Mr. E. Picard prêtre de Saint-Sulpice [microforme]
M. Eustache Picard, prêtre du séminaire de Montréal, dont nous avons eu à déplorer récemment la perte, a donné de si grands exemples de zèle pendant son ministère et a laissé de si nombreuses sympathies que nous croyons utile à l’édification et à la consolation des âmes, de relater au moins les principaux évènements d’une vie pleine de mérites ot de bonnes œuvres.
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Mr Eustache Picard émé à la Côte-des-Neiges, le 20 juin 1817, du mariage de Pierre Picard et d’Elizabeth Prud’homme.
Rien de plus patriarcal que ces familles des coteaux ; elles remontent aux premiers temps de la De colonie, et il n’en est pas dans tout le pays qui ai£ "A plus conservé ce caractère de colon militaire, pionnier et véritable missionnaire de la fri de J. C.
Les Picard et les Prud'homme ont .6 associés à tous les hauts faits des temps passés.
Le jeune Picard était un exemplaire remarquable de ces anciens types. Il avait la foi des premiers chrétiens, la piété d’un ange, un cœur d’or et avec ces belles qualités morales un entrain et une vivacité toute militaire qui ont ravi tous ceux qui l'ont connu et qui ont charmé les hommes les plus pieux qu'il a rencontrés à Paris pendant sa solitude. |
Le supérieur d’Issy était enchanté de voir ce mélange d’une foi vive, d’une piété tendro, d'un zèle
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sans limites qu’il fallait plutôt modérer qu’exciter,et en même temps une rondeur d’allure et de langage qui gagnait les cœurs même les plus opposés à la religion, comme on en voit tant malheureusement aux environs de Paris. M. le supérieur disait que s’il restait en France il aurait la plus grande action sur ces classes ouvrières si remuantes et si prévenues contre la vérité, et il ajoutait qu'avec une préparation convenable M. Picard deviendrait un des oratcurs les plus populaires.
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\ Il était âgé d'environ dix ans lorsque son père, en vrai chrétien, ne craignit pas de s’imposer les sacrifices nécessaires pour l’envoyer au collège de Montréal, où M. Roque, supérieur, avait laissé une
B se h si grande réputation de science et de piété ; le vé- | nérable MBayÿle continuait admirablement ces
m ? D à xe traditions, le nouveau supérieur était l’homme
4, Juste par excellence, d’un zèle infatigable pour l’obmA , Servation des règles, mais il savait tout tempérer Carumve ru “par la tendresse et l'indulgence pour la faiblesse
mn ra du jeune âge.
On peut dire que les MM. du séminaire n'avaient pas moins de zèle et de capacité pour former les mœurs de leurs élèves que pour cultiver leurs talents. [ls s'étaient dévoués à l'établissement d’un
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collège dans Montréal afin de pouvoir préserver les jeunes gens des dangers du mal et aussi afin de jeter dans leurs cœurs les germes de la religion et de la piété.
Comme pasteurs de Montréal, ils ponsaient que c'était leur obligation de former les fidèles dès les premières années de leur enfance et de leur jeunesse.
Ce zèle a toujours été dignement apprécié et l'on en a eu un témoignage éclatant au grand conventum du collège qui à eu lieu l’année dernière. L’on a vu arriver de toutes les contrées de l'Amérique des anciens élèves, non-seulement ceux appartenant au clergé, mais un bien plrs grand nombre encore de laïques, de toutes conditions, venant témoigner de la haute opinion qu'ils avaient conservée de leurs anciens maîtres.
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M. Picard, entré au collège de Montréal, se faisait remarquer à la fois par une vivacité impétueuse de caractère et par une délicatesse de conscienco poussée à l'excès. IL recourait sans cesse à ses directeurs de conscience, M. Billaudèle et M. Villeneuve. Il se fit remarquer alors par une telle fidélité au règlement, par une telle docilité pour ses maîtres qu’on lui donna une mission de con-
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fiance qui n’est jamais accordée qu'aux élèves les plus exemplaires. Il fut appelé à l'emploi de réglementaire et il conserva cet emploi jusqu'à sa sortie du collège. Il avait une confiance illimitée dans ses professeurs dont quelques-uns, comme M. Sen Séste et M. Larkins, obtenaient de lui qu'il récitât aux examens de mémoire des pièces considérables
en latin, en anglais, et même en grec.
