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Sans les morts-nés.
Ce tableau, où l’on a classé par âges les décédés, en séparant ceux des villes d’avec ceux des communes rurales, offre, à bien dire, sept ordres ou tables de
1 A ce nombre d’individus décédés après leur naissance et à des âges connus, ajoulons 35.9 te pour la ville de Gênes, lesquels ne ligurent point dans le tableau XII, et t!,5"8 pour la ville de Turin, lesquels ont été omis dans le volume. Nous aurons alors t,199,091. Si l’on ajonljil encore les 15,659 inorl-nés recensés d’abord, et 3,95i autres compris dans l’omission de 15,532 signalée plus haut, le total général des décès serait
mortalité. Afin de rendre ces tables plus aisément comparables entre elleramenons-les toutes, par le calcul, à un même nombre d’observations, qui sera 10,000. On obtient alors les séries suivantes de décès :
Par conséquent, le nombre de 10,000 enfants supposés nés vivants dans chaque série, diminue comme il suit à mesure qu’ils avancent en âge, du moins à en juger par les chiffres de 1828 à 1857 :
53,946 décès observés dans la ville de Gênes ne sont point compris dans la table générale dressée par la Commission supérieure ; mais M. Giulio a pu les y ajouter et obtenir ainsi un nombre total de 1,187,816 décès classés par âges. D’après cette seconde table, la mortalité serait un peu phis lento que d'après la première. La voici :
Talilc générale de la mortalité dans les États continentaux de Sardaigne, calculée par M. Giulio pour la période décennale de 1828 à 1857.
Ordre suivant lequel les 1 , 187,516 personnes comprises dans le tableau ci-dessm ■ont cessé de vivre :
Que le nombre des décès, je ne dis pas leur proportion, diminue continuellement depuis la naissance jusqu’à l’âge de 15 ans, en suivant une progression de plus en plus ralentie.
Puis, ce nombre augmente d'âge en âge jusqu’à 20 ou 21 ans, pour diminuer ensuite un peu, et vers 50 ans s’accroître de nouveau, en suivant une progression qui s’accélère très-vite à partir de bO ans jusqu’à 70 ans, époque au delà de laquelle le nombre des décès diminue rapidement, parce que les habitants de ces âges sont eux-mêmes réduits à un petit nombre.
Enfin, il faut plusieurs milliers de naissances pour qu’une seule personne atteigne l’âge de 100 ans, en admettant que tous les décédés inscrits connue centenaires le fussent réellement.
Telle est la marche générale des décès, qu’on peut la comparer, puur les enfants voisins de la naissance, a celle d’un torrent, lequel se ralentit, devient rivière tranquille pour la seconde enfance et la jeunesse; puis s’accélère peu à peu et reprend la rapidité du torrent pour les âges avancés, qu’il entraîne tous, sauf de bien rares exceptions, avant que la durée de la vie égale celle d’un siècle.
C’est sur la première année de l’existence que tombe le maximum des décès. Le mininum , si l’on fait abstraction des octogénaires, s’observe à l’âge de 15 ans. Ce dernier âge est évidemment celui où la probabilité de mourir est la plus petite.
Le huitième de tous ceux qui naissent a déjà cessé d’exister dans le premier mois qui suit la naissance, le quart dans la première année, la moitié de 11 a 45 ans, et il n’en reste plus qu’un quart à 56 ans et un huitième avant 70 ans.
Il meurt autant d’individus pendant le premier mois de la vie que dans les onze mois suivants, et un peu plus qu’à partir de 70 ans jusqu’à la plus extrême veillesse ; autant pendant la première année que dans les quinze suivantes ; et autant depuis la naissance jusqu’à 5 ans, que de ce dernier âge à 69 ou 70 ans.
Si l’on induisait de ces proportions que pour les âges indiqués ici, la mor-
lalilé s'accroît ou bien diminue dans les mômes rapports, ce serait une grande erreur. Citons un exemple. Les décédés de l’âge de 15 ans sont à ceux de la première année de la vie :: 1 : 63, et cependant la mortalitéde cette première année n'est pas, pour cela, 65 fois aussi forte que celle de Page de 15 ans; car la mortalité ne se mesure que par le rapport des décédés d'un âge quelconque aux vivants du même âge, et dans le cas particulier dont il s’agit, les individus gui arrivent à 15 ans sont le reste d’un nombre double d’enlants nés vivants 13 ans auparavant. Ainsi, quoique les décédés de l’âge de 15 ans soient à ceux de la première année : : I : 65, c’est, pour la mortalité, comme 1 est à la moitié de 65, c’est-à-dire à 51 ou 32; ce qui est encore une énorme différence en faveur de l’âge de 15 ans.
