‹ Murs et coutumes de l'AlgérieChapitre 17 sur 34 · Bjehel veut dire montagne · texte numérisé non relu

Bjehel veut dire montagne

(lérable de toutes et qu'à ce titre elle a fixé davantage l'attention de la France en lui opposant une résistance plus tenace.

Quant aux mœurs de ces montagnards, elles sont partout les mêmes. Ce que je dirai des Kabyles du Djurjura peut donc s'appliquer également aux Kabyles de l'Ouarensenis ; il s'agit en efTet d'une seule et même race répandue sur une surface de pays considérable et qui, séparée du peuple arabe, a vécu depuis des siècles d'une vie spéciale. J'irai même plus loin. Le Maroc, lui aussi, comprend un certain nombre de Kabylies , et là encore on retrouve les mêmes mœurs que dans les Kabylies de l'Algérie.

On ne s'accorde point sur l'étymologie du mot Kabyle. Des érudits lui assignent une origine phénicienne. Baal est un nom générique de divinités syriennes, et K, dans la langue hébraïque, sert à lier les deux termes d'une comparaison ih-Baal, comme les adorateurs de Baal). A l'appui de celte hypothèse, qui déterminerait aussi le berceau primitif des Kabyles, on cite des analogies de noms propres : Philistins et Flittas ou Flissas; Moabites et Beni-Mzab^ ou Mozabites; et quelques autres encore.

Nous rejetons cette étymologie, parce qu'il lui manque la consécration des écrivains de l'antiquité.

1. Béni, c'est-à-dire enfants; Beni-M:ah , les enfants de Mzab.

Dans Hérodote seulement , on trouve le nom Kbal appliqué à quelques tribus de la Cyrénaïque , mais on ne le rencontre nulle autre part; aucune trace n'en existe chez les nombreux auteurs de l'époque romaine , historiens ou géographes , qui ont laissé tant de documents sur les Mauritanies.

Les montagnards de l'Afrique septentrionale ne commencent réellement à être appelés Kabyles qu'après l'invasion des Arabes ; ce serait doncdans la langue arabe qu'il faudrait chercher de préférence l'origine de ce nom. Dès lors on ne peut plus guère hésiter qu'entre les racines suivantes :

Kuehila : tribu.

Kabel : il a accepté.

Kobel : devant.

La première étymologie s'expliquerait par l'organisation même des Kabyles en tribus fédérées.

La seconde, par leur conversion à l'Islam. Vaincus et refoulés , ils n'auraient eu , comme tant de peuples , aucune autre ressource , pour se soustraire aux violences du vainqueur, que d'embrasser sa religion. Ils auraient accepté le Koran.

La troisième n'est pas moins plausible. En a[)pelant les Kabyles ses devanciers , l'Arabe aurait seulement constaté un fait en harmonie avec toutes les traditions , et conforme d'ailleurs au génie de l'histoire, qui nous montre toujours les autochthones, puis les races vaincues, refoulés tour à tour dans

les montagnes par suite des conquêtes successives de la plaine.

Chez les Kabyles, le mélange du sang germain laissé par la conquête des Vandales se trahit maintenant encore à des signes physiques : les étymologisles y joignent quelques rapprochements de noms : Suèves et Zouuouas , Huns et Ovled- Aoun \ etc. Nous n'insisterons pas d'avantage sur toutes ces consonnances plus curieuses que décisives.

La langue est la vraie pierre de touche des nationalités. Les communautés d'origine, les influences étrangères , la grandeur ou la décadence des peuples, l'attraction ou l'antipathie des races, tout cela s'y reflète comme dans un miroir; et l'on serait tenté de dire , avec l'écrivain aUemand : Une: nation est l'ensemble des hommes qui parlent la même langue.

Cette unité de langage existe; elle établit la parenté la plus certaine entre toutes les tribus kabyles non-seulement de l'Algérie , mais de la côte barbaresque, et cela seul suffirait pour vider sans retour la question des origines. Des tribus parlent exclusivement arabe ; par conséquent elles viennent d'Arabie. D'autres conservent un idiome différent, celui, sans aucun doute, qui régnait dans le pays

1. Ouled signifie enfant, descendanl ; Onled-Aoun , enfant d'Aoun.

avant l'invasion. De qui le tiendraient-elles, sinon de leurs ancêtres?

Les Kabyles dérivent donc d'un seul et même peuple autrefois compacte, autrefois dominateur du pays entier, mais, plus tard, refoulé dans les montagnes, circonscrit par des conquérants qui s'approprièrent les plaines, et morcelé de la sorte en grandes fractions devenues à la longue presque étrangères l'une à l'autre.

Depuis ce moment, la langue aborigène (ju'on nomme herberïa , berbère, ou Ae6a«7/a , kabyle, (lut subir en cbaque point des altérations diverses, par suite du contact plus ou moms immédiat, plus ou moins fréquent des Arabes , et par l'absorption variable des premiers conquérants européens. 1! en est résulté plusieurs dialectes que voici :

1° Le Zenatia : il existe cbez les tribus kabyles qui , remontant vers l'ouest , s'étendent depuis Alger jusqu'à notre frontière du Maroc.

2" Le Chellahija : c'est celui dont se servent pi'esque tous les Kabyles du Maroc.

3° Le Cliaouiali : il appartient à toutes les tribus kabyles qui se sont mêlées aux Arabes et, comme eux, vivent sous la tente, entretiennent de nombreux troupeaux. Connue eux encore, elles comptent plus de cavabers que de fantassins, et sont nomades sui- un territoire délimité. Naturellement, beaucoup de mots arabes se sont glissés dans ce

dialecte : il est très-répandu dans la province de Constantine.

4° Le Zouaouiah : il est parlé depuis Dcllys et Hamza jusqu'à Bone. Il représente l'ancien idiome national dans sa plus grande pureté. On y remarque toutefois, chez les tribus à l'est de Gigelly, une légère altération qui provient du commerce avec les Arabes. Aussi sont-elles traitées, par les Kabyles purS; de Kebaïls-el-Hadera, Kabyles de la descente.

Chez toutes les tribus kabvles, mais principalement chez celles qui parlent le Zouaouiah, il existe encore un langage que l'on nonune el Hotsia, le Caché. C'est une sorte d'argot inventé depuis longtemps déjà par les malfaiteurs de profession. Les voleurs, les assassins, les baladins l'emploient pom* converser ensemble sans que personne puisse les comprendre. En Kabylie, comme chez nous, ce langage de convention est repoussé , flétri par les honnêtes gens.

L'alphabet berbère est perdu. Dans tout le pays kabyle , il n'existe pas aujourd'hui un seul livre écrit en berbère. Les tolbas kabyles, et ils sont nombreux, prétendent que tous leurs manuscrits, toutes les traces de leur écriture ont disparu lors de la prise de Bougie par les Espagnols, en 1510. Cette assertion , d'ailleurs , ne supporte point la critique; mais il est plus facile de la rétuler que de la remplacer par une autre.

162 LA KABYLI E

De nos jouiv, le berbère ne s'écrit plus qu'avec des caractères arabes. La zaouïa de Sidi-Bcn-Ali- Cherlf possède, dit-on, plusieurs manuscrits de ce genre.

