Congrès préh. de Bruxelles, p
3. Bul. Soc. Anth., 1816, p. 191. — Grad, Nature, 18117, 1°7s., p. 314.
familière à tous ceux qui ont étudié les tombeaux antiques ‘. L'usage s'était conservé dans les temps protohistorisques. Schliemann l’a retrouvé dans les fouilles qu'il a dirigées auprès de Mycènes, et Homère raconte que chez les Lybiens les morts étaient enterrés assis.
Les nécropoles auprès de Constantinerenferment de nombreux mégalithes. Ce sont tantôt des cromlechs ronds ou carrés entourant des sarcophages, tantôt des enceintes circulaires, où le mort était déposé dans une fosse. Dans les premiers, le mobilier funéraire est toujours important et le corps replié ; dans les seconds, le mobilier est misérable et le corps étendu sur la terre nue. Sommes-nous en présence de races différentes? Les sépultures remontent-elles à la mème époque? Ou bien ne devons-nous voir dans ces dispositions diverses qu’un nouvel exemple de l’éternelle distinction entre les classes sociales? C’est ce qu'il est difficile de décider et il faut nous contenter de constater les faits. A joutons enfin que cette attitude repliée donnée aux cadavres se retrouve constamment en Afrique® et aussi dans les deux Amériques, depuis le Canada jusqu'à la Patagonie *.
Les rites funéraires que nous venons de raconter impliquent nécessairement la sépulture; l’homme n’abandonnait pas aux fauves ou aux rapaces les restes de celui qui fut un homme comme lui. À Aurignac, à Bruniquel, au Trou du Frontal, le troglodyte avait eu la précaution de fermer, avec les plus grosses pierres qu'il avait pu rencontrer, l’entrée de la caverne où il déposait les siens. La grotte de l’Homme-Mort, celles du Petit-Morin qui datent des temps néolithiques, conservent lestraces de semblables fermetures. On pénétrait dans la grotte de la Garenne de Verneuil (Marne), où se trouvait un véritable ossuaire, par cinq
1. Memorie sulle scoperte paleoethnologiche della campagna romana. — Pigorini ajoute à son tour: « I cadaveri erano abitualmente adagiati sul fianco sinistro, col cranio appogiato sulla mano sinistre e le ginocchia alquanto piegate in guisa che tavolta si trovarono le tibie assai prossime alla cassa toracica. »
2. Pallery, Mon. mégalithiques de Mascara (Bul. Soc. Ethn., 1881).
3. Bancroft, The native Races of the Pacific States, t. I, p. 365 et s. — Moreno, Les Paraderos de la Patagonie (Rev. d'Anth., 1874).
marches; le sol était pavé et la voûte soutenue par onze pierres debout. Le mobilier funéraire consistait en un vase de poterie grossière, en quelques silex tailles en couteaux et en grains de collier en test de coquilles. Les flancs presque inaccessibles des montagnes du Pérou sont percés, à des hauteurs de plusieurs centaines de pieds, d'innombrables grottes presque toujours artificiellement agrandies. C'était là que les Péruviens enfermaient leurs morts et,en souvenir de ces hôtes, les habitants les appellent aujourd’hui encore Tantama Marca (les précipices de la désolation). Les entrées étaient dissimulées avec un soin extrême, mais ce soin n'a pu les préserver de la profanation. L’appât des trésors cachés excitait trop vivement la convoitise, pour que le respect dû à des morts inconnus püt être un frein suffisant.
D'autres fois, le défunt était déposé auprès du foyer qui avait été le sien et la demeure du vivant devenait le dernier asile du mort. Les dolmens, Les cella, les Gangraben en Allemagne, les Barrows en Angleterre, semblent rappeler cette coutume des ancêtres; elle se retrouve encore quand l’incinération est devenue le rite dominant. À Albe, dans le Latium, à Marino auprès d’Albano, à Vétulonia, à Corneto-Tarquinia, on a découvert des urnes avec des portes, des fenêtres, un toit, imitant l'habitation humaine".
