‹ Mœurs et monuments des peuples préhistoriquesChapitre 105 sur 107 · Hist. des Incas, trad. franc. Paris, 1744, ©. xvir · texte numérisé non relu

Hist. des Incas, trad. franc. Paris, 1744, ©. xvir

2. Le marquis de Saporta avait déjà soutenu que les races primitives, les contemporains du rhinocéros et du mammouth,venaient originairement des régions polaires où les conditions climatériques attestées par une puissante végétation étaient bien différentes de ce qu'elles sont aujourd’hui. Les lignites de l'Islande sont formés de tulipiers, de platanes, de noyers ; on y trouve même la vigne. Dans les grès ferrugineux qui accompagnent les houilles du Spitzhberg, on a reconnu le hêtre, le peuplier, le magnolia, le prunier, le séquoia et de nombreux conifères. Les marins intrépides qui affrontent les glaces perpétuelles rencontrent des amas de bois fossilisé à la terre de Banks, au Grinell’'s Land, à la terre de François-Joseph, par 88° de latitude. Parmi ces bois, M. Oswald Heer à pu déterminer le cyprès chauve, le pin argenté, le peuplier, le bouleau et des dicotylédones aux feuilles caduques. Ce n'étaient point là des bois charriés par les glaces, mais bien une végétation locale attestée par les troncs encore en place, des bourgeons, des

remonter aux Aryas le nouveau rite funéraire ; mais hâtonsnous d'ajouter que la théorie des races venues du Nord nous paraît bien improbable, en présence de la parenté incontestable des langues indo-européennes qui témoignent de l’origine commune des races. Quoi qu'il en soit à cet égard, il est certain que la crémation, qui apportait cependant une étrange perturbation dans les mœurs et dans les usages, se répandit avec une grande rapidité. Nous la retrouvons depuis la Grèce jusqu'à l'Écosse et la Scandinavie, depuis l’Étrurie jusqu’à la Pologne et la Russie méridionale. Nous la retrouvons aussi en Chine, dans le Yucatan et dans certaines parties de l'Amérique centrale.

A l'aurore des temps historiques, la crémation était en usage sur tout notre continent. Les Grecs en attribuaient la première pensée à Hercule et le bûcher de Patrocle forme un des épisodes de l'Iiade. Les Pélasges et les Proto-Étrusques brûlaient les morts" et il est fait mention de l’incinération des contemporains de Jayr, le troisième juge en Israël. SU

D'un autre côté, nous voyons les plus vieux habitants du Latium inhumer leurs morts. Des peuples arrivés probablement par la vallée du Danube apportèrent la coutume nouvelle et pendant longtemps les deux rites persistèrent ensemble. À Felsina, à Marzabotto, on voit à la fois l’inhumation et la crémation. A Vilanova, les tombes à incinération ne forment encore que le dixième du nombre total. À la Certosa auprès de Bologne, sur 365 tombes qui ont été fouillées, 115 seulement présentent des traces de crémation. À Rome, les deux rites restèrent longtemps en présence ; ils correspondaient sans doute aux peuples distincts qui formaient la population primitive de la ville de Romulus. Nous savons que Numa Pompilius défendit de brûler son cadavre et Cicéron raconte que Marius fut enterré et que Sylla, son heureux rival, fut le premier de la gens Cornelia dont le corps feuilles, des fleurs à tous les degrés de la floraison, des fruits à tous les degrés de la fructification. On a mème pu reconnaître les insectes qui se nourrissent soit du suc des fleurs, soit des débris des feuilles. La vie dans ces temps s’étendait

jusqu'au pôle; elle était comparable à la vie actuelle dans nos régions tempérées. 1. Conestabile, De l’incinération chez les Etrusques.

fut livré aux flammes. Nous ignorons à quelle époque il faut faire remonter la crémation dans la Gaule; nous savons seulement que César la trouva pleinement adoptée lors de sa marche victorieuse à travers le pays'. Ce qui est certain, c'est que la coutume ne disparut que lentement devant les progrès du christianisme, puisque Charlemagne, par un édit daté de 189, punissait de mort ceux qui oseraient brûler des cadavres.

