CHAPITRE PREMIER
Le dix-neuvième siècle, aujourd'hui sur son déclin, a marqué d'une empreinte ineffaçable l’histoire du monde, et jamais plus grandes choses ne furent accomplies avec une plus merveilleuse | rapidité. Toutes les sciences, sans exception, ont participé au progrès commun et la connaissance chaque jour plus complète des différentes parties du globe a puissamment contribué à ce progrès. Des régions totalement fermées se sont ouvertes, pour ainsi dire à la fois, devant d’énergiques explorateurs qui, comme Livingstone, Stanley, Nordenskiüld, ont immortalisé leur nom. En Afrique, le Soudan et la zone équatoriale qui recèle les sources du Nil, en Asic l’intérieur de l'Arabie, les montagnes du Pamir ont été visités et étudiés. En Amérique, des régions entières, hier encore inaccessibles, sont sillonnées aujourd’hui de chemins de fer ; dans l’autre hémisphère, l’Australie, les îles de la Polynésie sont colonisées, de nouveaux peuples prennent un essor rapide et les glaces perpétuelles du pôle n’arrêtent même plus d’intrépides navigateurs. Telle est une bien faible partie des
œuvres dont notre génération a Le droit d’être justement fière. DE NADAILLAC. 1
Il n’est pas jusqu'aux guerres lointaines qui n’apportent leur tribut à la science. C’est la conquête qui nous apprend à nouveau l’antique histoire de nos possessions algériennes; c’est la marche des armées anglaise et russe qui livre le secret de ces mystérieux pays du centre de l'Asie, le point de départ des races européennes, et le Tonkin est la dernière page de ce livre toujours ouvert.
La connaissance des lieux aide à la connaissance des faits. Les travaux de Champollion, continués avec éclat par Le vicomte de Rougé et Mariette Bey, ont classé avec précision les monuments de l'Égypte, La lecture des inscriptions cunéiformes nous apprend la date des palais de Ninive et de Babylone. D'autres inscriptions déchiffrées par nos savants maitres font connaître les Hittites dont la puissance un moment formidable s'étendait jusqu’à la Méditerranée et dont le nom même jusqu'à ces derniers temps, était tombé dans le plus complet oubli. Les temples creusés dans les rochers de l’Inde, les dagobas plus curieux encore appartiennent aujourd’hui à la science. Comme les monuments religieux de la Birmanie et du Cambodge, ils sont ramenés à des dates comparativement récentes; et si les palais du Yucatan et du Pérou restent encore muets, nous parvenons cependant à fixer approximativement leur âge et à montrer que, bien avant leur construction, l'Amérique du Nord était habitée par des hommes qui élevaient de gigantesques terrassements ou qui habitaient des rochers presque inaccessibles.
La philologie comparée a permis de dresser la généalogie des peuples, d'entrevoir leur origine et leurs migrations. Burnouf a retrouvé la vieille langue zend, Sir H. Rawlinson, M. Oppert ont ouvert par leurs magnifiques travaux des voies nouvelles; Max Mulleret Pictet s'emparant de ces matériaux s1 divers nous ont fait connaître à leur tour la race aryenne, la grande éduca trice, si je puis me servir de ce mot, des coule odEne |
Tel est l’ensemble des époques historiques les plus anciennes; toutes témoignent d’une civilisation déjà avancée que les hommes n’ont pu atteindre que progressivement et après de longs
tätonnements. Quels étaient ces hommes, les plus anciens habitants de la terre? Quelles étaient leurs conditions biologiques? Quel était l'état physique et climatologique du globe? Quelles étaient la faune et la flore qui les entouraient? La science pousse plus loin encore ses aspirations, elle voudrait connaître l’origine de l'espèce humaine, savoir quand, comment et pourquoi Ne est apparu sur la terre ; à quelque point de vue que l’on , se place, l’homme de toute nécessité a eu un commencement.
Nous sommes en face des plus redoutables problèmes qui embrassent à la fois notre passé et notre avenir, problèmes que la science peut et doit aborder, car ils élèvent le cœur et fortifient
27 l'intelligence ; mais qu’elle ne peut espérer résoudre à l’aide des
##, }seuls efforts de l’homme, à l’aide des seules lumières humaines.
FU | Quels que puissent être leurs résultats définitifs, ces études sont d’un puissant intérêt. « L'homme, disait un savant membre de l’Institut *, sera toujours pour l’homme le plus grand des mystères et Le plus attachant des spectacles. »
Remontons donc le cours des siècles; montrons nos vieux ancêtres à leurs débuts surla terre, suivons-les dans leur lutte pour l'existence. Nous nous préoccuperons surtout des faits, nous n'accepterons aucune théorie, souvent nous n’arriverons à aucune conclusion; l’état actuel de la science préhistorique en com-
porte rarement. Il faut toujours être prêt à modifier les théories : ©
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par l'étude des faits et ne jamais oublier que, dans une science } +
aussi peu avancée, elles sont forcément provisoires et variables. | # #
« Le récit tee disait Sir C. Lyell, est une histoire dela D. Mere bien imparfaitement conservée et écrite dans un dialecte enT More changeant; nous ne possédons que la dernière partie | | de ce dialecte, encore ne s’applique-t-elle qu'à deux ou trois pays : de cette partie mème, nous n'avons qu'un chapitre bien x — | court, et de chaque page, nous ne savons lire çà et là que quel- | ques lignes. »
Le point de départ de la science préhistorique est véritablement