‹ Murat et la question de l'unité italienne en 1815Chapitre 11 sur 12 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LE PBOBLJnHE

Rien ne s'explique mieux que les diverses péripéties de ce drame el le dénouement tragique qui le clôt, lorsqu'on réfléchit simplement aux circonstances historiques d'où il est sorti. Tout

Strillammo tutH quanti Dicimno ton amore:

Viva Diù e lu Bvratore, E l'amabUe nuo»io Re.

Sa défaite avait déjà inspiré les cbanBomiierB populaires: Se n'i fuiuto lo mariolone E se ne vene lo If atone.

Trecatte, xurfo e esca, Fuie, Giacchino, venen 'e Tedescht!

Trtecalle, acqua e Umone, Fvje, Giacchino, vene Napulione.

Mmieto Palazzo c'è nato nu puszo; E Giacubine chiagnen 'a Bellusse; Vene lu i-iento e tocca li ccerase Giacchino iesce e Ferdinando trase.

On chaDSonoait aussi la reine:

Chi fo vedè 'a mugliera 'e Giacchino Mise' 'o mare facenn' 'a cultimbrina, Vene eu mico dril' a eta varchetta, E ci 'a facci a btdk Donna t^rpetta !

[Benedetto Croce, Canti Polilici del Popolû Napoletano (Napoli, 1892, in-ia, OioT. Basile, anuo VII, n" 7, 8, 9)]. — Voioi une liste, fort ÏDcomplëte sans doute, des romans qni ont pour matière les ëTènements dn Pizzo:

1. Alexandre Dnmas, Le Capitaine Arena; 2. Id., l.es Crimes célèbres; 3. Histoire des liourbons de Naples, tome X [cf. aussi Edmond Lepelletier, Martyr des Anglais. Première Partie; Le rocher. Chapitre XXII : A la conquête d'un royaume] ; 4. Bernard von Gnseck,

MURAT ET LA QUESTION DE l'DNITÉ ITALIENNE EN 1815. 95

dernièrement néanmoins (1), on a pensé qu'il y fallait voir l'œuvre de quelques traîtres titrés et le résultat de machinations ténébreuses. Murât aurait été attiré au Pizzo dans un guet-apens véritable, imaginé par le chevalier Louis de Medici, approuvé par les ministres de Ferdinand lY. A Tappui de cette thèse, on fait valoir deux arguments : une raison de texte et une raison psychologique.

La question de texte.

Voici d'abord le texte sur lequel on s'appuie : a) — "Le gouvernement a su mettre dans ses intérêts quelques amis de Murât qui entretenaient avec lui, depuis son arrivée en Corse, une correspondance sur la possibilité d'un débarquement et sur la certitude d'une heureuse réussite. Cette affaire a été menée par le baron Petroni, intendant de Monteleone. Lui-même a écrit et c'est par son entremise que Murât a eu les encouragements et les adresses d'autres personnes. Il y a eu un second agent, un Corse, nommé Carabelli il affirma

Kordg Mura f 8 Ende, histor. Boman, 1^^ band. Leipzig, Gûniher, 1865, iD-16; 5. Hartmau, Die letzen Tage eines Konigs, Stuttgard, 1865; 6. N. Misasi, Il dramma di Pizzo net 1815, in aggianta al romanzo Marito e Sacerdote, 2* edizione. Napoli, Résina, 1892; 7. Morir por un HiQo: un drama en la aldea, novela original de D. Teodoro Baro y D. Juan Pedro Barcelona, illustrada por D. Ensebio Plasnar. Baroelona, Seix editor.

(1) Les derniers mois de Murât, Le guet-apens du Pizzo, parle marquis de Sassenay. Paris, Oalmann Lévy, 1896, in-12. — Depuis que oe mémoire fut remis à rinstitut (septembre 1897), la thèse du marquis de Sassenay a été également orltiquèe par M. Franchetti, ArcMvio siorico italiano, série V*, tomo XX, p. 418. — Cf. aussi Arehivio storico.., napoL, XXI, 1, 189 et Rivista storica italiana (A. Lumbroso), XIII, 5-6, 1896.

qii^il régnait un mécontentement générai contre le gouvernemeat actuel Pour préparer Topinion publique au Pizzo, on employa le capitaine de gendarmerie Trentacapilli avec plusieurs de ses camarades déguisés. Celui-ci s'était chargé, dans le cas où la population se montrerait le moins du monde favorable à Murât au moment du débarquement, d€ l'assassiner. On a promis vingt mille ducats, dont la moitié a été payée, à Pefcroni et à ses collaborateurs ; dix mille ducats, dont la moitié a été payée, plus ses frais de voyage et autres, à Carabelli ; et enfin, à Trentacapilli cinq mille et quinze mille en cas de mort de Murât, dont trois mille lui ont été payés „.

h) — ^ Dn des affidés de cette entreprise contre Joachim, était aussi Barbara, un Corse qui s^était chargé de le transporter en Calabre. Il était muni de passeports pour ne pas être arrêté si, en dehors de la direction du Pizzo qui était libre, il venait à rencontrer, sans le vouloir, des navires napolitains, postés en

apparence pour empêcher un débarquement à craindre Après

que Murât eût été arrêté et qu^en s^emparant de sa personne le peuple lui eût arraché ses vêtements, et comme il n^avait pas de linge avec lui, il demanda qu'on allât demander à Barbara ce dont il avait besoin Lorsque celui-ci eut appris le

sort de Murât, il refusa de faire quoi que ce fût de ce qui lui était demandé Lorsqu'on rendit compte à Murât de la conduite de Barbara, il se frappa le front, demeura atterré et cria qu'il était maintenant clair que Carabelli et Barbara l'avaient indignement trompé et l'avaient conduit à sa perte ^.