Un Arabe n'apprend point l'idiome berbère; il en retient quelques mots pour son usage, s'il a des relations fréquentes avec les Kabyles.

Tout Kabyle , au contraire, étudie forcément l'arabe, ne fût-ce que pour réciter des versets du Koran. Celui qui commerce ou qui voyage éprouve la nécessité de savoir l'arabe vulgaire : bientôt il l'entend et le parle avec facilité. Aucun cbef important ne l'ignore.

De toutes les Kabylies, c'est celle du Djurjura qui a le plus particulièrement appelé l'attention des Romains, comine quinze siècles après elle attire la nôtre; d'où l'on peut conclure que, pour eux comme pour nous , il y eut les mêmes difliicultés à disjoindre ce faisceau de tribus dont la compacité augmente l'énergie de résistance.

Les Romains appelaient le Djurjura Mons Ferratus , et Qiiinque Gentii les babitants de la région environnante. Ce nom, qui signifie les cinq nations ou les cinq tribus, si l'on veut, révèle déjà, dans cette liante antiquité, une sorte de fédéralisme analogue à celui des Kabyles actuels.

Ces Quiîiqiie Gentii n'écoutèrent quelques prédications cbrétienncs que pour embrasser violem-

ment le schisme donaiiste ou l'hérésie furieuse des circoncelUons. On voit, vers l'an 300, l'empereur Maximieu diriger en personne conU^e eux une guerre d'extermination. Un demi-siècle après, on les retrouve en armes pour soutenir l'anti-César Firmus , et, depuis cette époque jusqu'à l'invasion arabe, aucun conquérant ne paraît s'être hasardé dans leurs montagnes.

Plusieurs villes romaines ont existé sur les côtes de la (^rande-Kabylie : Baga, Choba, Salda^ Rusucurrum. Tour à tour on les a placées toutes à Bougie , que les Européens connaissent depuis longtemps; mais enfin l'opinion du docteur Shaw, confirmée depuis par la découverte d'une inscription romaine , fixe décidément à Bougie la colonie militaire Saldœ. Aujourd'hui encore , des ruines de maisons , et surtout un vieux nnu' d'enceinte , dont le développement n'excède pas 2500 mètres, constatent sur ce point l'existence d'une cité antique, mais peu considérable.

L'intérieur du pays* renferme également quelques ruines de l'ère romaine ou chrétienne.

A cinq lieues de Bougie, à côté des Beni-Bou- Messaoud , on voit debout six colonnes très-hautes en pierres de taille. Elles portaient des inscriptions devenues illisibles. Tout autour gisent des décombres qui attestent de grandes constructions.

D'un autre côté, à six lieues environ de Bougie,

existe une ville souterraine qui renferme plus de deux cents maisons en briques, bien conservées, avec des rues voûtées et des murs très-épais. On y descend par un escalier d'une douzaine de marcbes. D'après le dire des Kabyles, cette cité ténébreuse, qu'ils nomment Bordj-Nçara, le fort des Chrétiens, aurait été bâtie par les Romains de la décadence. Le chef de toutes ces contrées y demeurait, disent -ils, avec ses gardes.

Koukou renferme des ruines sur lesquelles on découvre encore quelques inscriptions.

A Tiguelat, entre les Ayt-Tanzalet et les Fenayas, les traces d'une ville subsistent Les remparts ont de trois à quatre mètres d'élévation. On y voit encore debout une statue que les Kabyles appellent Sourel-Djouabla.

Chez les Senadjas , dans un village appelé Tissa , il existe, parmi des ruines importantes, une fontaine très-bien conservée , et une autre pareillement chez les Beni-Bou-Bekheur, à Akonlas, village bâti au milieu d'une ancienne enceinte qui , sur certains points, était double.

Chez les Bcui-Oudjal , à Ain-Fouka , on trouve les restes d'une ville surmontée de trois forts. Elle renferme encore une fontaine qui donne beaucoup d'eau. On l'appelle El-Kueseur-el-Djouahla.

Ces ruines et quelques autres, qu'on place à Tighebine, sur le territoire des Beni-Chebanas, com-

prennent tous les renseignements que peut fournir l'antiquité sur les Kabyles. Nos excursions nous ont fait reconnaître près d'Akbou des ruines sans importance, et, àToudia,les restes d'un aqueduc romain , quinze ou seize pilastres supportant le conduit qui amenait les eaux de la montagne à Bougie.

En somme, ces vestiges de l'occupation romaine semblent moins répandus en Kabylie que dans toutes les autres portions du littoral ; on n'y reconnaît point d'ailleurs l'assiette, l'étendue, la magnificence monumentale qui caractérisent de puissantes cités. N'est-il pas permis d'en conclure que la conquête de ce pays fut toujours une œuvre incomplète, même à l'époque des conquérants du monde ?

Au v siècle , l'invasion vandale s'abattit sur Bougie. Genséric en lit, jusqu'à la prise de Cartbage, la capitale de son euqjire naissant. Puis on recommence à perdre de vue cette ville dans les ténèbres historiques de la grande barbarie, dans le chaos de celte époque où toutes les croyances viennent se heurter confusément.

Mais, à la fin du vii*^ siècle, un vif éclair part du Levant : c'est l'immense invasion arabe, conduite par Okba. Elle balaye toutes les plaines de ses flots successifs, et déborde jusqu'aux montagnes. En 666 d'abord, et plus tard en 708, Bougie est enlevée d'assaut. Moussa-Ben-Noseïr en est le conquérant détinitif ; les habitants sont massacrés ou convertis.

Ce fui sans doute aussi vers le même temps, et de la môme manière, que les Kabjies du voisinage acceptèrent la foi musulmane.

Englobée dans le mouvement de l'Islam et soumise à toutes ses révolutions dynastiques , Bougie traverse des phases peu connues et peu intéressantes jusqu'au milieu du xiv* siècle , où on la trouve incorporée dans un vaste empire berbère dont le centre était à Tlemcen. Elle en est alors détachée par Igremor-Solthan , chef de la dynastie des Beni-Isseren , qui la donne à son tilsAbd-el-Aziz. Elle devient ainsi la capitale d'un petit royaume indépendant. C'est son ère de prospérité. Elle s'enveloppe d'une muraille de 5000 mètres , dont on voit encore aujourd'hui les ruines. Le commerce et la piraterie accroissent ses richesses ; mais le pouvoir des Maures y subit à la longue cette décadence qui prépare sa chule universelle au début du XVI* siècle.

Bougie comptait dix-huit mille habitanls sous le règne d'Abd-el-Hame , quand une flotte espagnole de quatorze gros bâtiments sortit d'Ivice., une des Baléares , avec cinq mille combattants d'élite et une artillerie formidable. De plus, cette expédition était conduite par le fameux Pierre de Navarre. Son départ avait eu lieu le 1" janvier 1510; le 5, elle était devant Bougie. Le roi maure, terrifié, s'enfuit dans les montagnes, quoiqu'il comp-

tàt autour de lui huit mille guerriers. Bougie fut prise et livrée au pillage.

