‹ Murat trois actes, quatorze tableauxChapitre 45 sur 102 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les Précédkns, MURAT.

LE PERE CASTAGNAC.

Tiens! tiens! tiens! il arrive comme une bombe!...

CASTAGNAC.

Saerodious!...

LÉONARD

Le prince!...

MURAT

Chut!... j’ai laissé le prince à la mairie; je suis sorti sans être vu par une porte qui donne sur la campagne, et me voilà!.,. Toul-à-l’heure j irai retrouver le cortège... Qu’on me laisse respirer un peu; je suis à la Bastide.

CASTAGNAC.

Ah! la bonne farce! ils vont croire que le diable t'a emporté!

Je disais bien aussi, triple marteau! il lüc dans le pays comme un oiseau de passage !

MARIANNE

Mon père!.,.

MURAT, bas.

Tais-toi donc, Marianne!

LE PERE CASTAGNAC.

Ça me faisait quasiment l'effet que tu avalf oublié la Bastide.

MURAT

Jamais, père Castagnac!

LEPERE CASTAGNAC.

A la bonne heure

MURAT

MURAT

La Bastide! j’y pense toujours; et je vous réponds que lorsque je l'ai aperçue de loin ce r.:atin, le cœur me battait plus que sur un champ de bataille. C’est ici que je suis né, c’est ici que j’ai passé le temps le plus heureux de ina vie peutêtre. Je me suis bien promis de m’y arrêter au moins quelques instans, et de les passer avec vous, père Castagnac, avec vos enfans. avec Léonard, | là, comme de bons et anciens amis.

A mort !

MURAT

J'aurais fait vingt lieues, s’il l’avait fallu, pour me retrouver devant votre maison comme me voila ; pour vous donner la main , père Caata— gnac!...

LB PÈRE CASTAGNAC.

Tu as fait ton devoir; mais c’est égal, je te remercie de la politesse.

murât, riant.

11 n’y a pas de quoi.

castagnac, ba* à Murat.

11 va faire la morale comme dans le temps.

murât, de même.

C’est bien pour cela que je suis venu.

LK PKRK CASTAGNAC.

Dis donc, tu sais que c’est de bon cœur? si tu veux trinquer avec nous?

MURAT

Certainement.

LE PÈRE CASTAGNAC.

C’est toujours du même, tu sais?

MURAT

Oui, oui.

LB PÈRE CASTAGNAC.

Ton père m’a assez tracassé dans le temps pour que je lui vende la vigne, là-bas...

MURAT

Et vous n'avez pas voulu ?

LE PÈRE CASTAGNAC.

Non, c’est une vigne de père en fils. A ta santé, mon garçon !

MURAT

A la vétre, père Castagnac!

Tous trinquent et boivent.

LK PÈRE CASTAGNAC.

Tu n’en bois pas souvent comme celui-là, hein ?

MURAT

C’est vrai.

Léonard, à part .

En voilà un qui se gêne ! Quelle nature patriarcale!

- MURAT

Eh bien ! père Castagnac , vous êtes content d’avoir là vos deux enfans?

LE PÈRE CASTAGNAC.

Triple marteau! tu les as fait courir assez longtemps! C’est pas l'affaire : ce que j’avais prédit est arrivé. Je disais souvent à ma défunte femme : Il n’y a pas moyen de venir à bout de nos enfans ; tu vois bien ce petit diable de Joachim , il leur

brouille si tellement la cervelle . qu’ils le suivraient comme de véritables hannetons jusque dans le royaume de la lune! Mais faut être juste, tu as été pour eux un bon ami, un bon camarade ; aussi tu peux te vanter d'être comme qui dirait de la famille.

MURAT

Merci, père Castagnac !

LE PÈRE CASTAGNAC.

D’ailleurs, tu as passé plus de temps autour de ma boutique...

MURAT

Que dans l'auberge de mon père, n’est-ce pas?

LEONARD

Ils avaient tous les deux le diable au corps!

LE PÈRE CASTAGNAC, A Murat.

Ce n’est pas pour te faire un reproche, mais tu aurais mis tout le pays en révolution !

MURAT

Vous me flattez, père Castagnac!

LK PÈRE CASTAGNAC.

Ah! oui, bon enfant, mais tapageur!

CASTAGNAC.

Et tapageur!

Il parait que tu ne t’en prives pas du tapage à l’armée!

MURAT

Mais, je donne assez volontiers des coups de sabre à l’ennemi.

LE PÈRE CASTAGNAC.

Pour ce qui est de l’ennemi, il n’y a rien à dire; c'est ton métier, mon garçon!... Mais je te connais, pour la moindre bêtise, tu t'alignerais avec un camarade... Les chefs n’aiment pas ça!

CASTAGNAC.

Les chefs !

MURAT, bas.

Tais- toi donc!

LE PÈRE CASTAGNAC.

Donne à boire, Marianne... Vois-tu, Joachim, t'as une tête qui est chaude comme un fer rouge ; faut la calmer, si tu veux aller loin.

LÉONARD

Et où diable irait-il alors?

LE PÈRE CASTAGNAC.

Vas-tu me laisser parler, toi?... Je suis un vieux routier, mais je connais le monde mieux que pas un de vous, et je puis donner un conseil, triple marteau I

MURAT

Parlez, parlez, père Castagnac...

LB PÈRE CASTAGNAC.

Je voulais te dire, Joachim, qu’il faut mettre de l’eau dans ton vin, pas ici, à l’armée... voilà! Et du reste, tu es content?

