‹ Mr. E. Picard prêtre de Saint-Sulpice [microforme]Chapitre 2 sur 2 · RER · texte numérisé non relu

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à la rendre commode, attrayante et aussi bien ornéo que possible. Il visitait assidûment los voisins, les gens de zèle pour avoir leur concours dans ses efforts. Il fournissait le pieux sanctuaire d’'ornements, de décorations, d'orgue, ete. Il ne reculait devant aucune dépense. Là où il n'avait trouvé que les quatre murs, il laissait un sanctuaire orné, agrandi, fourni de sacristio et de tout ce qui était nécessaire à la décence du culte et à l’agrément des fidèles,

Quand il fut chargé de l'Union de prières, il sût lui donner tous les développements que cette belle œuvre pouvait comporter. Il établit un fonds pour secourir les familles pauvres, pour subvenir aux orphelins de la Société et pour assurer leur avenfr. C’est pour cela qu’il établit une œuvre subsidiaire qu'il intitula de la fiséricorde, et qui moyennant

‘un léger supplément de la part des abonnés, le

mettait à même de subvenir à toutes les misères imprévues qui pouvaient survenir dans l’association.

Quant à l’œuvre des petites servantes des pauvres, il n’eut pas de repos jusqu’à ce qu’il pût y adjoindre une maison pour les réunions des associées, pour le placement des jeunes servantes ct

même pour leur logement quand cela était nécessaire,

M. Picard était au milieu de ses œuvres vers 1875, après 35 années de ministère, lorsqu'il se trouva atteint d’une douleur dans les reins qui finit par une inflammation extrêmement pénible. Il n’en comprenait pas la gravité, il souffrait courageusement ; il n’en disait rien, même à ses plus intimes.

Enfin il fallut parlor,le mal augmentait toujours ; il avait trop attendu, trop tardé, il ne se donnait pas le temps de so soigner, il s’efforçait de ne pas penser à son mal.

Mais quand il recourut aux médecins, lo mal était déjà si avancé que presque toute chance de l'arrêter était passée.

Etant informé de la gravité de sa maladie, il se réfugia avec foi dans le recours de Dieu et en sa très sainte mère. C’est alors qu'il établit la congrégation de l’Ave Maria qu'il répandit avec autant de zèle qu'il en avait déjà mis à toutes ses autres œuvres.

Il donna des règlements pour cette nouvelle institution, il fixa des pratiques, qu’il soumit avec une humble piété à l'approbation de ses supérieurs, 0t il mit sa confiance dans cette nouvelle union de prières.

Il consacra tant d'efforts à cette œuvre qu'il compta bientôt des milliers d’associés recrutés dans la ville, dans les diocèses voisins,et mêmo jusqu'aux extrémités des Etats-Unis.

Mais son mal augmentait toujours.

Cessant de se faire illusion, il comprit qu’il était frappé à mort, c’est alors qu'il rédigea son testament dont on ne peut trop admirer la foi et la piété. Il était ainsi conçu :

Il dit d’abord qu’il l’a rédigé dans le silence de sa chambre, en présence de Dieu, de la bienheureuse Vierge Marie ot des Saints Anges.

Il remercie Dieu dans sa bonté infinie d’avoir répandu sur lui tant de bénédictions, malgré son ingratitude et ses péchés. IL veut reconnaître, par un document authentique, qu’il doit tant de grâces, non pas surtout à ses œuvres, mais aux bons exemples qu'il a eus constamment sous les yeux dans le séminaire, et aussi aux prières des fidèles, des associés de ses œuvres et de nos chers et bien aimés paroissiens de Montréal.

Il continue en disant que,désirant sauver son âme il veut disposer de tout ce qui lui appartient suivant les inspirations de la grâce, Il divise ce qu'il lais-

sera en Cinq parts principales ainsi attribuées : Une

à Mgr de Montréal pour la nouvelle cathédrale ; uno pour l’ornementation de l’église Notre-Dame ; uno à sa maison de refuge, ensuite aux servantes des pauvres et enfin à son frère pour l'éducation de ses enfants,

Après la rédaction de son testamont, il vécut en: core dix ans, voyant toujours empirer son mal, mais il travaillait avec courage à son ministère.

La dernière année, il so voyait anéanti et réduit à l’inaction la plus pénible. Dès qu'il avait un moment de bien il essayait de se rondre à son con- jan my fessionnal; il était si faible qu'il faisait plusieurs stations. Enfin il lui fallait revenir au bout de quelques instants,épuisé et obligé de reconnaître qu'il ne pouvait supporter aucun effort. Il retombait alors sur lui-même, se soumettait humble et désolé. Il se résignait à la volonté divine avec amour, mais l'élan de son cœur vers le bien remplissait son âme d'amertume.

C’est ainsi qu’il arriva aux derniers jours du mois de juillet. Un de ses amis vint le voir, il le trouva accablé, il ne disait rien. On chercha à le consoler, il répondit avec effort : Je suis tellement souffrant que je ne puis parler, que je ne puis même vous écouter, mais pardonnez moi, il ne faut pas de paroles pour que je vous comprenne. Je connais bien votre affection et tous vos sentiments pour moi, et je vous remercie...

Il reçut ensuite los dornicrs sacrements avec los plus vifs sentiments de foi et de piété.

Nous devons remarquer qu'au milieu de cet abattement, il se sentait encore si rempli de zèle ct de désir de contribuer à la gloire de son divin maître qu'il indiquait à ses intimes ce qu'il se promettait de faire si la santé lui était rendue. C’est par le même entraînement vers le bien qu'il ne pouvait s'imaginer qu'il fut près de sa fin, Tout le monde la pressentait avec douleur, et lui, ne so préoccupait que du bien qu’il voulait encore accomplir.

