L’INDIFFERENCE DE LA VOLONTE
En quoi Consiste-t-elle? Quand on parle d’indifférence, on n'entend pas cette insouciance d'âme qui ne prend aucun intérêt à Ja question
Elle serait plutôt le fait d’un esprit léger. On n’entend Pas non plus cette disposition intérieure qui consiste à n’éprouver aucun penchant de préférence à un autre : elle n’est Pas toujours possible,
Cette indifférence consiste dans la disposition de la volonté à embrasser l'état de vie que Dieu
rot
nous a marqué. C’est donc une humble soumission aux décrets de la divine Providence, quels qu’ils soient.
Si vous entrez en retraite pour chercher votre : voie, vous ne devez pas dire : “Quoi qu'il puisse n'en coûter, je veux absolument aller en religion.” Vous ne direz pas non plus : “La vie religieuse n’est point mon affaire ; j'ai trop d’attaches qui me retiennent au monde pour les briser ; trop de sacrifices me seraient imposés, je n'aurais pas le courage de m’y soumettre.” Dites encore moins : “je n'irai pas au couvent, je ne me marierai pas, je resterai tel ou telle que je suis.” Au lieu de ces décisions prises à l’avance, avant tout examen, vous devez être dans la disposition suivante. “En commençant cette étude, cette retraite, je m’en remets complètement à la volonté .de Dieu, telle qu'elle me sera manifestée. Si je dois renoncer à mes désirs de vie religieuse, je suis prêt à rester dans le monde, car à aucun prix je ne veux prendre d’assaut une place qui ne serait pas faite pour moi. Si, au contraire, j'apprends que ma vocation à la vie religieuse ou à la prêtrise est sérieuse, et que je dois la suivre, rien ne m'arrêtera : je renon-
Cette indifférence de la volonté est-elle bien
nécessaire, au Moment de décider sa Vocation ?
Oui, car lorsqu'il s’agit d’un état, faire un bon tre chose
Pour un très ls évangéliques ont été telle personne ils pour-
périlleuse, Plusieurs
de sainteté. La volonté de Dieu est donc le point capital dans cette questionsde la vocation à un état de vie. Or, si l'on à pas cette indifférence de volonté, l’on risque fort de ne pas comprendre la voix de Dieu nous manifestant ses desseins sur nous. Voyez cet homme, il regarde les objets qui l'entourent au moyen d’un verre coloré ; croyez-vous qu’ils les aperçoive tels qu’ils sont en réalité ? non, jamais ; le verre qu’il a devant les yeux leur prête à tous sa couleur naturelle, Ainsi vous-mêmes, si vous ne Voyez pas tous les ‘tats d’un œil indifférent dans le sens e- fqué—si vous avez déjà vos projets arrêtés, us parviendrez difficilement à Connaitre le genre de vie où le ciel vous appelle. Les idées et sentiments préconçus vous suggèreront mille prétextes qui justifieront à vos yeux la pente de votre coeur, et sans même vous en apercevoir, vous prendrez votre volonté pour celle du Seigneur.
Pourtant, si on délibère, ce doit être uniquement pour connaitre la volonté divine. Entre deux ou trois partis possibles, on veut savoir celui que Dieu nous impose ou attend de nous, mais dès lors que notre volonté est décidée à
l'avance, il n’y a plus ni examen, ni discussion, ni recherche,
mais simple parti-pris. :
Ceux-là donc se trompent Par se déterminer à telé
riage, et forment ensuite la résolution de servir Dieu le mieux Possible, C’est 1à renverser l'ordre, I] faut d’abord nou le service de Dieu et notre s
terminer dansi ce Choix que Par le motif d’arri. ver plus sûrement à notre fin,
Saint Alphonse Parle dans Je même sens :.
“Celui, dit-il, qui prie Dieu de l'éclairer sur 1: choix d’un état de vie, sans être dans cette in. différence, et qui, au lieu de volonté de Die
Si, au Contraire,vous
généreuse indifférence et Suivre sa volonté, ;
nt l’état qui est Je meilleur
— 55 — Comment parvenir à cette indifférence ?
Pour un certain nombre, la chose sera facile, Car ils peuvent présenter leur esprit à Dieu, comme un papier blanc, sur lequel le Seigneur écrira librement ce qui est de son bon plaisir. Je veux dire qu’il n’y a dans leur esprit, ni imagination, ni fixation, Dans le calme de l'esprit et du cœur, ils Pourront dire à Dieu : “Mon cœur est prêt, Seigneur, à exécuter toutes vos adorables volontés.”