Plus tard, d’autres modes de sépulture furent employés. M. Nicaise a reconnu dans la Marne sept puits funéraires? ; ils présentent, nous dit-1l, la forme d’une bouteille au col allongé, à la base aplatie. Un de ces puits à Tours-sur-Marne renfermait au moins quarante squelettes ; au milieu des ossements, on recueillait trente-quatre haches en pierre polie, cinquante couteaux, deux pointes de lance en silex, un nombre considérable de flèches à tranchant transversal, un collier de petites rondelles en calcaire, plusieurs fragments d’une poterie grossière cuite au feu et mélangée de grains siliceux, enfin trois petits flacons en os de cervidé, curieusement évidés, munis d’un bouchon aussi en os. Ces flacons renfermaient sans doute les couleurs dont ces hommes
1. Nécropole de Colonna, prov. de Grosseto (R. Acad. dei Lincei, Roma, 1885). 2. Bul. Soc. Anth., 1880, p. 895.
se servaient pour peindre leur corps. Tous les objets dont nous venons de parler appartiennent à l’époque néolithique; mais un grain de collier formé d’une lamelle de bronze simplement repliée, un radius et une portion de côte indiquant par leur coloration verte un contact prolongé avec le métal, doivent faire dater ces puits de l’époque de transition de la pierre au bronze. Cette date serait elle-même une exception, car la plupart des puits funéraires actuellement connus, ceux par exemple du Mont-Beuvray, du Bernard (Vendée), de Beaugency, ne remontent qu'aux Gallo-
Fig. 105. — Chulpa auprès de Palca. -
Romains!. Selon le comte Gozzadini, ceux de Marzabotto en Italie, au nombre de vingt-sept, dateraient du 1v° siècle après la fondation de Rome et seraient dus aux Étrusques. Ils sont construits en petits cailloux pointus, sans trace de ciment et présentent la forme d’une amphore allongée, plus exactement encore celle d’un battant de cloche. Ils mesurent de deux à dix mètres
1. Abbé Baudry et Ballereau, Les puits funéraires du Bernard. La Rochesur-Yon, 1873.
de profondeur, avec un orifice variant de trente à soixante-dixsept centimètres de diamètre‘.
Nous avons suffisamment parlé, dans Les chapitres précédents, des monuments élevés en l'honneur des morts, pour n’avoir que peu de choses à ajouter ici. Sans doute, il est des distinctions à établir selon les temps et selon les pays, mais le but reste constamment le même et les moyens ne varient pas sensiblement. Prenons pour exemple les Aymaras, la race la plus ancienne de la Bolivie et du Collao: ils déposaient leurs morts, tantôt sous des mégalithes (fig. 58) qui rappellent nos dolmens, tantôt sous des tours ou chulpas probablement d’une époque plus récente.
Les chulpas, en général de forme carrée ou rectangulaire, comprenaient un massif de pierres brutes, revêtu à l'extérieur de blocs de trachyte ou de basalte peints en rouge, en jaune ou en blanc. Une porte très basse toujours tournée vers l’est, comme un hommage au soleil levant, ouvrait dans un cist où le mort était déposé. Le chulpa que nous reproduisons (fig. 105) est situé auprès du village de Palca; 1l s'élève sur une excavation de quatre pieds de profondeur, sa hauteur approche de cinq mètres et la corniche est formée d’icAu, herbe grossière qui croil en abondance sur les montagnes; après avoir été fortement comprimée, elle était taillée à l’aide d'instruments tranchants. Les ossements humains entassés dans un complet désordre formaient dans la chambre sépulcrale un amoncellement de plus d’un pied de hauteur. |
Les mounds de l'Ohio recouvrent aussi des chambres sépulcrales, leur construction est particulière; elles sont souvent formées de rondins de bois de six à sept pieds de longueur, sur cinq à six pouces de diamètre. Auprès des corps, on déposait quelques ornements, en général des boucles d'oreilles en cuivre, des grains de coquilles et de grands couteaux en silex. Les squelettes qui ont été retrouvés gisaient sur la terre nue; on cite exceptionnellement un mound où le sol était pavé avec des coquilles de moules.
