MARIANNE, ANTOINETTE
MARIANNE
Vous voyez bien qu'ils sont partis.
ANTOINETTE
Oui.
Pourquoi n'avez-vous pas voulu parler de cet homme à mon frère?
ANTOINETTE
Pourquoi?... j'aurtis été la cause de quelque querelle... ce n’est pas la peine.
MARIANNE
Il se doute pourtant de quelque chose, car il doit parler de nous à î.'urat.
ANTOINETTE
Mural?...
î JLTJA.TO.
Oui, un oHicier c e nctr- pays, un bon garçon, un ami de mon frire...
àî. T r.: r 'TE.
Je vous remercie, ber * -Verlaine; mais je crois que je vais bleuté*, quîtîc. rarif.
L/.nïzi!r,-.
Pour retourner i Czlr.c?
/jitcu; . s 2.
Je n'en sais rien.
VLl JJTilZ,
Comment?
ÀKTcrnrmt.
Eh ! iéoiî Dieu, qu’irais-jc faire dans notre pays? J'y trompais encore les mauvais traitemens qui m’en ont éloignée.
Pauvre fille!
ANTOINETTE
Vous êtes la première k qui j’aie pu me confier. Seule au monde, menacée par des poursuites odieuses, je suis venue vous demander un asile de quelques jours, à vous qui êtes de mon pays..
MAGASIN THEATRAL
Vous m'avez accueillie avec une bonté dont je suis bien reconnaissante...
MARIANNE
J’aurais voulu faire davantage... Je sais bien ce que c'est que de souffrir, allez ! .. Depuis que j’ai quitté la Bastide , et que j'ai perdu mon pauvre mari, j'ai peu de bonheur... Mais enfin il faut tenir bon, il faut espérer... Je deviens comme mon frère... au diable le chagrin !
ANTOINETTE
Tenez, Marianne, au. moment de vous dire adieu peut-être, je veux vous parler comme À une amie. Une lettre qui sera sans doute arrivée, et que je vais chercher, m’éloignera de vous. J'ai quitté Cahors parce que mon père, qui s’est remarié après la mort de ma pauvre mère, a toutà-coup cessé de me montrer de l'affection... parce que j'ai été abandonnée comme une victime à une marâtre sans pitié.
MARIANNE
jésus ! mon Dieu !
ANTOINETTE
J’avais long-temps souffert , j’avais long-temps dévoré mes larmes en silence... Moi qui demandais au ciel des amis, des parens, pour me comprendre et pour m'aimer, je ne voyais autour de moi que des visages insensibles et menaçans... Que vous ^lirai-je T Le désespoir s’empara de moi» je sentis que ma raison se perdait au milieu de ces souffrances de chaque instant , et un jour je pris la fuite I
MARIANNE
Que me dites-vous là?
ANTOINETTE
Je me dirigeai vers Paris; j’y avais un oncle, un frère de ma inère, dont la bonté m'était connue.
En arrivant, j’appris qu’il avait péri dans les troubles de Vendémiaire ... J’étais donc seule : mes ressources ne tardèrent pas à s’épuiser; du travail, je n'ai pu m'en procurer qu’à de rares intervalles: et puisqu'il faut tout vous dire, Marianne, j'ai retrouvé le désespoir qui me fit quitter mon pays... !
MARIANNE
Et vous croyez que je vous laisserai seule main- j tenant?... Non pas! Pardi! c’est bien comme si vous étiez ma sœur... Je dirai tout ça à mon frère, \ à son aini Murat... Nous verrons, nous verrons ce qu’il y a à faire.. D'ailleurs, voyez^vous, il y aura bientôt du nouveau pour moi aussi... j’en ai assez de celte boutique de boulanger où il n'y a pas même de pain... Allons! allons! faites votre course et revenez vite par ici... Là dedans, vous êtes chez vous !
ANTOINETTE
Bonne Marianne !
MARIANNE
Quant à cet homme qui vous poursuit, soyez tranquille, il faudra bien qu'il Gnisse!
castagnac, entrant avec Léonard.
Eh! là-bas! (il Antoinette.) Où allez-vous donc?...
ANTOINETTE. y'
Je vais revenir tout-à -l’heure.
Elle sort
CASTAGNAC.
Bon ! (Bas, à Léonard.) En voilà une qui a des yeux à vous allumer...
LÉONARD
C’est possible, mais je ne me laisse pas allumer, moi ! je suis clerc de procureur...
CASTAGNAC.
Fameux régiment 1... Marianne, fais allumer le lour...
MARIANNE
Pourquoi donc?
CASTAGNAC. «
Pour faire une soupe du pays, une véritable soupe de la Bastide... Mural viendra la manger avec nous ce soir.
MARIANNE
A la bonne heure! c’est un bon enfant, sans compter que c'était bien le plus joli garçon de la Bastide.
CASTAGNAC.
Sacrodious ! et nous sommes un peu amis, tout lieutenant qu’il .est! (Marianne rentre.) Nous boirons bien quelque chose en attendant.
LÉONARD
Je ne m'y oppose pas... ça nous fera patienter jusqu'à l'arrivée de Murat.
CASTAGNAC.
Tu as eu une bonne idée de venir me chercher au quartier. Est-ce que de voir le régiment ça ne te donne pas l'envie de l’engager?
LÉONARD
Je n’ai jamais eu de ccs envies-là ; je suis clerc de procureur.
castagnac, appelant.
Hohé ! des petits verres ! un petit flacon !... Oui, tu as toujours été tranquille comme Baptiste, tu passais dans les rues de la Bastide comme un rat ..
LÉONARD
Toi et notre camarade Mural vous faisiez assez de tapage.
Oh! lui, c'était le plus dégourdi!... Pourtant. U allait quelquefois à l’école, tandis que je filais d'un autre côté.
LÉONARD
Il apprenait à lire pour toi...
CASTAGNAC. •
Juste ! Eh bien ! nous n’avons jamais fait qu'un | en deux personnes... J'ai idée que le même boulet de canon nous fera danser, ou que nous reviendrons ensemble à la Bastide fumer plusieurs pipes et boire des bouteilles en veux-tu en voilà! i En es-tu, toi, Léonard?
LÉONARD
Je ne suis pas du boulet de canon...
uuRVT, qui s'est avancé sans iire vu, et qui frappe sur l’épaule de Léonard.
1 Toujours clerc de procureur!
MURAT
léonard, se retournant
Àhl c’est toi, beau lieutenant!
CASTAGNAC.
Sacrodious ! tu lui as fait peur!