Ce texte reproduit des fragments de deux lettres (a, h) adressées de Naples, les 3 et 29 novembre 1815 par le feld maréchal lieutenant baron de KoUer, intendant général de Tarmée autrichienne de Naples au comte Franz de Saurau, gouverneur général de la Lombardie. Elles ont été publiées dans les Steiermdrkische Geschichtsblàtter^ année 1880, p. 170-194, par

le D'^ J. von Zahn, directeur des Archives régionales [citées par Sassenay, 222, 223, 224, 225].

J*en rapproche un autre témoignage qui les confirme : *' S*il (Medici) machina des intrigues avec eux (Âscoli, S. Clair) pour attirer de nouveau Murât dans le royaume afin de le fusiller, ce n^est pas qu^il eût du zèle et de rattachement pour la famille des Bourbons : il voulait supprimer le dangereux témoin qui le tint à sa solde pour favoriser sa cause à Palerme „. Le baron Giaijgiacomo de Cresceri — des mémoires secrets duquel ces lignes sont extraites (1) — prétend donc, ainsi que le baron de £oller, que Murât a été attiré dans le royaume, afin d'y être fusille. J*ajoute, pour être complet, qu'il n'accuse pas Medici d'avoir personnellement dirigé l'affaire : mais il fournit des armes à ceux qui le prétendent. Ses Mémoires ne sont qu'un long réquisitoire contre lui : il l'accuse d'avoir formé le projet d'assassiner le roi (2), d'avoir protégé les clubs jacobins (3) — ce qui est pire, peut-être, aux yeux de l'auteur — d'avoir comploté contre les fils du roi (4), et d'avoir lutté contre la reine (5).

Il me paraît sage, au début de cette discussion, d'écarter complètement les insinuations dirigées contre Medici: son rôle est encore très imparfaitenient connu: il est possible d'en soupçonner l'importance, il serait téméraire de prétendre l'apprécier. Laigi de Medici, né en 1 760 (6), appartenait à la famille prin-

(1) Sitzungsberichte der k, Akademie der Wissenschaften in Wien, pbil. hist. Klasse, 127« Band, IV, 1892. — Memorie Segrete (^es Fretherrn Giangiacomo von Cresceri, EnthiiUungen ilber den Hof von Neapél, p. 228. — Noter que l'attribution de ces Mémoires à Cresceri est loin d*être certaine.

(2) Op. oit., parag. 5 et 9.

(8) Op. cit., parag. 6, 8 et 10.

(4) Op. cit., p. 169-171.

(6) Op. cit., p. 178, 187, 60.

(6) Nous nous sommes servi de Colletta: Storia dét reame di N'a poli, 4^ vol,

98 MURAT KT LA QUESTIOH DE l/UNITB ITALIEKKB EN 1815.

cîère d*Ottajano, branche cadette de la famille des Médicis, dont elle s'était détachée au XIIP siècle. Membre de la junte de justice, il fut accusé de correspondre avec les républicains français, destitué, emprisonné plusienrs années, finalement acquitté. En 1799, les Français lui offrirent nne haute situation dans la république napolitaine: il refusa et fut incarcéré. A la restauration de Ferdinand IV, on lui rendit justice; lors de la retraite de Zurlo, il fut nommé vice-président du conseil des finances et fit montre, en cette qualité, d'une habileté peu commune: il évita, paraît-il, une banqueroute au trésor. En 1806, lors du nouvel exil de la cour, il suivit Ferdinand en Sicile ; son rôle, mal défini, comme ses attributions, semble s'être étendu peu à peu: en 1810, il devient ministre des finances, demande au Parlement de voter un impôt direct afin de rétablir l'équilibre du budget. Le parti noble fait échouer le projet ministériel; le roi passe outre et Medici, qui ne veut pas, sans être soutenu par l'élite nationale, gouverner avec le roi seul " par ordonnances „ donne sa démission et se retire en Angleterre en 1811. Il eu revient en 1813, après y être resté dix -huit mois; il est plus tard envoyé au Congrès de Vienne avec le Cardinal Ruffo et appuyé Talleyrand dans sa guerre contre Murât. On le récom* pense en l'envoyant à Naples réorganiser le gouvernement bour* bon, avec pleins pouvoirs. — Après l'affaire du Pizzo, on lui donne le portefeuille des finances: son influence s'accroît de plus en plus; les nouveaux titres qu'on lui confère légitiment seulement' les pouvoirs qu'il exerce; à la mort du marquis de Circello, il cumule les trois ministères des finances, des affaires étrangères et de la police. L^a7ènement de François P"^ consolide sa situation, et il meurt, maître respecté du royaume, le 25 janvier 1830, dans le voyage qu'il fait à Madrid à la suite du roi dont la fille Marie Christine épouse Ferdinand VIL

