, liais je suis bien certain qu'elle en est bien recounaiisaale, et que de son oJie elle est folio de moi.

Cl Trick disait ensuite à Pélagie :

- Quel jour nous marions-nous?

F,i celle-ci lui répondait ;

— RieiUi't! mais je veux encore étudier votre caractère.

La seule chose qui déplaisait à Trick, c'est que mademoiselle Pélagie recevait chez elle beaucoup trop de jeunes gens.

— Si ce sont des amoureux. di.<ait Trirk ,i la jeune fille, pourquoi ne les renvoyez-vous pas... car, enfin, puisque je vous plais, Ils ne vous plaisent point'i»

Ce raisonnement énit entièrement dépourvu d«» jusie.«s<», cai tous les jours be.iucoiip de personnes nous plaisent en même temps; aussi Pélagie se cont<ini.iit de répandre en ûyn\ :

— Ce# jeunes treiis viennent voir m» tante, elle .lime la compa- ;,'nie... et cela lui f.'^il pl.'»isir de recevoir du monde; je suis trop \m bonne nièce pour l'en priver. ^

Mais UD beau malin, Trick eut l'idée do se Iotct plu3 t>.M qae <!•

l'KTIT-TRlCK i.K BU I ".TON.

eonliiiiie iHim vmr u-vcr lo soleil; et voilà qu'un so nroninnaiil darcJiiii lniis ;issi)7. toiilTii . il apnn'iil, derriùru un millis, maduiiioisi'llo l^■■la^'i^) avez un boau jeune liomine, rogjrdanl aussi lever le soleil et uni) foLil.3 d'aiiires choses!

Tiick devin! hliine, j:iiine, ronge ot bleu , dn dépit d'avoir été

dupé; (juanl à la jeniie amazone, elle se contenta de rire en disant:

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