Guebla, sud, Sahara, désert
2. Djellale, couvertures en laine plus ou moins ornées de dessins , suivant la fortune des chefs de tente , très-larges , très chaudes, et enveloppant le poitrail et la croupe du cheval.
3. Un nègre du Kora les soigne. Les esclaves du Kora sont très-recherchés par les musulmans; ils apprennent très-difficilement l'arabe, sont très-attachés à leurs devoirs et très-fidèles à leurs maîtres.
4. Voy., pages 48 et 49, ce que les Arabes entendent par le mauvais œil.
ï>. Tu m'as jauni la figure. Le rouge , les couleurs écla-
La terre est vaste : adieu. »
Mebrouk , pourquoi hennir ainsi . pendant le jour, penJanl la nuit?
Tu dénonces mes embuscades et préviens mes ennemis; Tu penses trop aux filles de nos chevaux; Je te marierai, ô mon fils!
Mais où trouver mes amis, Dont les juments sont si nobles et les chamelles des trésors"? Leurs nouvelles sont enterrées; Où sont leurs vastes tentes qui plaisaient tant à l'œil? On y trouvait le tapis et la natte; On y donnait l'hospitalité de Dieu, Et le pauvre y rassasiait son ventre.
Files sont parties!
Les éclaireurs ont vu les mamelon* ,
Les braves ont marché les premiers ,
Les bergers ont fait suivre les troupeaux ,
Et les chasseurs , sur les traces de leurs lévriers si fins ,
Ont couru la gazelle.
Avez-vous entendu parler de la tribu de mes frères?
Non; eh bien! venez avec moi compter ses nombrou\ chevaux;
Il est des couleurs qui vous plairont.
Voyez ces chevaux blancs comme la neige qui tombe en sa saison,
Ces chevaux noirs comme l'esclave ravi dans le Soudan ;
Ces chevaux veris' comme le roseau qui croît au bord des fleuves;
tantes, sont, chez les Arabes, le partage du bonheur; les couleurs sombres, le jaune principalement, sont des indices de malheur.
l. Ces chevaux verts. Les Arabes considèrent comme vert le cheval que nous appelons louvet, surtout quand il se rapproche de l'olive un peu mûre.
Ces chevaux rouges comme le sang, premier jet d'une blessure,
El ces chevaux bleus ' comme le pigeon quand il vole sous les cieux.
Ou sont ces fusils si droits, plus prompts que le clignement de loeil;
Cette poudre de Tunis , et ces balles fabriquées dans des moules*.
Qui traversaient les os, déchiraient le foie, Et faisaient mourir la bouche ouverte?
Quand je cesse de chanter, mon cœur m'y porte encore ; Car il brûle pour mes frères d'un feu qui dévore mon intérieur.
Nulle part je n'ai vu de pareils guerriers.
mon Dieu ! rendez aveugles ceux qui pourraient leur porter envie!
Nont-ils pas de vastes tentes bien pourvues de tapis. De nattes, de coussins, de selles et d'armes riches? Le voyageur et l'orphelin n'y sont-ils pas toujours reçus Par ces mots de nos pères : « Soyez les bienvenus'/ » Leurs femmes , fraîches comme le coquelicot , Ne sont-elles pas portées sur des chameaux ,
Ces vaisseaux de la terre ^, Qui marchent du pas noble de l'autruche?
1. Ces chevaux bleus. Les Arabes appellent bleu le cheval gris étourneau foncé.
2. Ces balles fabriquées dans des moules. C'est , en général, un luxe pour les Arabes , et surtout pour ceux du désert, que d'avoir des balles fabriquées dans des moules. La plupart du temps, ils font des baguettes de plomb et les coupent ensuite par morceaux.
3. Ces vaisseaux de la terre. Le chameau est un animal tellement utile aux Arabes du désert, qu'ils l'appellent avec raison
Ne sont-elles pas rouvertes de voiles Qui, traînant loin derrière elles, désespèrent m^me nos
marabouts?
Ne sont-elles pas parées d'ornements, de bijoux enrichis
de corail , Et le tatouage bleu de leurs membres ne fait-il pas plaisir à
voir?
Tout en elles ravit l'esprit de ceux qui croient en Dieu :
Vous diriez les fleurs des fèves que l'Éternel a créées.
Vous vous êtes enfoncés dans le sud .
Et les jours me paraissent bien longs!
Voici près d"un an que, cloué dans ce Tell ennuyeux', Je n'ai plus vu de vous que les traces de vos canipemenls.
mon pigeon chéri , Qui portez un pantalon qui vous tombe jusqu'aux pieds, Qui portez un bernouss qui sied si bien à vos épaules. Dont les ailes sont bigarrées et qui savez le pays; vous qui roucoulez !