Une fortune politique aussi considérable, une influence aussi grande après des débuts aussi incertains et aussi pénibles s'expliquent malaisément si Ton admet que Medici a été un homme médiocre; Gresceri lui-même reconnaît qu^il a un talent qui totiche au génie. Les passions politiques étaient, au moment où il vivait, plus vivement surexcitées peut-être qu'elles ne le sont de nos jours: est-il étonnant dès lors que son rôle ait été très diversement jugé et qu'il ait rencontré, ainsi que des admirateurs enthousiastes, des adversaires passionnés? Gresceri est du nombre. G'est un de ces hommes auxquels la révolution de 1789 et la république française ont pour toujours fait perdre leur sang froid et leur impartialité. * Il ne cache pas qu'il est de sentiment monarchique, parcequ'il est convaincu que la nature elle-même enseigne ce système dans les familles et que toute nation est une famille « (1). Une étude même rapide de ses Mémoires secrets montre combien il faut s'en défier:

1® A cause des erreurs de fait qu'ils renferment. G'est le 27 février 1795 (2) et non en 1794, comme il le dit au paragraphe 11, que Medici a été emprisonné; la paix entre la France et la Sardaigne n'a pas été signée une année, mais cinq mois après le traité entre France et Naples [15 mai 1796 au 10 octobre 1796]; le général Duphot n'est pas mort au milieu de Pannée 1797 (comme il le dit au § 21) mais le 28 décembre; entre le départ de Naples de l'envoyé français Lacombe et le retour de Ferdinand après sa malheureuse campagne contre la République Romaine, il s'écoule, non pas un mois (§ 38), mais trois jours [10-13 déc. 1798].

2° A cause de l'inspiration qui les anime. G'est un pamphlet où la virulence de l'auteur n'a d'égale, sans doute, que sa cré-

(1) Memorie segrete, p. 98.

(2) Helfert: Memorie.,. des... Cresceri, p. 19.

100 MURAT ET LA QUESTfON DE L'ïINCTÉ ITALIENNE EN 18 15.

dulité. Voici un échantillon de son style: " Sorse neir istesso tempo a figurare un altro Bestione che stanca la miseria di perseguitare lo mise in braccio alla fortuna. Egli portava il titolo di duca, ma di quei duchi che a Napoli si vendono corne i lupini „ (1). — Voici qui fera juger de son impartialité et de sa critique : ^ Tutto sanguinario fu il governo di Giuseppe, ma Pepoca più obbrobriosa è quella in cui si vede istituire uq ordine di donne scelte fra la primaria nobiltà col titolo di Cacciatrici, che vestite lussuriosamente portavano scritto in una fascia il loro disonore col motto: Au plaisir du roi^ e destinate a seguirlo ne^ luoghi più scandalosi per pascere la sua libidine » (2). — On jugera sans doute qu'il est prudent de ne pas accorder trop de poids au témoignage d^un réactionnaire aussi emporté et aussi crédule que Cresceri; peut-être jugera-t-on aussi qu'il est prudent de réserver entièrement — jusqu'à nouvelle et complète enquête — tout jugement d'ensemble sur Medici. On peut se montrer beaucoup plus affîrmatif en ce qui concerne les lettres du baron de EoUer. C'était un brave; il avait conquis tous ses grades en combattant contre la France ; par la valeur qu'il avait déployée en 1814, il avait conquis la confiance des souverains alliés : c'est lui qui avait été l'un des commissaires chargés de conduire Napoléon à l'île d'Elbe. — Soldat intrépide, c'était de plus un honnête homme. Le Prince Jablonowski raconte à Metternich qu'ayant obtenu qu'un marché de fournitures fût conclu pour 340,000 ducats et non pour 600,000 ainsi qu'on l'avait décidé d'abord, le baron de KoUer versa au trésor napolitain un pot de vin de 34,000 ducats que lui avait offert l'entrepreneur. On comprend qu'un homme d'une telle droiture ait été placé à la tête de Vintendance autrichienne. — Sa bra-

(1) Memorie segrete, p, 161.

(2) Ibidem, p. 176-177.