Mais se présenter à Dieu sans idée préconçue n’est pas toujours possible. Beaucoup, au moment de la délibération, ont déjà des préférences pour quelque état. Il est difficile de parvenir à sa vingtième année, par exemple, sans avoir jamais désiré ou repoussé l’une ou l'autre vocation. Que faire alors ? Quand vient le moment du choix définitif, quand le temps d’entrer dans un Séminaire, dans un ordre religieux ou dans le mariage est arrivé ; en un mot, à l’é- Poque où il faut arrêter quelque chose, et s’oc- Cuper immédiatement d’une décision irrévocable, on doit, par des Considérations et réflexions d'un Ordre purement Surnaturel, aidé de la prière et de l'énergie de Caractère, se mettre dans la plus
Mers
£rande indifférence possible sur les desseins de Dieu envers nous ; de telle sorte que, tout en ayant ses préférences intimes, ses désirs; même ses désirs les plus ardents, l’on consente à tout ce que Dieu demandera de nous, quand même
ce serait le renversement de toutes nos espérances,
Dans cet état, rien ne faisant obstacle aux desseins de Dieu, sa volonté se manifeste avec une facilité étonnante, et Sans détruire ordinairement, ce que les circonstances ou l'attrait, pré: paraient depuis longtemps ; OU si, par extraordinaire, Dieu manifeste à l’âme une toute autre volonté, c’est en lui apportant un calme et une joie qui la font renoncer sans peine à tous ses projets antérieurs, et embrasser avec ardeur et
sans répugnance, les nouveaux desseins de Dieu sur elle,
Pour moi, dit le Père Surin, je ne trouve Point de voie ordinaire plus sûre que de suivre la douce et pieuse inclination qu'on reséent lorsqu'on se met devant Dieu dans l'indifférence, avec un désir sincère de sa gloire. Quand l’âme s’est mise, le mieux qu’elle a pu, dans cette disposition, elle Peut connaître la volonté de Dieu
par la pente qu’il lui donne pour quelque état.”
Mais, dira-t-on, si tout le monde se tenait à unc telle délibération, tout le monde embrasserait l'état ecclésiastique ou religieux ; l'état laïque serait abandonné.
C'est là une erreur, suite d’une grande méprise. Pour éviter cette erreur, il suffit de savoir qu’une délibération chrétienne, telle que nous venons de la décrire, ne donne pas une vocation supérieure, mais Ja manifeste lorsqu'elle existe. Dieu seul est l'auteur de toutes les vocations ; et comme dans les conseils de sa divine sagesse, il n’appelle point tous les fidèles à l’état ecclésiastique ou religieux, il est impossible qu’une délibération chrétienne les détermine tous à embrasser cet état. Dieu destine le plus grand nombre des fidèles à la vie commune dans fe monde ; et il dispose avec autant d’empire des vocations à la vie commune que des vocations à la vie parfaite, On lui désobéit aussi grièvement en s’engageant dans l'état ecclésiastique malgré lui, qu’en fuyant cet état lorsqu’il y appelle.
Notre-Seigneur lui-même prévient cette erreur, lorsqu'il dit däns son exhortation à la
— 5 = continence Perpétuelle : “Tous ne comprennent pas cette parole mais ceux-là seulement qui en Ont reçu l'intelligence”. (Mt. 19, 11.) Et Comme de fait, la simple voie des préceptes est la plus ordinaire, Dieu ne donne pas à tous l'intelligence des conseils. Toute vocation véritable a son origine au ciel, Comme fout don
Parfait vient d'en haut, descendant du Père des lumières. ( 1. 17.)
aître et s, mais ition elle-même.
de suivre la voie
’en haut ; pour le vouloir d’une manière efficace, il me faut une
lumière Surnaturelle, qui m’en fasse apprécier la valeur et les avantages pour moi en particulier : il me faut une grâce forte, qui me Prévienne, me Soutienne, et me communique le Courage d’en venir à l'exécution. C’est Dieu, dit saint Paul, qui opère en Nous le vouloir et le faire.
(Phil. 2. 13) Sans lui NOUS ne ‘pouvons rien dans l'ordre du salut, (2. cor. 3. 5)