AVANT-PROPOS
Ajjpeler l'intérêt sur un pays auquel la France est attachée par les plus nobles et les plus précieux liens , faire connaître un peuple dont les mœurs disparaîtront peut-être un jour au milieu des nôtres, mais en laissant dans notre mémoire de vifs et profonds souvenirs, voilà ce que j'ai entrepris. Je ne me flatte pas d'avoir les forces nécessaires pour accomplir cette tâche, à laquelle ne suffirait pas d'ailleurs la vie d'un seul homme; je souhaite seulement que des documents réunis avec peine, par des interrogations patientes, dans le courant d'une existence active et laborieuse, deviennent, entre des mains plus habiles que les miennes, les matériaux d'un édifice élevé à notre grandeur nationale.
Général E. Dacaias.
in 2010 witli funding from
University of Ottawa
littp://www.arcliive.org/details/mursetcoutumesdeOOdaum
Races qui peuplent l'Algérie.
Les Iiabilanls de l'Algérie se divisent eu deux races principales, la race arabe et la race kabyle. L'une et l'autre suivent le culte uiaboniétan ; mais leurs mœurs, la constitution de leui' société , aussi bien que leur origine et leur langue, en foi'inent deuv grandes divisions distinctes , que nous nous proposons d'examiner dès à présent. Cette étude nous mettra en mesure de mieux nous rendre compte de l'accord qu'on a voulu établir entre les institutions et les coutumes des habitants. Elle aura aussi l'avantage d'offrir la définition de beaucoup de termes que nous emploierons par la suite, et sur le sens desquels il importe d'être fixé préalablement.
Mais avant d'étudier les deux grandes races qni se partagent l'Algérie , il convient , afin de ne plus avoir à y revenir , de dire quelques mots de la population des villes.
i LE TELL.
Les habitants des villes de l'Âlyérie peuvent se diviser en deux branches principales : les Hadars ' et les Berranis. On ne saurail les considérer , il est vrai, comme des races distinctes de la race arabe ou de la race kabyle; mais au moins est-il vrai de dire que leur séjour dans les cités a fait prendre délinitivement aux Hadars, et momentanément aux Berranis, des babitudes spéciales.
Les Hadars, pris dans leur ensemble, forment la population fixe et constituent ce que nous appelons ordinairement les Maures. Les Maures sont les hommes de la maison , par opposition aux Arabes, qui sont les hommes de la tente.
Quelle est leur origine précise? cette race estelle distincte de la race arabe propren^.ent dite? c'est ce qu'il serait difficile de décider; on est réduit, à cet égard, à des conjectures.
Il est possible que la majorité des Maures ait une origine qui la rattache à la race arabe ; que ce soient primitivement des hommes des tribus qui , venus dans les villes, appelés par leurs affaires , s'y soient étabhs et y aient formé lignée ; que cette lignée enfin ait, avec le temps, oublié complètement les mœurs de la tente pour prendre les habitudes des villes. Cela est vraisemblable surtout pour les Hadars établis dans les cités éloignées de la côte.