1. Renseignements sur une ancienne nécropole à Marzabotto près de Bologne. Bologne, 1871.
Nous venons de voir les hommes confier les restes des leurs aux grottes tout d'abord, plus tard à la terre, quand les grottes firent défaut. Bien souvent, le mort était placé entre de larges
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Fig. 106. — Dolmen à Auvernier auprès du lac de Neufchatel.
dalles brutes qui le préservaient du poids du tumulus. Telle était la dernière demeure de l’homme de Solutré et telle elle se retrouve aux temps mérovingiens. Dans la nécropole de Vilanova que l'on croit antérieure de plusieurs siècles à la fondation de
Rome, les tombes recouvraient une caisse de forme cubique ou cylindrique, dont les parois étaient formées de dalles de grès posées de champ et reliées par un conglomérat de petites pierres. À Marzabotto, les caissons sont en briques et placés sous un amoncellement de cailloux. Nous reproduisons un cist découvert auprès d'habitations lacustres à Auvernier, en Suisse ! (fig. 106), et un autre mis au jour par MM. Siret dans le midi de l'Espagne
Fig. 107. — Inhumation dans un cist en pierre.
(fig. 107). Ils permettent, mieux que de longues descriptions, de se rendre compte de ce mode de sépulture.
D'autres fois le cadavre était renfermé dans des jarres en terre cuite. À Biskra en Algérie, deux de ces jarres étaient réunies ; la tête reposait dans l’une d'elles, les pieds dans l’autre. Les anciens Ibères n’employaient qu'un seul vase de grandes dimensions
1. Gross, Les Proto-Helvètes. — Morel-Fatio, Sépultures des populations lacustres de Chamblandes. Comme à Auvernier, on remarque le grand nombre de défenses de sanglier gisant auprès des morts. Il est possible que ce fût là aussi un rite funéraire.
(fig. 108). le mort était replié sur lui-même, revêtu des ornements qu'il affectionnait; le vase était fermé par un couvercle en pierre
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Fig. 108. — Inhumation dans une jarre.
et couché dans la tombe. Ce mode d’ensevelissement se retrouve encore à l’aurore des temps historiques. Les Chaldéens
déposaient leurs morts dans des vases en terre; deux jarres jointes par. le goulot et cimentées avec de l'argile servaient de cercueil. Les fouilles du palais de Nabuchodonosor ont donné des corps repliés sur eux-mêmes et renfermés dans des urnes ne mesurant que 0®,66 de hauteur sur 0",52 de largeur. Sur la côte occidentale du Malabar jusqu'au cap Comorin, on rencontre auprès des tombes mégalithiques de grandes jarres de 1,25 de hauteur sur 0*,95 de diamètre remplies d'ossements humains. Ce même mode de sépulture était usité à Sfax dans la Chersonèse de Thrace et aux pieds de la colline où fut Troie. Le tumulus de Hanaï-Tepeh recouvrait un squelette accroupi dans une vaste amphore, et les riches Japonais aimaient à reposer dans d’immenses vases artistement décorés, chefs-d’œuvre de la poterie indigène. Si nous traversons l’Atlantique, nous verrons le même usage au Pérou, au Mexique, sur les rives du Mississipi. A Teotihuacan, les enfants étaient placés la tête en bas dans des urnes funéraires’, et les fouilles exécutées dans les alluvions du Mississipi ont donné, parmi d'innombrables poteries, deux grands bassins de forme rectangulaire agglutinés avec de la terre glaise et renfermant le corps d’un jeune enfant. Il est imtéressant de retrouver partout les mêmes usages et de voir le génie de l’homme toujours semblable dans ses multiples inventions.
Il est probable que l’homme utilisait aussi l'arbre qui poussait auprès de lui, pour y déposer la dépouille mortelle des siens; mais le temps a amené la rapide destruction de cette fragile enveloppe. Il est cependant des exceptions; en 1840, des dragueurs retirèrent du lit de la Saône, à Apremont, sous une couche de gravier de 1",50 de puissance, un tronc de chêne évidé renfermant encore les ossements qui lui avaient été confiés. Nous pourrions citer les mêmes découvertes dans le Cher et dans le célèbre cimetière de Hallstadt auprès de Salzbourg. Les cairns de la Scanie recouvraient des troncs de chêne ou de bouleau fendus, puis creusés pour recevoir des morts. En Angleterre, on