‹ Mœurs administrativesChapitre 10 sur 16 · TOME IL · texte numérisé non relu

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xêté le perruquier de la préfecture. Uh traité avait été passé avec cet artiste, qui devait recevoir trente centimes pour chaque réfractaire tondu. Ses ciseaux en avaient déjà expédié un millier, ce qui lui donnait droit à réclamer une somme de trois cents francs; il dressa facture et la présenta au préfet, qui , enchanté de son invention , sollicita fièrement auprès du ministre le paiement des cent écus sur les frais généraux de recrutement. Gomme il n'y avait point encore de lois ni décrets qui permissent de tondre les gens , le ministre demanda un rapport sur cette affaire. On le rédigea de manière à égayer Son Excellence, à laquelle le rapporteur fit remarquer que le stratagème mis en pratique par le préfet n'était point sans objection; que la première qui se présentait se tirait naturellement de la vieille invention des perruques, dont les

conscrits réfractaires ne manqueraient certainement pas d'adopter l'usage.

Le terrain de l'adminiàtration est celui sur lequel germent et se développent uvec le plus de rapidité les petites vafiitésy les ambitieuses illusions. De ses sillons on voit s'élancer des jets présomptueux et des bourgeons gonflés d'orgueil. Mais la moindre bise de défaveur, le plus petit ouragan de disgrâce, fanent et flétrissent toute cette éphémère germination. Certains troubles récens qui ont fait moins de bruit que les charivaris auxquels ils doivent leur grotesque célébrité, ont livré nue au fouet de la satire la comique ambition d'un de nos grands personnages.

C'est une aventure qui appartient de droit au malin vaudeville.

^ux jours des réactions royalistes, la ville de Brest avait attiré l'attention de nos ministres par un certain esprit d'op-

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position et de turbulence. Il n'y avait rien de grave ni de dangereux dans cette fermentation de quelques jeunes têtes ; mais le malheur des choix ayant réuni a Brest un ensemble de fonctionnaires plus religieux qu'habiles, plus dévoués que sages, entretenait les irritations; elles continuaient en outre d être excitées par des rapports accusateurs où , exploitant la calomnie officielle, on présentait toute la population de Brest comme révolutionnaire. En effet, une ville paisible laisse ses administrateurs sans avancement; turbulente elle les présente aux récompenses et aux décorations. Voulez-vous des places et des grâces ? inventez des coupables.

Des commissaires du gouvernement , sous le puéril prétexte d'une promenade maritime, furent envoyés à Brest. Leurs instructions étaient de reconnaître l'état des esprits et de sonder les opinipa^:

C'é,taient de dignes jurisconsultes, con*naissant; les livres beaucoup mieux que les hommes^ ils étaient, de tout point, peu propres à là délicate mission qu'on leur avait confiée. Qu'arriva-t-il? l'un après l'autre , il& furent conspués par les jeunes étourdis de Brest ; les lettres anonymes,, les sifflets, furent les armes qu'on employa contre ces innoceiis inquisiteurs , qui sortirent de Brest expulsés par la peur pkis encore que par les chaudrons et les casseroles dont l'improbateur cliqueti» les poursuivit jusque par-delà les remparts.

Un tel événement, aux temps des délations et des espionnage», valait \m conseil des ministres. Il eut lieu : on y décida qu'un des grands-officiers de la maison du roi., dont la vie militaire et publique était digne d'une importante cité, serait envoyé à Brest; que cette mission annoncée avec beaucoup d'é-

les bras et les jambes de l'enfant de Chappe continuaient à s'agiter, et de cet ordre rapide qu'apportait le dieu de la lumière , ou connaissait déjà ces mots :

« M. de... est nommé ministre de...»

