‹ Mœurs et monuments des peuples préhistoriquesChapitre 27 sur 107 · Ch. Rau, Prehistoric Fishing in Europa and America · texte numérisé non relu

Ch. Rau, Prehistoric Fishing in Europa and America

découverts dans l’île de Santa-Barbara (Californie) et dans la Tierra del Fuego, où de nos Jours encore les indigènes continuent à s’en servir.

Ces harpons, ces barbelures ne sont certainement pas une idée simple, une invention se présentant naturellement à l'esprit humain. Il est donc infiniment curieux de trouver un engin absolument semblable dans des régions si différentes, si éloignées les unes des autres. Cette constante similitude du génie de l’homme est, nous ne nous lasserons point de le répéter, un des faits les plus frappants des études préhistoriques.

Hérodote raconte que les Pœoniens plongeaient un panier dans les eaux et qu'ils le retiraient rempli de poissons. Il est probable que les lacustres de l'Helvétie employaient un procédé analogue; mais ces hommes étaient déjà plus avancés. [ls savaient cultiver le chanvre, le filer et en fabriquer des filets dont les débris ont été souvent retirés des lacs durant ces dernières années.

Il est presque impossible de classer avec quelque certitude les stations si nombreuses sur les lacs suisses. Les unes, en petit nombre, datent de l’âge de pierre, les autres de l’époque de transition de la pierre aux métaux ou bien encore de l’âge de bronze, et comme elles ont été habitées à diverses reprises et que pour quelques-unes cette occupation s’est continuée jusqu à l'invasion romaine, il est difficile de fixer avec quelque précision l’époque à laquelle remontent les objets qui gisent confondus dans les eaux profondes des lacs. Nous pouvons seulement constater que les filets varient singulièrement comme largeur de mailles et comme grosseur de cordes. Ceux trouvés à Robenhausen sont semblables aux filets de nos pêcheurs. Les engins de pêche n'ont guère fait de progrès depuis ces temps reculés.

Nous ignorons Le mode de fabrication des filets. Les lacustres se servaient-ils d’un métier comme quelques archéologues sont disposés à le croire? Employaient-ils des navettes et des boudins comme les Eskimos et les Californiens de nos jours? Il

est impossible de Le dire, on croit que les canines d'ours taillées en pointe que l’on recueille dans certaines stations servaient à resserrer les mailles *.

Les poids en plomb de nos pêcheurs indispensables pour enfoncer les filets dans l’eau étaient remplacés par des pierres. Ces pierres forées ou bien munies d'échancrures se trouvent dans toutes les stations lacustres. Tel était également l'usage des fragments de poterie percés d’un trou qui proviennent de Schussenreid, station de l’âge de pierre sur le Feder-See (Wurtemberg). Il a été aussi retiré des lacs suisses des morceaux de bois ou de liège percés d’un ou plusieurs trous; ils servaient certainement de flotteurs.

De nombreux instruments en pierre aux formes les plus primitives, souvent en roches étrangères au pays, ont été trouvés dans les îles de la Grèce, en Corse, en Sardaigne, dans l’île d'Elbe, en Sicile. Ces découvertes attestent la présence de l’homme dans ces îles aux temps les plus reculés, où il est possible de reconnaître ses traces. Cet homme n'avait pu arriver que par mer. Les habitants des stations lacustres ne communiquaient avec la terre ferme qu’à l’aide de barques; les Scandinaves, nous l'avons dit, poursuivaient le poisson en pleine mer. Il faut donc bien admettre que les essais de navigation remontent aux premiers âges de l’humanité. L'homme, sous l'empire de la nécessité ou poussé par la curiosité, n'avait pas craint de se lancer sur les fleuves, puis sur les flots autrement redoutables de la mer :

Illi robur et æs triplex

Circa pectus erat, qui fragilem truci Commisit pelago ratem Primus ?.

Le poête latin a raison et l’on doit être plein d'admiration pour ceux qui les premiers ont osé affronter les vagues et la

1. Les mailles sont en général carrées et d’une largeur de 0m,03. Chaque maille est fermée par un nœud uniforme à chacune des intersections. 2. Horace, Odes, lib. I, ode mr.

tempête ; ils ont su allier à l'intelligence qui crée le courage qui entreprend et la force qui exécute.

Les arbres déracinés par les eaux, flottants à leur surface, devaient naturellement attirer l'attention des hommes et les premiers bateaux furent sans doute des troncs d'arbre gTOSsièrement équarris, puis excavés à l’aide du feu. La réflexion apprit à ajouter une proue pouvant fendre plus facilement l’eau, une poupe servant de point d'appui. Ces canots, si l’on peut déjà leur donner ce nom, étaient tout d’abord dirigés avec des branches dépouillées de leurs feuilles, avec de longues perches, puis avec des rames ou des pagaies qui battaient mieux l’eau: plus tard, on croit reconnaître les traces d’une mâture qui indiquait l'usage d’une voile. La navigation était créée. On a retrouvé sur différents points de l'Europe des barques remontant assurément à des époques très reculées sans qu'il soit possible de fixer leur date. Leur construction rappelle singulièrement les pirogues des Polynésiens ou les kayaks des Groënlandais. Une des plus anciennes, déposée aujourd'hui au Musée provincial de Berlin, a été retirée d’une tourbière du Brandebourg. Sa longueur est de huit mètres; sa largeur atteint à peine quarante centimètres ‘.

Sir W. Wilde décrit plusieurs barques provenant des marais ou des tourbières de l’Irlande*; elles portent souvent à leurs extrémités des poignées creusées dans le bois qui permettaient de les traîner plus facilement à terre. Wilde ajoute que les Irlandais se servaient aussi de cwrraghs ou de coracles, simples carcasses en osier recouvertes de peaux de bœuf. Ces frêles embarcations nous apprennent un nouveau mode de navigation; elles se rencontrent non seulement dans les différents pays de l'Europe, mais aussi en Amérique aux temps précolombiens. L’'Ecosse fournit des exemples plus intéressants encore*.

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