C'est Abraham
est méprisé. Souvent mènie il arrive que le douar le frappe d'une amande de kouskoussou, de mouton et de laitage , au profil de celui qu'il a refusé d'accueillir.
Si, au contraire, .il est dans la tribu un houmie duquel on dise :
El kerim , galbou ghrany, ou houa fakir !
Le généreux, son cœur est riche, et pourtant il est pauvre !
les maîtres des chameaux, des moutons et des dattes, les maîtres enfin des biens de Dieu l'aidei-ont par des avances, et se cotiseront pour lui monter sa tente en troupeaux , en beurre, en laine, et partout ils le vanteront et se réjouiront de lui :
Il est le seigneur des hommes braves et généreux , et nous le laisserions avec la peine ! Il ne pourrait pas nourrir son cheval , ce cavalier des jours noirs ; on ne dira pas cela de notre tribu, — non, — cotisons-nous, il augmentera notre réputatio;!.
Un homme ne peut enrichir une djemâa (assemblée) ;
Mais une djem.âa peut enrichir un homme.
Ouahed ina ighreni djemâa ,
Ou el djemâa teghreni ouahed.
Mais ce n'est pas assez que d'être généreux, il faut savoir donner.
Si tu ne manges pas, fais manger. An lem takoul, ouhkel.
Ne vous observez jamais les uns les autres
C>i LE TELL.
quand vous mangez ensemble. Laissez à chacun la liberté de faire ainsi qu'il l'entendra.
Ben-Âbas, mangeant avec un autre marabout, eut l'inconvenance de l'aire observer à son hôte qu'il allait porter à sa bouche un cheveu. « Puisque tu remarques ce que je fais, lui répondit le convié, jusqu'à voir un cheveu sur mon plat, je jure par ta tête et par la mienne que je ne mangerai jamais plus chez toi. »
Ne refusez point la diffa de celui qui vous l'offre.
Un hôte arriva chez un Arabe qui le fit asseoir et lui présenta la diffa. « Je n'ai pas faim, dit l'étranger ; je n'ai besoin que d'une place pour me reposer celte nuit.
— Va donc chez un autre , lui répondit l'Arabe ; je ne veux pas qu'un jour tu puisses dire : « J'ai •< couché chez un tel , » je veux que tu dises : •< J'y <• ai rassasié mon ventre. »
La barbe de l'invité est dans la main du maître de la tente.
Lahijt el dif p. ide moul el khéïma.
Il n'est pas un homme bien élevé qui ne connaisse et ne pratique ces préceptes; mais il en est peu qui aient été mis à une épreuve aussi cruelle que Bou-Bekeur.
L'aumône.
Au premier rang des bonnes œuvres que la religion reconininude aux Arabes figure l'auniùne. Bien des légendes, bien des fondations reti-acenl la mémoire de quelque saint bouinic qui a passé sa vie à faire le bien. J'en citerai une parce qu'elle est très-populaire, très-répandue, et qu'en peu ûc, mots elle célèbre un digne marabout qui ne se contenta pas de pratiquer et de recommander l'aumône de son vivant, mais qui, même après sa mort, sut se rendre utile aux vrais croyants :
Sidi-Mobammed-cl-Gandouz, qui vécut, mourui et fut enterré à l'endroit même où la piété des lidèles a depuis élevé le marabout qui porte son nom, était renommé pour l'bospitalité que trouvaient cbcz lui les pauvres et les voyageurs.
Les caravanes de passage fournissaient à ses aumônes en lui laissant de la viande séchée, de la farine, des dattes, du beurre, etc., qu'il distribuait aux malheureux dont les provisions étaient épui-
sées et aux pèlerins indigents qui venaient le visiter et prier avec lui. Cet usage s'est conservé; aucune caravane n'oserait passer près de ce lien d'asile sans y faire la prière et sans y laisser une ouada. C'est le droit de tous les passants d'entrer dans le marabout, d'y manger selon leur faim et d'y boire selon leur soif; mais malheur à celui qui oserait emporter une part de ces provisions sacrées! il périrait sûrement en route.
Personne n'est là pour surveiller ces offrandes ; elles s'offrent à toute main, étendues sur des nattes ou suspendues aux murailles; cependant il n'y a point d'exemple que Jamais aucun indiscret ait abusé de cette hospitalité de Dieu.
Et cela se passe loin des yeux des hommes; mais Dieu est partout.
Le Prophète et, comuie lui, tous les amis fidèles de Dieu ont été les amis des pauvres.
L'aumône, c'est le réveil de tous ceux qui sommeillent; celui qui l'aura faite reposera sous son ombrage , lorsqu'au jour du jugement Dieu réglera le compte des hommes.
Il ]iassera le Sirate, ce pont tranchant comme im sabre et qui s'étend de l'enfer au paradis.
L'aumône faite avec foi, sans ostentation, en secret, éteint la colère de Dieu et préserve des morts violentes.
Elle éteint le péché comme l'eau éteint le feu.