Lorsqu’on examine avec soin les chiffres qui précèdent et qu’on les compare entre eux, on constate une marche des décès plus rapide pour le sexe masculin que pour le sexe féminin, et dans l’ensemble des communes rurales (pie dans l'ensemble des villes. En d’autres termes, la vie est plus courte dans les campagnes que dans les villes, et pour les hommes que pour les femmes. Les décès de celles-ci, moins nombreux que ceux de l’autre sexe avant l’âge de 12 à 15 ans, mais surtout à une époque fort rapprochée de la naissance, seraient à eux seuls nue preuve de la différence de vitalité des deux sexes, si elle n’avait déjà élé signalée dans d’autres pays. Quant à la différence entre les villes et les campagnes, elle n’a lieu, à bien dire, que pour les petits enfants de la première cl de la seconde année ; et après l’âge de 2 ans les décès sont au contraire plus nombreux, proportion gardée, dans les villes que dans les communes rurales. !l. le professeur Giulio attribue surtout le grand nombre de ceux des petits enfants dans ces communes, à ce que, à quantité égale de décès, elles comptent plus de naissances cpie les villes.
Quoi qu’il en soit de cette explication, il est certain que la mort frappe surtout les nouveau-nés, et que beaucoup de très-jeunes enfants succombent pendant l’allaitement et le sevrage. Par conséquent, plus une population a de naissances, plus elle doit avoir aussi de décès, sans que l’on puisse en rien conclure contre son aisance et sa civilisation, quand du reste la proportion générale des extinctions n’est pas trop considérable.
Je ne sais jusqu’à quel point cette réflexion, appliquée aux États continentaux de Sardaigne, est fondée; mais toujours est-il, cela résulte des chiffres officiels, que, proportion gardée, ce pays perd beaucoup plus d’enfants pendant la première année de la vie dans les communes rurales que dans les villes. La ilill'.Tüiice serait trouvée moindre cependant, comme le fait observer M. Giulio, s il était possible de retrancher de celles-là, pour les restituer aux villes, les décès des petits enfants que celles-ci ont envoyés en nourrice dans les campagnes.
Passé l’âge de 5 ans et jusqu’à celui de 60 ou environ, il y a, au contraire, moins de décès dans les campagnes que dans les villes, du moins sur un même "ombre total d’habitants '.
'La marche générale des décès dans toute l’échelle des âges, non sa proportion, paraît à a. Giulio ti'ès-sensihlement la même dans les États de Sardaigne que dans les antres États européens, surtout la France et la Belgique. Voici comment il s’en explique : “La, comme en Sardaigne, il meurt, parmi les jeunes enfants, beaucoup plus de garîonsque de filles; là aussi la mortalité des deux sexes diminue très-rapidement dès les premiers mois après la naissance, puis de moins en moins rapidement jusqu’à l’âge de
Le tableau n° XIII classe, pour chaque province, les décès d’après l’âge et | c sexe, en les rapportant aux différents mois durant lesquels ils ont eu lieu. Les décès des hôpitaux et hospices y sont indiqués, mais seulement par âges et par sexes ; ce qui réduit le chiffre des morts distribués entre les -12 mois à 1,163,301 >.
On conçoit combien des tables de mortalité aussi détaillées et assises sur de pareilles bases, peuvent éclairer l’influence, sur la vie, des saisons et des climats, du séjour dans telle ou telle localité donnée, enfin l’influence de la nourriture, du degré de civilisation, de la misère ou de l’aisance générale, en un mot de l’ensemble des conditions dans lesquelles vivent les populations.
Et, à cet égard, on s’étonne que, malgré l’étendue des recherches nécessaires à la rédaction de ces tables, les gouvernements n’aient jamais pensé, jusqu’ici, à en faire recueillir les éléments. D’un autre côté, les médecins n’ont pas assez compris qu’ils en avaient besoin pour résoudre les plus importantes questions de salubrité. 11 en résulte qu’on ne sait rien de précis, d’exact, de satisfaisant sur une foule de sujets qui appartiennent à l’hygiène publique, et que souvent, sur ces matières, les opinions les plus opposées entre elles ou les plus contraires à la vérité sont celles que l’on adopte.
