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Mouvement de la population sarde pendant la période décennale de 1828 à 1837

Rapport fait à l'Académie des sciences morales cl politiques sur le second volume des Recherches slalisliques de la Commission supérieure de Turin

Les nouveaux Codes du royaume de Sardaigne, et l’application de notre système décimal à ses monnaies, poids et mesures, ne sont pas les seuls changements utiles introduits de nos jours dans l’administration de ce pays : une heureuse impulsion l’a fait entrer dans la voie d’autres améliorations.

Au nombre de ces dernières, il faut compter la publication d’une grande statistique officielle de toutes les provinces continentales des États sardes, c’està-dire de la presque totalité de ces États.

Deux volumes de cet important ouvrage ont paru ; l’un en 1839, l’autre en 1813. Le premier, dont j’ai rendu compte à l’Académie il y a quatre ou cinq ans, offre les résultats d’un recensement de la population fait en 1858 ; et le second, qui va nous occuper, présente le mouvement de la population pendant la période décennale de 1828 à 1837.

Je ne reproduirai aucune des réflexions qui accompagnaient mon rapport sur le précédent volume ; mais je crois devoir dire tout d’abord que le même esprit d'exactitude, la même sévérité de méthode, la même unité de direction et de but, de plan et de pensées, et la même réserve, la même sagacité, se font remarquer dans celui-ci. Du reste, si l’on excepte quelques mutations dans le personnel des commissions chargées d’eii recueillir les matériaux, ce volume est l’œuvre des mêmes collaborateurs.

11 contient :

1° Une courte Introduction où l’on indique le plan des recherches et l'ordre adopté pour en exposer les résultats;

2" Une Instruction détaillée sur la manière de faire ces recherches. Elle a été adressée aux Commissions provinciales par la Commission supérieure qui dirige leurs travaux, les vérifie, en rassemble les résultats et les coordonne;

5° Des tableaux en chiffres du mouvement de la population, où sont exposés des faits purs, constatés, étudiés pour eux-mêmes, réunis en dehors de toute théorie ou opinion scientifique, et dans l’indifférence, même dans l’ignorance complète des conséquences que l’on en peut tirer;

1 hformasioni slalistiche raccoltc dalla tt. Commissione superiore per gli stati <ti S. M. iu Terra Ferma. (Movimento delta popolazione.) Vol. II, Turino, dalla stamperia renie.

4” Enfin, de judicieuses observations sur les tableaux de la troisième partie, dont elles facilitent l’intelligence, en même temps qu'elles en offrent un e.u-cllent résumé, où l’on trouve les rapports proportionnels des naissances, des mariages et des décès entre eux et avec le nombre des habitants.

Le tout forme un volume grand in-4° de 7 à 800 pages. La dernière partie, à laquelle j’emprunterai plus d’une remarque, plus d’un éclaircissement, doit être considérée comme un ouvrage distinct des trois autres parties ; elle c>{ due à M. le professeur C.-J. Giulio, membre de l’Académie royale de Turin.

Il serait bien superflu d’insister ici sur la vive lumière que ces sortes de recherches, entreprises et rédigées avec soin et intelligence, peuvent répandre, surtout lorsqu’il s’agit de comparer entre elles des populations vivant dans des conditions différentes de civilisation, d’industrie, d’aisance, de nourriture, de climat, c’est-à-dire lorsqu’il s’agit de les considérer dans leurs rapports avec le corps entier des institutions et avec les principaux agents physiques et moraux.

Sans doute, les rapprochements que font naître ces recherches né permettent pas toujours d’en faire sortir une théorie inattaquable des faits qui s’y trouvent mentionnés. Maison comprend que les faits bien constatés, bien observés, sont la seule base de toute théorie de 'cette nature, et combien il est à regretter qu’on ait négligé pendant si longtemps de rassembler les matériaux de semblables statistiques ; car personne, il paraît, ne s’en était bien sérieusement occupé avant la moitié du dernier siècle. « Il y a là une lacune considérable <|iii ne peut plus être remplie pour les siècles écoulés, et {si nous en croyons un savant prêtre que personne, assurément, ne soupçonnera d’aucun entraînement en pareille matière 1 ) il faudra d’autres siècles pour acquérir ce trésor de connaissances expérimentales que nous n’avons pu recueillir avec l’héritage des générations éteintes. »

Malgré cette dernière assertion, on peut, à l’aide du travail de la Commission supérieure de statistique de Turin, remonter aux lois suivant lesquelles se règle le mouvement de la population sarde à l’époque actuelle, c’est-à-dire aux lois qui ont régi l’ensemble des faits que font connaître les tableaux de ce mouvement.