MUBAT £T LA QUESTION DE l'UNITÉ ITALIENNE EN 1816. 101

voore et sa délicatesse ne garantissent nullement sa perspicacité; on a souvent remarqué que les esprits les plus droits sont fréquemment les plus faciles à tromper. Le baron Franz de Sanran, que nous connaissons très bien, que nous retrouvons en 1816 organisant avec Acerbi et CoUeghi la Biblioteca lialiana (1), était un policier de haute volée, comme tous les hauts fonctionnaires autrichiens en Italie. En 1815, il était gouverneur de Lombardie et était chargé, en outre, avec le titre de Commissaire Impérial, de surveiller les rapports de Tarmée d'occupation autrichienne et du gouvernement napolitain. Ses fonctions lui faisaient un devoir de provoquer toutes les confidences. Il demandait donc au baron de KoUsr de lui faire connaître toutes les nouvelles quMl pourrait recueillir; et notre brave et honnête baron avait trouvé des policiers prêts à lui fournir les renseignements les plus précis — ou les fantaisies les plus romanesques — du moment qu'ils étaient surs de se faire payer, pour les unes comme pour les autres, en beaux florins d'or trébuchants. Les renseignements que Eoller envoie à Saurau, à propos de Murât, ne sont qu'une historiette ingénieusement construite et pittore^uement conçue. La dernière réunion des ministres conspirateurs, le serment de Portici — nom d'opéra comique — par lequel ils s'engagent à ne jamais divulguer, même en danger de mort, le secret d'état qu'ils connaissent, tout cela ne respire-t-il pas je ne sais quel vague parfum des romans de Paul de Kock ou de ceux d'Alexandre Dumas père? Les sources inconnues auxquelles puise le baron de Eoller paraissent être très suspectes.

Ce qui me confirme dans cette opinion, c'est que je relève deux erreurs de fait dans les allégations du policier mystérieux dont il reproduit le rapport. Il est certain aujourd'hui que Bar-

(1) Rivista del risorgimento italiano, 15 mai 1896, p. G56 et seq.).

102 MURAT KT LA QUESTION DE r/UNlTÉ ITALIENNE EN 1815.

bara n*a pas livré Joachim: on peut raccnser de faiblesse ou de lâcheté, non de trahison : il n*était nullement d*accord avec Medici. LorsquMl descend à terre à S. Lucido, si Ton retient Ottaviani tandisqu'on le relâche, c'est que c^est lui qui est personnellement porteur de la patente officielle emportée d'Âjaccio ; c^est que, d^autre part, Ottaviani est déjà venu à terre, et que ses allées et venues ont paru suspectes. — Ce qui démontre que Barbara n'était pas un agent déguisé du gouvernement de Ferdinand IV, c'est que le fort lança deux boulets contre lui (1) , c'est que le commandant du port du Pizzo, le capitaine de frégate D. Girolamo del Gado, envoya une chaloupe canonnière lui faire la chasse; c'est que Barbara se sauva; c'est que, lorsqu'il fut atteint au cap délia Rocchetta, près Briatico, il se défendit à coups de canon (2); c'est qu'en quittant le Pizzo, au lieu d'aller à Naples toucher sa récompense, il se rendit à Bastia où il arriva le 20 octobre: ce n'est que plus tard qu'il se rendit à Malte (3).

L'unanimité des témoignages contemporains confirme cette manière de voir. Condoleo affirme que Barbara n'a pas trahi (4) : il a cru que Murât était pris ou massacré et il a craint le canon du fort de la Monacella. Si l'on répond que le témoignage de Condoleo n'est pas décisif (5), j'invoque celui du patron de barque Cecconi (6) : Barbara a attendu Murât trois quarts d'heure durant au poste qui lui avait été indiqué et ne l'a quitté qu'au bruit de la fusillade; — celui de Masdea: '^ 11

(1) Rapport de Cecconi. ('2) Franceschetti, p. 179.

(3) Cecconii [Franceschetti, pp. 173, 174, 218], — Coppi: Annali, VI, 206.

(4) Condoleo, pp. 69-70.

(5) Ainsi que M. Bomano l'a montré dans nn excellent article.

(6) Rapport du 6 février 1818, cité dans Franceschetti, p. 170. — Noter que Tautenr des Notices historiques ne songe nullement à accuser Barbara [Lumbroso: Muratiana, p. 35]. * '^

comandante Barbara, accortosi deiraccaduto, poichè tutto poteva osservare corne distintamente osservô, temendo de* cannoni de' dae forti a castello che li sovrastavano a ginsto tiro per calarlo a fondo e forse perché teneva per perduto il suo ex-re , ; — celui de Pranceschetti enfin (1): * Si le capitaine Barbara eût été homme d'honneur, il aurait bravé la mort au lieu de s^oublier au point d'abandonner son poste malgré les ordres qu'il avait reçus „»

Barbara est coupable de lâcheté: mais ce n'est pas un agent de Medici, comme le prétend le policier de Eoller.

Celui-ci se trompe plus lourdement encore à propos de Ga* rabelli. Il est matériellement impossible que Garabelli ait contribué à décider Murât; c'est seulement quelques heures avant le départ de la flottille équipée depuis plusieurs jours qu'il est arrivé à Ajaccio: l'unanimité des documents l'atteste.

D'autre part, il est au moins téméraire d'afiB^rmer que Garabelli a flatté les espérances de Joachim : si Franceschetti le déclare, Galvani le nie, ainsi que Pepe et l'auteur des Notices historiques (2). Et comment s'étonner de cette contradiction? Ni le secrétaire, ni le général n'assistaient, non plus que personne, à l'entretien de Joachim et de Garabelli; on ne peut, avec une complète certitude, s'appuyer sur les textes (3) pour le reconstituer.

(1) Page 174 — De même Pietro Cala UUoa: Annotamenti alla Storia del reame di Napoli del Colletta, p. 315.

(2) Lumbroso: Muratîana, p. 31.

