Putuam, XII and XX Reports of the Peabody Museum
2. Dans la Californie, les parents se couvraient le visage avec une pâte faite de terre glaise mêlée aux cendres du mort ; ils étaient tenus de garder ce signe de leur deuil jusqu’à ce qu'il tombât naturellement.
toutes Les régions, les coutumes particulières sont innombrables. et chaque peuple, chaque race pour ainsi dire, avait les siennes. propres transmises par les ancêtres et pieusement conservées par les descendants. Les repas ont de tout temps fait partie des funérailles. Un édit de Charlemagne défend de manger et de boire sur les tombeaux des défunts et saint Boniface, l’apôtre de l’Allemagne, se plaint vivement des prêtres qui encourageaient par leur présence ces festins de la mort. Nous les voyons se perpéluer de nos jours chez les classes populaires et les cimetières de Paris sont entourés de cafés et de cabarets, où trop souvent le chagrin se noie dans le vin. L'usage de ces festins remonte vraisemblablement aux plus anciennes races qui ont habité notre pays, el le sauvage troglodyte se gorgeait déjà de viandes sur le tombeau des siens. À Aurignac, à l’'Homme-Mort, au Trou du Frontal, les ossements brisés, les fragments de charbon attestent le repas. Les mêmes indications se retrouvent sous les dolmens et sous les tumuli. Il à été retiré des Long Barrows des crâänes et des pieds de bovidés; il est probable que les autres parties du corps avaient été dévorées par les assistants et que la tète et les pieds étaient déposés dans la tombe, comme une offrande soit au défunt, soit aux divinités qui présidaient à la mort. Sir R. Colt Hoare à recueilli dans les anciennes sépultures du Wiltshire des ossements de sangliers, de cerfs, de chèvres, de moutons, de chevaux et de chiens; pour lui aussi, c'étaient là les restes des repas funéraires.
Des festins seuls accompagnaient-ils les funérailles? Il est permis d'en douter. Bien souvent Le corps était placé au centre de la chambre sépulcrale, et autour du cadavre on rangeait ses femmes, ses serviteurs, ses esclaves condamnés eux aussi à la mort pour suivre leur chef dans le monde inconnu où il se rendait. Sous un dolmen de l'Algérie, on a rencontré un squelette replié sur lui-même, et à ses pieds deux crânes appartenant sans doute aux victimes immolées en son honneur. Les barrows de la Grande-Bretagne conservent les traces de sacrifices humains, et César nous dit en parlant des Gaulois : « Leurs funé-
railles sont magnifiques et somptueuses. Tout ce que l’on eroit avoir été cher au défunt pendant sa vie est jeté dans le bûcher, même les animaux, et il y a peu de temps encore on brüûlait avec lui les esclaves et les clients qu'il avait aimés * .»
Les faits que nous venons de raconter attestent chez l'homme d’immortelles espérances. Avec la mort, tout n'était pas fini pour lui, une vie nouvelle commençait par delà la tombe, marquée (ses conceptions ne pouvaient atteindre plus haut) par des joies pareilles à celles qu'il avait connues, par des événements semblables à ceux qui avaient signalé sa carrière terrestre. Que signifieraient sans cela les armes, les outils de son métier, les vases remplis d'aliments déposés auprès du défunt, les ornements, les couleurs qui devaient servir à sa parure, les femmes, les esclaves, les chevaux précipités dans la même sépulture, consumés sur le même bücher? Il plait de trouver chez nos vieux ancêtres cette suprème espérance; toute grossière qu'elle nous paraisse, elle implique la croyance à un être supérieur à l’homme, divinité protectrice selon les uns, esprit malfaisant et tyrannique selon les autres, en très petit nombre, il est vrai. Les preuves que nous possédons sont encore trop insuffisantes pour permettre une affirmation sérieuse sur la croyance ou sur le culte de nos premiers ancêtres. Mais la question est trop importante pour que nous ne mettions pas sous les yeux du lecteur les indices qu'il est possible de recueillir. Ils sont nécessairement en rapport avec les conditions matérielles et morales de ces populations primitives.
Un cubitus de mammouth a été découvert à Chaleux, respectueusement placé sur une large plaque de grès, auprès du foyer. Le trou de Chaleux remonte à l’âge du renne; à cette époque, le mammouth avait disparu depuis longtemps de la Belgique, le troglodyte avait donc retiré cet os des alluvions de l’époque précédente, et ce débris gigantesque, inconnu, était devenu lobjet de sa vénération, le dieu lare de son foyer. On cite un fait
1. De bello gallico, lib. VI, c. xix. — On peut aussi consulter Pomponius Mela, Description de la terre, trad. franc., t. UT, c. nm.
à peu près semblable à Laugerie-Basse et, par une curieuse coïncidence, certaines tribus de l’Amérique du Nord conservent aujourd'hui encore dans leur hutte un os de mastodonte ou de cétacé, comme une protection pour leur demeure.