Ces lois, il faut les admettre, car rien n’est mieux prouvé; il faut les admettre, sinon comme des forces qui existent et agissent par elles-mêmes, du moins comme l’expression de telles forces ou de causes, — n’importe le nom qu’on leur donnera, — inconnues dans leur essence, mais certaines, constantes, providentielles, dont l’action régulière, permanente. 1 emporte toujours, et nécessairement, sur l’action des causes secondaires, variables, transitoires et accidentelles.

Ce qui montre bien d’ailleurs la puissance des premières, c’est que les tendances indiquées par les tableaux du mouvement de la population sarde se reproduisent les mêmes dans chacune des 58 provinces ou intendances, quand on réunit les dix années d’observations, et pour chaque année séparément, quand on réunit toutes les provinces. 11 est donc manifeste qu’il faut rapporter à ces causes, ou aux lois qu’elles déterminent, les faits détaillés dans les tableaux dont il s’agit.

1 M. l’abbc Gerbel, en parlant de l’importance d’étudier aussi l’homme sous le point de vue matériel et numérique, dans le remarquable Discours préliminaire placé en tèlr du recueil intitulé VUniversité catholique, etc. Voyez page 31.

Ces tableaux, on le sait déjà, concernent les États continentaux du royaume deSardaigne et ne comprennent que la période décennale de 1828 à 1857. Cette durée paraîtra peut-être un peu courte; mais, en la choisissant, la Commission supérieure de statistique a eu égard au recensement de 1858, dont il importait, pour mieux apprécier les faits, de ne pas s'éloigner. La valeur des renseignements, d’ailleurs, était autant dans leur exactitude que dans leur étendue. D’un autre côté, lorsqu’on examine attentivement les tableaux, on y aperçoit, comme, je viens de le dire, et c’est là l’important, les lois du mouvement de la population, c’est-à-dire les lois qui président au renouvellement des générations, et les conditions, en partie du moins, qui le hâtent ou le ralenlissent. On y a groupé séparément, pour l’ensemble des villes et pour l’ensemble des communes rurales de chaque province, comme pour toutes les provinces réunies, et pour chacune des 10 années comprises dans les recherches, comme pour toute la période, les nombres des naissances, des mariages et des décès, en distinguant toujours le sexe, l’âge et l’état civil des individus.

I.e premier tableau offre ces mêmes nombres observés année par année, nonseulement dans chaque province, mais encore dans chaque commune, avec le chiffre des habitants en 1858.

Le tableau n° II résume le I".

Il en résulte que, durant la période décennale, l’année moyenne des naissances a été de 113,719;

Celle des mariages, de 50,090 ; et celle des décès, de 121,878 2 .

Ce qui donne, pour les rapports de ces nombres entre eux et avec la population de-1,-123,740 individus recensés en 1858, savoir :

Une naissance annuelle sur 28 57 habitants et pour moins d’un décès, ou plus exactement 10 naissances pour 8 57'décès.

Un mariage annuel sur 151.45 habitants et pour 4.73 naissances totales.

Enfin, un décès annuel sur 55.83 habitants et pour 1.20 naissance.

Tandis qu’en France, d’après l'Annuaire du Bureau des longitudes pour 1816, on a compté (pendant les 27 années comprises depuis 1817 jusqu’à 1845 inclusivement ;

Une naissance annuelle sur 55.57 habitants et pour 0.85 décès, ou 10 naissances pour 8 morts ;

Un mariage sur 128 habitants, pour 5.91 ou près de 4 naissances totales, et pour 5.33 naissances légitimes ;

Enfin, un décès sur 40 habitants, et pour 1 naissance et 1 /5.

Toute proportion gardée, par conséquent, la Sardaigne voit naître et surtout mourir beaucoup plus d’individus que la France; en d’autres termes, les naissances y sont très-sensiblement plus fréquentes et la mortalité plus forte que chez nous; ce qui revient à dire que la vie moyenne y est plus courte et le renouvellement des générations plus rapide. A cet égard, les Élats sardes se placent à côté des Étals prussiens, mais un peu plus haut, et parmi les moins favorisés de ceux de l’Europe pour lesquels on a recueilli des observations dans ccs derniers temps.

‘Appelés dans le pays : Étals de Terre-Ferme, Stadi di Tetra Ferma.

5 Au lieu de 120,325, comme on le lit page 173. C’est que depuis lu publication du volume, la Commission supérieure a reconnu une omission do 15.532 décès, dont je parlerai plus loin.