Malgré ce facile succès, malgré le coup de main hardi que Pierre de Navarre exécula trois mois plus tard , en surprenant, au bord de la Summam, le camp du prince maure, dont l'équipage et toutes les richesses tombèrent en son pouvoir, les rudes montagnards ne cessèrent pas d'inquiéter les Espagnols jusque dans Bougie même ; et cette guerre d'emibuscade obligea les vainqueurs à s'abriter derrière des forts. Celui de Moussa fut bâti près des ruines d'un château romain ; un autre s'éleva sur l'emplacement de la Casbah actuelle; enfin, au bord de la mer, à l'endroit oi^i se trouve aujourd'hui le fort Abd-el-Kader , on restaura celui qui existait déjà.

Ces défenses procurent aux Espagnols une certaine sécurité dans la ville ; mais ils y sont hermétiquement bloqués et tenus sous la menace perpétuehe du prétendant çiaure.

En ce moment, de nouveaux acteurs viennent prendre part à la lutte religieuse de l'Orient contre J'Occident, et le bassin de la Méditerranée, qui lui sert d'immense théâtre, voit déborder les Turcs demi-sauvages à l'une de ses extrémités , tandis qu'à l'autre s'évanouissent les Maures chevaleresques.

Deux aventuriers, fils de renégat et corsaires.

Baba-Aroiidj et Khair-ed-Din', livrent leur voile errante an vent de la fortune musulmane qui les porte sur la côte d'Alger pour en faire deux pachas célèbres. Mais ces terribles écumeurs de mer ne sont pas toujours et partout également heureux. Deux fois Baba-Aroudj se présente devant Bougie (1512, 1514), et deux fois il est repoussé, malgré la coopération des Kabyles de l'intérieur. Quarantedeux ans après, Salah-Raïs, son deuxième successeur, venge glorieusement ces échecs (1555). Vingtdeux galères bloquent le port, trois mille Turcs et une nuée de Kabyles attaquent les remparts : les forts Moussa et Abd-el-Kader sont enlevés tour à tour. Enfermé dans le grand château (aujourd'hui la Casbah), le gouverneur don Alonso de Peralla signe une capitulation qui stipulait, pour tous \eè Espagnols, la vie sauve, la hberté et le transport dans leur patrie. Ces clauses ne furent respectées que pour lui et une vingtaine des siens. On les reconduisit en Espagne; mais (telle était l'animosité de la lutte) Charles- Quint, irrité d'un si grand revers, livra le malheureux gouverneur à des juges qui le condamnèrent, et sa tète roula sur la place de Valladolid.

Loin de reprendre, sous le gouvernement des

1. Baba signifie père : Baba-Aroudj, le père Aroudj. Nous en avons fait Barberousse. Khair-ed-Din veut dire le bien de la re ligion ; ce nom est devenu Chérédin.

pachas, son ancienue splendeur, Bougie déclina de plus en plus, se dépeupla, se couvrit de ruines. Trois compagnies turques de l'Oudjak y exerçaient un pouvoir despotique et inintelligent. Par leur état de guerre continuel avec les tribus de la montagne, elles anéantirent le commerce de la ville et ne lui laissèrent pour ressource que les chances aléatoires de la piraterie. Ce port fut en effet signalé à l'attention spéciale des croisières françaises pendant le règne de Louis XIV.

La Kabylie du Djurjura, qui ne s'était jamais liée beaucoup aux destinées de sa capitale, en resta séparée complètement depuis la conquête espagnole. Elle donna longtemps asile et prêta son concours à l'ancienne famille régnante , dans toutes ses entreprises de restauration. Enfin, le vœu d'une nationalité distincte éclata encore dans quelques tentatives assez obscures qui semblent remonter à cette époque. Plusieurs personnages influents s'efforcèrent, à diverses reprises, de reconstituer un royaume kabyle et d'en placer la capitale en quelque point de l'intérieur. Ce fut ainsi que Sidi- Âhmed-Amokhrane, ancêtre des khalifas actuels de la Mcdjana , releva ou bâtit , il y a quatre siècles, la ville de Kuelàa, l'arma de plusieurs canons venus des chrétiens, on ne sait trop comment, et enfin joua, dans ce district, le rôle d'un véritable souverain.

ilO LA KABYLIE.

Un nommé Bcl-Kadi fit en tout point la même chose à Djemàat-Sahriclje , petite ville qui subsiste encore.

Sous une influence pareille , Koukou vit quelques habitations se relever au milieu de son enceinte romaine ; il en reste à peu près cinquante aujourd'hui,

L'avortement de tous ces essais d'unité servit bien la cause des Turcs. Ils s'emparèrent de Djemàat- Sahridje ; Kuelàa, fatiguée de ses petits sultans, se rangea volontairement sous leur pouvoir. Mais ni ces poirils d'appui , ni la sanction morale que leur prêtait l'autorité religieuse du sultan de Constantinople ne réussirent à fonder leur domination sur une base solide. Ils y ajoutèrent des forts sans plus de résultat, n'ayant pu les porter assez loin dans le pays kabyle.

Les plus avancés qui restassent, en 1830, étaient, sur le versant septentrional , Bordj - Scbaou et Bordj-Tiziouzou ; sur le versant méridional, Bordjel-Boghni; et Bordj - Bouira , dans le district de Hamza. Ce dernier, du reste, marquait une double retraite : deux forts plus éloignés avaient été successivement détruits par les gens de la montagne. Bien ])lus, sous le règne d'Oniar-pacha , une petite armée turque, envoyée pour réduire les Beni-Abbas, n'avait réussi à brider quelques-uns de leurs villages qu'en essuyant des pertes écrasantes suivies d'une véritable défaite.

En somme, les Turcs n'exercèrent jamais d'autorité durable, ne prélevèrent d'impôts proprement dits que sur quelques fractions kabyles des pentes inférieures, obligées de cultiver en plaine et, par conséquent, saisissables dans leurs personnes ou dans leurs biens. Mais celles-là se trouvaient en butte aux mépris des tribus voisines, pour avoir préféré le désbonneur à la mort. Il n'était sorte d'avanies dont on ne les abreuvât. La plus commune consistait à s'emparer de quelqu'un des leurs : on l'affublait d'un vêtement complet de vieille femme ; on lui faisait un collier avec les intestins d'un animal, et on le promenait ainsi dans les marcbés, au milieu des buées générales. Cet usage est encore en vigueur.

Au demeurant, les Kabyles disaient volontiers la prière pour le sultan de Constantiuople, mais on n'en tirait pas d'autre tribut; il fallait négocier pour obtenir à des gens du pacba le passage sur leur territoire. S'élevait-il uii différend ? on le vidait par les armes, comme avec un peuple étranger; souvent on préférait s'en venger par des vexations sur ceux qui fréquentaient les marcbés de la plaine ; il en résultait même de longues interi-uptions dans le commerce.

Si incomplète que soit cette esquisse des précédents bistoriques de la Grande-Kabylie , elle aura suffi pour prouver que ses fiers babitants possè-

dent, en effet, quelque droit à se vanter, comme ils le font, de leur indépendance immémoriale.

La Kabjiie du Djurjura , ou la Grande-Kabylie, comme on a pu en juger par ce rapide exposé , est donc la seule qui ait des précédents historiques. La place qu'elle occupe entre Constantine et Alger, la richesse de son sol, la résistance qu'elle a opposée à toutes les invasions, lui ont toujours donné une importance plus considérable que celle des autres Kabylies qui , moins étendues et moins peuplées, ayant moins de cohésion, ont été plus faciles à entamer et à dompter.

