SCÈNE V
Lis Mêmes, MURAT.
MURAT
Et ta sœur, la bonne Marianne?
CASTAGNAC.
Elle est U-dedans.
MURAT
Ah ça, tu sais qu’on en veut aui boulangers?
CASTAGNAC.
Oui... Qu’est-ce que ça me fait?
vendre la boutique.
murât, à Léonard .
Tu devrais l’acheter.
LÉONARD
Il n’y aurait rien à gagner.
murât, à Castagnae.
Et que fera ta sœur?
CASTAGNAC.
Elle me suivra donc, s’il le faut !
MURAT
C’est ça, nous en ferons une camarade... avec Léonard, s’il veut venir avec nous.
LÉONARD
Si tu veux devenir général, et me prendre pour secrétaire...
Pourquoi donc qu’il ne le deviendrait pas, général?
LÉONARD
Il n’y a rien d’impossible, s'il ne rencontre pas un boulet de canon.
CASTAGNAC.
Un boulet!... tu le connais peu, ce n'est pas U ce qui l'empêcherait d’avancer...
MURAT
Allons, allons! Colonel, je ne dis pas, apres plusieurs batailles et un grand nombre de coups de sabre.
CASTAGNAC.
Et lu n’en serais pas plus fier, quand même tu serais roi!...
murât, riant.
and même je'ierais roi!...
CASTAGNAC.
Ça, c’est de la farce!
MURAT
Toujours comme à la Bastide; je n'oublierai jamais que si vous êtes, toi, Léonard, fils d’un pauvre fermier, et toi, Castagnae, fils d’un serrurier; mon père était tout simplement un aubergiste. {A Castagnae.) Tu n’en veu* donc pas des grades, toi ?
Est-ce que c'est possible?... ça ne me regarde pas... Tu sais bien que seulement pour signer
mon nom, je suis à m’escrimer pendant deux heuj res, et encore je n’en mets que la moitié... Qu'cst- ! ce que cela me fait les grades, pourvu que tu en ! attrapes?
MURAT
Eh! eh! je ne dis pas... J’ai vu ce matin un 1 gaillard qui pourrait bien me donner un coup ! d’épaule, si ce qu’il espère allait arriver.
léonard.
i Qui donc?... Je parie que c’est notre coropaj triote, l’huissier du Directoire I
î CASTAGNAC.
En voilà un qui ne pense qu'aux pékins en robe noire!
MURAT. a
Un petit homme qui fera son chemin, je vous en réponds.
CASTAGNAC.
C'est le petit général tout malgrot, tout sec, dont tu m’as parlé quelquefois?
MURAT
Lui-même!
CASTAGNAC.
Comment que tu l'appelles déjà?
Bonaparte.
CASTAGNAC.
Boni... Pour lors, à sa santé indéfiniment!
MURAT
Oui, et à la guerre bientôt ! ,
LÉONARD
Aux places de fournisseurs, de munitionnaires généraux !... ou de secrétaire de général en chef.
CASTAGNAC.
Au tremblement du canon et des coups de sabre!
LÉONARD
Ça doit être joli quand on est chargé de faire distribuer des vivres à tout un corps d’armée!
MURAT
! C'est la bataille qui est belle, malheureux clerc de procureur I
LÉONARD
Certainement, dans un tableau du peintre David; nous en avons des gravures dans notre étude! •
CASTAGNAC.
Allons donc!... vous n’avez pas le droit de regarder ça f(j |Vec vos plumes sur l’oreille, sacrodiousl... Dis donc, Mural, est-ce qu'on va aller en Italie sans le 12®' chasseurs?
murât, $ 'animant.
l/Italiei... j» veui demander à j «lier comme simple soldat, s'il le faut... Il me semble que par là, sous le soleil du midi, les batailles doivent avoir un caractère plus énergique... Dans le Nord, la tactique, le» combinaisons régulière»; en face de vou,, des soldats et des officiers qu'il faisfàflaquer avec la patience de Moreau, ou ia sagràse [ de Jourdan ; là-bas. tout doit être rapide et instantané: éi pl»» fougueui la victoire!... c’eat là qu'il faut précipiter Ica régimen» et le» divisions;
MAGASIN THEATRAL
c'est là qu'il faut lancer la cavalerie au grand galop, car voua n’avci paa devant voua d'immobiles murailles de baïonnettes!... Votre ennemi, impatient comme vous-même s'agite, et vous entrez dans ses carrés pour y combattre corps à corps! .. J aime la guerre partout, mais moins aux bords de ces froides rivières de l'Allemagne et de la Hollande où nous étions naguère.
CASTAGNAC.
Allons donc! tu y tapais avec un appétit d’enfer!
morat.
Bah ! c'est à peine si de temps à autre on employait la cavalerie !
LÉONARD, à part.
J'aurais dit adieu aux fantassins!
La cavalerie!... Si jamais j'étais assez heureux pour en commander une division...
CASTAGNAC.
Excusez! tu n’es pas dégoûté!
MURAT
Je leur ferais voir à tous qu'ils ne savent pas s’en servir.
LÉONARD
Merci ! je te connais, tu ferais tomber les hommes comme la grêle.
MURAT
On la met en mouvement comme une épaisse division d’infanterie; je ne la comprends pas ainsi, moi !... Je la vois toujours dans ma pensée, se jetant comme la foudre sur les masses ennemies... on la réserve pour les derniers coups, pour achever ; on a l'habitude d'une heure réglée, d’un moment choisi dans la bataille, et alors on la met en marche... Allons donc! prenez vos hussards, vos chasseurs, vos dragons, vos cuirassiers, et entralnez-les ventre à terre sur l’ennemi. Quand ? me direz-vous : Toujours.
Il m rassied, se tait et parait pensif.
castagnac, à Léonard.
Sacrodious! il entend ça, hein?
LÉONARD
Il entend parfaitement la manière de passer dans l'autre monde!... il est fou... Tiens, levoilà comme il était dans notre pays lorsque nous disions qu’il parlait aux étoiles.
CASTAGNAC. *
Voilà une ordonnance qui file rondement!
LÉONARD
En voici une autre qui vient du cdlé de votre quartier.