Si l’on examine comparativement, pour les dix années que comprennent les recherches, le mouvement de la population en Sardaigne et en France, on reconnaît tout de suite que ce mouvement a suivi presque la même marche dans les deux pays. En effet, dans l’un et dans l’autre, le minimum des naissances tombe sur 1852, et ce sont les mêmes années qui en comptent le plus \ Dans l’un comme dans l’autre encore, 1855 et 1856 ont eu le plus grand nombre de mariages, et 1852 le plus petit; mais le choléra épidémique n’ayant pas régné dans les deux pays à la même époque, il y a entre eux moins de ressemblance pour la marche de la mortalité

AQn de rendre plus frappante l’analogie dont il s’agit, la Commission supérieure de Turin a représenté graphiquement, pour la Sardaigne et la France, les variations observées d’une année à l’autre dans les naissances, mariais et décès, par des lignes courbes qui s’élèvent ou s’abaissent en raison des nombres constatés. Il suffit de jeter un coup d’œil sur ces figures pour voir aussitôt que dans les deux pays les nombres des naissances et des mariages ont marché à bien dire du même pas, et se sont accrus ou ont diminué pendant les mêmes années.

M. le professeur Giulio a appelé l’attention sur cette conformité de résultats, et fait remarquer qu’elle témoigne de l’exactitude des listes française et sarde, en même temps qu’elle semble prouver la coexistence, pour les dons pays, de mêmes causes ou conditions générales. Quant aux décès, on a déjà vu pourquoi la même ressemblance ne s’observe pas.

Il est généralement admis que les grandes mortalités sont suivies d’un grand nombre de mariages et de naissances. En effet, quand une épidémie beaucoup plus intense, beaucoup plus funeste que d’ordinaire, une épidémie nouvelle dans les lieux où elle sévit, ou bien une guerre violente, vient tout à coup enlever une portion considérable des habitants, et fait un vide sensible dans la population, on remarque immédiatement après, parmi ceux qui restent, um: quantité extraordinaire de naissances et de mariages. C’est à tel point, on dirait, que des unions, qui ne devaient plus donner d’enfants, redeviennent fécondes.

Mais il ne suffit pas d’affirmer que, dans l’état actuel de notre civilisation et dans les pays pleinement peuplés de l’Europe, la place laissée à de nouveaux mariages détermine le nombre de ceux-ci, et que la mortalité règle la fécondité, ou le nombre des morts celui des naissances. Et c’est peut-être parce que la Commission supérieure de statistique l’a très-bien senti, qu’elle a facilité la vérification de cette loi, en rapprochant sur une même page les trois courbes des naissances, des mariages et des décès qui ont eu lieu durant les dix années d’observations.

« On reconnaît tout de suite, à l’aide de ce moyen graphique, que la grande mortalité de 1829 a été suivie d’un accroissement dans le nombre des mariages en 1850 et des naissances en 1851 ; qu’il y a eu peu de décès en 1850, 51 et 31, peu de mariages en 1851, 52 et 55, et peu de naissances pendant ces deux dernières années; beaucoup de morts en 1855, 54 et 55, et beaucoup de mariages et de naissances en 1854, 55 et 56; et qu’enfin les morts ayant été moins nom-

1 1828,1831, 1834, 1835 el 1830.

2 C’est surtout en 1832 que ce fléau a ravagé la France, el en 1835 qu'il a sévi dan' les États de Sardaigne.

], reu x en 1856, les mariages et les naissances ont diminué en 1857. Que ces coïncidences soient purement fortuites ou l’effet d’une loi réelle, d’autres causes ont dû influer aussi sur la marche des mariages et des naissances, en augmenter ou bien au contraire en diminuer les nombres annuels : tel est, par exemple, le prix plus ou moins élevé des subsistances, surtout pour les classes les moins aisées du peuple*. »

C'est effectivement ce qui ressort de la table des prix moyens annuels du froment et du maïs sur le marché de Turin, comparée à celle des mariages. Cela est encore plus frappant par le simple rapprochement des deux courbes qui représentent les tables dont il s’agit; car on voit ces courbes s’élever et s'abaisser dans des rapports exactement inverses. En d’autres termes, les mariages deviennent d’autant plus nombreux que le pain se paye moins clier, et vice versa. C’est de même, d'ailleurs, dans tous les pays, et ces paroles de Montesquieu, dont le célèbre livre de Malthus sur le Principe de population pourrait paraître le développement, seront éternellement vraies : « Partout où il se trouve une place où deux personnes peuvent vivre commodément, il se fait un mariage : la nature y porte assez lorsqu’elle n’est point arrêtée par la difficulté de la subsistance 2 . »

Lès tableaux III, IV et IV bis sont relatifs aux seules naissances, qu’ils divisent en légitimes et illégitimes, et qu’ils énumèrent par mois et par sexe.