Mais si, pour ne pas trop généraliser, je parle plus spécialement ici de la Grande-Kabylie, on voudra bien se rappeler que ce que j'aurai dit de ses mœurs et de ses institutions s'applique également aux autres principales agglomérations kabyles , et même aux Iribus isolées que l'on rencontre sur un gi'and nombre de points , noyées au miheu de la race arabe.

La société kabyle.

Si nous prétendions suivre une marche chronologique dans cet exposé , il est incontestable que le tableau de la société kabyle devrait être relégué aux dernières pages de ce récit et faire suite à la conquête. En effet , la conquête seule nous a livré les secrets du pays avec une entière certitude.

Toutefois , les lumières qu'un tableau préniable des mœurs et des institutions pourra jeter sur cette question nous semblent tellement indispensables , que nous n'y saurions renoncer. En les mettant à profit pour lui-même , notre lecteur ne devra pas perdre de vue" que ni le gouvernement français , ni surtout ses premiers agents , ne les avaient pour se guider au début de l'occupation. Dans le principe, un malheureux esprit d'induction conduisit toujoiu's à conclure du fait arabe , qu'on connaissait peu , au fait kabyle qu'on ignorait entièrement et qui n'y ressemblait en rien. Des années s'écoulèrent avant qu'une

observation intelligente, dirigée soit de Bougie •, soit d'Alger, inaugurât enfin la vérité.

Ici , pour mieux la mettre en évidence , nous opposerons fréquemment la physionomie du Kabyle à celle de l'Arabe , que le hasard de la conquête a beaucoup plus vulgarisée en France.

L'Arabe a les cheveux et les yeux noirs. Beaucoup de Kabyles ont les yeux bleus et les cheveux rouges ; ils sont généralement plus blancs que les Arabes.

L'Arabe a le visage ovale et le cou long. Le Kabyle , au contraire , a le visage carré , et sa tète est plus rapprochée des épaules.

L'Arabe ne doit jamais faire passer le rasoir sur sa figure. Le Kabyle se rase jusqu'à ce qu'il ait atteint vingt à vingt-cinq ans; à cet âge, il devient homme et laisse pousser sa barbe. C'est l'indice du jugement acquis , de la raison qui devient mûre.

L'Arabe se couvre la tète en toute saison , et , quand il le peut , marche les pieds chaussés. Le Kabyle, été comme hiver, par la neige ou le soleil, a toujours les pieds et la tète nus. Si, par hasard, on

1 . Nous (levons surtout mentionner les ouvrages d'un commandant supérieur de Bougie, M. Lapène, aujourd'hui général d'artillerie. En parcourant l'intérieur du pays, nous nous sommes étonné plus d'une fois de l'exactitude des renseignements qu'il avait su se procurer, sans sortir jamais de la place, si ce n'est les armes à la main. Sur plusieurs points, nous n'avons pu nous dispenser de coïncider entièrement avec lui.

en trouve un chaussé , c'est accidentellement et d'une simple peau de bête fraîchement abattue. Ceux qui avoisinent les plaines portent quelquefois le chachia. Le Kabyle a pour tout vêtement la chelouhha , espèce de chemise de laine qui dépasse les genoux et coûte de sept à huit francs ; il garantit ses jambes avec des guêtres sans pied, tricotées en laine , que l'on appelle bougherous. Pour le travail, il met un vaste tablier de cuir , coupé comme celui de nos sapeurs. Il porte le burnous quand ses moyens le lui permettent; il le garde indéfiniment, sans aucun souci de ses taches ni de ses déchirures ; il l'a tenu de son père , il le lègue à son fils. L'Arabe vit sous la tente ; il est nomade sur un territoire limité. Le Kabyle habite la maison ; il est fixé au sol. Sa maison est construite en pierres sèches ou en briques non cuites , qu'il superpose d'une façon assez grossière. Le toit est couvert en chaume , en tuiles chez les riches. Cette espèce de cabane s'appelle tezaka. Elle se compose d'une ou de deux chambres. Le père , la mère et les enfants occupent une moitié du bâtiment , à droite de la porte d'entrée. Ce logement de la famille se nomme âounès-. L'autre partie de la maison , que l'on appelle âdaïn , située à gauche , sert d'étable , d'écurie pour le bétail et les chevaux. Si l'un des fils de la maison se marie et doit vivre en ménage, on lui bâtit son logement au-dessus.

L'Arabe se couvre de talismans ; il en attache au cou de ses chevaux et de ses lévriers, pour les préserver du mauvais œil , des maladies , de la mort, etc. Il voit en toutes choses l'effet des sortilèges. Le Kabyle ne croit point au mauvais œil el croit peu aux amulettes. « Ce qui est écrit par Dieu, dit-il, doit arriver ; il n'est rien qui puisse l'empêcher. » Cependant , il concède à certaines vieilles femmes un pouvoir d'influence sur les ménages , sur les amours ; il admet les sorts propres à se faire aimei% à faire haïr un rival , à faire divorcer la femme que l'on désire, etc.

Ses superstitions d'un autre ordre sont nombreuses. Nous indiquerons les principales :

Quiconque entreprend un voyage doit partir le le lundi, le jeudi ou samedi ; ces jours sourient aux voyageurs. Heureux celui qui commence sa route le samedi ! Le Prophète préférait ce jour aux deux autres. On voyage, il est vrai, le mercredi, le vendredi et le dimanche ; mais l'inquiétude ne quitte pas le voyageur pendant toute sa course.

Ne livrez jamais de combat un mardi.

C'est le jeudi qu'il faut choisir pour introduire sa future sous le toit conjugal ; cela sera d'un bon augure , parce que la femme s'y réveillera un vendredi, qui est le jour férié des musulmans.

Ne plaignez pas celui qui meurt pendant le rha-

LA SOCIÉTÉ KABYLE. il!

inadan'; car , pendant le rhamadan , les portes de l'enfer sont fermées , et celles du paradis toujours ouvertes.

Voir un chacal en se levant , présage heureux ; deux corbeaux au moment de se mettre en route, signe d'un voyage prospère.

Voir un lièvre le soir , mauvais augure ; apercevoir un corbeau seul avant de se mettre en route , motif d'inquiétude.

Les Kabyles, si incrédules au sujet des sortilèges , le sont beaucoup moins sur la question des démons. Ils disent qu'il y en a en toute saison , excepté dans le rhamadan, parce que Dieu les force à rester en enfer pendant le mois sacré. Ils les craignent horriblement ; jamais un Kabyle ne sortira la nuit de sa maison sans les conjurer au nom de Dieu le puissant , le miséricordieux. II en fera autant quand il passera près d'un endroit où il y a eu du sang versé ; car les dénions qui aiment le sang n'ont pas manqué de s'y donner rendez-vous.

