Litterary Journal of Madras, t. XIV
3. L'âge de pierre et la classification préhistorique d'après les sources égyptiennes,
Paris, 1879.
on avait apporté de nombreux silex taillés provenant du désert Libyque. Ce désert inhabité, privé d’eau et de végétation, n’est accessible aujourd’hui qu’au prix des plus grands efforts. N’estce pas là une preuve évidente des changements accomplis depuis la venue de l’homme. Le musée de Boulaq enfin renferme toute une série d'armes ou d'outils de pierre; ils montrent par leur travail une progression analogue à celle que nous aurons à raconter en Europe. Plusieurs archéologues regardent les silex taillés trouvés à la surface dans les plaines de la Basse-Égypte, comme datant des temps néolithiques. Seuls, ceux rencontrés dans un eravier assez dur, pour qu’on ait pu y creuser des tombes anté-
rieures certainement à la XVIII dynastie, seraient paléolithi-
ques. Il faut cependant dire que jusqu’à présent on n’a recueilli ni avec les uns, n1 avec les autres, aucun ossement appartenant à des animaux disparus. Quelques savants vont plus loin encore : ils croient que ces pierres taillées ne sont que de simples éclats fendus par l’ardeur du soleil'. Ce phénomène a été constaté par MM. Desor et Escher de la Lainth dans le désert du Sahara ; M. Fraas cite une observation semblable de Livingstone dans
le centre de l’Afrique et une autre de M. Wetzstein quia vuet , entendu, non loin de Damas, des roches de basalte éclater sous : l'influence de la fraîcheur du matin. J’ai été moi-même témoin de *
faits semblables dans la vallée du Nil, mais 1l faut ajouter que les fragments de roches brisées sous l'influence combinée de la { chaleur et de l'humidité présentent de notables différences et ne peuvent se confondre avec les silex dus au travail de l’homme.
L'Algérie a conservé les plus intéressants vestiges des temps préhistoriques. Worsaae fut, si je ne me trompe, le premier à signaler la présence dans nos possessions de pierres taillées. On les recueillit en nombre considérable, surtout auprès des sources dont les eaux avaient désaltéré les vieux Africains, comme elles désaltèrent encore leurs descendants. L’exploration du Sahara amène chaque jour des découvertes inattendues ; déjà
1. Pitt Rivers, On the Discovery of Cher Implements in the Nile Valley (British Ass., York, 1881).
on a reconnu dix-sept stations différentes où l’homme avait vécu. Dans ces temps, un grand fleuve roulait ses eaux auprès d'Ouargla qui était un centre important et le nombre d'outils ramassés dans les environs atteste une population active et industrieuse. Sur un point les instruments en silex, pointes de flèche, couteaux, grattoirs, tous d’un type très primitif, étaient rangés par espèces. C'était là un dépôt, la réserve probablement de la tribu. Ouargla, Goleah peut-être, paraissaient les limites extrêmes de l’âge de pierre en Algérie; mais récemment on a reconnu les traces de l'homme primitif chez les Touaregs: ce sont des haches taillées dans une roche noire, des pointes de flèche assez semblables à celles que les Arabes attribuént aux Djinn; mais à mesure que l’on s'enfonce dans le sud, la taille des silex se montre plus hésitante et plus imexpérimentée, évidemment ces silex ont été faconnés par une population plus grossière, plus dénuée de connaissances pratiques. Ce sont surtout les monuments mégalithiques de l'Algérie dont nous parlerons avec détail qui méritent de fixer l'attention. Comme aux Indes, on les rencontre par milliers et sur certains points ils se continuent sur des étendues considérables. Ce sont des enceintes longues, carrées, circulaires ou ovales, des dolmens semblables à ceux de l'Europe occidentale et presque toujours entourés de cercles formés de pierres debout. On ne saurait s'appuyer sur le silence des historiens pour contester leur ancienneté. Combien n’a-t-il pas fallu detemps pour que nos savants consentissent à s'occuper des vieux monuments de l'Algérie?
L'exploration de la Tunisie a permis l'étude de l’âge de pierre et il a été possible d'annoncer, il y a quelques années, la décou-
verte de près de trois mille pièces appartenant à des types divers,
trouvées dans treize localités différentes‘. L'association d’armes ou d'outils achevés avec de simples ébauches, avec des éclats ou des pierres encore à l’état brut, atteste l'existence d'ateliers de fabrication d’une certaine importance. Les découvertes récentes
1. Belluci, L’eta della pietra in Tunisia, Roma, 18176 (Bol. della Soc. geog. Italiana, 1876).
de M. Collignon se relient à celles de l'Algérie et viennent compléter nos connaissances. sur le bassin de la Méditerranée.