MURAT

Mais oui, je n’ai pas à me plaindre.

LE PÈRE CASTAGNAC.

Le grade est bon T*

MURAT

Oui, je suis officier... supérieur...

MAGASIN THEATRAL

LB FÉRU CASTAGNAC. .

Eh ben! mon garçon, il faut faire en sorte de monter plus haut.

CASTAGNAC.

C’est difficile, sacrodiousl

LB PÈRE CASTAGNAC.

Pardine I je sais bien qu'on n’arrive pas comme ça tout de suite en haut de l'échelle... il n'y a qu’à voir si )e ne fais pas trimer mon apprenti avant qu’il soit serrurier!... Eh ben! on fait son devoir d'aplomb ; on arrive à l'heure, et tout le monde est content !..* Par exemple, il ne s’agit pas de courir les rues, comme dans le temps à la Bastide, de casser des carreaux, ni de crever des soufflets de forge, soit dit sans reproches... Ah fa ! autre chose : t'es-tu rangé un peu, du côté des jolies filles, hein?

murât.

Je suis marié.

LB P&RB CASTAGNAC.

Ah! Un bon parti?

MURAT

Mais, je le crois; j'ai épousé la sœur du premier consul.

LB rèRB CASTAGNAC.

Ça peut aller, ça peut aller !

LÉONARD

Oui, on peut avouer cette alliance.

LB PÈRE CASTAGNAC.

Ce n’est pas une petite affaire de se mettre en ménage, mon garçon... faut penser pour deux...

Et puis, les poupards arrivent.

MURAT. v

On leur amasse un petit héritage

LB PÈRE CASTAGNAC.

Mais pour ça, faut regarder un peu à la dépense, triple marteau 1... Eb ! voilà un habillement qui t’a coûté quelques petits écus? Tu as toujours aimé a fignoler.

Mais c'est mon uniforme, père Castagnac.

LB P&KR CASTAGNAC.

11 est un peu plus luisant que celui de mon fils.

MURAT

Pourquoi aussi ne veut-il pas monter en grade?

CASTAGNAC.

De quoi! monter en grade?... J’ai ce qu’il me faut, je suis content 1

MURAT

Oui, tu es simple soldat.

CASTAGNAC.

Eh bien ! si ça me va!... Je suis ton soldat à toi... Tu as une troupe d'aides de camp, de généraux, un tremblement!... Il te faut bien un soldat... c’est moi, Castagnac!

LF. rÈRK CASJjtGNAC.

Fils de Castagnac ! v-

CASTAGNAC.

Voilà Napoléon qui a son mameluck, pourquoi f

donc que tu n’aurais pas ton soldat, et un Français?... Qu'est-eequi me manque?... jai de l'argent plein les poches... Tu m'as fait avoir la croix d’honneur !

Tu l'avais gagnée!

CASTAGNAC.

Ce n’est pas une raison!... A Paris, je suis 1 dans ton hôtel, à me goberger, à me faire u lard de six pouces de profondeur.

LB PÈRE CASTAGNAC.

C’est vrai qu’il est terriblement engraissé... A boire ! triple marteau !

MURAT

El toi, Léonard, es-tu content?

LÉONARD

Oui, mais je pourrais l étrc davantage.

MURAT

Je dirai ça au prince, il comprendra... Et toi, Marianne ?

MARIANNE

Moi, je veux aller à la cour.

MUR AT

A laquelle?

MARIANNE

A la vôtre donc!... Plus tard!

murât, rt'ant.

Eh bien ! si jamais j'en ai une, je t’y ferai venir... Vous aussi, père Castagnac.

LF. PÈRE CASTAGNAC.

Brrrrrr!... Tout ça c’est des histoires de ralata! Faut penser plus solidement, mes eufans.

LEONARD, d part.

Il va lui conseiller de mettre a la caisse d’épargne...

LE PÈRE CASTAGNAC.

Vois-tu, Joachim, il faut faire ton temps de ser vice, et puis attrapper une bonne petite retraite, et tu reviendras à la Bastide tranquillement... C’est le père Castagnac qui te le dit; ça vaut mieux que de se forger dans la tête des cathédrales en Espagne.-. Triple marteau! Joachim, puisque tu as un bon grade, il faut faire quelques économies, et tu pourras vivre par ici comme le poisson dans l’eau... Tu amèneras ta femme; elle se plaira dans le pays.

MURAT

Certainement.

LE PLRB CASTAGNAC.

Elle sera là, avec Marianne... comme une paire d’amies!

Marianne, riant,

O mon Dieu! je la recevrai bien!

LE PÈJIK CASTAGNAC.

C’est ça, mes en fans, nous serons tous en famille, toi aussi. Leonard... Eh! triple marteau! quand le père Castagnac sera content, il ira chercher une bouteille dessous les fagots!

MURAT

Ah! diable! on vient me chercher!... Hélas!

mes pauvres amis, il faut que je recommence mon . métier de prince.

MURAT

u pèRF umeuc. i

Dis donc, Joachim, gare à la consigne!... Faut ! pas te mettre mal arec les autorités; ça ferait des : rapports à tes chefs!

MURAT

Soyer tranquille I... Ah ça ! roui Tiendrez me ; voir à Cahors... déjeuner arec moi?

• LK PÈRE CASTAGNAC.

Oui... mais pas de bêtises ; une bonne bou- ; teille et une omelette au lard, voilai

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