‹ Mœurs et monuments des peuples préhistoriquesChapitre 99 sur 107 · AN · texte numérisé non relu

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il en était partout de même avant l'emploi usuel des métaux. On a trouvé des assiettes creuses et plates en argile très commune, des boutons, des entonnoirs, des grelots, des jouets d’enfants, des cachets sur lesquels on a cru reconnaître des caractères hittites. On n'a découvert ni une lampe ni rien qui püt y sup-

1. La vulve est quelquefois figurée par un grand triangle. On signale ce même fait sur des statuettes en marbre blanc trouvées dans les tombes des Cyclades et de l’Attique. Trois de ces statuettes provenant de l’île de Paros sont au Louvre, et le British Museum en possède une riche collection. Le Dr Schliemann cite aussi une idole féminine en plomb, de facture grossière, portant sur les parties sexuelles une croix géminée.

pléer. Les Troyens devaient s'éclairer avec des branches de bois résineux ou avec des brasiers.

Il serait impossible même d’énumérer les objets de toute sorte

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Fig. 98. — Vases de cuivre trouvés à Troie.

recueillis au milieu des décombres de Troie; 1ls permettent de pénétrer dans la vie privée des habitants. Les fragments d'une lyre en ivoire, des tuyaux percés de trous réguliers montrent leur goût pour la musique; une quenouille encore chargée de laine calcinée que la fileuse avait sans doute laissé tomber en fuyant l'incendie, le travail manuel; des phallus" en marbre ou en pierre, le culte de la puissance génératrice.

1. Le phallus était, disons-nous, le symbole de la puissance génératrice. Son culte était répandu dans l'Inde eten Syrie ; un phallus gigantesque ornait le temple de

Les armes et les outils comprenaient des balles de fronde en hématite ou en diorite, des haches, des marteaux en pierre perforés pour recevoir un manche, des scies en silex, des couteaux en obsidienne. La métallurgie commence à jouer un rôle impor-

Fig. 99. — Vases en or et en électrum, avec deux lingots, trouvés sous les ruines de Troie.

tant; la pierre moins résistante disparaîtra promptement devant le cuivre et le bronze. Le fer est encore inconnu, du moins on n'en à jusqu'ici reconnu nulle trace ni à Troie, ni dans les villes qui l'ont successivement remplacée. On a trouvé des creusets et des moules presque toujours en micaschiste ou en argile. On en connaît un seul en granit de forme rectangulaire, il présente sur

la mère des dieux à Hiérapolis, des processions où on le portait en triomphe existaient en Égypte et en Grèce. Ce culte s’est continué jusqu’à nous. Près de Ntombo, en Afrique, est un temple or de statues phalliques ; à Stanley-Pool, la fête du phallus est célébrée avec des cérémonies obscènes. Les Kroumen observent des cérémonies semblables à l’apparition de la nouvelle lune, et au Japon, à certains jours de fête, les jeunes filles agitent d'énormes phallus à l'extrémité de longues perches.

chaque face des creux destinés à recevoir le métal en fusion. Le musée Schliemann possède de nombreuses haches de combat! en bronze*, des poignards à deux tranchants avec des soies crochues,

Fig. 100. — Objets en or et en argent appartenant au trésor de Priam.

des lances semblables à celles trouvées à Koban*, des milliers de broches à tête tantôt sphérique, tantôt tournée en spirale. Nombre de ces broches sont en cuivre; il en est de même de grands clous du poids de 1190 grammes; ce métal était donc encore fréquemment employé sans alliage.

Au pied du palais, dont les ruines s'élèvent sur l’acropole à partir de 8",50 de profondeur, la pioche des fouilleurs a mis au jour des boucliers, des vases (fig. 98), des plats en métal entassés dans le plus grand désordre, souvent soudés ensemble par la force du feu. Ils avaient probablement été renfermés dans un

1. On trouve en Hongrie des haches semblables en cuivre pur (fig. 2). Butler (Prehistorie Wisconsin) en cite également venant de l'Amérique du Nord.

2. L’étain nécessaire à cet alliage devait venir de l'Espagne ou du Cornwall, peut-être aussi du Caucase où il existe de faibles gisements. Il était sans doute importé par les Phéniciens, les grands navigateurs de l’antiquité.