Partez, volez sous les nuages, ils vous serviront de couverture , Allez trouver mes amis, don nez- leur celte lettre, Dites-leur qu'elle vi^nt d'un cœur sincère.
Revenez vile et apprenez-moi s'ils sont heureux ou malheureux
Ceux qui me font soupirer.
le vaisseau de la terre. En effet, il est sobre, ne demande pas de grains pour sa nourriture, supporte admirablement la soif pendant plusieurs jours , enlève et transporte des poids très-lounN, dans les déplacements nécessités par la vie nomade.
1. Cloué dans ce. Tell ennuyeux. Les Arabes du désert aiment tellement leur vie indépendante et nomade, qu'ils regardent comme le moment le plus ennuyeux de leur existence celui où ils sont forcés de venir dans le Tell pour y faire leurs provisions de grains.
Vous verrez Cherifa', c'est une fille fière ,
Elle est fière , elle est noble , je l'ai vu par écrit.
Ses longs cheveux tombent avec grâce
Sur ses épaules larges et blanches :
Vous diriez les plumes noires de l'autruche
Qui habite les pays déserts et chante auprès de sa couvée.
Ses sourcils sont des arcs venus du pays des nègres;
Et ses cils , vous jureriez la barbe d'un épi de blé
Mûri par l'œil delà lumière*, vers la fin de l'été.
Ses yeux sont des yeux de gazelle , Quand elle s'inquiète pour ses petits, Ou bien encore c'est un éclair devançant le tonnerre , Au milieu de la nuit.
Sa bouche est admirable , Sa salive sucre et miel, Et ses dents bien rangées ressemblent aux grêlons
Que l'hiver en furie sème dans nos contrées.
Son col. c'e?t l'étendard que plantent nos guerriers
Pour braver l'ennemi et rallier les fuyards, Et son corps sans défaut vient insulter au marbre Qu'on emploie pour bâtir les colonnes de nos mosquées.
Blanche comme la lune que vient entourer la nuit, Elle brille comme l'étoile qu'aucun nuage ne flétrit. Dites-lui qu'elle a blessé son ami De deux coups de poignard, l'un aux yeux, l'autre au cœur. L'amour n'est pns un fardeau léger.
Je demande au Tout-Puissant qu'il nous donne de l'eau ;
1. Cherifa, féminin decherif, qui veut dire descendant du Prophète.
2. Dans leurs poésies, les Arabes appellent souvent le soleil oâin ennour, œil de la htmière.
Nous sommes au printemps , Et, la pluie a tioji tardé pour les peuples à troupeaux. J'ai faim , jes'us à jeun comme une lune de Ramadan.
Ils sont à Askoura , Dieu soit loué!
Qu'on m'amène mon chenal !
Et vous, pliez le< tentes!
Je vais trouver mo'i oncle ; 11 saura pardonner à l'enfant de son frère, Nous nous léioncilierons, Et, par la tète du Prophète, Je" donnerai une fête où paraîtront les jeunes gen-, Les étiiers qui brillent et les selles richement brudées; On y frappera la poudre' au son de la flûte et du tambour :
Je marierai Mebrouk, Et sestils seront nommés les fi's des juments bien soignées.
tribus du Sahara!
Vous prétendez posséder des chameaux*;
Mais les chameaux . vous le savez ,
Ne recherchent que ceux qui peuvent les défendre;
Et ceux qui peuvent les défendre sont mes frères ,
Parce qu'ils savent dans les combats bristr les os des rebelles.
On le voit, chez le peuple arabe, tout coiicoart à développer l'amour dés chevaux; la religion en fait un devoir, comme la vie agitée, les luttes
1. Ony frappera la poudre. Chez les Arabes il n'y a pas de fête sans coups de fusil.
2. Vous prétendes posséder des chameaux. Quand une tribu du désert est tranquille, elle envoie ses chameaux paître jusqu'à dix ou douze lieues en avant d'elle, et l'on conçoit que, si un coup de main a été tenté sur eux, il faut d'excellents chevaux et de vigoureux cavaliers pour les reprendre.
incessantes et les distances qu'il faut franchir dans un pays où les moyens de communications rapides manquent absolument , en font une nécessité ; l'Arabe ne peut mener que la vie à deux, son cheval et lui.
Ob.servationf^ de féniii* Abd-cl-Kader.
