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Chapitre XXII. — Bouchenot veut se marier

Le dernier jour du mois, Bouchenot reçoit une lettre par la poste ; eiie est adressée à sa nouvelle demeure de la rue Sai>it-Lazare, ce qui prouve qu'avant de la lui envoyer on a été aux renseignements rue de la Calandre.

Bouchenot se hâte d'ouvrir la lettre , elle ne contient pas une seule ligne d'écriture ; mais en revanche elle renferme un billet de banque de cinq cents francs que Bouchenot contemple en s'écriant :

— C'est bien, c'est très-bien. C'est mon revenu que l'on m'envoie ; il est dill'icile d'être plus exact. Décidément mon argent est bien placé, et je puis dormir tranquille sur mes rentes. Je suis riche et je n'ai rieu à faire... Comme c'est heureux... comme on a bien trouvé la proftgjjioB qui me convenait !

Et Krochenot continue le genre de vie qu'il s'est imposé en venant habiter à la Chaussée-d'Antin. 11 se lève tard, passe une graiide partie de ia journée à sa toilette, va au café, lit les journaux, les revues, écoute les nouvelles, va se promener, dine et ne se grise plus, parce que c'est mauvais genre-, il se rend ensuite au spectacle ou va se faire voir dans un jardin ou Ton fait de la musique ; puis il rentre chez lui, et se couche en se disant :

— J'ai été bien comme il faut toute la journée ; je suis très-content de moi.

Plusieurs mois s'écoulent sans apporter de changements dans l'ixisler.ce de Bouchenot. A la fin de chaque mois il reçoit régulièrement par la poste un billet de banque de cinq cents francs, lï s'est tellement accoutumé à cet envoi , qu'il n'éprouve plus d'émotions en décachetant l'enveloppe, et qu'il regarde maintenant le billet de ^ banque sans sourire , et le place aSsez froidement dans un joli secrélaire dont il a fait emplette. Depuis quelque temps la physionomie lin jeune homme a perdu cet air de satisfaction que lui avait donné la fortune ; elle ne s'anime plus, elle devient froide et sérieuse, on f chercherait en vain celte expression de gaieté par laquelle elle briliaiî autrefois. Le Bonch;not de !a Chaussée-d'Antin ne ressemble plus h celui de la rue de la Calandre. Si sa person: c a gagné quelque chf>5f (?•' riîté de la tenue, en revanche sa figure a beaucoup perdu de ce qi i l.i . .. , i"éf:s, i! ei Iri dor.n. i ilu cliiriue.

Enfin, au mtli-o de ses grandeurs. Je sou joli appartement, au SKI d.; la Chaussée-d'Arilih , et dr^pé d.ms -a robe de côambrs en ^.■tciTe de Pevss, Cu'i. lienol se surpretiil a bâiller forl souvent. 23 vain fait-il tous ses eflbris pour échapisr « l'ennui qui ie gagce , ea

vain a'étale-t-il sur ta cauieuse et ae mirc-t-il dans sa glace en m répétant :

— Je suis très-heureux... j'ai fort bon genre... il n'y a pas d'homme plus heuieux que moi.

L'ennui, qui pénètre facilement sous une belle robe de chambre et dans un beau logement, s'est introduit chez Bouchenot, et semble vouloir s'y établir; les habits à la mode, les parfums, les promenadei, les soirées aux Italiens ne parviennent point à le chaster; il fait, au contraire, de rapides progrès, et tient chaque jour fidèle compagnie au nouvel enrichi.