Il existe aussi un préjugé contre l'àncsse, ou du moins un mépris général pour elle ; à tel point que, dans certaines tribus , un Kabyle , pour rien au monde , ne voudrait en voir une entrer dans sa maison. On raconte une légende qui expliqueiait

1. Rhamadan , mois sacré des musulmans, pendant lequel on jeûne jusqu'au coucher du soleil.

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cette aversion par un acte hors nature, du temps des anciens Kabyles.

L'Aral)e déteste le travail , il est essentiellement paresseux : pendant neuf mois de l'année il ne s'occupe que de ses plaisirs. Le Kabyle travaille énormément et en toute saison ; la paresse est une honte à ses yeux.

L'Arabe laboure beaucoup ; il possède de nombreux trou[)eaux qu'il fait paître ; il ne plante point d'arbres. Le Kabyle cultive moins de céréales, mais il s'occupe beaucoup de jardinage. Il passe sa vie à planter , à greffer ; il a chez lui des lentilles , des pois chichcs, des fèves, des artichauts, des navets, des concombres , des ognons , des betteraves , du poivre rouge , des pastèques , des melons. Il cultive le tabac à fumer ; depuis quelque temps il plante des pommes de terre ; il possède des fruits de toute espèce : olives , figues , noix , oranges , poires, pommes, abricots, amandes, raisins.

La principale richesse du pays consiste dans les oliviers, dont beaucoup sont greffés, et qui atteignent quelquefois les dimensions du noyer. Les olives d'excellente qualité entrent pour une grande part dans la nourriture des Kabyles ; mais il en reste énormément à vendre , soit comme fruit , soit comme huile. Celle-ci s'exporte dans des peaux de bouc à Alger , à Bougie , à Dellys , à Sétif , sur tous les marchés de l'intérieur.

La terre de labour n'étant pas très-abondante, eu égard à la population , les Kabyles n'en négligent aucune parcelle. Ils donnent deux façons à la terre et la couvrent d'engrais, mais ne lui laissent presque aucun repos ; on la trouve rarement en jachères ; ils ne pratiquent point l'assolement.

Leurs champs sont en général assez bien nettoyés, et quelques-uns rendent jusqu'à 25 pour 1. Le blé , battu de la façon la plus barbare , au moyen de taureaux qui travaillent en cercle sur l'aire, et vanné grossièrement avec un bout de planche , ne passe point au crible ; il est conservé comme celui des Arabes dans des silos (en arabe , metmora), ou bien encore dans de grands paniers en osier , qui sont très- évasés en bas et étranglés du haut.

L'Arabe voyage quelquefois pour trouver des pâturages ; mais il ne sort jamais d'un certain cercle. Chez les Kabyles, un des membres de la famille s'expatrie toujours mQmentanément pour aller chercher fortune ; aussi en trouve-t-on à Alger, à Sétif, à Bône, à Philippeville, à Constantine, à Tunis, partout. Ils travaillent comme maçons, comme jardiniers , comme moissonneurs ; ils font paître les troupeaux.... Lorsqu'ils ont amassé un peu d'argent, ils rentrent au village, achètent un fusil, un bœuf, et puis se marient.

L'Arabe n'a point d'industrie proprement dite,

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quoiqu'il coiifeclionne des selles, des harnachements, des mors, etc. Le Kabyle, au contraire, est industrieux : il bâtit sa maison, il fait de la menuiserie, il forge des armes, des canons et des batteries de fusil, des sabres (flissas), des couteaux, des pioches , des cardes pour la laine, des socs pour la charrue. Il fabrique des bois de fusil, des pelles, des sabots, des métiers pour tisser. Chez lui se travaillent les burnous et les habayas, vêtements de laine, les haikhs de femme, les chachias blanches ; sa poterie est renommée. Il fait de l'huile avec les olives qu'il récolle dans sa propriété, et confectionne lui-même les meules de ses pressoirs. La forme la plus comnume des pressoirs est celle-ci : un vaste bassin en bois, d'un seul morceau; à chaque extrémité de l'un de ses diamètres, un montant vertical qui s'enirave dans une barre horizontale ; celle-ci , percée au milieu , laisse passer une vis en bois, terminée par une meule d'un diamètre un peu inférieur à celui du bassin. La vis exerce une pression sur les olives placées sous la meule , et qu'on a d'abord fait bouillir.

Les Kabyles dressent encore des ruches pour les abeilles; ils font la cire, et ne se servent pour les pains que de moules travaillés chez eux. Ils savent cuire les tuiles , dont le cent coûte de deux francs à deux francs cinquante centimes. Dans certaines locahtés, on confectionne des dalles de liège.

Ils connaissent la chaux; ils en sont, du reste, fort avares, et ne l'emploient que pour blanchir les mosquées et les kouhbas des marabouts. Pour leurs maisons, ils utilisent le plâtre, qui paraît abonder chez eux. La carrière de Thisi, chez les Beni-Messaoud , à une lieue et demie de Bougie, en fournit une grande quantité.

Ils font du savon noir avec l'huile d'olive et la soude des varechs ou la cendre du laurier-rose , tressent des paniers pour porter les fardeaux, confectionnent des nattes en palmier nain, ou bien encore filent des cordes en laine et en poils de chèvre; enfin, ils poussent l'habileté industrielle jusqu'à produire de la fausse monnaie. Nous allons donner quelques détails sur certaines des branches d'industrie que nous venons de nommer. Commençons par la dernière.

Depuis un temps immémorial, les Kabyles établis à Ayt-el-Arba, village considérable de la tribu des Beni-Ianni, se livrent à la fabrication de la fausse monnaie. D'autres ateliers moins considérables se trouvent encore au village d'Ayt-Ali ou-Harzoun, à quinze lieues sud-est d'Ayt-el-Arba, éloigné lui-même d'Alger d'une quarantaine de lieues.

Le repaire de ces faux monnajeurs est situé au sommet d'une montagne protégée par un défilé très-étroit et presque inaccessible. C'est là qu'à l'abri de toute attaque ils imitent les monnaies de cuivre, d'argent et d'or de tous les pays

(lu monde. Les malières premières leur sont fournies en partie par des mines voisines. Le cuivre , l'argent leur viennent de tous les points du pays barbaresque , du Sabara même, par des hommes qui non-seulement apportent à Ayt-el-Arba les produits de leur pays, mais encore viennent y acheter des espèces falsifiées. On les paye avec des monnaies de bon aloi sur le pied de vingt-cinq pour cent. La simple inspection d'une pièce contrefaite prouve que le procédé employé pour l'obtenir est généralement celui de la fusion. En effet, toutes les pièces présentent un diamètre tant soit peu inférieur à celui des modèles, résultat forcé du retrait qu'elles ont subi par le refroidissement, à la sortie d'un moule provenant des pièces véritables. Le relief des figures , des lettres , est ordinairement mal accusé , et l'aspect du métal est terne ou cuivreux. Il faut le dire, cependant, et tous ceux qui en ont vu l'affirmeront, la plupart de ces fausses pièces tromperaient au premier coup d'oeil : quelques-unes exigent un examen assez minutieux.

Les moyens de répression employés sous les Tui'cs pour s'opposer à l'invasion des fausses monnaies étaient en tout conformes aux procédés despotiques et arbitraires que pouvait alors se permettre l'autorité.