(3) Noter toutefois que Garabelli se défeod vigoureusement des accusations qu'ont lancées contre lai Colletta et Franceschetti; il invoque le témoignage de Macirone avec lequel il voyagea du 26 septembre matin au 28 soir; ce fut ^urat qui demanda à le voir, par l'intermédiaire d'un certain Fournier, parcequ'il arrivait de Naples. — La légende de sa mission secrète dérive, sans doute, de ce fait qu'il était muni d'un passeport officiel pour aller chez lui, près d' Ajaccio. [7 calunniatori smascheraii].

Mais certains faits suppléent à l'insuffisance des documeats à cet égard. Medici prit toutes les mesures qui lui parurent efficaces pour empêcher Murât d'aborder, s'il roulait tenter l'entreprise.

Une escadre commandée par l'émigré français, de Treville(l), était chargée spécialement de surveiller les côtes, aussitôt après l'affaire de l'Ile d'Elbe. Lorsque Murât se rendit en Corse, nne escadrille, commandée par le capitaine de vaisseau Bastard (2) avait ordre de l'empèclier, sinon de quitter l'île, du moins d'aborder an royaume: il était à Bastia, lorsque Murât avait acheté deux navires à Bastia; il allait se rendre à Ajaccio, parceque Murât s'y était rendu lorsque survint Maceroni, porteur des passeports de Metternicb et l'assurant qu'il prenait là une peine inutile: Murât ne devait-il pas, au reçu des passeports, renoncer a son entreprise? Bien plus, une flottille côtière (3), placée sous les ordres du colonel Ca&ero avait pour mission spéciale d'arrêter les tentatives que Murât pourrait faire sur les côtes du royaume. — Tous ces faits sont probants, indiscutés, indiscutables : les ministres de Ferdinand IV avaient organisé une triple ligne de défense contre Murât. S'ils travaillaient de tous leurs efforts à faire échouer sou entreprise, n'est-il pas admissible qu'ils aient tenté de l'en détourner: Galvani aurait raison contre Francescbetti.

Ce qui appuie cette hypothèse, c'est qu'il n'y avait rien de préparé au Pizzo pour recevoir l'agresseur et pour le vaincre. Imaginez que Murât débarque avec ses 230 hommes, il arrive très aisément à Monteleone, le centre du Muratisme,

(1) Lettre âa Ministre de Naples, citée ittaa de Sassenay, p. 281.

(3) Franceachetti : Mémoire, pp. 15-16.

(3) Second rapport de Nunziante, S octobre 1815, Travail, p. 18.— Et Rapport au Roi, du 20 octobre : «Fnroao fatte 3 diviaioni di barche oannouiere...». [Bibliothèque Vallicellane, Folzaoappa, 74, 190].

et;, du coup, la Calabre est en feu. On parle de Trentacapilli, comme sMl ayait été dépêché par Medici pour consommer Tassassinat; on oublie qu'il était de passage au Pizzo: capitaine de gendarmerie à Cosenza, il se rendait à son poste (1); c'est par hasard qu^il s'est rencontré avec Joachim. Admettez même qu'il ait été envoyé au Pizzo avec la mission de saisir le Rui proscrit : on est donc bien sûr que c'était au Pizzo que celui-ci devait aborder? Ces documents nous disent pourtant que peu s'en est fallu qu'il descendît près de Naples ou à S. Lucido (2) ; on sont les Trentacapilli dont on a trouvé trace sur la côte de Salerne ou dans le voisinage de Tropea? — Il suffit de réfléchir un instant aux allégations de EoUer pour se convaincre qu'elles sont peu fondées: son témoignage que l'on invoque pour établir le fait du guet-apens est d'origine très suspecte; il se heurte à des témoignages autorisés et à des faits bien établis ; il est sans valeur.

La question psychologique.

Je ne me dissimule nullement que le véritable argument de ceux qui croient au crime de Medici, c'est le besoin d'expliquer \^ ^ folle tentative ^ de Joachim. Comment admettre que, sans y avoir été expressément invité par des traîtres. Murât ait conçu le projet de reconquérir le royaume de Naples les armes à la main ?

(1) Travail, p. 16 et 20. — Peut-être avait-il mission de s'arrêter au Pizzo: j'ai trouvé à VArchivio di Stato di Napoli [Carte di gverra, 1157] une requête des habitants du Pizzo an ministre de la guerre: ils se plaignent des vols journaliers du capitaine Girolamo Mattel et de son sergent-major Mosolino. La pièce n'est pas datée.

(2) Francescheiti.

106 MUBàT ET LA QUESTION DE L'UNITÊ ITALIENNE EN 1815.

On remarquera d'abord que Taventure des Cent Jours était faite pour tourner les têtes — à ces hommes surtout auxquels les surprises extraordinaires de la destinée avaient nécessairement fait perdre le sentiment du possible. Et qui voudrait contester que le débarquement du Pizzo ne soit Texact pendant et la très fidèle copie du débarquement de Cannes? (1).

On remarquera, en outre, que Murât peut, en effet, avoir reçu des invites formelles, mais des invites faites par des hommes de bonne foi: le besoin d'expliquer son entreprise, s'il conduit à croire qu'il a été attiré dans sou royaume, ne requiert nullement l'intervention de quelques traîtres et le complot de Medici.