Le n° 111 donne les nombres des naissances qui ont eu lieu chaque année dans chacune des provinces.

Le n° IV fournit les mêmes renseignements pour les villes de chaque province, et le tableau n° h bis pour les autres communes.

Voici le résumé des deux derniers, sans distinction de provinces ni d’années:

1 Esprit des lois, liv. XXIII, chap. x.

Naissances dans les États continentaux de Sardaigne, pendant la période décennale de 1828 à 1857.

plus nombreuses que les naissances des filles dans la proportion de l/l!) p (le celles-ci. C’est 21 garçons pour 20 filles que l’on a trouvé dans la monarchie prussienne. Mais en France les deux sexes, en venant au monde, se rapprochent moins de l’égalité, car on y compte, terme moyen général, 17 garçons contre 10 filles.

Partout où l’on a pris la peine de compter les uns et les autres au moment de la naissance, on a trouvé un peu plus des premiers que des secondes. Il y a donc là une loi invariable, universelle. On a pu croire cependant, aussi longtemps qu’on s’est contenté d’y regarder sans beaucoup d’attention, et surtout quand on a imaginé les faits au lieu de les observer, que les deux sexes viennent au

monde en nombre égal. Et d'ailleurs, la monogamie , celte grande institution îles peuples chrétiens, en paraissait et la preuve et la conséquence.

Aussi des écrivains, forcés de reconnaître qu’il naît plus de garçons que de filles, et sachant en outre que dans la première enfance ceux-là meurent en proportion plus forte que celles-ci, ont-ils conclu, en s’appuyant toujours sur la loi religieuse qui commande la monogamie, que chez les garçons l’excédant jos naissances a pour but de compenser leur excédant de mortalité, et que, parvenus à l’âge nubile, les deux sexes se font équilibre et demeurent ensuite constamment égaux entre eux ; en sorte que, par la volonté du divin Auteur ,1,; tontes choses, il naîtrait plus de garçons, parce qu’ils sont d’abord moins vivaces que les tilles, ou bien leur vie serait plus fragile, parce qu’ils viennent au monde en plus grand nombre ' I On me permettra de ne point m’arrêter à ces causes finales, et, quant au rapport suivant lequel les deux sexes sont produits, de ne pas revenir aujourd'hui sur des détads assez longuement exposés dans cette enceinte, il y a encore peu do semaines, à l’occasion d’une autre publication officielle, émanée du Bureau do statistique de Berlin.

Faisons remarquer ici que l’excédant des naissances masculines, généralemont reconnu moins fort dans les grandes villes que dans les campagnes, est répondant le mémo dans l’ensemble des villes sardes et dans l’ensemble des communes rurales ; mais si nous ne prenons que Turin et Gènes, les deux seules grandes villes du royaume, nous trouvons, en les réunissant, 5i. : ,2ô2 naissances de garçons et 54,125 de filles, c’est-à-dire 55 des premiers contre Td des secondes, au lieu de 20 contre 19, comme dans le pays entier. Par conséquent, les faits ne s’écartent pas ici, en réalité, de la règle générale.

Si Ton examine séparément pour l’ensemble des villes et pour celui des communes rurales, les nombres des naissances des 2 sexes dans chacun des lé mois, on ne trouve pas, sur les 24 totaux, une seule exception à la loi en vertu do laquelle il naît plus de garçons que de filles. A plus forte raison n’y on a-t-il pas, quand on réunit toutes les naissances de chaque mois.

liais si, descendant à des nombres moins grands, nous faisons un môme travail pour chacune des 58 provinces ou intendances, nous trouvons 45 exceptions à la loi susdite sur les 45G chiffres des naissances mensuelles 2 , et jusqu’à lis pour les villes 3 , dont les naissances ne font, terme moyen, que le quart ou à peu près de celles des provinces'’.

Ainsi so trouve confirmée, par tous les faits que je viens de rapporter, celle loi des grands nombres qui sert de base à la théorie des probabilités, à savoir que plus la quantité des observations d’un même ordre est considérable, plus les effets des causes accidentelles s’y compensent mutuellement; s’y effacent et laissent prédominer l’influence des causes constantes et régulières; comme à leur tour les mêmes faits tirent un nouveau degré de certitude, ou au moins de vraisemblance, de la loi dont il s’agit.