Le Koran appelle les chevaux « le bien par excellence. >
Le domestique du Prophète disait : « Avec les femmes, ce que le Prophète aimait le mieux, c'étaient les chevaux. »
Aïssa-bcn-Mariam (Jésus, fils de Marie), que le salut soit sur lui! alla trouver un jourEblis le noir démon , et lui dit : « Eblis , j'ai une question à l'adresser, me diras-tu la vérité? — Esprit de Dieu, répond Eblis, interroge-moi comme bon te semble. — Je te demande, reprit Jésus, par le vivant qui ne ment pas , qu'est-ce qui peut réduire ton corps à l'état de liquide et couper ton dos en deux? — C'est, répondit le diable, le hennissement d'un cheval dans une ville ou dans une forteresse. Jamais je n'ai pu entrer dans une maison renfermant un cheval pour la cause du Dieu trèshaut. »
De tout temps le cheval a été chez les Arabes l'objet de la plus grande sollicitude. Tant qu(^ dura ridolàtrie, ils aimèrent les chevaux, parce qu'ils
leur devaient gloire et richesse. Quand le Prophète lui-même en eut parlé avec les plus grands éloges , cet amour intéressé devint un devoir religieux.
Étant très-passionné pour les chevaux, un des compagnons du Prophète lui demanda s'il y en avait au paradis. « Si Dieu te fait entrer au paradis, répondit le Prophète, tu auras un cheval de rubis, muni de deux ailes, avec lesquels il volera à ton gré. »
Un poète a dit :
« Quels sont ceux qui me pleureront après ma mort? Mon épée, ma lauce de Roudaïna et mon alezan à la taille élancée , traînant ses rênes à la fontaine, la mort lui ayant enlevé son cavalier qui le faisait boire. »
Les bons chevaux se trouvent de préférence dans le Sahara , où le nombre des mauvais chevaux est très-petit. En effet, les populations qui l'habitent et celles qui les avoisinent ije destinent leurs chevaux qu'à faire la guerre ou à lutter de vitesse, et aussi ne les appliquent-elles ni à la culture ni à aucun exercice autre que le combat. C'est pour ce motif qu'à peu d'exceptions près leurs chevaux sont excellents.
Aucun individu du Sahara ne possède dix chameaux que lorsqu'il a un cheval pour les défendre contre tout ravisseur.
Dans le Tell, La plupart des Arabes appliquent les chevaux à la culture ; ils s'en servent également pour monter et pour leurs divers besoins. Ils n'ont point de préférence pour les mâles , parce que pour eux le cheval n'est qu'un animal qu'on utilise à tout ce dont il est capable , et pas seulement à la guerre.
Le sol et la nourriture n'améliorent pas le cheval mauvais ou seulement médiocre ; mais si le cheval de race pure est élevé dans la montagne et dans des terrains pierreux, il acquiert une force et une patience plus grandes que le cheval élevé dans les plaines.
C'est pour cela que le cheval d'origine pure qui est élevé dans le Sahara * est préférable au même cheval élevé dans le Tell. Le premier, en effet, différant en cela du cheval du Tell , est soumis à la fatigue, à des courses considérables, à la soif, à la faim.
1. Voy. les Chevaux du Sahara, par le général E. Dauraa» (Schiller, imprimeur-libraire, Faubourg-Montmartre, llj.
Guerre entre les tribus du désert.
Une caravane a été pillée , les femmes de la tribu ont été insultées, on conteste l'eau et les pâturages : voilà de ces griefs que la razzia , fûtce la terrible téhha\ ne suffirait pas à venger. Aussi les chefs se sont réunis et ont décrété la guerre.
Ils ont écrit à tous les chefs des tribus alliées et leur ont demandé leur aide. Les alliés sont fidèles et siirs ; ne sont-ils pas aussi les ennemis de la tribu à punir? n'ont-ils pas les mêmes sympathies, les mêmes intérêts que ceux qui les appellent? ne font-ils pas partie <!ti .v/, du rang, de la confédération ? Aucune des hihus ne refusera d'envoyer son contingent, proportionné à son importance.
Mais les alliés sont loin : ils ne pourront pas ar-
1. Téhha veut proprement dire Jp tomhemenl; c'est le nom donné à la plus terrible des razzias. On égorge tout ce que l'oa rencontre.