Sans en faire parade, à la fin de ses études, en 1837, il savait l'anglais, il était bon latiuiste, | enfin, il paraît même qu'il était helléniste, mais | les soins du ministère effacèrent beaucoup de ces | nremières empreintes. Quant à son caractère vif et enjoué, il était accompagné de si bonnes et solides | qualités que ces MM. l’encourugèrent de tout cœur, quand il manifesta le désir d’entrer dans la
| L : compagnie de Saint-Sulpice.
m? fhstert#s Après avoir étudié la théologie et avoir r'egu, 4 ovsous MBHOete et M. Villeneuve, une science 2 très claire et appuyée sur les meilleurs principes,
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. F fi a L l'es CAL il eut le bonheur d'être admis aux saints ordres | On | nav J Pur ? qu’il reçut humblement, et plein de joie. | « AN " | : ; PA ( ques PS à à ICT M 2 0 , d ya v” ( ua ), IV | ‘LA à ) y K3 n ( L
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Il fut ordonné le 30 août 1840 ; il pensa alors '% dans le secret de son cœur qu'il ne pouvait rien faire de mieux que de mettre le trésor de sa voca-
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tion sous la garde des saints maîtres qui avaient su la reconnaître et la cultiver en lui. Il entra donc dans le saint ministère et fut placé à l’église Notre-Dame.
Il conserva toujours de doux souvenirs de ces premiers temps. M. Quiblier, supérieur, était plein d’attentions pour lui; le curé, M. Fay, se faisait aimer de lui par une charité sans bornes, Mgr Charbonnel et Mgr Pinsonneau qui faisaient alors partie du clergé de Notre-Dame, surent bientôt reconnaître les aimables qualités du jeune prêtre, ils cherchèrent à l'intéresser aux commencements du ministère, et avec cette délicatesse qui les caractérisait, ils l’initièrent aux emplois de la paroisse en le faisant prêcher dans les catéchismes et les congrégations dont ils avaient la direction.
A part de ces occasions qui le formaient à Kééises
&e la prédication, il avait la charge des baptêmes et des enterrements, et avec cette vivacité de conception qui le distinguait, il pensa bientôt qu'il y avait quelque chose à faire pour la consolation des familles pauvres qui ne pouvaient présenter leurs morts à l’église. C'était l’idée de cette société d’assistance pour les défunts qu'il devait réaliser plus tard avec un si grand succès.
En attendant, le jeune prêtre fut soumis aux plus grandes épreuves. L’émigration irlandaise,
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vers 1847, amena sur les bords du St-Laurent des milliers d’infortunés qui, entassés sur les navires, y avaient contracté le typhus.—En présence de ravages toujours croissants, on réunit les malades bre.de.plusioeuvs-æmilliers dans des hôpitaux bâtis à la hâte aux extrémités des faubourgs ; mais le mal menagait de franchir ces limites.
Mgr Bourget, évêque de Montréal, Mgr. Prince, son coadjuteur, tous les prêtres de la ville qui pouvaient exercer le ministère en anglais furent appelés aux hôpitaux. M. Picard y vint avec ses confrères et s’appliqua à ce ministère périlleux.
Les prêtres s'employaient comme les derniers des infirmiers aux devoirs les plus pénibles. Ils changeaient les vêtements des malades, renouvelaient la paille des lits, lavaient le linge et s’en allaient puiser à la rivière l’eau dont les pauvres victimes étaient altérées.
Un pareil dévouement eut l’effet qu’on pouvait prévoir. Près de cinquante prêtres et autant de sœurs furent atteints ; quatorze prêtres et treize sœurs périrent, M. Picard se dévoua jusqu’au jour où, atteint par le terrible fléau, il fut éloigné du centre du mal sur l’ordre des médecins qui l'avaient condamné. — Il äût aller chez ses parents, car le séminaire était encombré de malades.
Après plusieurs semaines d'incertitude, M.