Je n’ai encore rien dit des naissances illégitimes. Elles ont été au nombre de 50,474 pendant toute la durée des observations. C’est une pour 47 naissances légitimes; proportion bien petite, dit justement M. Giulio, si on la compare avec celle qui s’observe en France et, j’ajoute, dans plusieurs pays de l'Europe, surtout le Wurtemberg, la Bavière, l’Autriche, etc. En Sardaigne, au reste, comme partout ou presque partout, les villes ont une plus forte proportion d’enfants naturels que les campagnes. Ainsi, on en compte.un / Sur 4 naissances totales à Turin,

Sur 12 — — à Gênes,

Sur 15 dans la totalité des villes, et Sur 112 dans les communes rurales.

Mais le fait le plus remarquable que présentent les naissances d’enfants naturels dans les États Sardes, c’est le rapport des 2 sexes : il est de IC garçons pour 15 filles, au lieu de 20pour 19. Contrairement à ce qu’on voit en France, en Bélgique, en Prusse, etc., l’excédant des garçons parmi les bâtards est donc plus fort ici que parmi les enfants légitimes. Ce résultat tient peut-être an nombre trop peu considérable, quoique déjà très-grand, des observations.

De tous les mois, février est celui qui compte proportionnellement le plus de naissances; et, à partir de mars, elles deviennent de moins en moins nombreuses, jusques et compris juin ; puis leur nombre s’accroît successivement jusqu’en octobre, pour baisser de nouveau en novembre, encore en décembre, et enfin se relever en janvier. Février est donc le mois du maximum absolu, juin celui du minimum, et octobre, qui offre exactement te nombre moyen, celui d’un second maximum 1 .

Voici l’ordre des 12 mois, d’après le nombre décroissant des naissances du jour moyen de chacun d’eux :

naissances (A), et qu’il suffit presque toujours de quelques milliers de celles-ci pour laisser apercevoir un excédant des garçons.

(A) Nombres exceptionnels parmi les enfants illégitimes.

Dans les communes rurales de 8 provinces. Dans les villes de 10 provinces.

Voir tes tableaux 4 et 4 bis.

1 Ces laits sont, non-seulement ceux de la totalité du pays, mais encore des villes et

Février. 117.il Mai.

jlars. 109.90 Novembre..

Avril. 100.67 Août.

janvier. 101.65 Juillet.

Octobre..... 101.06 Décembre...

Septembre. 100.56 Juin.

Nombre moyen général des naissances d’un jour, 100.

Cet ordre place les mois comme il suit pour les conceptions :

Mai. Août.

Juin. Février.

Juillet. Novembre.

Avril. Octobre.

Janvier. Mars.

Décembre. Septembre.

C’est à peu près comme dans la Franco entière', où les conceptions s'effectuent surtout de février à juillet, c'est-à-dire, durant C mois consécutifs qui comprennent la période marquée par l’élévation du soleil, par l’allongement des jours, par le réchauffement de l’atmosphère, par le développement de la végétation; et sont moins nombreuses les 6 mois suivants, pendant lesquels les rayons du soleil deviennent de plus en plus obliques, les jours décroissent, falmospbère se refroidit, la terre se dépouille de sa verdure et la végétation

.Mais, dans l’ensemble des États de Sardaigne, le mois de mars pour les conceptions, et celui de décembre pour les naissances, font une exception notable à cette influence des saisons. Je n’hésite pas à dire qu’il faut l’attribuer au carême. Cette assertion, je le sais, rencontrera des incrédules, et l’on me demandera comment le carême diminue le nombre des conceptions. Mais, ainsi que je crois l’avoir démontré ailleurs, que l’on résolve ou non cette question, un fait reste certain : dans les pays catholiques, le carême, tel qu’on l’observe, et surtout tel qu’on l’observait généralement en France il y a 80 ans, affaiblit la faculté génératrice ou bien s’oppose en partie à son exercice, du moins tant qu’il dure. Ce n’est pas ici, d'ailleurs, le lieu de discuter cette proposition. Je ferai remarquer cependant que si, en réalité, le carême a l’influence dont il

des communes rurales ; avec celle différence cependant que dans l'ensemble des com-

' il les, le second" maximum sur le mois de novembre.

'L’ordre y esl le suivant :

Février.

Novembre.

Septembre.

Décembre

Octobre.

Mai.

Juillet.

Juillet.

Décembre Mars ^

ensemble.