La petite Cœlina ne s'est pas présentée chez le jeune bomiiic oui fut son amant, et celui-ci n'a pas eu besoin de la consigner chez son concierge; George et Timoihée ne sont pas non plus revenus rend visite à leur ci-devant compagnon de chambrée. Quelquefois Bo chenot les a rencontrés sur son chemin ; mais au moment oii il se di posait à leur parler, ceux-ci ont passé rapidement en ayant l'air d ne point le reconnaître ; Henri en a fait autant lorsqu'ils se sont rencontrés, et Bouchenot en a été pour ses pas, sou sourire et u muin qu'il a inutilement tendue vers ses anciens amis; alors il s'est dit :

— Probablement ces messieur.'t sont jc'oux de ma fortune... de ma belle position; voilà pourquoi ils ne me parlent plus et ont l'air de ne pas me voir quand ils me rencontrent. Uh ! c'est cela, il n'y a pas le moindre doute; ils sont vexés de me voir maintenant dans une situation aussi heureuse... Oh! les hommes! l'envie les ronge toujours... (Cependant cela m'étonne de la part de mes anciens camarades... Ne plus me regarder parce que je suis riche... parce que je suis très-bien mis... et que j'ai très-bon genre!... Fi! que c'est petit d'êt re jaloux de mon bonheur !

Cependant le bonheur de Bouchenot se compliquait de bàillementi de plus en plus rapprochés, si bien qu'enhn n'y tenant plus et ne pouvant se dissimuler à lui-même l'ennui qu'il éprouvait, un beau matin, en se levant, Bouchenot se dit :

— Sacreblcu !... c'est bien embêtant d'être heureux comme je la suis... décidément je m'ennuie à crever!... C'est singulier... j'ai de l'argent de quoi m'amusar... et je ne m'amuse plus... Qu'est-ce que cela veut dire?.., à quoi cela tient-il?... Je n'ai rien à faire... et je ne sais que faire de moi.,, c'est bien extraordinaire. Voyons, fichtre !... il faut trouver nn moyeu d'être heureux sans bâiller et sani avoir envie do dormir... Je ne veux pas que l'excès de mon bouiieur me donne le spleen !... je ne veux pas finir par me tirer un coup de pistolet, comme les Anglais, pour me désennuyer; je veux rire, être gai comme au temps où je n'avais pas le sou... Alors les femmes et l'amour embellissaienl mon existence... alors j'avais toujours trois oti quatre intrigues à mener de front ; maintenant rien... C'est inconcevable t Les grisettes me rient au nez ! les femmes du monde ne font pas attention à mes œillades... Ah! parbleu, il me vient une idée!... si je me mariais!... Se marier pour ne plus s'ennuyer!.. . au premier aspect cela paraîtra drôle... mais moi, j'ai l'espoir que ce changement de position me sera favorable. Au moins, en ayant une femme, j'aurai près de moi quelqu'un avec qui causer, je m'occuperai de mon ménage, cela me distraira... je prierai ma femme de me faire des confitures, je mangerai J'écume. Oh! ce doit être fort amusant! Essuite j'aurai des enfants, beaucouj) d'enf.'iits; je jouerai à la poupée avec ma fille, et à la ioupie avec mon fils!... Ce sera délicieux! Certainement qu'alors je n'aurai plus le temps de m'ennuyer. Quel dommage que je n'aie pas eu cette idée-ià plus tô'.! Marions-nous bien vite... Mais cependant épousons une femme riche; car, puisque je mange mes six mille livres de renies tout seul, je n'en aurais pas assez avec r,ne femme et des enfants.

Il ne s'agissait plus que de trouver une femme riche et jolie, caf cette dernière co'.idition semblait aussi indispensable à Bouci^ienot. Mais en allant fréquemment dans le même café, il, avait fait coufaissaiice avec un vieux garçon fort répandu dans le monde, et qui déjà, plusieurs fois, lui avait offert de le mener avec lui au bal ou en soirée. M. Feuillard, c'était le nom du vieux garçon, était un de ce« hommes qui ont passé leur vie au sein des plaisirs, et que l'on est toujours certain de rencontrer à une fête , à une cérémonie, à une première représentation; conservant, malgré son âge, les goûts et la toilette d'un dandy, il aimait surtout la compagnie des jeunes gens, et c'est pourquoi il avait pris Bouchenot en amitié.

Un matin, en prenant du chocolat à côté de sa nouvelle connaissance, Bouchenot lui dit :

— Monsieur Feuiilard, vous ne croiriez pas une chose ?