Picard rétabli, reprit son ministère à l’église Notre-Dame dent les prêtres avaient été décimés,
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Cinq avaient succombé, parmi lesquels deux des meilleurs amis de M. Picard, le vyénérable M. Richard, ot l'aimable M. Gottofrey! M. Richard
2 M6y A, était un ancien ministre aügliemrde l'état de New. ‘York. Il était venu à Montréal dans l'intention de
convaincre les prêtres du séminaire ; il proposa aa-supérieur;-M-Roux, des entretiens. Après plusieurs discussions il se proclama hautement converti. Plus tard, il étudia la théoiogie, fut promu au sacerdoce et demanda son admission au séminaire qu'il édifia pendant wagt années du minis-) tère le plus laborieux. 7
M. Gottofrey, professeur de philosophie au sémipaire d’Issy en France, dans lequel il avait gagné l'admiration de tous et même celle du malheureux Renan, était depuis deux années à Montréal où il s'était attiré tous les cœurs. La perte de ces deux amis fut vivement sentie par M. Picard, qui en parlait souvent avec les témoignages du plus vif regret.
C’est alors que M. Picard se livra à trois œuvres principales auxquelles il se donnait tout entier, mais qui ne suffisaient pas à épuiser son zèle et son dévouement.
La première œuvre qu’il entreprit fut celle de la Persévérance ; la deuxième, la desserte du grand
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faubourg de Québec, enfin la troisième œuvre fut la fondation de l’Union de prières pour l’enterrement des pauvres.
Sur chacune de ces œuvres, il y aurait bien des choses à dire : nous voulons au moins en exposer les principales circonstances.
La Persévérance des jeunes filles lui tut confiée vers 1850, et il lui donna bientôt les plus grandes proportions. |
: L'église Notre-Dame étaitrempliechaque diman-
… Che de 2 heures à 34. Les Persévérantes affluaient
de tous les quartiers de la ville.
M. Picard tentait tout ce qui pouvait rendre son œuvre attrayante, Il avait établi la rédaction des instructions, et enfin cortains oxercices de dialogues composés parles jeunes filles elles-mêmes. Ces compositions les aidaient à se pénétrer dés enseignements de la religion, et à se rendre compte de leurs propres idées.
Il avait jugé, dans sa sagesse, qu'on ne réussirait pas à imposer à de grandes filles la récitation de la lettre du catéchisme, mais qu'on pouvait la remplacer par des dialogues et des conférences calquées sur chaque chapitre. L'expérience justifia ses prévisions. Ces dialogues eurent beaucoup de succès. Il y avait émulation à les composer, à les apprendre et enfin à les réciter aux jours de réunion. |
Des fêtes fréquentes étaient établies et étaient
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relevées par la présence de prédicateurs extraordi. naires, qui avaient été avertis convenablement à l'avance. Enfin les comptes-rendus de ces fêtes, insérés au livre d'or, laissaient de précieux souvenirs, auxquels on pouvait toujours recourir.
La distribution des récompenses à la fin de l’année avait toutes les proportions d’une fête nationale, La réunion était annoncée solennellement au prône et dans les journaux religieux de la ville. La liste des prix comprenait des cinq ou six cents noms, ils étaient écrits sur une énorme pancarte couverto d’ornements calligraphiques d’un grand éclat. Cela contribuait beaucoup à relever la proclamation des noms lus aussi distinctement que possible,
Le tout avait lieu devant une réunion choisie de dignitaires du clergé, et devant l'élite de la magistrature, de la médecine et du barreau. Souvent
Mgr l’Evêque venait y présider. Tout contribuait donc à relever l'éclat de cette solennité qui avait le don d’attirer la population de toute la ville. On y admirait un chœur de chant innombrables Les retraites organisées avec beaucoup de soin et de méthode, avaient lieu dans le courant de l’année, à la grande église de Notre-Dame.
Nous insistons sur ces détails parce que l’enseignement religieux de la jeunesse est l’une des œuvres principales de Saint-Sulpice. Cette œuvre avait trouvé un digne propagatéur dans la personne de M. Faillon, longtemps directeur des Catéchismes
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de Saint-Sulpice, qui établit toutes choses suivant le règlement de Paris dans sa visite à Montréal. Il se trouva secondé par le zèle des messieurs du séminaire et en particulier par M. Picard qui sut donner à cette œuvre une importance telle qu’on n’a pu trouver de résultats plus considérables dans aucune paroisse,
Tout favorisa cette entreprise : d’une part la présence d’un dépositaire de traditions des Catéchismes de Paris, et enfin des prêtres zélés parmi lesquels M. Picard, si parfaitement organisé pour relever une si belle œuvre.