3. Rudolf Virchow, Das Grüberfeld von Koban im Lande der Osseten. Berlin, 1883.

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coffre en bois détruit par les flammes’. On est surpris de la richesse qui se révèle à nous. Ce sont des coupes, des bou-

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Fig. 101. — Boucles d'oreilles en or, ornement de tête et collier de perles d’or du trésor de Priam.

teilles, des gobelets en or (fig. 99 et 100) des colliers en or°, des

pendants d'oreilles en électrum*. Les parures de femme sont sur-

1. Cette supposition est d'autant plus admissible que les débris d’une clefont été trouvés auprès du lieu où gisait ce trésor qu’il est permis d'attribuer à Priam. Iliade, ch. xxiv.

2. L'or pouvait provenir des mines d’Astyra, non loin de Troie.

3. L’électrum était le nom ancien de l’ambre ; on l’applique aussi à un alliage d'or et d'argent dont la couleur jaune claire se rapproche de celle du succin.

tout curieuses. On a recueilli sur un seul point plusieurs diadèmes (fig. 101), cinquante-six boucles d'oreilles, six bracelets, près de neuf mille menus objets, anneaux, boucles, boutons, dés à jouer, épingles, perles, ornements de toute sorte!. Tous ces bijoux étaient entassés dans un grand vase en argent, où sans doute ils avaient été jetés à la hâte, dans le désordre d’une fuite précipitée. [ls présentent des formes particulières, étrangères à l’art assyrien comme à l’art égyptien. Ont-ils été travaillés à Troie même? Le docteur Schliemann en doute; ilne croit pas que les hommes qui produisaient de si grossières poteries fussent capables de fabriquer des bijoux d'une finesse et d’un travail remarquables. Je ne saurais être aussi aflirmatif. Chez les peuples les plus avancés, on trouve confondus des produits fort communs, d’autres au contraire d’une exécution artistique. Pourquoi n'en aurait-il pas été de même à Troie? Je crois donc que dorénavant l’art troyen doit avoir sa place dans l’histoire des progrès de l’humanité. Le xix° siècle l’a fait connaître et, par un étrange caprice du sort, les dépouilles du roi Priam ornent le musée de Berlin et nous avons vu le diadème de la belle Hélène exposé au Kensington Museum à Londres*. |

Des trésors presque aussi importants déposés dans des vases en terre ont été découverts sur plusieurs autres points. Parmi les objets qui les formaient, les uns ont malheureusement été dérobés et fondus par les ouvriers, les autres transportés au palais impérial de Constantinople où ils sont destinés à disparaître. En 1878 cependant, Schliemann fut plus heureux et un dépôt lui livrait vingt boucles d’oreilles et quatre ornements en or qui avaient fait partie d’un collier*. Des ornements semblables ont été

1. Le Dr Schliemann donne une description très exacte de tous ces objets. Voy. Ilios, fig. 900 à 968, p. 570 ets.

2. Le yofüeuvoy où diadème de la femme de Ménélas est un bandeau mince auquel pendent plusieurs chaînettes formées de chaïînons alternant avec de petites lames et terminées par des lames un peu plus grandes qui oftrent le type de la femme à tête de chouette.

3. Bastian, Zeitschrift der Berliner Gesellscha*t für Erdkünde, t. XIII, pl. 1 et 2.

découverts à Mycènes, auprès de Bologne, au Caucase, dans les habitations lacustres et, fait plus curieux encore, sur le Rio Suarez en Colombie’.

Je n'ajouterai rien à ce que j'ai dit sur les villes qui se sont tour à tour élevées sur les ruines de Troie et dont des étages successifs de décombres attestent seuls aujourd’hui l'existence. L'incendie s’acharne contre les habitants de la colline d'Hissarlik; de nouveaux occupants ne s’y établissent que pour disparaître rapidement”. Seule l’Ilium des Grecs et des Romains paraît avoir connu des jours plus prospères; elle disparaît à son tour ; les bergers et leurs troupeaux sont désormais les seuls hôtes de la colline immortalisée par Homère.

