TROISIEME PARTIE
Charles, que c'est une belle chose de savoir lire ! Il y a peu de temps, vous savez, que vous ne pouviez lire que de petits mots ; vous étiez forcé de les épeler — c-h-a-t, chat, c-h-i-e-n, chien. A présent vous pouvez lire de petites histoires, et je vais vous en écrire quelques unes.
Savez-vous pourquoi vous valez mieux que minette ? Minette peut jouer aussi bien que vous ; minette peut boire du lait et se coucher sur le tapis : elle peut courir aussi bien que vous, et même beaucoup plus vite ; elle peut g-rimper sur les arbres mieux que vous ; et elle peut attraper des souris, ce que
VOUS ne pouvez faire. Mais minette peutelle parler ? Non. Peut-elle lire ? Non- Vous pouvez parler et lire^ voilà donc pourquoi vous valez mieux que minette. Votre chien Turc peut-il lire ? Non. Voulez-vous lui apprendre ? Prenez une épingle et montrez-lui les mots. Non, il ne veut pas apprendre. Je n'ai jamais vu un chat ou un petit chien apprendre à lire. Mais les petits garçons peuvent apprendre. Si vous n'apprenez pas, CharleSj vous ne vaudrez pas la moitié autant que minette. Ainsi vous feriez mieux d'apprendre votre leçon.
Quelle heure est-il, Marie ? Il est midi. Viens avec moi dans le jardin. Où est le soleil à présent ? Tourne-toi du côté où il brille. Le vois-tu ? Ce côté-là, c'est le Sud. Tous les jours, quand il est midi et que tu regardes le soleil, tu te tournes vers le Sud. Maintenant tom^ne-toi à gauche. Regarde
devant toi, voici TEst. Tous les matins, quand le jour va paraître, i^egarde de ce même côté, et alors tu verras le soleil se lever. Tous les matins cherche le soleil de ce côté-là ; car il se lève toujours à l'Est. Maintenant tourne le dos au soleil ; regarde tout droit devant toi. Voici le Nord. A présent tourne-toi à gauche ; regarde devant toi. Voilà rOuest Quand tu auras soupe et que la nuit approchera, cherche le soleil de ce côté-là, il y est toujours quand il se couche, car le soleil se couche à TOuest Le Nord, le Sud, l'Est et FOuest sont ce qu'on appelle les quatre points cardinaux.
Il fait du vent. De quel côté le vent souffle-t-il ? Prends ton mouchoir. Tiens-le en Fair. Le vent souffle de ce côté. Le vent vient du Nord. Le vent est au Nord. C'est un vent froid. Hier le vent était à FOuest, alors il fesait chaud.
La pluie ^ient des nuages. Regarde, voilà des nuages noirs. Comme ils courent vite ! Ils ont caché le soleil. Ils ont couvert le soleil, comme tu couvres ton visage, quand tu jettes un mouchoir dessus. Voilà encore un petit coin de ciel bleu. A présent il n'y en a plus du tout : il est tout noir comme les nuages. Il fait aussi obscur que dans la nuit. Il pleuvra bientôt II commence à pleuvoir. Que les gouttes d'eau sont larges ! Les canards sont bien contents, mais les petits oiseaux ne le sont pas ; ils vont se mettre à couvert sous les arbres. La pluie est finie. C'était seulement une ondée. A présent les fleurs sentent bon, le soleil luit, les petits oiseaux chantent, et il fait moins chaud qu'avant la pluie.
Nous prendrons le thé en plein air. Apportez tout ce qivil nous faut. Allez chercher votre chapeau, Marie. Il fait un temps
charmant. Mais il n'y a point ae table ici. Comment ferons-nous ? Oh ! voilà un large tronc d'arbre qui nous servira fort bien de table. Mais nous n'avons pas de chaises.
Voilà un siège de gazon et un banc presque couvert de violettes, nous nous assiérons sur le banc, et vous et Charles sur le tapis. Le tapis est dans la salle. Oui. Il y a un tapis dans la salle, mais il y en a aussi un ici. Où est-il donc ? Le gazon est le tapis des champs. C'est un tapis vert, fort doux, et qui est très grand, car il s'étend sur toutes les prairies et les campagnes. Les moutons et les agneaux trouvent qu'il est très agréable de s'étendre dessus. Je ne sais comment ils feraient sans cela, car ils n'ont pas de lit de plumes pour se coucher.
