L’ORTHOPÉDIE
L'orthopédie
Il est important pour la santé et la beauté rie l’homme que toutes les parties rie son squelette soient développées d’une égale façon. Quand telle portion du corps est. plus accentuée que telle autre, lorsque tel os de droite occupe plus de place que l’os correspondant de gauche, il en résulte des difformités.
Shaw est le premier qui ait démontré d’une façon scientifique que la fréquence de certaines attitudes du corps produisait les différentes difformités, spécialement celles qui affectent la colonne vertébrale.
L’observation journalière confirme cette observation. Chacun reconnaît l’écuver à la cambrure interne de ses membres inférieurs, le fort de la halle à la voussure de ses épaules, etc.
Comment en serait-il autrement ? Prenez une tige d’acier aussi élastique que vous voudrez, dirigez-la régulièrement chaque jour pendant quelques instants dans le même sens, elle se courbera et restera courbée de ce côté. Tous les amateurs d’escrime ont pu faire cette remarque.
11 en est de même du corps humain, et il y a même ceci de plus grave que les positions vicieuses augmentent par l'habitude, et surtout la commodité que les personnes affectées de commencement de déformation trouvent à se pencher ou s’appuyer sur le côté dévié.
Chose digne de remarque. C’est dans les pensionnats que les déviations de l’épine et les difformités du dos sont les plus fréquentes. Cela résulte évidemment de la situation élevée de l’épaule droite en écrivant.
Notre but n’est pas de faire un cours d’orthopédie, encore moins d’étudier ici toutes les difformités dont nous pouvons être atteints. Nous devons cependant arrêter notre attention sur ces déviations de la colonne vertébrale, à la fois les plus affreuses et les plus fréquentes.
La déviation qu’on observe le plus souvent est la déviation latérale : les savants l’appellent scoliose.
La scoliose est-elle une maladie pouvant être guérie '( Si oui, quels sont les moyens à employer ?
Cherchons la cause de la maladie, La cause trouvée, l’effet sera facile à combattre. Sublata causa tollitur effectus, dit l’école.
Sans être fort savant, chacun peut comprendre qu’un organe mal nourri s’affaiblit, s’atrophie. Or, un organe placé dans une position anormale, gênante, peut-il se nourrir, c’est-à-dire se renouveler convenablement? La réponse est facile.
Il faut donc que cet organe diminue de volume , qu’il s’affaisse, qu’il périsse, et cela au profit d’un autre os, d’un autre muscle son voisin qui s’est emparé de tout ce que le premier a dédaigné et dont le développement a été par conséquent en raison inverse de celui de son congénère.
Sur cent cas de scoliose, quatre-vingt-dix au moins se présentent chez les jeunes filles, c’est-à-dire sur ces frêles et gracieuses créatures que les préjugés sociaux privent de tout exercice, et qui, du matin au soir, sont penchées sur leur pupitre ou leur piano. Ceci aurait dû, depuis longtemps, ouvrir les yeux aux orthopédistes, et en leur faisant connaître la cause, leur indiquer le remède. Mais il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
Une autre cause, c’est la débilitation de certains muscles. Lorsque les tissus ligamenteux et aponévrotiques perdent leur souplesse, le tissu musculaire ne trouvant plus la place nécessaire pour se dilater, reste constamment contracté; il en résulte alors un état de roideur qui produit quelquefois une ankilose complète, d'où déviation.
Encore de la gymnastique, n’est -ce pas?
Eh! mon Dieu oui, toujours de la gymnastique.
« Vous êtes orfèvre, nous dira-t-on. »
Certes, et nous nous en vantons, et il y a bien de quoi, puisque c’est volontairement que nous avons entrepris de concourir par la gymnastique à l’amélioration et à la conservation des matières précieuses qui composent le corps humain.
Une seule chose nous étonne, c’est qu’un moyen si simple et si excellent ne soit pas venu plus tôt à l’esprit des médecins.
Depuis longues années on l’emploie en Allemagne, et les résultats obtenus sont infiniment supérieurs à ceux que donnent les machines innombrables dont on oppresse et fatigue le corps des malades.
Nous en faisons nous-même chaque jour l'expérience avec un succès qui a frappé les membres les plus distingués de l’Académie de médecine.
Nous n’avons jamais vu un sujet, traité convenablement, qui n’obtînt au bout de quelque temps, sinon la guérison complète, du moins une amélioration notable et qui de jour en jour devenait plus marquée.
Les seuls cas dans lesquels le mouvement raisonné nous paraisse inefficace sont: les déviations anciennes, c’est-àdire celles parvenues à l’état de gibbosité, et celles qui proviennent de maladies internes, avec carie des os.
Nous ne voulons pas dire par là que la gymnastique seule puisse opérer ces miracles: Non ! il faut le concours bien entendu de la science médicale, et plus souvent celui de la chirurgie ; mpis nous n’hésitons pas adiré que, dans
de telles conditions, le mouvement bien compris est le remède par excellence, et que les corsets orthopédiques doivent être proscrits, par cette raison bien simple que toute compression permanente, quelque faible qu elle soit, appauvrit les tissus et diminue la vitalité.
Les exercices qu'il faut employer pour combattre la scoliose sont aussi variés que les affections et les individus qui en sont affligés.
Les moyens dont on s’est généralement servi jusqu’à ce jour sont : 1° les suspensions par les mains à des anneaux, pour produire l’extension complète de l’épine, accompagnée de l’action des muscles capables de soulager les articulations de cette partie ;
2° La suspension par les mains à des cordes ou a des barres tendues horizontalement , avec balancement du corps en avant, en arrière et de côté ;
3° Les suspensions alternatives et successives par une seule main, etc. ;
4° Les extensions des bras, le corps étant placé horizontale ment.
Nous recommandons surtout aux professeurs de gymnastique l’emploi de mouvements rationnels, propres à relâcher les insertions des vertèbres sur le côté concave, et à .répartir sur les vertèbres extérieures la pression exercée sur celles formant la concavité.
Le massage produit aussi quelquefois d’excellents effets. Nous employons beaucoup d’autres moyens, nous inspirant soit pour la construction des appareils, soit pour la
combinaison des mouvements, des cas spéciaux que nous avons à traiter. Nous avons, croyons-nous, donné assez de détails à ce sujet, pour faire comprendre toute l’utilité d’une gymnastique bien entendue, dans toutes les affections de la colonne vertébrale. Si l'espace nous le permettait, nous parlerions aussi des heureux effets de l’exercice dans les difformités d’autres organes, du bassin, des membres, etc.
Mais nous pensons que le simple aperçu que nous venons de donner de ce qu’on peut faire dans les déviations de la colonne vertébrale suffira pour faire comprendre l’importance de l’exercice dans toutes les difformités du squelette.