Dans la grotte d'Hercule, au Maroc, dont Pomponius Mela attestait déjà de son temps la haute antiquité, il a été recueilli un grand nombre de silex taillés, de couteaux et de pointes de flèches. Nous reviendrons sur l'important monument de Mzora,
sur les menhirs qui l'entourent. Leurs constructeurs appartiennent certainement à des races plus rapprochées de notre temps, que les habitants de la grotte d'Hercule.
Le sud de l'Afrique est moins eonnu que le nord et la grande difficulté des. éxplorations reste un obstacle sérieux. Depuis des siècles, on conserve aux Musées de Leyde et de Copenhague, sous le nom de péerres de la foudre ou pierres de Dieu, des haches en pierre polie provenant de l’extrème sud. Elles sont nombreuses dans les possessions anglaises, notamment à Graham's Town et à Table Bay. M. Gooch!, après avoir décrit la
constitution géographique du Cap, ajoute : toutes les terrasses, | tous les niveaux présentent des instruments en pierre dans leurs!
dépôts quaternaires. Avec ces pierres, on trouve de nombreux débris d’une poterie grossière faite à la main, cuite simplement au soleil et mêlée de gros grains de quartz, pour lui donner plus de consistance. Cette disposition se retrouve dans les anciennes poteries européennes. Partout, les mêmes besoins amènent les mêmes eflorts de l'intelligence. Nous reviendrons sur ces cu-
rieuses analogies; un des buts de ce travail est de les faire res- °*
sortir.
Dans les régions brülantes qui s'étendent entre le Vaal et le
Zambèse, nous trouvons les traces d’une race autrement civilisée que les barbares vaincus par les Anglais. A Natal, on peut suivre pas à pas les progrès de ces populations inconnues. Ce sont d'abord des silex bien grossièrement taillés, toute poterie est absente; puis les pointes de silex sont plus régulières, on rencontre çà et là quelques tessons de poterie simplement
1. The Sione Age of Souty Africa (Journ. Anth. Institute, 1881).
séchée au soleil; plus tard nous voyons des armes en pierre polie, une poterie plus fine et plus soignée. Dans la dernière période enfin, les outils présentent des formes variées, mieux adaptées au travail de l’homme; avec eux se rencontrent de grands mortiers en pierre; ils devaient servir à écraser les grains et témoignent d'une nourriture végétale.
On rencontre aussi dans le Transvaal des ruines importantes. Certains murs restés debout comme d'impérissables témoins {mesurent aujourd’hui encore trente pieds de hauteur sur dix pieds d'épaisseur. Ils sont construits en grands blocs de granit posés sans ciment. Nous ne savons rien du peuple qui les a élevés; son nom, son histoire sont effacés de la mémoire
des hommes et nous ne lui connaissons ni ancêtres, ni descen- -
nt
dants.
À nos antipodes, de curieuses découvertes paraissent faire remonter l’origine de l’homme à ces temps encore si mystérieux auxquels dans nos propres régions nous donnons, faute d'un meilleur, le nom d'âge du mammouth ou du renne ; et tout per-
{met de croire que l’homme est apparu dans les diverses parties )
} du globe à peu près vers les mêmes temps. Cette apparition en {
Australie a probablement été antérieure aux dernières convulsions qui ont modifié l'aspect de ce continent. « L'étude scientifique, dit M. Blanchard’, conduit à croire qu'il fut un âge du monde où s'élevait sur l'Océan Pacifique une immense terre brisée par des convulsions et en grande partie submergée. La Nouvelle-Zélande et Les îles voisines en seraient les débris! » Dans cette dernière île, on a rencontré sur les monts Corrio, à une hauteur de près de quinze cents mètres au-dessus du niveau de la mer, des silex taillés par l’homme, associés à de nombreux ossements du Dinornis, le plus grand des oiseaux connus. D'autres faits témoignent d’une civilisation disparue que nous croyons fort ancienne, mais à laquelle, dans l’état actuel de nos connaissances, il est impossible d’assigner une date. Dans l'ile