St c'est là le point oii il convient d'insister. Petroni (2), comme le prétend le policier de KoUer, a-t-il effectivement écrit des lettres au proscrit? Ce témoignage est isolé et l'on a vu qu'il était trop sujet à caution pour emporter la croyance. Mais il semble bien que l'intendant de Basilicate et un commandant de gendarmerie de la même province se soient compromis par leurs rapports avec l'exilé: le policier de KoUer raconte qu'ils ont été arrêtés (3); l'arrestation d'un intendant provincial est chose assez notoire, assez facile à vérifier pour que son témoignage soit ici recevable ; d'autant que le rapport de Medici du 17 octobre parle des correspondances auxquelles s'est fié Murât (4). Il est assuré, du reste, que le comte Borgia qui avait été adjudant général à son service, qui était

(1) Comme Murât, Napoléon a été acculé à un coup de désespoir. Il savait qn^on voulait le déporter à Sainto-Hélëne.

(2) J'ai trouvé, à TArchivio de Naples et dans les Mémoires de Desvernois, beaucoup de renseignements sur Petroni : aucun n'a rapport au point ici débattu

(8) Koller à Saurau: 2 décembre 1815.

(4) Sassenay, p. 213. — Cf. aussi le rapport du 20 octobre : «Biapri le sue corrispondenze ».

Mubât et la question de l'uhitè italienne en 1815. 107

devenu son chambellan et qui avait soulevé le pays de Velletri contre les Autrichiens en mai 1815, lui a adressé un rapport très propre à relever ses espérances: il y prétendait que Ferdinand était méprisé de ses sujets et haï de Tarmée.

On appréciera, enfin, l'importance d^un document, demeuré inédit jusqu^à ce jour (1) : il permet d'affirmer que Texpédition du Pizzo a été d*abord suggérée à Murât non par des traîtres, mais par des hommes qui lui étaient passionnément dévoués. Le navire qui avait appris au roi le départ de la reine pour TAutriche était monté par le général baron Desvernois, dont on a vu la capitulation à Campo, le 28 mai (2). Le général, après avoir refusé les ofifres de Ferdinand qui avait voulu le retenir à son service, revenait avec 39 officiers et 95 sous- officiers, soldats ou employés français, 14 étrangers, 11 napolitains. Dans le premier entretien qu^il avait avec le due de Bocca Romana, envoyé de Joachim, au milieu de la nuit du 10 au 11 juin il lui parlait '^ non pas de l'insurrection calabraise, comme disait le duc (3), mais des 20,000 braves Calabrais qui avaient répondu à son appel et qui étaient venus donner à son armée un grand appui de force virile [sic] et morale, contre les menaces de débarquement de l'ennemi sur la côte des Calabres^. '^ J'avais la ferme espérance, ajoutait le général, de voir arriver le roi auprès de nous. Je le disais aux braves Calabrais dont j'étais entouré et cet espoir augmentait encore leur courage. Le roi aurait eu là 22fiOO baïonetteSy ce qui eût été plus que suffisant pour se faire de Messine une tête de pont en Sicile, puis pour marcher sur Naples où il serait entré à la tête de plus de 150,000 patriotes intrépides et dévoués Le sort

(1) Il s'agit ici des Mémoires du général baron Desvernois, oncle de ma grand' mère: ils viennent de paraître chez Pion. (9) Desvernois, 511.

(3) Desvernois, 612.

108 MURAT ET LA QUESTION DE l'GMITÉ ITALIENNE EN 1815.

en a décidé autrement; mais, en licenciant ces braves Calabrais qui sont venus et ont vécu à leurs propres frais pendant environ trois semaines dans mon camp, fai ajourné à trois mois notre retour parmi eux (1). Je présenterai à Sa Majesté plusieurs documents sur les derniers événements de mon commandement des Galabres qui, je le pense du moins, Tintéresseront „.

Le 11 juin au soir, Desvernois, toujours retenu par la quarantaine, fit passer à Joachim, dans une bouteille cachetée retenue par une corde, le relevé de son journal (2) à partir du bulletin de la bataille de Tolentino et de sa contre-proclamation aux Calabrais, sa capitulation et son allocution aux chefs des milices. — Le 12, le roi lui fit dire combien il avait été satisfait de .sa conduite. — Le 14, à 9 heures du matin, le général débarquait sur le quai de Toulon avec ses compagnons; il était conduit à Plaisance par Tun des Bonafous et le marc^uis Giuliano; il recevait les félicitations du roi qui lui disait son vif regret de ne Tavoir pas rejoint en Calabre, le nommait lieutenant général et rattachait à sa personne en qualité d^aide de camp. A ces félicitations, à ces marques de reconnaissance, le général répondait, sous Tévidente suggestion des événements de l'île d'Elbe: '^ Nous sommes dans la bourrasque^ V orage passera(d) ». Et, depuis ce jour jusqu^à son départ ^ le yénéral ne quitte plus le roi. ^ Dès ce moment, me dit-il (4), votre couvert sera à ma table tout le temps que nous resterons à Toulon : on déjeune à dix heures et on dîne à six ,,. En fait, Desvernois prend la place de Manhès à Plaisance aujourd'hui comme jadis

(1) Ces paroles sont d'autant plus remarquables que, à aucun endroit de ses Mémoires, Desvemois n'établit le moindre rapport entre ses conversations avec Mnrat et Texpédition de celui-ci.