— Qu'est-ce donc , mon cher ami i'

— C'est que moi... qui ai s'i mille livres de rentes, et rien à faîre^^ moi qui habite la Chaussée-d'Antin et mange chez les premiers traiteurs de la ville, eh bien... je m'ennuie... je m'ennuie même beaa« coup depuis quelque temps.

— Je ne vois rien d'extraordinaire à cela , mon cher ami; car moi qui vous parle, et qiM ai pas.->é loute ma vie in sein lics plaisi.-*:, des fêtes, des réunions let, plus brillantes; moi i;ui n'ai j»îii.>is marqué un grand con.;erl, une course de cln"'aii», une p'Jmeiiade de Longcharup, ni une première représ. inlniu; en Intn, je pius «miù >:.;.' ceriifie.7 ^ue je n.o suis ennuyé ton souvent. Que

MODSTACHE.

Tonlez-vous?... les in<*mes pJaùirs amènent quelquefois la monotonie; ensuite, vous concevez bien qu'un homme <iu bon ton ne doit pas rire et s'aïaiiser comme un petit artiste, comme uu pauvre élu- <li.int pour qui tout est hun lorsqu'il y voit matière à se donner de rai;ré nient. Il nous faut à nous autres des amusements fins, délicats, recherchas j mais cela ne se rencontre pas aussi facilement : voilà pourquoi on bâille assez souvent en bonne compagnie. Mais rassurez-vous, l'eoBui n'est pas de mauvais ton!... Vous ne serez jamais ridicule , pourvu que vous sachiez vous ennuyer convenablement. Vous nommerez cela vapeurs, maux de nerfs, malaise; on vous plaindra, et on aura pour vous mille petits soins.

— Monsieur Feuillard, tout cela est fort bien, mais je préférerais ne point m'ennuyer, et pour cela j'ai la fantaisie de me marier.

— AU! »h!... singulière idée... elle ne m'est jamais venue, à Moi. Mais, que sait- on, cela peut réussir... maintenant qu'on se traite par l'homoeopalbie. Nous vous marierons, mon cher, c'est trèsfacile !...

— Vraiment !... vous auriez quelque femme à me proposer ?

— Femmes, veuves, filles. Eh! mon Dieu! est-ce qu'il n'y en a pas toujours? Tenez-vous à la fortune?

— Oui; j'ai sii mille livres de rentes, il faut que ma femme m'en apporte au moins autant.

— C'est juste; il faut même qu'elle en ait davantage.

— J'aime encore mieux cela.

— Les demoiselles riches tiennent souvent à ces petits agréments de société qui plaisent dans le monde. Voyons, quels sont les vôtres?

— Mes agréments?

— Vos talents , si vous aimez mieux : êtes-vous peintre ?

— Non.

— Poêle ?

— Non.

— Musicien ?

— Non.

— Pas musicien du tout ?

— Ma foi non.

— Comment, vous ne chantez pas votre petite romance... votre petit nocturne ?

— Je ne sais que les chansons de Bé ranger.

— Diable!... je voudrais trouver tout de suite quelque chose pour vous faire briller.

— Je danse et valse très-vigoureusement.

— Fi donc! mon cher; on ne danse plus, on marche.

— Je bois un verre de Champagne d'un trait.

— Ah! vous êtes t» yurgite... Ce n'est pas mal, cela... c'est gentil à table; mais je voudrais autre chose près de la demoiselle... Que ferez-vous si on vous présente un album, avec prière de mettre quelque chose dessus?

— Je sais faire des chats en trois traits de plume.

— Vraiment!... c'est délicieux cela!... Voyons tout de suite votre talent. Garçon, du papier, une plume!

Le garçon de café apporte ce qu'on lui demande. Bouchenot se met à faire des chats à main levée. Ifi vieux Feuillard est enchanté; i] t'écrie :

— C'est parfait, c'est fort original : avec cela, vous pouvez trouver une demoiselle de douze à qui'rize mille livres de veiite. Ce soir, venez avec moi, je vous pré.sente dans une réunion où se trouvera mademoiselle Mirevalle. C'est une jeune personne riche, qui a la l'urcur des albums. J'aurai soin de parler de votre talent extraordinaire pour faire des chats Ji la plume; on vous enverra l'album; vous le reporteriz vous-même : ce sera un moyen de vous introduire; vous ferez votre cour; le reste ira de suite.