Avant de terminer, il convient de revenir sur un fait d’un

Fig. 102. — Fusaïoles en terre cuite.

intérêt considérable. À partir de l'étage qui correspond à l'ère troyenne, le docteur Schliemann a recueilli par milliers ces cônes perforés dont nous avons parlé en racontant les habitations lacustres et auxquels on donne le nom de fusaïoles (fig. 102). Ces fusaïoles sont ordinairement en argile commune" mêlée de fragments de mica, de quartz ou de silice; avant la cuisson, elles étaient plongées dans un bain d'argile très fine de couleur grise, jaune ou noire, puis lissées avec soin. Presque toujours elles por- -tent des ornements d’une exécution assez primitive, des astres, Le

1. Si l'on accepte, comme la date de la guerre de Troie, 1200 ans avant l'ère chrétienne et pour la fondation d'Ilium le vin‘ siècle, les villes qui se sont succédé sur la colline d'Hissarlik n'auraient guère vécu que quatre siècles.

2. Il en a été recueilli un certain nombre en stéatite à Mycènes et à Tyrinthe.

soleil, des fleurs, des animaux, plus rarement des représentations humaines.

Nous croyons que ces fusaïoles sont des amulettes; elles ont été apportées à Hissarlik par les Troyenset pieusement conservées par leurs successeurs. Un fait important vient à l'appui de cette hypothèse. Un très grand nombre de ces fusaïoles portent le swastika’ (fig. 103), la croix aux quatre bras coudés, le signe sacré de la grande race Arya, la mère commune des peuples indo-

Fig. 103. — Couvercle de vase avec le swastika trouvé à Troie.

européens. Le swastika est gravé non seulement sur les fusaïoles, mais aussi sur les diadèmes des filles de Priam, sur les idoles qu'elles adoraient, comme sur les nombreux objets provenant de la ville lydienne et de la ville gréco-romaine.

Ce fait se répète sans cesse; le swastika figure sur les plus anciens livres persans, sur les temples de l'Inde, sur les pierres funéraires celtiques et sur un cylindre hittite. Il se montre sur les vases à forme élégante d'Athènes et de Milo, sur ceux de Cère, de Chiusi, de Cume, comme sur les grossières poteries récemment découvertes à Kônigswalde sur l’Oder ou aux confins de la Hongrie, sur des objets en bronze provenant du Caucase et sur la célèbre urne d’Albano, sur une médaille de Gaza en Palestine et sur une médaille ibérienne d’Asido. Il est buriné

1. Dans les Vedas, le mot Swasti se trouve fréquemment employé dans le sens de bonheur.

sur les parois des catacombes de Rome, sur la chaire de saint Ambroise à Milan, sur les murs écroulés de Portici et sur les monuments les plus anciens de l'Irlande où il est souvent accompagné d'inscriptions en ogham”. |

Le swastika est deux fois reproduit sur une grande pièce de euir trouvée à Corneto, qui appartient aujourd’hui au musée de Berlin. M. Cartailhac l’a rencontré dans les citanias du Portugal, dont quelques-unes tout au moins remontent à l’époque néolithique?. Les Anglais, dans leur guerre contre les Achantis,

Fig. 104. — Marteau eu pierre du New-Jersey avec une inscription indéchiffrée.

l'ont relevé sur des bronzes pris à Coomassie sur les côtes de la Guinée, et ces mêmes Anglais devaient le revoir dans leur comté de Norfolk.

Bien plus, si nous traversons l'Atlantique, nous voyons ce même signe gravé sur les temples du Yucatan dont l’origine est inconnue, sur une hache trouvée à Pemberton dans le New Jersey (fig. 104), et sur des coupes retirées des pueblos du Nouveau-Mexique. Le docteur Hamy, dans les Décades américaines, le représente sur une gourde aplatie appartenant aux

1. G.Atkinson, Congrès préh. Lisbonne, 1880, p. 466. 2. Ages préh. on Espagne et en Portugal, fig. 410, 411, 412, p. 286.

Indiens Wolpi, et les tambours sacrés des Eskimos le portent encore aujourd’hui en souvenir d’une coutume transmise par les ancêtres. L’universalité du même signe chez les Hindous, les Persans, les Hittites, les Pèlasges, les Celtes, les Germains, comme chez les Chinois, les Japonais et les habitants primitifs de l'Amérique, est infiniment curieuse; elle montre l'identité de races en apparence si étrangères les unes aux autres, elle fournit d'importants éléments pour résoudre le grand problème de nos origines.