(2) Desvernois, 512.

(3) Id,, 513.

(4) Id., 515.

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en Calabre. Le 15 Jum, le 16, le 17, le 18, le 19, le 20, le 21, il arriTe à la villa avant 8 heures; il y passe la journée, causant avec Joachim; le 22 à onze heures du soir, il prend congé de lui pour se rendre à Vienne oiï il doit l'attendre (1).

Est *ce trop s'avancer que de chercher dans les conversations de Murât et de Desvernois Torigine première de l'expédition du mois de septembre? On a vu la confiance du général dans le loyalisme des Calabrais (2) — au milieu, à la tète desquels il a passé trois ans; ou a vu de quelle manière il envisageait cette '^ bourrasque (S) „ qui enlevait au roi sa couronne; et dans quelle intimité il vécut quelques jours avec lui ; et voici ce que Ton trouve enfin dans le très curieux rapport adressé à Fer* dinand, le 10 octobre 1815: ^ Murât fondait ses folles espérances sur la '^ Guardia di sicurezza «, sur les gardes civiques et les légions, mais surtout {chose incroyable à supposer) sur les soldats calerais débandés , (4). N'est-on pas fondé à croire que ces '^ soldati calabresi sbandati „ ne sont autres que les anciens soldats de Desvernois à Carapo; que c'est en Calabre que l'exilé projeta d'abord, à cette époque, de faire bientôt une tentative énergique, dans ces provinces où 20,000 hommes s'é-

(1) Desvernois, p. 519.

(2) Desvernois, 479. «Les Calabres furent plus explicites qu'aucune autre (province) dans l'expression de leurs sentiments pour le roi JoAchim».

(S) Voici des fragments de sa proclamation, à son départ [28 mai. p. 506] : < Dans trois mois, nous nous reverrons ici. . . Comme les sol' dais français qui conservèrent . . la cocarde tricolore au fond de leurs shakos.», vous conserverez les vôtres; vous viendrez h la rencontre de voire Joachim hien^aimé.,, Rapportez (h vos compagnons) ce que je viens de vous dire pour la réalisation très prochaine de nos patriotiques espératfces >,

(4) Bibliothèque Vallicellane, à Rome. Collection Falzacappa, liasse 74, feuillet 190. — Carabelli dit aussi qu'on parlait à Ajaccio d'une insurrection de la Basilicate et des Calabres en faveur de Murât [/ calunniatori smascherati di Ignazio Carabelli].

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taîent levés pour sa défense (1); que, si pljis tard, il pensa -à débarquer près de Naples, ce ne fut qu'une inspiration passagère, née de l'espérance de s'emparer de Ferdinand IV en pénétrent dans le palais; et que c'était bien à la Calabre qu'il pensa toujours comme ce fut en Calabre qu'il descendit enfin (2). Dans tous les cas, il semble bien que ce soit au mois de juin qu'il faille faire remonter l'idée première de l'expédition de septembre.

TJn texte confirme cette manière de voir et transforme cette hypothèse en certitude. Avant de débarquer à Bastia, Murât dit à Galvani (3), son secrétaire: — c'est Galvani lui^mAme qui le rapporte: " Je bénis la fortuue qui nous amène en Corse. De grands desseins agitent mon eœnr et ma pensée. Le royaume de Naples sera encore en mon pouvoir: je reprendrai le trône qui m'est garanti par l'amour inaltérable de mes sujets, de mes enfants. Oui, les Napolitains invoquent Joachim, ils invoquent leur père. Ferdinand est haï: je n'ai qu'à paraître. 30 on 40 officiers corses que j'emmènerai avec moi suffiront pour m'aider à franchir un premier obstacle: le reste sera l'ouvrage de la

(1) Sur la foË de Collettn qui dètestAÎt Manhès, tons les historiens afGrment que les Calabres, terrorisées par Manhèe, étaient actt-mnratistes. C'est nne pure légende. La destmotion du brigaDdage, si elle avait aliéné à Joanhim les familles des brigands paDis,lai avent oodcilié la masse de la population; d'autant que le péril sicilien, plus instant en Calabre qu'ailleurs, avait conduit le gouvernement de Naples à concentrer de oe côté quelques forces militaires et de grandes ressources (essor de Monteleone]. L'importance du commandement des Calabres était pour le paj^s une cause de richesse. Cf. Desvernois, paesim.

(2) Prècisament, prés de Monteleoue, capitale de la Calabre Ultérieure, dont DesTernois avait été longtemps gouverneur. Cf. ses Mémoires, p. 439. — Notice» hlstoriqufs [Mvrafiana, p. 81],

(3) * Nalali, Galvanf, avec lesquels il (Murât) s'ouvrait assez facilement». [N^odces historiques... par N. JJ-, dans Lumbroso: Mwatiana, p. 27j.

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tendresse et du dévouement. Les instants sont propices. Allons. Je vous choisis dès ce moment pour mon secrétaire „ (1).