Bouchenot est enchanté; il rentre che» lui, oii il s'exerce toute la journée à l'aire des chats. Il use deux paquets de plumes et une main de papier; mais aussi il se sent de prer.iière force, et prêt il montrer lor 'aient sur l'album d'une pelite-maitresse. Le soir, il va retrouver M. '''euillard, et celui-ci le mène chez un faiseur d'afTiins de la rue de Provence où il y a grande réunion. La demoiselle Mirevalle ne tarde pas à venir, c0"duite par son père.

Depuis qu'il a si\ mille francs par an à dépenser, Bouchenot a pris un aplomb qui dans le monde passe souvent pour du savoir-vivre. Il ne se sent p'us embarrassé au milieu d'un salon, et soutient fort bien les regards de la société. Il se faufile près de mademoiselle Mirevalle; c'est une jeune personne assez jolie, qui semble aussi ,<voir une grande h»bitud" dn monde, et que l'on prendrait plutôt pour une dame que ^nr mv d.'moiselle.

Le vieux Feuillard a su adroitement amener la conversation sur les albums, et parler du talent de Bouchenot ainsi que de sou extrême complaisance; la soirée n'était pas écoulée que mademoiselle Mirevalle avait demandé au jeune homme la permission de lui envnvrr si>n album, et que olui-ci avait promis d'v faire uo chat à la

Le lendemnio Donrbenot reçoit l'album; après y avoir déplo^ié :»>>! «.fli» «aviir-f.iire. il va lui-inén<" le u |ijrtt:r .1 mademoi.- Ili- MirfevaCrej C.tCtn vii'Ki Peut (tard lui a conu»^'^ «U bouiur toute Uuudité et de u> déclarer baidiueuU

Le jeune homme est fort bien reru. Le ehat est trouvé raviaiaMi, Bouchenot promet d'en faire pour plutieurs amie» de mademoiselle Mirevalle, et il se trouve ainsi introduit près de la demoiaelie a laquelle il veut faire sa cour.

Mademoiselle Mirevalle avait un caractère original et la prétention du ne point ressembler aux personnes de son sexe. Elle s'aperçut bientôt que Bouchenot cherchait à lui plaire. Elle trouva en lui piua d'an'ectatioo que de savoir-vivre, plus de prétention que d'esprit, parfois même dans ses manières une gaucherie qui avait quelque chose de comique. Tout cela aurait pu déplaire à une autre, et c'est, au contraire, ce qui fit que D..u'emoiselle Mirevalle accueillit fort bien la déclaration de Bouchenot ; d'ailleurs il lui «embla fort original de se marier par t'ioterventiou d'un chat.

Au bout de fort peu de temps, certain du consentement de la jeune personne qu'il désirait épouser, Bouchenot songea à obtenir celui de M. Mirevalle. Le papa ne se laissait pas séd lire par des dessins à la plume, mais il aimait beaucoup sa fille, et l'on avait tout lieu d'espérer qu'il approuverait le choix qu'elle avait fait.

Bouchenot alla donc faire sa oemande au père de la demoiselle. M. Mirevalle , en homiue s;.ge , commença par demander à celui qui se présentait pour être son gendre des deuils sur sa famille et sa fortune. Bouchenot se donna comme fiU d'un gros négociant qui lui avait laissé six mille francs de revenu.

— Ma fille en aura le double, dit M. Mirevalle; cependant, si vous lui convenoe , ce ne sera pas un obstacle. Sur quoi sont placés vos fonds?... en terres, en maisons , ou sur l'Etat ?

Bouchenot ne s'attendait pas à cette question, elle le troubla, l'embarrassa beaucoup. Il tergiversa, et balbutia enfin :

— Mes fonds... mes fonds sont très-bien placés... on me paye r^ gulièrement tous les mois,

— On vous paye tous les mois?... ce n'est donc pas sur l'Etat?

— Non... c'est un ami qui a mes fonds.