Il fait une soirée charmante. Venez ici, Marie, regardez le soleil. Le soleil est à l'Ouest. Oui, parcequïl va se coucher.
Comme il est beau ! Nous pouvons le regarder à présent^ il n'est pas aussi éblouissant qu'il était à l'heure du dîner. Comme les nuages sont beaux ! En voilà de cramoisis^ de pourpres et de couleur d'or. A présent le soleil va se coucher ; nous n'en voyons plus que la moitié. Nous ne le voy ons plus du tout. Adieu^ soleil ! jusqu'à demain matin.
Maintenant, Marie, tournez la tête du côté de l'Est Qu'est-ce qui brille ainsi derrière les arbres ? Est-ce du feu ? Non, c'est la lune. Elle est très grande, et rouge comme du sang. La lune est ronde maintenant, parce qu'elle est dans son plein ; mais elle ne sera pas aussi ronde demain au soir, elle le sera encore moins le jour suivant, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle soit comme un arc quand il est tendu ; on ne la verra plus alors que lorsque vous serez couchée, et elle diminuera petit à petit pendant quinze jours, au
bout desquels il n'y aura plus du tout de lune. Alors il en viendra une nouvelle que vous pourrez voir l'après-midi : d'abord, elle sera bien petite ; puis, elle deviendra chaque jour plus ronde et plus large, et au bout d'une autre quinzaine elle sera pleine comme celle-ci, et vous la verrez de nouveau se lever derrière les arbres.
Savez-vous comment on fait les raisins secs ? Ce sont des grappes de raisin que l'on fait sécher. Vous savez que les grappes croissent sur la vigne ; mais les raisins secs sont faits avec des grappes plus grosses que celles qui viennent sur la vigne du jardin : ils viennent de fort loin. Savez-vous comment on fait le sucre ? Le sucre s'extrait d'une canne qui pousse dans la terre et qui ressemble un peu à une canne sur laquelle on s'appuie en marchant ; on en exprime le jus, que l'on fait bien bouillir, et quand le jus
est refroidi, on se trouve avoir du sucre. Qu'est-ce que c'est que le thé ? Le thé est une feuille qui croît sur un petit arbuste, et que Ton fait sécher.
Charles veut du pain et du beurre. Mais le pain n'est pas cuit. Dites alors à Christophe de chauffer son four et d'y cuire le pain. Mais le pain n'est pas pétri. Dites alors à Marguerite de prendre de la pâte et de la pétrir. Mais le blé n'est pas moulu. Portez-le donc au moulin, et dites à Roger le meunier de le moudre. Mais le blé n'est pas battu. Dites alors à Jean de prendre son fléau et de le battre. Mais le blé n'est pas coupé. Eh bien ! dites à Richard de prendre se faucille et de le couper. Mais le grain n'est pas semé. Dites alors au fermier Diggory de prendre de la graine et de la semer. Mais le champ n'est pas labouré.
Alors dites à Raoul de prendre les chevaux
et de le labourer. Mais la charrue n'est pas faite. Eh bien ! allez chez Homfroy le charron, et dites-lui d'en faire une. Mais il n'y a pas de soc à la charrue. Dites alors à Bras de Fer le serrurier d'en forger un. — Bon ! nous n'avons point de beurre non plus. Susanne, allez donc en acheter au marche. Mais le beurre n'est pas battu. Prenez alors votre baratte, Manon^ et battez-le. Mais la vache n'est pas traite. Prenez alors votre seau, Cécile, et allez la traire. A présent, Babet, faites une tartine de pain et de beurre pour le petit Charles.
Les petits oiseaux se nourrissent de graines et de fruits.
Les perdrix se nourrissent de blé.
Les loups dévorent les moutons.
Les merles becquettent les cerises.
La loutre se nourrit de poisson ; le veau de lait ; les renards dévorent les poulets.
Les écureuils aiment beaucoup les noix.