Novembre.

s’agit, elle doit ressortir de l’examen, fait comparativement pour les pays catholiques et pour les autres, des naissances du mois de décembre, qui a pour 9° antécédent le mois de mars, époque du carême. Je me suis donc livré à cet examen : j’ai trouvé dans les pays protestants les naissances de décembre plus nombreuses que celles de novembre et établissant ainsi la transition de novembre à janvier, ou, en remontant aux fécondations, de février à avril, tandis que c’est le contraire dans les pays catholiques ; et j’en ai inféré que le carême diminue la fécondité.

Les tableaux V, VI, VII, VIII et IX concernent les mariages.

Leur nombre total, pendant la période de 1828 à 1857, a été de 300,902. On n’a pu connaître l’état civil des contractants que pour 299,941 qui se partagent ainsi :

Garçons et tilles. 41,338 196,400 237,7:18

Garçons et veuves. 2,650 7,441 10,ont

Veufs et filles. 7,484 30,160 ' 37,6(4

Veufs et veuves. 2,840 11,628 14,468

Par conséquent, sur 100 mariages, il faut en compter, savoir :

Entre garçons et filles. 76.11 79.96 79.27

Entre garçons et veuves. 4.88 3.03 3.30

Entre veufs et filles. 13.78 12.28 12.55

Entre veufs et veuves. 5.23 4.73 4.82

La religion, le climat, le temps des récoltes, la saison des travaux les plus rudes, celle du repos, les industries dominantes, etc., apportent d’énormes différences dans les nombres respectifs de mariages des 12 mois. A cet égard, les 506,902 se sont distribués comme il suit :

Septembre.

Octobre.

Novembre.

Décembre. 2,670

Par conséquent, l’ordre des moi ges est celui-ci :

Février.

Janvier.

Avril.

Novembre.

Mai.

Juin..

d’après le nombre décroissant des ni

Octobre.

Septembre.

Août.

Juillet.

Mars.

Décembre.

Cet ordre est presque celui que j’ai constaté pour la France entière. En effet, dans les deux pays, février et janvier sont les mois où l’on célèbre le plus de mariages, et mars et décembre ceux où l’on en compte le moins. D’où l’on voit qu’il y a des époques périodiques annuelles pour se marier, et d’autres où l'on se marie rarement.

Ainsi se trouve justifié ce que je disais à l’instant des causes qui règlent principalement la distribution par mois des mariages : c’est aux époques où il y a le moins de travaux, où l'abondance est plus générale, ou bien immédiatement avant des époques consacrées à des devoirs de convention, à des travaux forcés, qu’on voit se contracter le plus de mariages, et c'est dans la saison des récoltes, mais surtout pendant le carême et pendant l’Avent, qu’il y en a le moins.

Les chiffres qui précèdent montrent combien le mois de leur maximum en est plus chargé que celui du minimum. C est 4 fois pour les villes, et 7 fois pour les campagnes.

Jusqu’à présent, à bien dire, on n’avait aucun renseignement sur la distribution par âges des mariages. Quelques recherches, faites dans ce sens, ne comprenaient que des nombres beaucoup trop petits d’observations, ou même avaient été entreprises dans un autre but que de connaître cette distribution '. Mais ces renseignements, fussent-ils plus complets et fondés suides nombres bien plus grands, comme les mariages y sont divisés de S en il ans, par décades d’âges, ou même de 15 en 15 ans, ils ne sauraient donner avec une précision suffisante les nombres respectifs des unions à tontes les époques où on les contracte. Et cependant il était impossible de ne pas compre dre tout d’abord combien des tables qui en établiraient la loi devaient être précieuses. Voila pourquoi les recherches de M. Quételet sur ce sujet, pour la Belgique, ont beaucoup de valeur ; pourquoi j’ai demandé, depuis longtemps, que les relevés officiels du mouvement de la population française fissent connaître, séparément pour chaque sexe, les âges de tous les mariages, et pourquoi, dans mon rapport à l’Académie sur le recensement sarde de 1858, j’ai émis le vœu que la Commission supérieure de Turin donnât un semblable tableau dans le volume actuel. « Ce serait là, disais-je, une heureuse innovation et un bon exemple que l’on ne manquerait pas,sinon d’imiter, du moins de citer avec éloge », et j’ajoutais que « pour tirer toute l’utilité possible de ce document, il faudrait que les mariages y fussent indiqués pour chaque année de la vie, et non par catégories d’âge de 5 ou 10 ans. »

Mon désir n’a été accompli qu’à moitié. Le tableau n° VIH ne donne les nombres des mariages, pour les années de la vie qui en comptent le plus, que par catégories d’âge de cinq ans. Onn’y apas même distingué les mariages en premières noces de ceux des veufs ou veuves; tous sont confondus.