— Un ami... Mais est-il notaire, agent de chang^^ banquier? a-t-il enfin une solvabilité reconnue ? ^

Bouchenot tirait son mouchoir, le remettait dans sa poche et le retirait encore, en cherchant ce qu'il pourrait dire; son hésitation n'échappa point à M. Mirevalle, qui conçut des doutes sur la fortune du jeune homme, et lui dit d'un ton assez sec :

— Ëh bien , monsieur, il me parait que voua ne savez pas où sont placés vos fonds.

— Pardonnez-moi, répond Bouchenot en tâchant d'avoir un ton d'assurance. Pardonnez-moi»., monsieur... mes fonds sont... ciez un épicier.

— Chez un épicier! dit M. Mirevalle en laissant échapper un sourire moqueur. Singulier placement! En ce cas, monsieur, je vous engage à les retirer de là et à acheter des rentes; lorsque vous m'au- Tez apporté votre inscription au grand-livre , nous pourrons causer «Se votre proposition ; mais jusque-là il est inutile que vous coutinuiex de faire la. cour à ma fille, et que vous vous présentiez chez moi.

Et iU. Mirevalle a tourné le dos à Bouchenot , qui s'éloijne tout honteux en se disant : — C'éiait bien la peiae que je m'exerçasse à faire des chats à la plume! Voilà un père très-ridicule ; je lui dis que j'ai six mille francs de rente, et il ne veut pas me croire sur parole. Je ne puis cependant pas lui en donner d'autres preuves. Je crois que c'est un prétexte qu'il a pris pour me refuser, il ne me trouve pas assez riche. Je vais bien attraper tous ces gens-là, je vais épouser une demoiselle qui n'aura rien; avec de l'ordre, mon revenu nous suflira. Dans la société où m'a conduit le vieux Feuiilard , j'ai remarqué une jeune personne ravissante... mademoiselle Desbruyer. J'ai demandé pourquoi elle ne se mariait pas; c'est qu'elle n°a pas le sou, m'at-on dit. Eli bien , moi, je veu\ me montrer plus grand, plus généreux que les autres hommes; j'épouserai madeuioistile IXsbruyer.

Bouchenot dit à son vieil introducteur qu'il a changé de projets ; que mademoiselle Mirevalle ne lui convient plus , et qu'il » jeté le» yeux sur mademoiselle Dfsbruyer.

— Pour celle-là , dit M. Feuillard , elle est ferl jolis , j'en coaviens, mais elle n'a point de dot.

— Cela m'eat é^;al , j'tn ai assez pour jious deux.

— Par exemple , vous entreriez dans iiae famille trtt lijnotablK sous tous les rapports.

— Cela me suffit; connaisfea-vouf M. Deibruyer*

— Beaucoup.

— Présentez-moi comme un éiHWseiir. et té. minonij. 9mplemtnw j'ai h.4te de me marier aiin de ne plus rVennuyer... Faudra-t il fairv des chnts à la plume pour piaire à celle denioi**lle .'

— Non ; celle-là est trt">--;nodeste, elle n'« point d'album.

— J'aime mieux cela. .•Vvec une ferame qui court après tous le* artistes, après tous les hommes de mérite, et qui les supplie de lui faire quelque eho'ie, je sens q>i« je n aurai* |M» été iritaq-iille Q.iapd dn é|iiHi>e un h'iDi ue (lanH- ipi'il «ait taire ui> cïi'U, il >i'. prohaiiir <|U'o* le ti'oiii|i.T.i av>'C un .iii're qui saura f.iin- mi ci>ev..i vu wut .lUtM aiiimi>l. L'amour de> .'<<l<ttBia peut eiitr.ii>«r fort tuin.

M. Feuillard a pn^Mtiilé >oii prolé^ cbea les parants dt la jolie fille, comme uu jeune hom.ue qui a oié subjii),ué par les charuiet

de mademoiielle Desbrnycr , et qui désire lui ofTrir m fortune et sa main.