Ce que nous venons de dire des temps historiques se passait également à des époques plus reculées. Grâce aux savantes recherches du docteur Prunières, nous pouvons suivre pendant de longs temps les divers modes de sépulture dans la Lozère?. Les troglodytes des Causses portaient leurs morts dans les cavernes où avaient dormi leurs pères; les envahisseurs, probablement plus civilisés, déposaient les leurs sous des dolmens qu'ils érigeaient en leur honneur. Dans les grottes sépulcrales du Rouquet et de l’'Homme-Mort, on trouve l’inhumation; sous les mégalithes qui datent de la fin de l’époque néolithique, les premières traces de la crémation, mais d’une crémation encore incomplète; l’action du feu n’est pas intense, les os sont durs et résistants. « On dirait, s'écrie le docteur, en voyant dans certains dolmens quelques os noireis par le feu, mêlés à de grandes quantités d'os qui ne le sont pas, qu'après avoir usé de la erémation, on est revenu aux antiques usages pour les enterrements suivants. » Dans les tumuli de l’âge de bronze au contraire, et les bijoux ou les ornements que l’on y rencontre permettent de les dater avec certitude, l’ustion est plus complète; les os sont friables, poreux, tombent en poussière et on n'aperçoit aucun mélange qui permette de croire à l’inhumation.

Il est curieux de trouver dans les sauvages montagnes de la Lozère l'incinération en usage dès les temps néolithiques. Aucun doute ne peut exister à cet égard et les fouilles du dolmen de Marconnières confirment avec éclat les premières découvertes de M. Prunières. Sous une couche de pierrailles et

i. À. Bertrand, Arch. celtique et qauloise, Introduction. 2. Ass. française, Nantes, 1875 ; Havre, 1871.

sous un pavage assez mince, se rencontrait un amas d'ossements humains dans le plus complet désordre ; les uns avaient gardé leur couleur naturelle, les autres étaient noircis et brûlés par le feu. Parmi ces ossements, on recueillait une flèche en roche étrangère au pays, trois pointes de lance admirablement polies et des dards en silex finement taillés. Le dolmen ne renfermait aucun objet en métal et les ossements n’en gardaient aucune trace.

À la même époque, les deux rites paraissent avoir été pratiqués simultanément dans l’Armorique; mais l’incinération est la coutume dominante. Sur 145 mégalithes que l’on prétend dater de la pierre polie, 12 montrent l’incinération, 20 seulement l'inhumation. Les autres ont donné quelques menus charbons, mais aucune constatation sérieuse n'a été possible". Sur 39 sépultures de l’âge de bronze, nous voyons l’incinération dans 27, linhumation dans 2; pour 10, nous n'avons point d'indication précise *. Le dolmen du Mont Saint-Michel et le dolmen de Tumiac sont séparés par une faible distance; ils ont été érigés par la même race, probablement vers la même époque; nous trouvons l’incinération à Saint-Michel, linhumation à Tumiac. Pourquoi cette différence dans les rites funéraires? Impliquet-elle une diversité d’origine, de caste, de condition religieuse et sociale, ou plutôt ne doit-elle pas s'expliquer par un de ces remaniements postérieurs qui bouleversent les conclusions les plus plausibles?

Quoi qu'il en soit des motifs auxquels il est permis d’attribuer cette diversité dans les modes de sépulture, il nous faut la constater dans tous les pays. En Scandinavie, durant l’âge de

1. Le mégalithe est, nous l'avons vu, souvent entouré d’une double ou triple enceinte de pierres sèches. Dans ces enceintes, se trouvent de petites constructions circulaires ‘en pierres rougies par le feu. À la base, de nombreuses ouvertures établissaient un courant d'air et activaient la flamme. Ces constructions remplies de cendres et d'une terre noire et grasse portent le nom significatif de ruches de crémation. Luco, Exposition de trois monuments quadrilatères par feu James Miln. Vannes, 1883.

2. P. du Chatellier. Mém. Soc. d'Émulation des Côtes-du-Nord. Saint-Brieuc, 1883.

bronze, la crémation et l’ensevelissement persistent dans des proportions à peu près égales. Sous les cairns de Caithness en Ecosse, nous avons des corps étendus, des corps repliés et des jarres en poterie grossière ‘ remplies de cendres et d’ossements calcinés ayant appartenu à des hommes de taille moyenne. En fouillant des barrows situés dans une des Orkneys, M. Petrie a constaté lexistence des deux modes ?; mais les hôtes de ces tombes étaient-ils bien contemporains ? C’est là ce que l’on ne nous dit pas et c’est là surtout ce qu'il faudrait rechercher.