Si le lecteur veut bien se rappeler maintenant les événements du mois de juillet et ceux du mois d'août, il conclura sans doute que les conversations de Desvernois complétées et confirmées par les rapports du Comte Borgia et de Pintendant de Basilicate; — que la chasse odieuse à laquelle Murât fut en butte sur les côtes de Provence et que la mise hors la loi du 15 septembre semblait devoir bientôt organiser en Corse, exercèrent sur Murât la plus décisive influence: ce sont les deux faits qui expliquent la résolution qu'il a prise. Si surprenante qu'elle puisse paraître, ce sont donc les faits eux-mêmes qui la lui ont dictée; — pour sauver sa tète, il a cru qu'il devait y replacer la couronne que lui tendaient ses sujets; (2) — comme ce sont les faits aussi qui rendent compte de la rigueur des Autrichiens et de la sévérité de Ferdinand: la proclamation de Rimini minait le trône de l'un et l'empire des autres; ils ne pouvaient pas en épargner le signataire.

Murât est le premier souverain qui ait effectivement travaillé à faire passer dans les faits l'idée de l'unité italienne:

(1) [Ricciardi: Arch. storico, 3» série, XXIV, 1876, p. 70].

(2) La naissance de la légende s*expliqne d'elle-même. Les solutions simples plaisent aux esprits simplistes; et quoi de plus simple à concevoir qu'une trahison? n'est-ce pas aux trahisons que recourt le peuple lorsqu'il veut expliquer ce qu'il ne comprend pas? j'ai connu de braves gens convaincus que Thiers et Jules Favre avaient trahi la France en 1870. Desvernois lui-même explique par une trahison d'Ambrosio l'origine de la guerre autrichienne er par une trahison de Pignatelli la perte de la bataille de Tolentino. — L^opinioa publique, frappée par l'horreur tragique du drame de 1815, était toute disposée à admettre une explication mélodramatique. Dès sa naissance, les esprits sérieux et bien informés firent justice de ces fantaisies [Mémoires manuscrits du G. de Atellis, conservés à la Bibl. Nationale de Naples]; il faudrait, aujourd'hui, les abandonner aux romanciers.

pour cette raison et dans cette mesure, on doit reconnaître en lui le premier représentant de l'idée unitaire. L'ambassadeur d'Autriche à Naples, Prince Jablonowski le savait, lorsqu'il écrivait à Metternich, le 12 octobre 1815: * La catastrophe de Murât consolide la tranquillité de ce pays-ci et contribuera à calmer les têtes dans toute Vltalie „ (1). Les Italiens le sentaient lorsqu'ils chantaient dans les campagnes, après la journée

du 3 mai:

Tra Macerata e Tolentino È finito il re Gioacchino!

Tra il Chienti e il Poten^a, Fini . . . Vindipendenza !!

Les compagnons du roi ne devaient jamais l'oublier. Lui mort, ils reprendront l'œuvre sainte à laquelle ils ont su intéresser sa générosité et son ambition ; à la tête des deux armées qui, en 1820, essayent de défendre contre les Autrichiens la révolution du mois de juillet, on retrouve Carascosa et Pepe, deux des généraux de la campagne unitaire; comme aussi, en 1848, on voit aqx côtés de Pie IX, le poussant à prendre la

(1) Cf. Lebzeltern à Lauer, 4 octobre 1816 [Helfert : op. cit., p. 199] : « Murât a trop peu de crédit et de moyens ea Italie pour exciter la moindre inquiétude sur les résultats de sa folle démarche ; cependant. . . il est toujours sage de vouer la plus grande attention... ». Les Alliés connaissaient si bien Texistence et appréciaient si bien l'importance du mouvement national italien qu'ils tâchaient de l'exploiter. Le 19 novembre 1813, lord Bentinck écrivait au lieutenant-colonel Ceravigna, commandant la troisième levée italienne : <c Une expédition va partir commandée par le lieutenant-colonel Catinelii. Son objet est d'arborer sur la côte occidentale de l'Italie Vétendard italien, autour duquel se rallieront tous les patriotes civils et militaires qui voudront contribuer à effectuer la délivrance et V indépendance de V Italie >. [Macirone, p. 141-142, appendice A]. — Le 19 avril 1816, les habitants de Polistena se soulevaient, sous les ordres de Domeuico Valensîsi, à l'instigation de la police de Messine : sur leur drapeau on lisait ces mots: Indipendenza délia Italia. Cf. Desvernois: Mémoires, 481, sq. — Les deux idées d'indépendance et d'unité étaient étroitement associée s.

tète du mouYement national et voulant faire du Pape catholique, comme celui-ci le disait lui-même, un Napoléon italien, le jeune Commissaire Général de Joachim dans les Légations, celui qui contresignait la proclamation du 30 mars, Pellegrino Rossi. Des liens solides attachent à Thistoire à venir, aussi bien qu'à Thistoire passée de Tunité italienne, ce que Ton appelle trop souvent la folle équipée de Murât en 1815. G*est vraiment le prologue de ce drame de passion qui remplit tout ce siècle, et dont, sans doute, nous n*avons pas encore vu la fin.

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