‹ Mœurs et monuments des peuples préhistoriquesChapitre 100 sur 107 · Rivière, Congrès des Sciences géographiques. Paris · texte numérisé non relu

Rivière, Congrès des Sciences géographiques. Paris

s’appliquait qu'aux ossements d'adultes et ceux des enfants conservaient leur blancheur naturelle. En 1880, l'ouverture d’une sépulture de l’âge de pierre située sur le territoire d'Anagni, à peu de distance de Rome, donnait la partie faciale d’un crâne humain colorée en rouge vif avec du cinabre. Ce n'étaient point là des faits isolés, car la même coloration se voit sur des ossements recueillis à Finalmarina et sur plusieurs autres points de la Ligurie et de la Sicile. La coutume paraît avoir été générale pendant la période néolithique dans toute la Péninsule Italique ‘. Elle se retrouve dans d’autres contrées; au congrès préhistorique de Lisbonne, où des savañts italiens donnaient connaissance des faits observés en Italie, M. Delgado mentionnait le mème usage chez les troglodvytes de la grotte de Furninha. Dans les kourganes du gouvernement de Kiew. les crânes sont teints en rouge à l’aide d’une substance minérale dont les fragments sont épars à côté des squelettes. Les plus anciens parmi ces kourganes paraissent dater de l’âge de pierre; on y trouve des instruments en silex et en bois de renne mêlés aux ossements de rongeurs depuis longtemps disparus du pays *. Les fouilles poursuivies dans la vallée de Kïtoi (gouvernement d’'Irkoutsk, Sibérie) ont mis au jour plusieurs tombeaux qui paraissent dater de la même époque que les kourganes de Kiew. Les morts étaient inhumés avec les armes, les outils, les ornements qui pouvaient leur servir dans la vie nouvelle qui s’ouvrait pour eux. Puis la tombe était comblée par des couches de sable auxquelles on avait soin de mêler de fortes quantités d’ocre rouge. Il est difficile de ne pas voir là comme une réminiscence d’un rite tombé en désuétude.

Aujourd’hui encore quelques tribus de l'Amérique du Nord exposent les cadavres des leurs sur la cime des arbres et elles enterrent les ossements décharnés après les avoir enduits d’une brillante couleur rouge. Dans l'ile d’'Espiritu Santo, sur la côte de la Californie, on a recueilli de nombreux ossements hu-

1. Atti della R. Acad. dei Lincei, 1879-1880. 2. Soc. anth. de Munich, 1886.

mains ainsi peints avec de l’oxyde de fer argileux. Ces coutumes, tout étranges qu'elles puissent paraître, se sont donc conservées en souvenir des ancêtres; l’atavisme se montre aussi bien dans les usages et dans les traditions que dans la conformation physique.

À Solutré, nous trouvons une sépulture formée de dalles brutes. Le corps reposait sur un lit épais d’os de cheval brûlés et pilés. Les débris du renne étaient mêlés aux ossements humains. Sont-ce bien là des rites funéraires et les ossements appartiennent-ils à un chasseur de rennes ou de chevaux? Cela est possible, mais nous n’oserions l’affirmer. Solutré, dans une situation admirable, sur une hauteur dominant la vallée de la Saône, abrité contre les vents du Nord, voisin d’une source abondante, a été de tout temps recherché comme séjour par les hommes. Dans les tombes, les siècles sont confondus; si les unes sont néolithiques, les autres sont burgondes, romaines, mérovingiennes. Il est possible que parmi elles il en soit qui remontent à l’époque du renne; c'est, dans l’état actuel des découvertes, tout ce qu'il est permis d'affirmer.

Souvent le mort était inhumé assis ou replié sur lui-même ; il est intéressant de trouver le même usage sous les mounds de l'Amérique et sous les tumuli de l'Europe. Par une pensée touchante, on rapprochait la mort et la vie, le berceau et la tombe, l’homme au sein de la terre, mère commune, et l'enfant au sein de sa propre mère. Peut-être aussi la position assise indiquait-elle que l’homme, qui n'avait jamais connu le repos pendant sa dure lutte pour l'existence, possédait enfin ce repos dans sa vie nouvelle. Les hommes des premiers temps barbares et grossiers ne pouvaient avoir la conception d’un avenir différent de ce qu'était pour eux le présent, n1 d’une vie qui ne fût pas en toutes choses semblable à la leur.,

Quels que soient les motifs qui l'avaient inspiré, ce mode d'inhumation était usité dès l’époque de la Madelaine‘ ; à Bruniquel,

1. Troyon, De l'attitude repliée dans la sépulture antique (Revue arch., 1864).

dans l'Aveyron, le mort gisait accroupi dans sa dernière demeure. Mais il est surtout caractéristique des temps néolithiques. A ce moment, on le trouve répandu dans la plus grande partie de l’Europe. Huit squelettes récemment découverts à Schwann (Mecklembourg) étaient repliés sur eux-mêmes. En Scandinavie, nous n'avons que l'embarras du choix. Les morts étaient accroupis dans la grotte sépulcrale d'Oxevalla (Ostrogothie) et des tumuli qui remontent à la plus haute antiquité recouvrent un passage formé d'immenses blocs de pierre aboutissant à une salle centrale, autour de laquelle les squelettes étaient assis. appuyés contre les parois. f

Sur les bords de la Méditerranée, les fouilles de la grotte de Vence (Alpes-Maritimes) ont montré les morts rangés en cercle comme des hommes prêts à prendre un repas en commun. Les corps étaient repliés, dans la position d’un homme appuyé sur ses talons; la colonne vertébrale était ployée en avant et la tète touchait presque les genoux. Au centre du cercle, on remarquait quelques fragments de poterie et les débris d’un oiseau de grande taille, une buse probablement”. Peut-être le hasard seul l’avait-il fait mourir au milieu de ces hommes. Les dolmens de l’Aveyron ont donné des lames et des pointes en silex, des poteries, des pendeloques, des perles en os, en pierre, en test de coquilles, en schiste ardoisier. Sous l’un d’eux, on a trouvé exceptionnellement un petit objet en bronze; les squelettes étaient appuyés contre les parois. Dans une de ces sépultures, les ossements humains primitivement placés à l'entrée du dolmen avaient été relégués dans le fond de la grotte; les vaincus avaient dù céder la place aux vainqueurs. On signale ce même mode d’inhumation dans le nord et dans l’ouest de la France. Les fouilles du Mane-Lud permettent de croire que les corps étaient repliés sur eux-mêmes. Il en est de mème à Luzarches et dans le cimetière des Varennes, auprès de Dormans *. Dans ce cimetière, on à pu constater les traces d’un foyer al-

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