À Blendowo en Pologne, on a recueilli au milieu d’un cromlech une urne remplie d'os calcinés, puis à trente centimètres plus bas un squelette enterré dans le sable et à côté de lui une monnaie de Théodose.-Tei aussi il faut se demander si ces deux individus ont vécu de la même vie.

Dans toute la Prusse et dans le grand-duché de Posen, des “squelettes et des jarres renfermant des cendres humaines se rencontrent dans les mêmes sépultures #. L’incinération domine dans le nord et dans le centre de l'Allemagne, l’inhumation au contraire dans l’ouest. Il est impossible d’omettre la nécropole de Hallstadt *. Les tombes les plus anciennes peuvent remonter à deux mille ans environ avant notre ère et l'apogée de la période hallstadtienne, ainsi qu’on prétend l'appeler, doit se placer dans la première moitié nu millenaire suivant *. 993 tombes ont été fouillées ; toutes, à en juger par leur mobilier funéraire, tonnes à l’âge du bronze; elles ont donné 527 inhumations, 453 crémations ‘. C’est une proportion

1. Une des plus grandes parmi ces jarres mesure de 15 à 16 pouces de hauteur sur 49 pouces dans sa plus grande circonférence. Proc. Soc. Ant. of Scotland, 11 janv. 1886.

2. Onthe Ancient Modes of Sepulture in the Orkneys (British. Ass., 1871).

8. Kôühn und Mehlis, Zür Vorgeschichte des Menschen. im Ostlichen Europa, Iéna, 1879.

4. Hallstadt était situé au centre de la confédération des Boïens.

5. Hochstelter, Die neueste Graber Funde von Watsch. u. S. Margarethen u. der cultur Kreiss der Hallstadter Period, Wien, 1883. — Siebenter, Bericht der Prahistorichen Commission, Wien, 1884.

6. Ces tombes ont donné 64 objets en or, 5574 en bronze, 593 en fer, 270 en ambre, 13 en verre, 1843 en terre cuite. A. Bertrand, Rev. d'Ethnographie, 1883,

plus forte que celle relevée dans les nécropoles primitives de l'Italie.

Dans les tombes à inhumation, le corps était déposé dans la fosse sans enveloppe extérieure; il est rare de rencontrer soit des dalles, soit les débris d’un cercueil ou d’un abri en planches; dans les autres, l’ustion est souvent incomplète ; tantôt la tête, tantôt Les pieds ont été épargnés par les flammes.

Les mêmes faits se voient à Watsch, à San Margarethen, à Vermo en Styrie, à Rovesche dans la Basse-Carniole. À Watsch, sur deux cents tombes à incinération, on n’a guère trouvé qu'une dizaine de squelettes. Dans les sépultures à crémation, l’urne cinéraire était protégée par de larges dalles; Les corps imhumés étaient simplement confiés à la terre comme à Hallstadt, et cependant, par un contraste bizarre, ces tombes ont donné un mobilier funéraire plus important que les autres, des objets plus riches et d’un travail plus fin. À Rovesche, l’urne était déposée dans un caisson de forme carrée en pierres brutes. Les cadavres inhumés avaient la tête tournée vers l'Orient ; une urne était placée à leurs pieds; les vêtements étaient retenus par des fibules en bronze et les doigts chargés d’anneaux du même métal.

En Amérique enfin, pour terminer cette funèbre énumération, les fouilles des mounds de l’Ohio ont montré que là aussi la crémation et l’inhumation se rencontrent dans des sépultures que tout permet d’assigner à la même race et à la même époque. La crémation a persisté longtemps chez les tribus les plus sauvages de l’Alaska et de la Californie, où probablement elle se pratique encore?, et les Indiens de la Floride conservaient les cendres de leurs pères dans des crânes humains.

Si l’incinération, l’inhumation, la position étendue ou repliée des corps sont des faits généraux qui peuvent s’observer dans

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