Il serait bien curieux cependant de savoir avec certitude ce qu’il faut croire. De bonnes tables de mortalité peuvent seules nous l’apprendre. Leur utilité n’est donc pas douteuse. On conçoit d’ailleurs qu’elle n’est en rien détruite par les abus nombreux que l’on a faits, dans ces derniers temps, de ces tables et des autres documents statistiques, ou de ce qui leur ressemble.
Les tableaux XIV et XIV bis donnent le résumé suivant de l'influence comparative des saisons sur tous les décès réunis qui ont eu lieu à domicile (ceux des hôpitaux et hospices n’y sont pas compris) dans les États continentaux de Sardaigne, pendant la période de 1828 à 1837 :
12 à 13 ans; là encore le nombre des décès s’accroît lentement après 20 ans pour diminuer, puis s’accroître jusques entre 70 et 80 ans, et diminuer ensuite sans interruption... Il faut toutefois noter deux différences pour la période de 20 à 30 ans. La première, c’est que le maximum du premier accroissement des décès tombe sur l’àge de 21 ans dans la Sardaigne continentale, et sur celui de 23 à 24 ans en France et en Belgique. La secoude différence consiste en ce que, passé 13 ans, il meurt constamment plus de femmes que d’hommes (comme il en mourait moins jusque-là) ; tandis qu’en France et en Belgique cette règle souffre, de 21 à 26 ans, une exception dans les villes, par l'effervescence des passions, qui, entraînant dans une vie de désordres et de vices, devient ainsi cause fréquentede mort \
> 213,961 dans les villes et 949,400 dans les communes rurales.
L’influence des saisons sort bien évidente de ces chiffres. Dans les villes et dans les campagnes, pour le sexe masculin et pour le sexe féminin, les époques les plus chargées de décès sont toujours l’hiver et la fin de l’été, surtout l’iiiver, et c’est à la fin du printemps et au commencement de l’automne qu'il y en a le moins. S’il nous était permis d’examiner ici séparément les faits pour chacune des 58 provinces ou pour chacune des 10 années comprises dans les recherches, ce serait encore le même ordre, tant le retour périodique des mêmes saisons ramène régulièrement les mêmes effets. Ainsi, nous trouverions presque partout deux maxima et deux minima annuels de la mortalité, tombant chaque année, pour ainsi dire, sur les mêmes mois; les maxima en janvier et août, et les minima en mai ou juin et octobre.
C’est au reste, à cet égard, comme dans les autres pays de l’Europe pour lesquels des recherches analogues ont été faites, avec cette différence cependant que, comme pour les naissances, l’ordre des saisons varie suivant le degré de latitude de ces pays, leur élévation au-dessus du niveau de la mer, en un mot leur climat. 11 varie même, quant aux seuls décès, un peu suivant la civilisation et les conditions dans lesquelles y vivent les habitants ’.
On trouve pour Paris, par exemple, en rangeant les saisons dans l’ordre décroissant de la mortalité, le printemps, l’hiver, l’automne et l’été, au lieu de
1 Ainsi, aulrefois à Paris, la fin des étés chauds s’accompagnait de maladies épidémiques, et le maximum des décès tombait au commencement de l’automne. Mais par l’effet des améliorations successives qui ont eu lieu, soit dans l’état sanitaire de celte ville ellemême, soit dans le sort, dans la condition des habitants, l’époque annuelle du maximum delà mortalité a été déplacée; et ce changement tient, non à un accroissement pendant la saison qui offre aujourd’hui le maximum, mais à une diminution durant la saison qui comptait autrefois le plus de décès. (Voir, dans les Annales d'hygiène publique, tome IX, nu Mémoire intitulé : Des Épidémies sous le rapport de la statistique médicale cl de l’économie politique.)
l’hiver, l’été, l’automne et le printemps. Ainsi, le maximum absolu des décès à Paris et leur minimum dans l’ensemble des États continentaux de Sardaigne tombent aujourd’hui sur la même saison. Enfin , le second maximum et | ej deux minima avancent chacun d’un mois dans cet État sur les époques où on les observe ici
Le tableau n° XV clôt tous les.autres. C’est un résumé général indiquant pour chacune des huit grandes provinces ou intendances, et pour chacune des trente-huit petites dont les premières sont formées, les nombres totaux des naissances, des mariages et des décès qui ont eu lieu pendant les dix années d’observation, ainsi que les rapports de ces nombres entre eux et à la population recensée en -185S.
