II. Giraumont fait an bond en arrière en s'éeriant
— Un faux monnayeur!... M. Mortandal 1... Ah! monsieur, cela n'est pas possible... C'est une nouvelle calomnie que l'on invente pour que je ne lui donne pas ma fille.
— Mais, monsieur, puisque je vous propose d'en avoir la preuve par vos yeux!... Il me semble que le sort de mademoiselle votre filie vaat bien la peine que vous fassiez au bioùbs une démarche pour sareir si l'on vous dit vrai.
— Partons, monneur, je suis prêt k vous suivre.
Le yieillanl monte en cabriolet avec Bouckenet, qui se fait deseMi4rc avec loi à l'entrée de la ruelle, oii ils ne tardent pas à trouver Henri et ses «mis , qui attendaient devant la maison.
Henri s'approche de M. Giraumont, et lui dit :
— MoDneor, ne creyes peint que ce soit la jalousie qui me fasse acir; mais oa m'a aasaré que M. Mortasdal n'était qu'un misérable ia«x Donnayenr, et q«e e'Aait dans cette maison isolée qu'il se livrait à cBUe crimineliï ind-JSlrie. J'ai ers rjn'i! était de mon devoir de v«u8 aèlsr k co2jLTi«iU'e ctt^ui <{<^ vifu vo >.!ez prvûdie pour j>«udre.
Le premier maître de Moustache était un jardinier Beoriste prés
de la barrière de Ménilmontant.
Et il» aperçoivent M. Mortandal entouré d'hommes , dont les un» emplissaient d'huile et d'eau-de-vie des barriques qu'ils refermaient ensuite, tandis que les autres recevaient dans des cruches des liquides qui leur arrivaient jar des tuyaux qui s'étendaient sous terre, et communiquaient en dehors de la barrière, d'oîi ils aboutissaient là, sans rien payer à l'octroi.
— Ils ne font pas de fausse monnaie ! s'écrie Bouchenot qui vient d'allonger la tête à l'entrée du caveau, Undis qu'Henri et ses deux amis sont restés tout ébahis au milieu de» fraudeur», qui de leur côté ne semblent pas moin» »urpris de cette visite iiiatteudiie.
Comment ! messieurs, est-ce que vous s«riez des gabelous 7 ùjt
M. iJufUud.J Ci) regr.iJaut les jeunes gens avec étoiuje>:icnt.
— Non, moDiieur, dit Henri ; mais on noas avait auuré que vous faisiez ici de la fausse monnaie.
• Ah ! je devine qui vous a dit cela! reprend le Marseillais en
apercevant Bouchenot. C'est monsieur, auquel je l'ai laissé croire, parce que je pensais qu'il aurait bien \Aus peur d'un faui monnayeur que d'un fraudeur... Ah! monsieur Bouchenot , vous m'avez trahi, ce n'est pas bien !
— Eb ! fichtre!... il fallait donc me dire qu'il ne s'agissait que d'huile et d'eau-de-vie! reprend Bouchenot, et je n'aurais pas été dans des transes continuelles depuis ^le je vous connais !
En ce moment M. Giraumont, qui n'était pas encore entré dans le caveau, se présente devant IVI. IVlortandal, qui semble un peu contrarié à sa vue, mais tâche de se remettre, et lui dit en affectant de rire :
— Comment , mon cher beau-père , vous aussi, vous venez visiter notre entrepôt secret !...
— Monsieur, répond le vieillard, je suis bien aise pour vous que vous ne soyez pas un faux monnayeur, mais je ne veux pas non plus pour gendre d'un liomroe qui fait la contrebande... J'aime les professions qui s'exercent au grand jour et qui ne craignent pas les regards de la police : c'est vous dire assez que tout est fini entre nous.
— Eh quoi! monsieur Giraumont .. mais ceci n'est pas de la contrtbande. c n'est que de la fraude...
— Je n'estime pas plus l'une que l'autre , monsieur. Du reste, soyez tranquille, aucun de nous ne se chargera du soin de vous dénoncer. Allons, messieurs, je crois que maintenant nouspouvons sortir, rien ne nous retient plus ici. Monsieur Henri, donnez-moi votre bras.
Henri ne s'est pas fait répéter celte prière. 11 s'empresse d'emmener M. Giraumont; (jeorge et Timothée les suivent, et Bouchenot ferme la marche en répétant :
— Ah ! si j'avais su qu'il ne s'agissait que d'huile et d'eau-de-vie... les imbéciles! cela leur a])preDdra à s'être moqués de moi.
Quinze jours après cette aventure, Henri devenait l'époux de Pau-
line, et ses trois amis assistaient i la cérémonie qui assurait soa
bonhi;ur.
Boiclienot accepta la place que Henri lui avait offerte; dans le« premiers temps il ne travaillait ni bien ni beaucoup, mais Henri n'était pas exigeant. Petit à petit Bouchenot s'accoutuma au travail; il s'aperçut que l'on n'a pas le teuips de s'ennuyer lorsque l'on est occupé , et que l'on s'amuse beaucoup plus quand on n'a pas que cela à faire.
Câlina était devenue rangée , laborieuse , économe. Bouchenot finit par lui devenir fidèle. En amour, comme en toutes choses, il ne faut désespérer de rien.
Moustache, fêté, choyé et bien nourri , resta près de Henri et de Pauline , qui lui devaient leur félicité.
Mais Bouchenot disait souvent :
— Dans tout cela nous ne savons pas ce qui attirait le chien dans la maison des fraudeurs.
Enfin mademoiselle Prudence épousa M. Merlandin , qui invita k sa noce Bouchenot et Coelina , et leur dit avant de repartir pour Poissy avec sa femme :
— A propos, le parrain de mon épouse m'avait chargé de lui donner des nouvelles d'un chien nommé Moustache, et prié de mener quelquefois ce chien chez la personne qui le lui a donné : c'était un jardinier fleuriste, près de la barrière de Mënilmontant; mais ma femme m'a dit qu'elle avait perdu le chien. Et quant au jardinier, on m'a assuré qu'il était mort depuis longtemps.
— Ah ! voilà donc la cause de rattachement de Moustache pour l'habitation isolée!... s'écrie Bouchenot après avoir entendu M. >Ierlandin ; je ne m'étonne plus si ce chien connaissait si bien les Ucalités de la maison! c'est son berceau ! c'est le séjour de sa jeunesse, c'est peut-être sa famille qu'il voulait revoir. Allons, si Moustache aime le jambon , il conserve aussi un souvenir de ses premiers amis et de la misérable bicoque oii il fut élevé. Il y a bien des hommes qui n'ont pas autant de mémoire que ce chien-U.
iMoiislacliu rOlir, cliciyi; vl liii'ii imurri, reste prùs d Hcuri et de Pauline.
FIN DK MOUST.\CnE