M. Picard aussi dévoué que désintéressé, faisait contribuer tout le monde à ses exercices. Il invitait d’une part les prêtres les plus en vue et, en même temps, il se faisait un devoir d'inviter les jeunes prêtres arrivant de la solitude ; il leur fournissait l’occasion de se faire connaître ; il leur confiait les sermons des jours de fête, à Noël, à Pâques, à la Passion. C'était un service dont il comprenait tout le prix, car il n’oubliait pas quels avantages il avait retirés de cette attention délicate de la part des anciens du séminaire. D'ailleurs tout ce que faisait M. Picard n'était qu’une application de la méthode de Saint Sulpice qui est basée sur les dispositions des Conciles.
Plus de trente conciles ont recommandé aux pasteurs de réunir les enfants et les jeunes gens, le dimanche, au son de la cloche, comme pour les
offices ; de faire réciter le catéchisme, de l’expliquer par des comparaisons, des traits et des oxemples ; d'encourager ces œuvres par des dons, de rendre l'instruction si agréable, qu'elle soit plutôt comme une sorte d'amusement, qu’un exercice sérieux ; d'obtenir des magistrats de la ville d’assister à la distribution des récompenses. C’est tout ce que pratiquait M. Picard.
Cetto œuvre a continué avec le même éclat pendant une dizaine d’années jusqu’au jour où,pour des considérations majeures, on fut amené à diviser la Persévérance de Notre-Dame et l’on établit des succursales dans les différents quartiers, comme nous le verrons plus loin.
Outre cette œuvre principale, il était chargé de la visite de plusieurs quartiers. D'abord la Côte-des-Neiges et ensuite le faubourg Québec. Il allait dire la messe le dimanche dans une chapelle de quartier, y retournait le soir pour les vépres, et s'occupait de cette œuvre comme si elle eût été l’unique objet de son dévouement. Il décora une chapelle à la Côte-des-Neiges ; plus tard il eu décora une autre à Hochelaga et enfin il termina son ministère dans ce quartier en construisant une
grande chapelle sur la rue Fullum. Ïl réunit dans
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ce quartier éloigné tous les éléments d'une paroisse qui maintenant est divisée en doux paroisses considérables, Saint-Vincent de Paul et Hochelaga, dont chacune occ'ipe plusieurs prêtres.
C’est dans le même temps que,tout en s’acquittant de son œuvre de la Persévérance et de l’administration de ces quartiers éloignés, il fonda une grande institution pour les défunts.
Il avait été chargé, au commencement de son ministère, comme nous l’avons dit, de l’œuvre des enterrements, Avec cette promptitude de conception qui le caractérisait, il se demanda s’il n’y avait pas quelque chose à accomplir pour consoler les parents qui avaient le regret de ne pouvoir payer les services des défunts.
Rien no le touchait plus que de voir l’affliction de ces familles si riches de foi et de piété envers les défunts, mais sans moyens de sépulture}.
Alors, il se décida d'établir une société mutuelle de secours dans laquelle moyennant une souscription minime, tout le monde aurait droit à un service à l'église, aux honneurs d’un chariot et d’uno tombe au cimetière.
Telle est l’œuvre pour l’ensevelissement des défunts, qu'il avait conçue et qu’il a fini par constituer complètement en lui donnant tous les développements dont elle était suceptible.
En cette institution, on a admiré bien des cir-
constances. La première c’est que, avec la multiplicité des occupations dont le séminaire était surchargé depuis la perte de tant de prêtres, pendant lo typhus, on ait permis cette nouvelle œuvre au zèle de Mr Picard.
Une autre circonstance à considérer, c'est que malgré lechangement des emplois qui a lieu chaque année, cette œuvre a toujours été consorvée à son fondateur.
Troisième circonstance, c’est que Mr Picard ne s'est jamais fatigué de ses œuvres, il les continuait chaque année avec un nouveau courage ; il les développait, il ne reculait jamais devant aucun accroissement, ne prenant jamais en considération les fatigues que ces développements allaient lui attirer, il marchait toujours en avant,
Il était dans tout l'élan de son zèle lorsque ses ; supérieurs en 1858 jugèrent qu'il avaitmérité d'aller à Paris faire cette année de noviciat qu—prétède l'entrée dans-la Coômpagiie-et que bien des circonstances avaient empêché près de 18 ans auparavant. Il dit adieu à ses différents emplois, à sa congrégation de la Persévérance qu'il devait trouver au bout d’un an terrrblement amoindrie ; à sa chapelle de la Nativité, où il avait la consolation
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en partant de laisser un fude champion du service des âmes ; puis il vogua vers les rives de la belle France, où il ne devait rien trouver qui lui fit oublier son cher Canada.