Les gens d'Ayt-el-Arba et ceux d'Ali-ou-Harzoun, ne sortant jamais de leur retraite, étaient obligés

(le confier à d'autres le soin de colporter leurs )3roduits; car, si les Kabyles protègent les fabricants de fausse monnaie, ils sont impitoyables pour celui qui chercherait à la mettre en cii'culation dans le pays. Il fallait donc la faire sortir de la Kabylie. C'étaient les Beni-Ianni, les Beni-Menguelat, les Beni-Coudrar, les Beni-Ouassif, qui étaient ordinairement chargés de celte mission. De là vient sans doute l'éloignement des autres Kabyles pour ces tribus. Tous ces gens étaient surveillés d'une manière particulière, et ne pouvaient voyager dans l'intérieur sans la permission du caïd de Sebaou , ([ui ne l'accordait pas sans percevoir un droit de deux douros d'Espagne. Faute de présenter ce permis , qu'on refusait d'ailleurs aux gens suspects du trafic des monnaies , le premier voyageur venu subissait la confiscation de ses marchandises, de ses mulets, etc.

Trois ans avant l'entrée des Français à Alger, la fausse monnaie s'était m.ultipliée d'une manière effrayante. L'agha Yahia, qui jouissait d'une grande réputation chez les Arabes, furieux de voir sa surveillance en défaut, fit arrêter, un même jour, sur les marchés d'Alger, de Constantine, de Sétif et de Bône, les hommes de toutes les tribus connues pour se livrer à cette émission. On incarcéra de la sorte une centaine d'individus que le pacha annonça devoir mettre à mort , si on ne lui livrait

les moules ou matrices qui servaient à la fabrication. Les gens d'Ayt-el-Arba, pour sauver leurs frères , envoyèrent tous leurs instruments , et les prisonniers ne furent encore mis en liberté qu'après avoir payé ime forte amende. Cet échec éprouvé par les faux monnayeurs ne les dégoûta point du métier. Ayt-el-Arba ne perdit rien de sa prospérité, et le nombre des commerçants qui venaient s'y approvisionner de tous le.s points, du Maroc, de Tunis, du Sahara, de Tripoli, n'en fut aucunement diminué.

Un Kabyle pris en flagrant délit d'émission de fausse monnaie était mis à mort sans aucune forme de procès. C'était le seul cas pour lequel la justice fût inexorable, et dans lequel l'argent, qui rachetait tous les autres crimes, ne pût faire incliner sa balance.

Des industries plus honorables, qui ne piquent pas autant la curiosité, sont peut-être un peu moins connues. La fabrication de la poudre est concentrée dans la tribu des Reboulas; elle s'y fait en grand et par des procédés analogues aux nôtres. Le salpêtre abonde dans les cavernes naturelles ; il effleurit sur leurs parois. Recueilli comme le salpêtre de houssage, il est lavé, puis obtenu par l'évaporation. Le charbon provient du laurier-rose, et il jouit des meilleures propriétés; le soufre arrive du dehors.

Le dosage est réglé comme chez nous; le séchage s'opère au soleil. Cette poudre kahy^e, un peu moins forte que la nôtre , n'est ni lisse ni égale, mais elle ne tache point la main et elle satisfait aux conditions d'une bonne poudre de guerre. Les cartouches kabyles sont bien roulées ; elles se vendent en plein marché. Le prix moyen de la cartouche est quarante centimes, ce qui doit paraître excessif.

Les balles sont en plomb et fort irrégulières. L'exploitation du plomb a lien, sur une échelle très-considérable , dans la tribu des Beni-Boulateb , près Sétif. On en tjouve aussi dans une montagne près de Msila, et dans un autre endroit nommé Agouf, encore chez les Reboulas; ce dernier passe pour argentifère. Dans tous les cas, on l'obtient par la simple fusion, et on l'exporte en saumons ou en balles.

Le cuivre se rencontre également en Kabylie. On l'extrait, on l'emploie dans les bijoux de femme. Fondu avec le zinc, il compose un laiton fort utile pour les poires à poudre , les montures de (lissas , les manches de poignards, etc.

Deux mines de fer très-abondantes sont signalées dans la Grande-Kabylic : l'une chez les Berbachas, l'autre chez les Beni-Slyman.

Le minerai en roche est traité par le charbon de bois dans un bas fourneau, à l'instar de la mé-

thode catalane; les soufflets sont en peau de bouc et fonctionnent à bras d'hommes.

La tribu des Plissas confectionne l'arme blanche qui porte son nom avec le fer des Berbachas et avec de l'acier venu d'Orient. Les principaux fabricants d'armes à feu sont les Beni-Abbas : leurs platines , plus renommées que leurs canons , réunissent l'élégance et la sohdité ; elles s'exportent jusqu'à Tunis. Leurs bois de fusil sonc en noyer. Ils montent l'arme tout entière.

A côté de cette vaste industrie des hommes, les femmes ne restent point oisives; elles filent la laine et tissent avec cette matière l'étoffe blanche qui sert à vêtir les deux sexes. Leurs métiers sont établis sur le modèle de ceux d'Alger.

Le lin, recueilli en petites bottes, puis séché sur l'aire, est broyé, filé par les femmes, et procure une grosse toile employée à divers usages.

Les femmes concourent à la confection des burnous qui, dans quelques tribus, chez les Beni-Abbas et les Beni-Ourtilan, par exemple, dépassent de beaucoup les besoins locaux et deviennent un objet d'exportation.

L'Arabe ne s'occupe point d'entretenir ses armes; cela lui demanderait quelques soins : un chien noir , dit-il , mord aussi bien qu'un chien blanc. Le Kabyle, au contraire, met tout son luxe dans son fusil. Il le préserve de la rouille , et ,

quand il le sort de son étui, il le tient avec un mouchoir pour ne pas le salir.

L'Arabe, paresseux de corps, se ressent un peu, - dans tous les mouvements du cœur, de cette inertie physique. Chez les Kabyles , la colère et les rixes atteignent d'incroyables proportions. En voici un récent exemple.

Un homme de la Iribu des Beni-Yala rencontre, au marché de Guenzate, un autre Kabyle qui lui devait un barra (sept centimes). Il lui réclame sa dette. « Je ne te donnerai point ton barra, répond le débiteur. — Pourquoi ? — Je ne sais. — Si tu n'as point d'argent, j'attendrai encore. — J'en ai. — Eh bien! alors? — Eh bien! c'est une fantaisie qui me prend de ne point te payer. »

A ces mots, le créancier, furieux, saisit l'autre par son burnous et le renverse à terre. Des voisins prennent part à la lutte. Bientôt deux partis se forment, on court aux armes. Depuis une heure de l'après-midi jusqu'à sept heures du soir, on ne peut séparer les combattants. Quarante-cinq hommes sont tués , et cela pour un sou et demi. Cette querelle date de 1843; mais la guerre soulevée par elle n'est pomt encore éteinte. La viUe, depuis, s'est divisée en deux quartiers hostdes , et les maisons qui se trouvaient sur la limite sont devenues désertes.