Nous venons de raconter les œuvres de l’homme depuis les premiers temps où son existence est connue. Il faut, avant de terminer cette étude, montrer cet homme devant la mort, préparant sa sépulture et celle des siens.

\ | \ É | | 2e 2 à CHAPITRE VIII LES SÉPULTURES. #

On doit chercher l’histoire des peuples dans les tombeaux, a dit Thucydide ; la sépulture en effet a été dans tous les temps et pour tous les hommes une constante préoccupation, fondée sur le sentiment religieux, sur la pensée que tout ne finit pas avec la vie qui s'écoule si rapidement pour nous.

On trouve ces craintes, ces espérances dès les premiers moments de l'apparition de l’homme sur la terre ; mais les ossements humains que l’on peut dater avec quelque certitude de la période paléolithique sont, je l'ai dit, extrèmement rares. Nous ne connaissons qu'un très petit nombre de faits qui permettent d'affirmer que le contemporain du mammouth et du grand ours avait déjà appris à respecter les restes de celui qui fut un homme comme lui. Un de ces faits me paraît mériter d’être rapporté avec quelques détails.

En 1886, les fouilles de la grotte de Spy ‘ dans la provitice de Namur, ou plutôt d’une terrasse de onze mètres de longueur sur six de largeur qui la précède, mirent au jour deux squelettes

1. Le vrai nom de cette grotte est la Befche aux Roches. On peut consulter un excellent mémoire lu par les explorateurs MM. de Puydt et Lohest, en août 1886, à la fédération historique de Belgique, et Les fouilles de Spy par le docteur Collignon (Revue d’Anthropologie, 1887). Des fouilles avaient été entreprises dans la grotte même dès 1879 par M. Bucquoy (Bul. Soc. anth. de Belgique, 1887). Il avait reconnu quatre niveaux ossifères et recueilli des silex aux formes moustériennes et même ces haches chelléennes auxquelles on a donné le nom de coups-depoing.

humains. L'un était celui d’un individu déjà âgé, probablement du sexe féminin, l’autre celui d’un homme dans la force de . . l’âge. Ces squelettes étaient empâtés dans une brêche très dure qui renfermait des fragments d'ivoire et de nombreux silex de dimensions assez exiguës. Quelques-uns d’entre eux présentaient sur une de leurs faces des retouches très fines. D’après les renseignements que j'ai recueillis sur les liéux, les squelettes étaient étendus; Les os à peu près complets conservaient leur position naturelle-et, auprès de l’un d'eux, on retirait plusieurs pointes dont une en phtanite, mesurant soixante-cinq millimètres de longueur, du plus pur type moustérien. Les os indiquent des hommes petits et trapus; ceux du crâne présentent les caractères de la race de Canstadt, la plus ancienne, nous dit-on, des races actuellement connues; leur épaisseur atteint jusqu’à neuf millimètres. Le front est bas et fuyant, les arcades sourcilières proéminentes, les maxillaires inférieurs hauts et robustes.

Au même niveau et au niveau immédiatement supérieur, on a recueilli les débris du mammouth, du Rhinoceros tichorhinus, du grand ours, de la grande hyène des cavernes, du renne el de plusieurs autres mammifères appartenant tous à la faune quaternaire. Tout porte à croire que les hommes revenus si inopinément à la lumière étaient les contemporains de ces mammifères et que leurs restes avaient été déposés Fi EU mort dans la grotte où nous les retrouvons.

La Belgique fournit de nombreux exemples de sépultures dans les cavernes, moins anciens sans doute que celui que nous venons de citer. Des fouilles récentes dans la caverne de Chauvaux ont montré deux squelettes adossés contre les parois dans une position accroupie, les jambes repliées sous Île corps. Dans la caverne de Gendron, M. Dupont a découvert dix-sept squelettes déposés dans un couloir bas et étroit; ils gisaient étendus dans toute leur longueur, les pieds dirigés vers la muraille et disposés par rangées de deux ou de trois, les uns sur les autres. Au milieu de ces morts, un homme était placé debout; il semblait leur gardien.