river avant huit ou dix jours; en attendant, les conseds se renouvellent, et les chefs excitent les esprits par leurs proclamations :
« Vous êtes prévenus , ô esclaves de Dieu , que nous avons à tirer vengeance de telle tribu qui nous a fîiit telle insulte. Ferrez vos chevaux, faites des provisions pour quinze jours : n'oubliez pas le blé , l'orge , la viande sèche (khreléa) et le beurre ; vous devez non-seulement suffire à vos besoins, mais encore pouvoir donner généreusement l'hospitalité aux cavaliers de telle, telle et telle tribu, qui viennent nous soutenir. Commandez à vos plus jolies femmes de se tenir prêtes à marcher avec nous ; qu'elles s'ornent de leurs plus belles parures ; qu'elles parent de leur mieux leurs chameaux et leurs âatatiche (palanquins de parade); portez vous-mêmes vos plus riches vêtements , car c'est pour nous une affaire de nif (amour-propre). Tenez vos armes en bon état, munissez-vous de poudre, et soyez réunis tel jour à tel endroit. Le cavalier qui a une jument et qui ne viendra pas, le fantassin qui possède un fusil et qui restera , seront frappés, le premier d'une amende de vingt brebis, et le second d'une amende de dix brebis. »
Tout homme valide , même à pied , doit faire partie de l'expédition.
On va partir ; mais d'abord les chefs confient les troupeaux , les tentes et les bagages de la tribu à
la garde de vieillards expérimentés, chargés également de pourvoir à la police et à la surveillance de cette réunion de femmes, d'enfants, de malades et de bergers.
.Les ennemis aussi se sont préparés ; instruits par des voyageurs, par des amis, par des parents même qu'ils ont dans le parti opposé, ils se hâtent d'écrire de tous les côtés pour réunir leurs alliés (leur sof); ils placent les troupeaux, les tentes, les bagages dans un endroit qu'ils croient sûr, puis un rendez-vous est assigné aux cavaliers dans le plus bref délai ; dans la crainte d'une surprise, on choisit un terrain convenable pour la défensive, et l'on attend les événements.
Les événements sont proches , et la tribu qui a pris les armes pour se venger va bientôt se mettre en marche ; elle n'a pas perdu un seul instant. La veille du départ, tous les chefs des auxiliaires se réunissent à ceux qui les ont mandés , et , en présence des marabouts , prêtent sur le livre saint de Sidi-Abd-AUah le serment suivant :
nos amis! jurons par la vérité du livre saint de Sidi- Abd-AUah que nous sommes frères, que nous ne ferons qu'un seul et même fusil, et que, si nous mourons, nous mourrons tous du mêmesibre; si vous nous demandez le jour, nous viendrons le jour, et, si vous nous appel, z la nuit, nous accourrons pendant la nuit.
Les assistants , après avoir juré , conviennent de partir le lendemain matin.
Le lendemain , à l'hernie désignée , un homme de haute naissance, noble {djieud) entre les plus nobles , monte à cheval , se fait suivre de ses fejnmes portées sur des chameaux, et donne le signal. Tout s'ébranle alors, tout se met en mouvement; l'œil est ébloui par ce pêle-mêle étrange et pittoresque, par cette foule bigarrée de chevaux, de guerriers, de chameaux portant les riches palanquins où sont enfermées les femmes.
Ici , ce sont les fantassins qui font bande à part ; là , les cavaliers qui surveillent la marche des femmes ; d'autres , plus ardents, plus insoucieux, sont partis en avant ou s'éparpillent sur les flancs , moins en éclaireurs qu'en chasseurs. Ils forcent avec leurs lévriers la gazelle , le lièvre , l'antilope ou l'autruche.
Les chefs sont plus graves ; sur eux pèse la responsabilité. C'est à eux que reviendra la plus grosse part du butin si l'expédition réussit ; mais 81 c'est un revers, à eux les imprécations, la ruine et la honte.
Ils se concertent et méditent.
Puis viennent les chameaux qui portent les provisions.
Tout cela se conformant aux exigences du terrain , tout cela désordonné , bruyant et joyeux ,
songeant àravcnluie, non à la fatigue, à la gloire, non aux périls. Les guerriers célèbrent leurs exploits de tous genres ; les joueurs de flûte les accompagnent, les animent ou les interrompent; les femmes poussent des cris de joie : ces bruits sont dominés par les enivrants éclats de la poudre. Mais les fusils se taisent ; un jeune et beau cavalier entonne alors l'un de ces cbants d'amour que la passion se plaît à parsemer de couleurs éclatantes, d'images étranges, et qui, dans le désert, ont toujours un charme nouveau pour ces populations chevaleresques.
Mon cœur brûle avec son feu Pour une femme issue du paradis; O vous qui ne connaissez pas \ieryem', Celte merveille de Dieu I unique, Je vais vous monlrer son portrait.
Meryem, c'est le bey Oaman lui-même, Quand il paraît avec ses étendards , Les tambours qui mugissent El ses goums qui le suivent.
Meryem, c'est une jument de race Qui vit avec délices Dans un palais doré; Elle aime l'ombre des feuilles , Elle boit une eau limpide El veut des noirs pour la soigner.