Voici d’ailleurs le résumé du huitième tableau, où l’on n’a pu comprendre tous les mariages, beaucoup de registres n’indiquant pas les âges qu’avaient les époux au jour de leur union.

'Dans le but, par exemple, de déterminer la durée des générations humaines, la différence de mortalité qui peut exister entre les femmes mariées et les lilles des mêmes âges, ouhieu l’influence des parents sur la production de tel ou tel sexe.

oû les mariages ont été célébrés.

les

hommes.

Femmes.

12 à H ans.

Passé 56

e|oi5

la

lit;

, A l’aide de ce tableau, et en supposant que tous les individus mariés après l’âge de 56 ans en avaient 60, que tous ceux dont les noces ont été célébrées de 12 à 14 ans, de 14 à 16, de 16 à 20 ans, en avaient 13, 15,18 au jour de leur union, et ainsi de suite pour les autres catégories d’âge, 51. Giulio a calculé, dans ladernière partie du volume, que l’âge moyen du mariage était, savoir :

Pour les hommes. Pour les femmes.

Dans les villes. 29 ans 1 mois 1/2 25 ans 11 mois 1/3

Dans les communes rurales 29 — 0 — 1/2 21 — l — 13

Dans la totalité du pays. 29 — 0 — 1/2 24 — 5 — »

M. Giulio a aussi trouvé que l'âge où l’on se marie le plus fréquemment est de 24 à 25 ans pour les hommes, de 21 à 22 ans pour les femmes.

Et que l’âge probable du mariage, c’est-à-dire celui qui diviserait tous les époux au jour de la célébration, en deux moitiés égales, une plus jeune et l’autre plus âgée, est 26 ans II mois pour les premiers, et 22 ans 10 mois pour les secondes.

Mais, je l’ai déjà dit, tous les mariages sont réunis, confondus ici; en sorte que ces âges sont un peu trop élevés pour les mariages en premières noces, et beaucoup trop bas pour ceux en secondes et troisièmes noces.

On voit très-bien, à l’aide des mômes chiffres, qu’il se marie plus de femmes que d’hommes jusqu’à l’âge de 25 ans ou environ, et après cet âge, plus d’hommes au contraire que de femmes.

C’est :

De 12 à 16 ans, 14 fois ou à peu près autant de femmes que d’hommes;

De 16 à 20 ans, 6 fois;

De 20 à 25 ans, un peu plus seulement de femmes que d’hommes.

Mais à partir de ce dernier âge, ceux-ci se marient plus souvent que celleslà, et dans la proportion,

De près du double jusqu’à 30 ans,

Du double de 50 à 45 ans,

1 Au lieu de 56,389 qu’on lit page,661.

2 Au lieu de 90,708 indiqués à la même page.

8 Au lieu de li,957.

4 Aq lieu de 223,553. Voir la page 06!.

Kt, plus tard, dans une proportion d’autant plus forte que l’âge des contractants est plus avancé.

C’estdans l’intendance générale de Turin qu’il y a, proportion gardée, le plus je mariages précoces, et dans la Savoie qu’il y en a le moins. Si Ton regarde comme tels tous ceux qui ont lieu avant l’âge de 20 ans pour les hommes, et de 16 ans pour les femmes, on en trouve, sur 10,000, dans la première province, 706 pour le sexe masculin, 352 pour le sexe féminin, et, dans la seconde, seulement 299 et 100. Le volume que j’ai sous les yeux constate ces extrêmes, mais ne les explique point. Il serait bien curieux cependant d’en connaître les causes.

Des chiffres qui conduisent aux résultats que je viens d’exposer ne peuvent être dénués d’intérêt. Ils auraient toutefois bien plus de valeur s’ils faisaient connaître les âges respectifs des époux, c’est-à-dire les âges que l'un d’eux, arrivé à telle ou telle époque delà vie, choisit ou bien accepte ordinairement dans son conjoint. On serait ainsi initié à des mœurs, à des penchants, à des motifs qui sont toujours plus ou moins problématiques : on pourrait en quelque sorte en mesurer comparativement l’influence chez des peuples différents, comme dans diverses classes sociales, et l’on saurait combien, sur un nombre donné d'unions conjugales, il en est qui doivent ou peuvent être pleinement fécondes, qui ne doivent l’être qu’en partie, ou qui doivent demeurer stériles.