Bouchenot e.tt parfaitement accueilli. Il se trouve au milieu d'une famille aimalile , et il peut faire sa cour ht une demoiselle charmante, qui re<;oil ses hommages avec timidité , mais aemhie reconnaissante de ce qu'il a bien voulu l'aimer rien que pour elle. Il fait sa cour avec ardeur, il lui tarde d'être le mari d'une jeune personne belle, bien élevée , et qui semble posséder autant de qualités que d'allraits.

De leur côté, les parents jont enchantés d'avoir trouvé un bon parti pour leur hlle, et rien ne semble rlevoir s'opposera l'hymen de liouchenot. Oéjà le jour est fiié, on s'occupe des préparatifs de la noce, des invitations à faire, de la toilette de la mariée ; lorsque le père de la future, se trouvant un jour seul avec Bouchenot, lui dit :

— En vérité, monsieur, je ne sais comment vous peindre ma reconnaissance; vous avez de la fortune, et vous prenei une fille sans dot!.,. Bien peu d'hommes attiraient comme vous !..,

Boiicheaot montre à s^'O nuiivei umi quel talent il a pour dessiner les chats en trois traits de plume.

Bouchenot s'incline ; son futur beau-père continue :

— ^ ous ne trouverez pas mauvais sans doute, monsieur, que je vous demande quelques détails sur votre fortune. Dn père doit avant tout savoir en quelles mains il confie son enfant, et mes questions ne peuvent vous offenser. Il est d'usage, en pareille circonstance, de communiquer à sa nouvelle famille ses titres, sa situation... Dn seul coup d'ceil me suffira... Soyez persuadé, monsieur, que cette demande m'est plutôt dictée par mon devoir que par aucun motif de méfiance .

— Que le diable t'emporte avec ton devoir! se dit Bouchenot. Il va m'en demander autant que les autres... celui-là ! Si je lui dis que j'ai des rentes , il voudra sans doute aussi voir mon inscription. Voyons... payons d'audace ! essayons un autre moyen.

M. Desbruyer semblait étonné du silence que gardait son futur gendre; celui-ci se touime enfin vers lui et lui répond d'un ton trètrassurë :

— Monsie«r Desbruyer, on vous a peut-être dit que j'avais de U fortune... des rentes ? eh bien , on vous a trompé.

— Commeut , monsieur?

— Oh ! rassurez-vous ! je n'en suis pas moins à mon aise. Je touche cinq cents francs par mois , payés fort régulièrement. C'est gentil.

— Vous avez donc un emploi , monsieur?

— Un emploi... Oui , comme vous dite», j'ai un emploi...

— Et dans quelle partie , s'il vous plaît ?

— - Dans quelle partie ?... Ah! mon cher monsieur, vous êtes bien ctirieui.

— Curieux? lorsqu'il s'agit delà destinée de sa fille... Monsieur, ma demande doit vous paraître, au contraire, toute naturelle. Veuillez bien me dire quel emploi vous occupez.

— Et si je ne veux pas vous le dire, moi ?

"- Alors, iBonticsr, votu n'éj>i»»«erez pas ma fille.

— Comment , vous me refusez votre fille qui n'a rien , quand ]« vous promets , moi , de la faire vivre dans l'aiiance ! quind je louche cinq cents francs par mois !

— En toucheriez-vous dix fois autant , monsieur, je vous refuserais ma fille si j'if;norais de quelle façon vous gagnez cet argent.

— Monsieur Drsbruyer, vous êtes ridicule.

— Non , monsieur, je suis un homme d'honneur, et je ne veux compter dans ma famille que des gens dont la position soit honorable. Si vous ne voulez ou ne pouvez répondre à mes questions, il est inutile que vous songiez encore à ma fille.

— Mais s'il m'est impossible d'y répondre, à vos questions?

— Alors, monsieur, j'ai bien l'honneur de vous saluer. Bouchenot a été poliment mis a la jiorte. Il rentre chez lui en se

disant : — Tous ces gens-là sont horriblement ridicules... S'entêter à vouloir savoir comment j'ai de l'argent!... Puisque c'est comme cela, je ne me marierai pas. Au moins, on ne me fera plus de ces sottes questions auxquelles je ne puis pas répondre.

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