Voici ces rapports tels qu'ils sont établis pour une année moyenne des huit grandes provinces :
suite des chiffres que c’est dans les trois premières, les provinces de Savoie, de Nice et de Gênes, qu’il y a, relativement à la population, non-seulement le moins de décès, mais encore le moins de naissances et de mariages ; et dans les trois dernières, celles d’Alexandrie, de Novare, de Cunéo, qu’il y en a le plus l . En d’autres termes, dans les trois premières, la durée moyenne de la vie est la plus longue, le renouvellement des générations le plus lent, le mouvement de la population le moins rapide; et dans les trois dernières c’est tout le contraire.
Je n’ose pas émettre une seule réflexion sur ces faits; il faudrait pour cela bien connaître le pays et le sort des habitants, les conditions dans lesquelles ils se trouvent. La même ignorance ne me permet pas d’étendre la comparaison aux provinces ou intendances secondaires.
L’étude que nous faisions, il n’y a qu’un instant, de l’influence comparativo des diverses saisons sur la mortalité générale, pourrait être faite, à l’aide du tableau n° XIII, pour chacun des âges, depuis la naissance jusqu’à la plus extrême vieillesse, ou mieux pour chacune des trente catégories d’âge en les-
1 C’est aussi pour un meme nombre de naissances, dans les trois premières, que l’on compte le moins de décès, et dans les trois dernières qu’il y en a le plus.
(|iiclles ce tableau est divisé. Je n’ai pas craint d’entreprendre ce travail, et il m'a conduit à découvrir, si j’ose ainsi parler, une loi physiologique inconnue jusqu’à présent, du moins dans son ensemble, parce qu’on n’en avait pas encore recueilli les éléments d’une manière suivieou sur une échelle assez grande. Hais la Commission supérieure’de statistique de Turin et la Commission cen- Iralo de Bruxelles sont entrées en même temps dans cette bonne voie, la première par la publication du volume dont je rends compte, et la seconde par les quatre publications du mouvement de la population belge en 1 Si 1, 1842, 1813 etl SM.
r/est une innovation importante, puisqu’il en sort, je viens de le dire, la manifestation d’une loi à laquelle nous sommes soumis; loi complexe qui, dansano mesure variable, comme la combinaison des forces ou causes dont die est la manifestation , doit s’étendre à tout le règne animal. Trop de faits l’attestent pour qu’il'ne faille pas l’admettre. C’est en vertu de cette loi qu’est réglée, pour chaque âge, la distribution de la mortalité entre les saisons, et i|iie dans les contrées salubres de nos climats ( les contrées salubres , je souligne ces mots), le maximum absolu des décès tombe sur les mois les plus froids pour les nouveau-nés et les vieillards, et sur d’autres mois, mais principalement sur un seul, pour les âges intermédiaires.
On ne connaissait que des fragments de cette loi, et maintenant, grâce aux recueils de documents cites, on peut l’avoir presque entière et bien évidente. C’est un chapitre tout nouveau pour l’histoire naturelle de l’homme.
Après avoir reconnu les faits qui permettent de remonter à la loi dont il s’agit, j’ai dû, non-seulement les dégager des nombreux tableaux qui les contiennent, mais encore faire des recherches pour les retrouver ailleurs; car s’ils étaient particuliers à la Sardaigne, ils n’auraient aucun caractère de constance, ou mieux, ils n’existeraient point. Cette partie de ma tâche a été un travail immense; il m’a fallu remanier une quantité prodigieuse de chiffres, les combiner autrement qu’ils ne l’étaient, et faire une foule de calculs. Elle sera, j’espère, ma meilleure excuse, et envers l’Académie et envers la Commission supérieure de Turin, d’avoir tardé si longtemps à présenter ce rapport.
Je l’arrête ici. Dès que je le pourrai, c’est-à-dire, quand j’aurai recueilli encore de nouveaux documents, j’entretiendrai l’Académie de la loi à laquelle je viens de faire allusion.