L'Arabe est vaniteux On le voit humble et arro-

gant tour à tour. Le Kabyle demeure toujours drapé dans son orgueil. Cet orgueil prête de l'importance aux moindres choses de la vie , impose à tous une grande simplicité de manières, et, pourtout acte de déférence, exige une scrupuleuse réciprocité. Ainsi, l'Arabe baise la main et la tète de son supérieur avec force compliments et salutations, s'mquiétant peu, du reste, qu'on lui rende ou non SCS politesses. Le Kabjle ne fait pas de compliments; il va baiser la main, la tète du chef ou du vieillard; mais, quelle que soit la dignité, quel que soit l'âge de celui qui a reçu cette politesse , il doit la rendre immédiatement. Si-Saïd- Abbas, marabout des Beni-Haffif, se trouvait un jour au marché du vendredi des Beni-Ourtilan ; un Kabjle, nommé Ben-Zeddam, s'approcha de lui et lui baisa la main. Le marabout, distrait sans doute, ne lui rendit pas ce salut : « Par le péché de ma femme ,' dit Ben-Zeddam , qui se campa bien en face de Si-Said son fusil à la main, tu vas me rendre ce que je t'ai prêté tout à l'heure , ou tu es mort. » Et le marabout s'exécuta.

L'Arabe est menteur. Le Kabyle regarde le mensonge comme une honte.

Les Arabes, dans la guerre, procèdent le plus souvent par surprise et par trahison. Le Kabyle prévient toujours son ennemi , et voilà comment il le fait : le gage de la paix entre deux tribus con-

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siste dans l'échange d'un objet quelconque, d'un fusil, d'un bâton, d'un moule à balles, etc.

C'est ce qu'on appelle le mezrag , la lance. Tout porte à croire qu'avant l'invention des armes à feu le dépôt d'une lance était effectivement le symbole de trêve et de bonne amitié. Quand une des deux tribus veut rompre le traité, son chef renvoie simplement le mezrag, et la guerre se trouve déclarée.

Les Arabes se contentent de la dia, prix du sang, en expiation d'un meurtre commis sur l'un des membres de leur famille. Chez les Kabyles, il faut que l'assassin meure. La fuite ne le sauve pas; car la vengeance est une obligation sacrée. Dans quelque région lointaine que le meurtrier se retire, la vendette le suit.

Un homme est assassiné, il laisse un fds en bas âge. La mère apprend de bonne heure à ce der-^ nier le nom de l'assassin. Quand le tils est devenu grand, elle lui remet un fusil et lui dit : « Va venger ton père! « Si la veuve n'a qu'une fille, elle puMie qu'elle ne veut point de dot' pour elle, mais qu'elle la donnera seulement à celui qui tuera l'assassin de son mari.

L'analogie est saisissante entre ces mœurs et celles de la Corse; elle se dessine encore davan-

I. Les Kabyles achètent leurs femmes ; on le verra plus loin.

tage dans les traits suivants. Si le vrai coupable échappe à la vendette et lasse sa persévérance , alors celle-ci devient transversale ; elle tombe sur un frère ou sur l'un des parents les plus proches, dont la mort nécessite à son tour de nouvelles représailles. Par suite, la haine entre les deux familles devient héréditaire. De part et d'autre , des amis et des voisins l'épousent. Il en sort des factions; il peut en résulter de véritables guerres.

Les Arabes donnent l'hospitalité; mais ils y mettent plus de politique et d'ostentation que de cœur. Chez les Kabyles, si l'hospitalité est moins somptueuse , on devine au moins dans ses formes l'existence d'un bon sentiment; l'étranger, quelle que soit son origine, est toujours bien reçu, bien traité. Ces égards sont encore plus grands pour le réfugié , que rien au monde ne pourrait forcer à livrer. Les Turcs, l'émir Abd-el-Kader, ont toujours échoué dans leurs demandes ou leurs efforts contraires à ce noble principe.

Citons encore une coutume généreuse. Au moment où les fruits, les figues, les raisins, etc., commencent à mûrir, les chefs font pubher que, pendant quinze ou vingt jours, personne ne pourra, sous peine d'amende , enlever aucun fruit de l'arbre. A l'expiration du temps fixé, les propriétaires se réunissent dans la mosquée, et jurent sur les livres saints que cet ordre n'a pas été violé. Celui qui

ne jure pas paye l'amencle. On comple alors les pauvres de la tribu, on établit une liste, et chaque propriétaire les nourrit à tour de rôle , jusqu'à ce que la saison des fruits soit passée.

La même chose a lieu dans la saison des fèves, dont la culture est extrêmement commune en Kabylie.

A ces époques, tout étranger peut aussi pénétrer dans les jardins , et a le droit de manger, de se rassasier sans que personne l'inquiète ; mais il ne doit rien emporter, et un larcin , doublement coupable en cette occasion , pourrait bien lui coûter la vie.

Les Arabes, dans les combats, se coupent la tête ; les Kabyles, entre eux, ne le font jamais.

Les Arabes volent partout où ils peuvent, et sur tout dans le jour. Les Kabyles volent davantage la nuit, et ne volent que leur ennemi. Dans ce cas, c'est un acte digne d'éloges; autrement, l'opinion flétrit le vol.

L'Arabe a conservé quelques traditions en médecine et en chirurgie. Le Kabyle les a négligées ; aussi rcncontre-t-on chez lui beaucoup de maladies chroniques.

L'Arabe ne sait pas faire valoir son argent; il l'enfouit, ou s'en sert pour augmenter ses troupeaux. Le Kabyle , contrairement à la loi musulmane, prête à intérêts , à très-gros intérêts, par

exemple à 50 pour 100 par mois ; ou bien il achète, à bon marché et à l'avance , les récoltes d'huile , d'orge, etc.

Les Arabes classent les musiciens au rang des bouffons : celui d'entre eux qui danserait serait déshonoré aux yeux de tous. Le Kabyle aime à jouer de sa petite flûte , et chez lui tout le monde danse, hommes et femmes , parents et voisins. Les danses s'exécutent avec ou sans armes.

Chez les Arabes , quand on célèbre un mariage , on exécute des jeux équestres avant d'emmener la tiancée. Chez les Kabyles, les parents ou amis du marié tirent à la cible. Le but est ordinairement un œuf, un poivron, une pierre plate. Cet usage donne lieu à une grande explosion de ^a'eté : ceux qui manquent le but sont exposés à de nombreuses plaisanteries.

Lorsqu'un Kabyle veut se marier, il fait part de son désir à un de ses amis, qui va trouver le père de la jeune fdle recherchée et lui transmet la demande. On fixe la dot qui sera payée par le mari; car ce dernier achète littéralement sa femme, et le grand nombre des filles est regardé comme une richesse de la maison. Ces dots s'élèvent moyennement à une centaine de douros. Il arrive quelquefois que le futur mari ne possède point la somme tout entière ; on lui accorde, pour la réunir, un ou deux mois , et, pendant ce temps , il peut fréquenter la

maison de celle qui doit être sa femme. Quand il s'est acquitté, il l'emmène en qualité de fiancée, la promène d'abord dans le village , armé d'un yatagan, d'un fusil et d'une paire de pistolets, puis l'amène sous son toit. Cette cérémonie se fait en grande pompe. Chaque village a sa musique, composée de deux espèces de clarinettes turques et de tambours. Ces musiciens figurent dans le cortège nuptial; ils chantent en s'accompagnant ; les femmes, les enfants font retentir l'air de leurs cris joyeux: yo2i! you! yoiil On tire une multitude de coups de fusil, et les jeunes gens du village, en totalité ou en partie , selon la richesse de l'époux , sont conviés à un gi'and repas.