Il arriva à la Votitade, à ce séjour du recueillement et il y entra avec une vive consolation. En traversant Paris, il avait fait quelques courses, mais il est très exact de dire que la visite des grands monuments ne lui avait inspiré ni grand intérêt, ni forto émotion.
Tout pénétré des pensées célestes, il soumettait toutes ces merveilles à cette seule appréciation : quid hœc ad æternitater ? Ilne voyait dans son voyage que les intérêts de sa vocation et il admirait médiocrement la grandeur et la richesse des chefs-d’œuvre de l'art.
Quant à la piété et au recueillement de la foti. tude, tout le ravissait et exaltait son âme. Le silence et la réserve qu'il devait s'imposer toute la Journée le portaient, au moment de la récréation, à s'épancher avec une impétuosité qui contrastait singulièrement avec le ton mesuré des plus jeunes solitaires, mais qui enchantait tout le monde, par son naturel,
Mr le Supérieur de la æblitude eut l'attention de l'envoyer aux grands offices de Paris au jour de Pâques, il en revint enchanté et il en écrivit aussitôtà Montréal avec une véritable éloquence, mais rien n'avait dépassé dans son cœur les sentiments qu’il était habitué à éprouver dans la grande église de Montréal à laquelle étaiont attachés les plus doux souvenirs de sa vie.
Ce sentiment d'affection filiale était poussé si loin dans son cœur que les plus belles démonstrations n'arrivaient jamais en lui au niveau du contentement suprême qu'il éprouvait dans les pieuses cérémonices de son ministère et dans le mouvement qu’il se donnait à sa modeste chapelle d’Hochelaga.
Il en parlait sans cesse, au point que Mgr Ma- . thieu, cardinal et archevêque de Besançon, étant venu passer quelques jours de retraite à la Solitude, fut bientôt mis au courant par M. Picard des excellences et des mérites incomparables de Ia bénite chapelle de la Nativité d'Hochelaga. M Picard répétait souvent que tous ces concours de dévotion que l’on peut contempler dans Paris à telle et telle église sont bien admirables mais en même temps il faisait entendre que l’on voyait encore mieux que cela à MotsePDme-de chez-nous. Le bon cardinal était ravi de ces touchantes communications et, en partant, il se fit un plaisir de remettre à M.
Picard une belle image avec cette légende de sa main :
Cher Monsieur, priez bien pour moi à Notre- Dame de chez-nous. ”
Il revint l’annéo suivante et se mit en devoir de réunir ce qui lui restait de son ancienne congrégation de la Persévérance. C’est là qu'il donna en: core une preuve de son esprit d'entreprise. Comme
l'autorité avait divisé l’œuvre suivant les différents
quartiers de Montréal qui prenaient chaque jour uno plus grande extension, il jugea aussitôt que la part qui pouvait lui être attribuée ne répondait pas à lis ,°rtance de la grande église de Notre-Dame, et il e:t aussitôt l’idée de fonder une nouvelle association d’une portée plus générale dans laquelle il unirait la pratique des bonnes œuvres à l’enseignement religieux.
C’est ce qui donna lieu à la fondation des petites servantes des pauvres qui prirent, en peu de temps, un développement considérable. Il s'agissait dans
. ‘Cctte œuvre de conserver les jeunes personnes assopur 2" /ciées dans l'exercice des vertus chrétiennes, mais encore de préserver des séductions du monde toutes celles qui, par leur âge et leur position, seraient les plus exposées à se perdre. Pour arriver à ce but, il y avait des réunions de piété, des
réunions de bonnes œuvres et de travail pour les pauvres dont on se faisait une gloire de se proclamer les petites servantes.
Ces associées se réunissent tous les dimanches à Notre-Dame pour entendre l'instruction de leur directeur, ensuite elles ont un jour de réunion dans la semaine, le lundi, pour travailler à l’habillement des pauvres. Une maison avait été attribuée à l’œuvre par le zèle de M. Picard ; cette maison servait de lieu de réunion pour toute la s0ciété et elle offrait neuf salles de couture aux 300 associées pour y venir exercer leur zèle, Cette maison sert de bureau de placement pour les servantes sans emploi et enfin on y loge plusieurs des jeunes filles de la campagne qui se trouvent sans abri dans la ville.
