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choisie, à qui rien n*est trop aimable ni trop luxueux pour s'élever à Dieu sans quitter le monde.
De la même époque date l'église de Sainte-Anne « aiif dcin Lehcl », construite pour la congrégation de Saint-Jérôme, et aujourd'hui bien éclipsée par la charmante église, consacrée également à Sainte-Anne, que M. Gabriel von Seidl a construite vis-à-vis en 1892.
Oratoire de la Congrégation allemande {Bûrgersaal}. Façade.
Mais l'église de Munich où l'art rococo s'est déchaîné avec le plus de liberté — on pourrait dire de licence — est la petite église de Saint- Jean- Népomucène que construisirent à leurs frais Cosme-Damien Asam et son frère Quirin-Egide Asam : cette chapelle est proprement une « folie ». Les deux frères Asam, l'un stucateur, l'autre peintre, étaient dans le premier tiers du xviii* siècle les plus fameux décorateurs de Bavière, On recherchait partout le concours de leur imagination brillante et de leur main habile ; par eux, les murs des châteaux et les voûtes des églises s'animaient de guirlandes, de rinceaux, de festons sans nombre. Le clergé
formait naturellement la part principale de leur clientèle : c'est à eux qu'on doit le travestissement déplorable de Téglise du Saint-Esprit. Si bien que, enrichis ainsi à pomponner les édifices du culte, ils voulurent gratifier rÉglise d'une chapelle, véritable pièce montée de leur pâtisserie archi tecturale, où ils pourraient accumuler tous les tours de leur virtuosité, toutes les recherches de leur fantaisie. Il en résulta l'église de Saint- Jean- Népomucène (1733-1746), c'est-à-dire l'édifice le moins religieux sans doute, mais le plus divertissant qu'on puisse imaginer. La façade, sur la
Rur^ersaal. Vue intérieure.
Sendlingerstrasse, attenante à deux maisons dont l'une était celle même des frères Asam, est d'une élégance charmante. La porte, flanquée de deux socles en rocaille, s'ouvre entre des piliers qui soutiennent un fronton ondulé sans base, motif repris au-dessus du portail pour la haute fenêtre, et au-dessus d'elle pour le toit. Cette sorte d'emboîtement donne à l'ensemble une harmonie et une élégance fort adroites etdu plus agréable effet. Quant à l'intérieur, on ne saurait détailler l'insolente profusion des motifs et des couleurs qui s'y bousculent. Piliers, pilastres, corniches, chapiteaux, balustrades ornées de draperies peintes en trompe-l'œil, rayons d'or, fresques, tout y a été entassé avec une ostentation éblouissante ; c'est de l'architecture « à paniers ». Au-dessus des confessionnaux voltigent des chérubins qui sont des amours et n'ouvrent assurément l'oreille qu'à
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des péchés fort mignons. Pas Tombre de piété, de recueillement, non plus que de goût : c'est une frénésie de fanfreluches, un babillage, un tourbillon, un carnaval, la caricature à la mode d'une religion où la Vierge ne craindrait pas de paraître avec un doigt de poudre et une mouche au menton, et devant qui les frères Asam n'ont pas cru mal faire en déballant le magasin de leurs plus frivoles accessoires, comme le naïf jongleur
Église de la Trinité. Façade.
de Notre-Dame faisait pieusement ses cabrioles et tours de passe-passe. La maison des frères Asam semble le presbytère de cette église, un presbytère qui serait conçu, naturellement, dans le même esprit et pour un abbé de Cour. De petits amours ornent encore le dessus des fenêtres. De chaque côté de la porte deux cariatides engainées soutiennent ou plutôt encadrent la saillie que forme aux trois étages une fenêtre plus large que les autres. Il y a quelque chose de touchant dans ce soin des deux frères, bâtissant leur foyer à côté de leur magnum opus et lui gardant, près du somptueux joyau consacré à Dieu, la modeste élégance qui sied à de bons ouvriers — que leur tâche n'a point appauvris.
Deux nouveaux incendies survenus dans la Résidence de Munich — après ceux de 1580 et de 1674 — ^n 1729 et en 1750, ont fourni Toccasion
Église de la Trinité. Vue intérieure.
de travaux importants où les grâces de rococo triomphèrent avec plus de convenance que dans les églises gothiques, où dans celles mêmes qui s'élevaient alors. C'est aux portes de Munich, dans les pavillons du parc de Nymphenbourg, la Pagodenburg {lyià) et la Badenburg (1718) suivis en