11 fallut lui enlever ses piouses illusic..” * “vous devez vous préparer, cher M. Picard, à reccvoir les dernières indulgences ”, lui dit son directeur. À ce moment, la chambre fut remplie de ses confrères

eton lui annonça l'approche du divin consolateur des âmes,

Alors il comprit tout, il se résigna, il changea de langage, il s'écria : “Oh venez, mon divin maître. Eh quoi ! vous venez à moi, ct je ne voudrais pas vous recevoir ! vous que j'ai si souvent porté aux

pauvres malades, donnez vous à moi, je suis tout à vous,”

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Après la sainte cérémonio tout lo monde 8e retira, M. le supérieur et M. Giband restèrent près de lui. M. Picard calme, consolé, voulut parler à M. le supéricur en lui exprimant sa reconnaissance pour la communauté qui avait bien voulu le recevoir, qui avait bien voulu le conserver malgré ses misères, qui l’entourait de tant de soins et d’égards à ses derniers moments.

Lo digne supérieur le consolait avec une bonté tout angélique : ‘“ Ne vous troublez pas ainsi, la maison a été heureuse de vous recevoir. elle vous a toujours aimé, vous nous avez toujours consolé, vous nous avez édifié, on pensait surtout au zèle qui vous animait ot au bien qui était votre but en toutes vos actions.”

‘Oh! cher supérieur, reprit M. Picard, vous êtes trop bon, il faut cependant avouer que j'ai souvent bien maltraité ce pauvre règlement, que je l'ai peut-être oublié pour les nécessités do tout ce que je voulais entreprendre. Je vois maintenant combien j'ai eu tort; mais, il est vrai, à cela près, je crois quo je n'ai rion à me reprocher.”

M. Giband resta alors près de lui pour l’assister pendant la nuit, le malade tomba dans le silence et l’immobilité, il était calme, tranquille, sans souffrance apparente, ot à 11 houros il rendait son âme

à Dieu. 1i était dans la 70e année de sa vic ctdans la 46e année de son saccrdocc.

Le lendemain était un dimanche, la nouvelle se répandit bientôt dans toute la ville. L'émotion fut universelle ; les jours suivants eut lieu une affluence continuelle au séminaire vers la chambre de l’infirmerie, où le cher défunt était exposé. On ne voyait que des visages baignés de larmes. On entondait des sanglots. Tous prisient pour celui qui avait passé sa vie à enscigner à prier et à fonder des unions de prières.

Nous l’avons vu étendu dans son cercueil, les mains jointes avec le crucifix, les yeux fermés, la figure ayant repris un calme qu’elle n'avait pas montré depuis longtemps, le teint reposé, les traits amincis, se rapportant aux traits que nous lui avions connu aux jours de sa jeunesse.

Cet aspect nous a frappé, nous qui, depuis longtemps, l’avions vu, le visage contracté par la souffrance, le teint échauffé par l’insomnie, le visage défiguré par les sueurs de la fevre, et prolongeant depuis tant d'années les combats d'une si douloureuse agonie,

Il semblait un soldat après le combat, un triomphateur après la lutte, un champion après la course céleste. On voyait en lui l'homme d'action ayant accompli son œuvre sans s'être jamais ménagé et comme excédant toujours ses forces.

Et depuis, on y pensant, ces paroles nous sont revenues : ‘ Bonum certamen certavi, cursum consummavi, fidem sorvavi. In reliquo reposita est mihi corona justitiæ quam reddet mihi Dominus in illa die justus judex. Non solum autem mihi sed et iis qui diligunt (et sperant) adventum cjus.” (2 Tim. ch. 4, v. Il}.

Ces paroles peuvent s'expliquer ainsi : “ Ne me “ plaignez pas, mon cher ami, j'ai accompli mon “ combat, j'ai terminé ma course, j'ai été trouvé “ fidèle, il no me reste plus qu’à recueillir la cou- ‘ ronne que va me remettre (in illâ dico), lo juste ‘ juge. Ainsi ne me plaignez pas, réjouissez-vous, ‘ mais réjouissez-vous aussi pour vous-même parce ‘que cette couronne vous sera aussi attribuée, ‘“ comme à tous ceux qui ont confiance et tendresse ‘ pour Celui qui doit venir un jour décider de leur ‘€ sort.”

Le mercredi suivant eurent lieu les funérailles. Toute l’église était remplie comme aux plus grandes solennités ; au chœur l’on voyait près de cent prêtres du diocèse et des diocèses voisins, tous amis de M. Picard. L’assistance émue, montrait partout des visages baignés de larmes, et le cher défunt, du haut de son lit funéraire semblait présider cette immense assemblée, immobile, le visage revêtu de la sainte majesté de la mort, en cotte église qui avait rotenti tant de fois de sos appels à la miséricorde divine.‘ ::":: : HT

Et tous#nvoquaiont pour lui cette miséricorde en pleurant ce trépas qui avait frappé tous les cœurs comme s’il eut été imprévu et inopiné malgré tant de jours d'inquiétude.

Reposez vous donc maintenant, cher défunt, après cette dernière cérémonie dans cette égliso témoin de tant do solennités imposantes qui étaient dues à votre zèle ot à votre infatigable ardeur,

Cette église nous sora encore plus chère, nous ÿ avions vu vos œuvres admirables, et aujourd’hui nous y-avons vu votre empire sur les cœurs, im-

primé en tant de larmes et de plaintes portées vers le trône de l’infinie bonté,

rerete”

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