Les petites servantes ne se bornent pas à fournir des vêtements aux pauvres et à réparer ceux qui sont offerts par la charité publique, elles se chargent aussi d’habiller les enfants pauvres pour Ja solennité de ia lère communion et chaque année elles y contribuent pour une large part t elles fournissent aux enfants près de 300 habillements.
En même temps qu'il affermissait cette œuvre par des règlements, des réunions et des fêtes, il donnait l'exemple le plus entraînant du dévouementaux pauvres.
Ses congréganistes savaient qu'il consacrait aux bonnes œuvres tout ce qu’il pouvait distraire
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des revenus de l’Union de prières, {out ce que lui rapportait sa contribution de la Miséricorde, tout ce qu’il obtenait de la libéralité des citoyens ; elles savaient aussi qu’il se privait de tout, qu'il ne se donnait jamais le plaisir d'acheter des objets de luxe et de fantaisie; qu'il n'avait jamais de montre, qu’il se refusait tout livre d'agrément ; elles n’ignoraient pas qu’il s’en allait quêter luimême des vieux vêtements, des vieilles chaussures, qu'il n'avait de relations avec les familles riches que pour se faire donner tout ce qui était hors d'usage dans la maison: aussi ces manières d'agir, ces exemples lui avaient conquis une influence sur sa congrégation dont on ne pourrait jamais se faire d'idée si l’on n’entrait pas ici dans quelques détails.
IL avait su inspirer à ces jeunes cœurs une libéralité qui passe l'imagination. Les contributions de ses congréganistes à chaque dimanche étaient surabondantes, Il collectait, presque tous les dimanches, dans les 200 ou 300 congréganistes assistantes, autant que l’on recueillait à la grand'messe de paroisse et quelquefois bien davantage.
Souvent il remettait à M. le curé des sommes notables pour l’embellissement de l’église et pour les autres œuvres de la paroisse, IL contribuait aussi aux œuvres de l'évêché.
Un jour, il fit uno grande lotcrie dont le profit devait être partagé entre Monseigneur, M. le curé,
et le soutien de ses œuvres. Il réunit en cette circonstance $2,400 et put remettre à Monseigneur $800 et autant à M. le curé.
Outre cela, les congréganistes, en deux ou trois fois, remirent à Mgr Bourget, pour ses noces d’or, quelques centaines de piastres.
Ayant su que M. Picard, au milieu de ses entreprises, avait contracté des dettes qui s’accumulaient d'année en année, qui montaient au moins à sept mille piastres, elles lui déclarèrent qu’elles étaient disposées à le libérer entièrement et en effet elles finirent par y contribuer pour la plus grande partie.
Quand la maladie vint accabler M. Picard les petites servantes des pauvres virent qu'il était hors d'état de sortir et de s’en aller quêter par la ville, comme il faisait ordinairement. Elles organisèrent entr’elles une petite loterie, elles réunirent pour une centaine de piastres de petits objets, elles les placèrent elles-mêmes et, au bout d’un mois, elles invitèrent M. Picard à une séance solennelle dans le Cabinet Paroissial pour lui
. remettre le produit de leur zèle. La séarce com-
mença par une adresse de congratulation lue par la présidente, où l’on disait “ qu'il était bien juste qu’on fit quelque chose pour lui, qui avait tant fait pour les autres.” Puis les associées s’en allèrent une à une sur la plate-forme de la salle et
elles remirent chacune ce qu’elles avaient collecté,
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et quand on compta sur la table les sommes déposées, on trouva $ 700, Mais ce n’est pas tout, il n’arrivait pas à Mon. tréal d'évêque ou de prêtre missionnaire qui ne fut invité par M. Picard à venir présider la sé: nce du dimanche et qui recevait un secours consic érable. C’est ce qu'ont éprouvé Mgr. Grandin, évêque de St-Albert ; le P. Charmettant et le P. Voisin, des missionnaires d'Afrique ; le P. Piperni, des écoles de Jérusalem ; M. Polydore, curé d’une église incendiée à Périgueux, et bien d’autres. En cette circonstance, la quête montait à 50 ou 60 piastres. Voilà donc ce qui résultait du zèle et de la bonne volonté des jeunes servantes des pauvres. On ne peut trop admirer l'esprit qui les animait et qui pendant tant d'années s’est soutenu avec tant d’efficacité, mais une bonne part en revient à celui qui avait su inspirer de si nobles sentiments et qui les conservait par ses avis, par ses encouragements
et enfin par un ensemble de qualités que nous avons maintenant à faire connaître,
Parmi ces qualités, nous signalons surtout sa piété, sa charité et son zèle.