Dès les temps paléolithiques, les hommes taillaient des celts ou des haches en craie, en bitume, en d’autres substances fragiles qui ne pouvaient servir à aucun usage. On a également retrouvé des milliers de haches en roches plus dures ne portant aucune trace d'usure. Les unes et les autres ne pouvaient être que des amulettes. Ge respect superstitieux dura pendant de longs siècles et se transmit des générations aux générations. Les sépultures de l’âge de bronze, celles de l’âge de fer renferment constamment des haches en silex ; souvent elles sont brisées : c'est là sans doute, je l'ai déjà dit, un rite funéraire dont la signification nous échappe. |
Sous les dolmens on voit des haches votives ; à Cissbury les squelettes avaient à leur côté des celts en silex. Une hache mesurant 0,38 de longueur a été découverte dans une station lacustre de la Suisse ; elle est en roche très friable et n’a pu être qu'un objet de superstition, peut-être un insigne de commandement. Les tombes mérovingiennes enfin renferment des centaines de petits silex taillés en celts, dernière et pieuse offrande au défunt‘.
Les haches sont gravées sur les mégalithes de la Bretagne, sur les parois des cavernes de la Marne et on les retrouve de l’autre côté de l'Atlantique avec la même signification de respect et de protection. Sir A. Layard a vu dans le palais de Nemrod un bas-relief figurant un dieu portant une hache. M. de Longpérier a publié la description d’un cylindre chaldéen sur lequel était gravé un prêtre présentant son offrande à une hache posée sur un trône; et une bague portant sur son chaton un celt à double tranchant a été recueillie à Mycènes. Ce même senti-
1. M. Moreau dans ses fouilles si fructueuses des sépultures gauloises, galloromaines et mérovingiennes a recueilli 31,515 silex taillés en celts ou en haches; évidemment ces silex étaient votifs. Voy. Album de Caranda, Fouilles de Sainte- Restilue, de Trugny, d’Armentière, d'Arcy, de Brenny, etc.
ment se montre dans les diverses mythologies. Le mot Nouter, Dieu, est traduit dans le système hiéroglyphique égyptien par un signe qui rappelle un celt et la hache d'Odin est gravée sur les rochers de Kivrik. Sur nombre de cippes gallo-romains on voit une hache, au-dessous on lit les mots : Dis Manibus, et plus bas comme consécration : Sub Ascia dedicavit. Toujours et partout
Fig. 111. — Bloc erratique de la Scanie chargé de sculptures.
la hache, emblème de la force, est l’objet du respect des populations et la tradition transmise par les ancêtres se continue durant une longue suite de générations.
Faut-il aussi interpréter comme une manifestation religieuse les bassins, les cupules creusés sur les rochers, sur les blocs erratiques, sur Les roches moutonnées, sur les vieux monuments qui ont traversé les siècles (fig. 111 et 112)? Ou bien ne devons-
nous leur attribuer d'autre signification que le caprice du passant? Leur nombre, leur importance excluent, il semble, cette dernière conclusion. On les trouve en Suisse, en Angleterre, en France, en Italie, en Portugal et jusque sur les rives glacées de
Fig. 112. — Kossettes du roc Massibert (Lozère).
la Baltique. Elles sont non moins nombreuses dans les Indes et elles figurent sur les curieuses pictographies des deux Amériques. Il y a certainement là une pensée commune, difficile à méconnaître. Comment expliquer autrement que les cupules provenant des tumuli du Schleswig-Holstein offrent un arrangement que l’on peut comparer aux gravures des rochers indiens
de Kamaon ou que nous retrouvions en Algérie des cupules semblables à celles de l'Angleterre ?
En Bretagne, en Écosse, ces coupelles sont sculptées sur les rochers et sur les menhirs, sur les parois des chambres sépulcrales, sur les pierres qui forment les montants des kistvaëns ; souvent, elles sont associées à des cercles radiés, sans que ce fait permette de les mieux comprendre. Dans Les pays scandinaves, elles sont connues sous le nom d’Elfen Stenars, pierres des Elfes et les habitants viennent y déposer leurs offrandes pour les petits. Suivant une tradition touchante, les petits sont les âmes qui attendent le moment d’être revêtues de nouveau d’un corps mortel. En Belgique, on les attribue aux Nutons, petits nains fort secourables aux mortels. Dans tous les pays, la légende a consacré leur souvenir.
Telles sont les seules données que nous possédions sur le sentiment religieux des populations primitives. Elles sont insuffisantes pour autoriser une conclusion finale. À chaque pas, nous sommes réduits à confesser notre impuissance ; mais hier encore, ce passé sans limites était absolument inconnu ; aujourd'hui on commence seulement à l’entrevoir. Nous avons été Les ouvriers de la première heure, c’est à ceux qui viendront après nous à compléter la tâche que nous n'avons pu qu'ébaucher. Puisse l'amour de la vérité vraie être leur seul guide, comme il a toujours été, nous osons le dire, le nôtre.