Là un nuage importun était venu suspendre le dialogue aérien; mais ce qu'il avait déjà appris au commissaire et aux Brestois suffit pour quelques instans à la publique joie. Les groupes se forment; les autorités se voient dans les rues et s'interrogent ; elles savent qu'elles ont des félicitations à faire f mais comme elles ont aussi des faveurs à demander, elles seraient bien aises de savoir de quel département sa nouvelle Excellence est ministre. Pourtant le nuage qui fait peser ce doute afireux sur cette foule de salariés, soulève un peu ses lourdes ailes ; le télégraphe de Brest , réapercevant soudainement son

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frère, distingue de nouveau un bras et puis deux qui lui font des gestes éloquens; il recueille encore les majuscules suivantes qu'un courrier porte , lettre par lettre , à l'impatient commissaire.

M. de est nommé ministre de ht ma

Ici, le nuage devient plus sombre ^ la nuit tombe, et plus d'espérance de pouvoir reprendre l'entretien télégraphique; mais il est comme achevé.

Pour quelle conviction resterait-il l'ombre d'un doute? Qu'est-ce qu'un ministre de la ma.... , sinon un ministre de la marine? En bonne conscience,, cette désignation n'est-elle point aussi officielle que fe peut rendre l'erdonttance du Moniteur?^

Aussi s'avise^t-on d'autant moins d'en douter que le commissaire luimême en est plus certain. Le voilà

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donc ce ministère qu'il dmbitionnâit!

C'est par la marine que la France doit un jour reprendre son rang en Europe !

il lui rendra son éclat, saprospéinté!

Il n'est que sept heures du soir, et déjà le bruit que le ministre de la marine est dans les mers de Brest se répand par toute la ville; ce bruit court frapper tous les étâblissemens maritimes; il fait le tour de la rade, éveille à bord les officiers, vide tous les ba* macs, et va retentir jusque dans le.ba»

gne, où il est accùeiUi par des espérances plus humbles.

L'amiral a bientôt donné un ordre du jour. Chacun doit se tenir en grand uniforme ; sous-amiraux , capitaines dç vaisseaux et de frégates , intendans y sous-intendans et commissaires de mar riùe, se réuniront pour aller féliciter Soa Excellence.

Us sont reçus.

Dans cette réception solennelle, le nouveau ministre de la marine écoute les plans d'amélioration et reçoit des placets; des faveurs jusqu'alors vainement sollicitées sont promises , des grades même sont accordés auxquels oïl garantit la ratification royale. L'administration du prédécesseur est exposée à quelques critiques. Comme nous allons mettre à flots ces bâtimens que la lésinerie laissait pourir et tomber à l'état de carcasses! Ce n'est point tout; Son Excellence, cédant aux instances des <4ficîers supérieurs, promet de faire une tournée ministérielle dans la rade , le lendemain, à six heures du matin:

Cette nuit sera longue à son impatience; mais la véloce aiguille d'un habile tailleur a déjà trouvé le moyen d'attacher quelques ancres aux pana de l'habit de Son- Excellence , et , au petit joui', comme elle met le pied dans la cha-

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loupe d'honneur, tous les bâiimens de la rade la saluent de dix coups^de canon-.

Son Excellence les parcourt tous, depuis la cale jusqu'au perroquet; elle prend des notes sur le matériel, sur le persopr nel, et témoigne également au petit nombre d'officiers de terre qui l'accompagnent, les regrets quelle éprouve de ne les avoir plus dans ses attributions, lorsque, comme pour prendre part a ses joies océaniques , le ciel du matin que des nuages tiennent enfermé, se dégage et présente son azur aux yeux enivrés de Son Excellence le ministre de lamarine . Les deux télégraphes interrompus la veille se communiquent de nouveau ; ils achèvent leur entretien si mal à propos suspendu. O désespoir I o confusion! les lettres complémentaires ci complaisamment espérées, et qui devaient parfaire la nominatioa, n'amènent point le rine qu'attendait le mirUs-^

tre de la marine : elles produisent aux regards inquiets deTélève de M. Chappe cet ensemble terrifiant : Ministre de la maison du roi. Son Excellence, sortant de la chaloupe d'honneur touchait du pied le rivage , an milieu des tambours , des fanfares et des trombones de terre et de mer , majestueuse comme un Neptune entouré de son humide cour de tritons et de nayades , lorsque lui fut remis le triste message où cet ison du roi vint foudroyer son ivresse maritime, et la rappeler aux vanités terrestres.

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