La grotte Duruthy à Sordes s'ouvre près du point où le gave de Pau et le gave d'Oloron unissent leurs eaux avant de se jeter dans l’Adour. A son extrémité septentrionale, est une niche naturelle où étaient entassés dans le plus extrême désordre plus de trente squelettes, adultes et vieillards, femmes et enfants. Les silex taillés, les poinçons en os, les ornements montrent les mêmes formes, témoignent du même travail que ceux attribués aux temps paléolithiques.

Il semble que nous soyions ici en présence d’un véritable rite funéraire qui consistait à décharner d’abord les corps, puis à transporter les ossements dans des grottes où, bien souvent, leur présence ne gênait en rien l'habitation du vivant !.

Les grottes de Baoussé-Roussé, auprès de Menton, apportent une preuve nouvelle de l'extension que ce rite, si nous devons lui conserver ce nom, avait prise. Les squelettes gisaient sur une couche de fer en poudre assez épaisse, pour atteindre dans certaines cavités naturelles près d’un centimètre de hauteur. Cette accumulation n'aurait pu avoir lieu, si avant l’inhumation le squelette n'avait été dépouillé de sa chair. Cette chair avait même dû être enlevée par un procédé rapide, car les ossements étaient restés en général dans leur position naturelle, unis par leurs tendons et leurs ligaments.

Nous pouvons citer les mêmes découvertes, en Italie, en Sicile, en Belgique, dans le midi pyrénéen. Sous Le tumulus de Plouhennec en Bretagne, les ossements étaient entassés dans un complet désordre. Quelques archéologues croient même que les ouvertures qui se voient sur certains dolmens avaient pour but de précipiter les ossements des morts qui venaient successivement rejoindre leurs ancêtres. Dans beaucoup de Long Barrows anglais, Les ossements paraissent aussi avoir été jetés pèle-mèêle; l'espace était trop étroit pour qu'un corps complet püt y être

1. Nous empruntons ces détails à un travail très bien fait de M. Cartailhac (Mat., 1886, p. 441. — Rev. d’Anth., 1886, p. 448). Les conclusions de notre savant collègue sont : que l’on ignore absolument les rites funéraires des hommes de

Chelles et de Moustier et que c’est à la période solutréenne qu'il faut faire remonter les premières sépultures véritablement authentiques.

déposé; il faut done qu'avant l’inhumation la chair ait été séparée des os. C'est, à vrai dire, le seul moyen d’expliquer le mélange et la confusion où se trouvent ces débris humains”. M. Pigorini y voit la preuve que les populations primitives offraient un culte à leurs morts et vénéraient leurs ossements *. Peut-être même les transportaient-ils dans leurs migrations; quoi qu'il en soit à cet égard, cette coutume a persisté durant de longs âges, jusqu’au moment où la crémation est devenue d'un usage général. De là ces vastes ossuaires découverts dans tant de régions différentes.

Si le mode de sépulture que nous venons d'indiquer était usité sur certains points et durant certaines époques d'assez longue durée, il est difficile d'admettre qu'il fût général. Nous trouvons dans les tombes mégalithiques les dispositions que nous avons racontées en parlant de la caverne de Gendron. Les fouilles du dolmen du Port-Blanc (Morbihan) ont montré un dallage grossier. Un lit de squelettes serrés les uns contre les autres, ceux probablement des hommes en l'honneur de qui le dolmen avait été élevé, reposait sur ce dallage ; au-dessus d’eux, une couche de pierres et de terre, puis une nouvelle rangée de squelettes cette fois moins serrés que les premiers. Ces nouveaux venus avaient respecté leurs prédécesseurs et nul n'avait violé leur dernière demeure. Les mèmes faits se produisent au Grand-Compans près de Luzarches *. IL serait facile de citer d’autres exemples; il est évident que les mégalithes ont souvent été utilisés pour des inhumations collectives et successives.

Nous voyons aussi, dès les temps les plus reculés, un autre rite funéraire fort singulier. Les ossements trouvés dans les diverses grottes de Menton étaient colorés en rouge au moyen de fer oligiste". C’est bien là un rite funéraire, car il ne

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