Des recherches de ce genre et bien détaillées n’avaient jamais été faites avant celles dont Al. Benoiston de Chàteauneuf et moi avons entretenu l’Académie des sciences morales il y a plusieurs années ; mais depuis lors les administrations belge et irlandaiseisont entrées dans cette voie. Arrivé a cet endroit de mon travail, je n’oublierai point de dire que les dates offrent la preuve que l’administration belge avait compris d’elle-même toute l’importance du sujet particulier de recherches dont il s’agit.

Les huit derniers tableaux (X, XI, XI bis, XII, XIII, XIV, XIV bis et XV) sont relatifs aux décès.

Les tableaux X, XI et XI bis indiquent l’âge, le sexe et l’état civil de tous les décédés dans chaque province, séparément pour les villes et pour les communes rurales.

Les provinces étant au nombre de 58, il en résulte 7G tables de mortalité.

Le tableau XII réunit les 5 précédents en un seul. Je signalerai ici une omission pour Turin, d’après la Commission supérieure elle-même, qui s’est empressée de l'annoncer dans un post scriptum de deux feuilles d’impression intitulé Aouertenza, et publié sans date après le volume. C’est un oubli de 15,332 décès, dont 5,934 mort-nés. 11 affecte d'erreurs considérables tous les nombres relatifs à Turin, et il provient de ce que, pour cette ville, on a consulté les registres des paroisses de préférence à ceux de la municipalité '. On croyait obtenir ainsi des chiffres plus complets, plus exacts, parce qu’on se figurait que tous les décès des hôpitaux et hospices étaient inscrits dans les registres des paroisses sur lesquelles sont ces établissements. Aussi YAi-vcrtcnza contientelle un nouveau tableau de mortalité par sexes et par âges, pour remplacer les deux du volume 2 qui concernent la capitale 3 .

1 Ona procédé de la même manière pour la ville de Gênes. Voir la note de la page 116.

8 Ceux des pages 368 et 369.

3 II est bien entendu que l’on a ajouté les 15,532 décès oubliés d'abord. Il résulte, an reste, du nouveau tableau, que cette omission n’était pas ta seule erreur qui entachât,

La Commission supérieure fait remarquer que l’omission reconnue et corrigée par elle ne touche en rien aux résultats des communes rurales, et ajoute qu’elle n'a aucune importance pour le tableau général des décès. J’excepterais de cette assertion le chiffre des mort-nés s’il méritait quelque confiance. F.n effet, le volume en indique quatre seulement pour Turin, ses faubourgs et son territoire, où, selon le post-scriptum, il y en a eu 3,958 '. Voici, d’ailleurs, comment on explique cette différence.

Parmi les 5,958 mort-nés que mentionnent les registres municipaux, beaucoup sont nés vivants, ont même été baptisés, mais sont morts avant leur présentation au bureau de l’état civil, c’est-à-dire avant la rédaction de l’acte de naissance. Les livres des paroisses, eux, contiennent l’indication de quatre mortnés seulement, parce qu’on n’y inscrit que des baptêmes, et qu’aucune mention ne doit y être faite des enfants qui, venus morts au monde, ne reçoivent point le sacrement par lequel on est fait chrétien. Ce n’est pas tout : il est des provinces, celles de la haute Savoie, de lliella, d’Ivréa, d’Acqui, de Yogheras, de Cobbio, qui, pendant la période décennale des observations, auraient eu ensemble, d’après les tableaux du volume, 201,300 naissances sans un seul mortné ! Je ne serais pas juste si je n’ajoutais que partout, même dans les pays sur la population desquels on possède les meilleurs renseignements, rien n'est moins certain que le nombre véritable des mort-nés.

Ces détails sont d’ailleurs la preuve de la bonne foi de la Commission supérieure, et que rien ne lui a coûté pour arriver à la vérité et la faire connaître. Une telle franchise, qui a malheureusement bien peu d’imitateurs, est, dans mon opinion, ce qui doit recommander le mieux tout recueil de documents statistiques.

Voici maintenant le tableau n° XII, moins cependant la distinction de l’état civil des décédés.

pendant lapèriode décennale de 11

les premiers; car les chiffres réunis des décès qu’ils attribuent à chacune êtes années ^ la vie, depuis un an révolu jusqu’à 8 ans, sont plus forts que ' es ,~r,i,w,lès au lieu âges qui se lisent dans le dernier, et pourtant celui-ci comprend 17, >61 ülccucs,

< ** ,3 C’est 3,951 à retrancher des 15,532 décès omis d'abord. Ainsi l’oubli n’est plus, après la naissance, que de 11,578, et se trouve diminué d’un quart. ...

• Au lieu de 3,817, 2,729,6,510 et 19,613 qui seraient plus approches de la Voyez les explications données un peu plus haut.

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