Chez les Arabes, (juand il naît un enfant mâle, on se réjouit , on se comphmente , mais la fête se passe en famille ; si la mère est accouchée d'une fille, les femmes seules font une réjouissance. Chez les Kabyles, la naissance d'un enfant mâle donne lieu à la convocation de tous les voisins et des amis des villages environnants. On fait des décharges d'armes , on tire à la cible. Sept jours après, le père donne un grand repas. La circoncision n'a pas lieu avant six ou huit ans, bien qu'elle devienne alors plus douloureuse. Si c'est une fîUc qui vient au monde , on ne change rien aux habitudes de la vie , à faspect de la maison , parce qu'elle n'accroît en rien la force de la tribu : f enfant de-

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venu grand se mariera et quittera peul-ètre le pays pour suivre un nouveau maître.

Chez les Arabes, lorsqu'une famille perd quelqu'un des siens, les amis et les voisins assistent à l'inhumation , et puis chacun s'en retourne à ses aftaircs. Chez les Kabyles, tout le village est présent aux funérailles. Personne ne doit travaiher; tous se cotisent , à l'exception des parents du défunt , pour donner l'hospitalité aux Kabyles des autres villages qui sont venus apporter leur tribut de douleur. Les morts ne sont point déposés dans une bière. Après les avoir soigneusement lavés, on les enveloppe d'une espèce de drap; puis on les confie à la terre.

Les femmes kabyles ont une plus grande liberté que les femmes arabes. Ainsi, la femme kabyle se rend au marché pour faire les pi'ovisions de la maison, pour vendre, pour acheter. Son mari aurait honte d'entrer, comme l'Arabe, dans de semblables détails.

La femme arabe ne peut paraître aux réunions avec les hommes; elle garde toujours son mouchoir , ou se voile avec le haïk. La femme kabyle s'assied où elle veut ; elle cause , elle chante , son visage reste découvert. L'une et l'autre portent, dès l'enfance , de petits tatouages sur la figure ; mais le tatouage de la femme kabyle présente une particularité bien remarquable : il affecte ordinaire-

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nient la forme d'une croix. Sa place liaLituelle est entre les deux yeux ou sur une narine. Les Kabyles perpétuent cet usage sans pouvoir en faire connaître l'origine, (jui semble se rapporter à l'ère cbrétienne. Vn fait digne de remarque appuierait en apparence cette conjecture : c'est qu'aucun taleb ou marabout n'épouse une femme ainsi tatouée sans lui faire disparaître le signe par une application de cbaux et de savon noir. Mais il convient aussi de remarquer que tous les tatouages sont défendus par le Koran, qui les. flétrit du nom de hptibet el chytan, écriture du démon.

La fenmie arabe ne mange pas avec son mari , encore moins avec ses liôtes. La femme kabyle prend ses repas avec la famille ; elle y participe même lorsqu'il y a des étrangers.

La fenmie arabe n'est jamais réputée libre de ses actions. La femme kabyle , abandonnée par son mari, rentre dans la maison de son père ou de son frère; et, tant que son isolement dure, elle jouit d'une entière liberté de mœurs. La femme divorcée se trouve dans le même cas. Cette licence expliquerait la prétendue coutume que plusieurs bisto- T'iens attribuent aux Kabyles, d'offrir leurs femmes ou leurs filles à des botes de distinction.

L'existence, dans chaque tribu, d'un certain nombre de femmes libres, semble avoir préservé les Kabyles d'un genre de débaucbe contre nature'

si fréquent parmi ;lcs Arabes , et qui , chez les premiers, serait puni de mort.

Dans certaines tribus , notamment chez le Yguitsal, les femmes et les tilles livrées à la prostitution payent chaque année, au jour de l'an, une espèce de patente qui ne s'élève pas à moins de cinq douros : cet argent est versé au trésor public. Elles cessent de payer quand elles se marient ou renoncent à leur état. 3Iais cet usage n'est pas général. D'après ce qui précède, on sera médiocrement surpris d'apprendre que les Kabyles affichent beaucoup moins haut que les Arabes leurs prétentions à la virginité des jeunes filles qu'ils épousent.

La femme arabe qui est sans nouvelles de son mari depuis un an ou deux , ou qui n'a point de quoi vivre chez lui , demande le divorce, et la loi prescrit au cadi de le prononcer.

La femme kabyle ne peut se remarier que lorsqu'elle a la preuve certaine de la mort de son époux. Si sa position est malheureuse , on lui donne du travail, ou la tribu vient à son secours. Le divorce toutefois est très-usité chez les Kabyles ; mais il est pour ainsi dire livré an caprice du mari. Celui qui veut divorcer dit à sa femme : Je te quitte pour cent douros , et la femme se retire avec cette somme chez ses parents. Si elle se remarie, elle doit rendre l'argent à son premier époux; mais, si elle ne contracte pas de nouveaux liens , elle le conserve en

toute propriété pour subvenir à ses besoins. Ce qui rend cette mesure nécessaire , c'est que les filles n'ont aucun droit à l'héritage de la fimiille. La raison en est que la femme, étant forcée de suivre son mari , pourrait augmenter les ressources d'une tribu étrangère. Le Kabyle est d'autant plus riche qu'il a plus de iiUes, puisqu'il reçoit une dot pour chacune, et qu'il ne leur donne jamais rien.

La femme du peuple , chez les Arabes , est ordinairement sale. La femme kabyle est plus propre; elle doit faire deux toilettes jiar jour : le matin, elle se lave; le soir, elle se pare de tous ses ornements; elle met du henné, etc. Cette coutume vient de ce ipi'elle paraît à la table des hôtes. Il est possible que cette recherche ait contribué à établir la réputation qu'ont les femmes kabyles de surpasser les femmes arabes en beauté. Toujours est-il que ce renom existe; il se rapporte principalement à la distinction des formes.

Enfin , non-seulemept les femmes kabyles sont plus libres, plus considérées, plus influentes que les femmes arabes ; mais elles peuvent même aspirer aux honneurs et au pouvoir dévolus à la sainteté. La koubba de Lella Gouraya, qui domine Bougie, éternise la mémoire d'une fille célèbre par sa science et sa piété. La légende raconte qu'elle revenait, après sa mort, instruire les disciples lidèles, qui s'assemblaient encore sur son tombeau.

11 y a dans la Kabylie d'autres koubbas consacices à des teiiinies; et, sans sortir des exemples vivants, ^3n peut citer, comme jouissant d'une haute réputation de ce genre , la fille du fameux marabout Sidi Mohammed-ben-Abd-er-Rhaman ' el Kafnaouï, t|ui reçoit elle-même les offrandes religieuses au tombeau de son père, et que tous les Kabyles connaissent sous le nom de hent-el-chïhh^ , la fille du cbïkh.

1. Sid, ou si par abréviation : sieur, seigneur; sidi, monseigneur. Ahd, serviteur; r/iaman , miséricordieux : Ahd-er- Rhaman, serviteur du miséricordieux.

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