La piété qui l'avait fait remarquer dès son enfance, s'était toujours soutenue au milieu des préoc-
cupations du plus laborieux ministère. Il était
toujours exact à l’oraison. Il consacrait un temps
notable à la récitation de son bréviaire. Il passait la plus grande partie de sa journée à l'église. Il était ponctuel dès ie matin à son confessionnal et on pouvait l'y trouver jusqu'à une heure avancée de la matinée. Souvent il s'y rendait dès la récréation de midi pour se tenir à la disposition de ceux qui s’y présentaient. Enfin il y restait le soir jusqu'à l’heure la plus avancée,
On a signalé aussi l'édification qu’il offrait dans ses rapports extérieurs, avec ses amis et ses Confrères. Ilétait plein de vivacité, de saillies et d’une bonne humeur inaltérable ; mais quel que fût son esprit d'expansion l'on voyait toujours en lui l’homme de foi, l’homme pénétré des grandeurs de Dicu et de la sainteté du sacerdoce.
Quand il apparaissait dans les cérémonies, dans sa gravité, on peut dire que l'on découvrait un homme tout transformé, tout spiritualisé. Il paraissait entièrement pénétré de ses obligations et des grandeurs du saint ministère. Il cherchait avec le soin le plus scrupuleux à s'acquitter de toutes les prescriptions liturgiques. Il s’imposait la plus délicate attention pour ne rien omettre, attachant à tout le plus grand prix. C’est ce que l’on remarquait encore dans l'administration de ses malades. Il était tendre pour les membres souffrants de Notre-Seigneur, il était encourageant
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mais, en même temps, il se montrait tout à fait recueilli, et pénétré des grandeurs des saints mystères.
Après la piété, ce que nous devons encore remarquer en lui, c’est la charité. Ce qui contribuait à ses succès, c'était un ensemble de qualités aimables qui le distinguaient tout particulièrement.
Il yavait chez lui une bonté et une ouverture de cœur qui ne l’abandonnaient jamais.
Il était tout à tous; il ne faisait point de distinction de personnes, agissant avec la plus grande cordialité, avec les grands comme avec les petits, avec les riches comme avec les pauvres, avec ses intimes comme avec les étrangers, avec les gens de la maison comme avec ceux du dehors. Mais il est bien à remarquer qu'avec cet abandon, il savait très bien se conformer à l’état et à la position de chacun, étant plein de condescendance pour les humbies, et plein de respect et de déférence pour les supérieurs.
Tous les prêtres qui venaient au séminaire étaient reçus par lui avec les égards les plus délicats. Il les accueillait comme s’il en avait eu une mission particulière, et cette mission, elle venait du cœur. Il se chargeait des nouveaux arrivés, leur faisait donner un logement et, en attendant, les recevait
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dans sa chambre et leur donnait tous les renseignements qu'ils pouvaient désirer ; il traitait avec eux comme s’il n'avait pas eu d'autre occupation dans la maison. Enfin, quand ils partaient, il les reconduisait jusqu’à la porte extérieure, les laissant enchantés de ses égards. C'était un modèle pour tous de cette véritable politesse qui est le cachet de la plus tendre charité,
En terminant cette énumération, nous ne devons pas omettre ses dons d'industrie et de savoir-faire en tout ce qu’il entreprenait ; nous devons donc dire qu'avec ses dispositions d'activité dévorante, et ses idées d'entreprise, il avait un rare talent d'organisation dans ses œuvres.
Ce serait ne pas connaître M. Picard que de ne pas lui tenir compte de la manière très habile dont il sa: ait conduire les œuvres qu'il avait à administrer. Au milieu de cet entrain, de ce zèle incessant, de cet élan où l’on avait peine à le suivre, il était très prudent, très privoyant et enfin très attentif à profiter de toutes les circonstances qui pouvaient se présenter.
Quand il était chargé d’une chapelle, il travaillait sans relâche et avec une constance infatigable
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