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Fig. 52. — Figurines en terre cuite trouvées dans les palañfittes de Laybach.
préhistoriques? M. Virchow, revenant sur ses impressions pre-
mières, croit aujourd’hui que les palafittes de l'Allemagne appar-
tiennent à la même époque que les retranchements connus sous le nom de Burgwallen, où les métaux, le fer même étaient déjà d’un usage général. Leur habitation aurait duré jusqu'au xur° siècle et il est facile de suivre, comme en Suisse, les traces de ces demeures abandonnées, puis relevées par de nouveaux occupants.
Lord Lovaine donnait dès 1863, à l’Association Britannique réunie à Newcastle, la description d’une station lacustre située dans le sud de l'Écosse ; Sir J. Lubbock en signale une dans le nord de l'Angleterre. D’autres sont connues à Holderness (Yorkshire), à Thetford, sur le lac de Barton-Mere, près de Bury Saint-Edmunds. À en juger par leur description, elles ne paraissent pas remonter au delà de l’âge de bronze.
D'autres stations sont plus anciennes; on découvrait, 1l y à quelques années, en amont de Kew, sous une couche d’alluvions de 1{%,50 de puissance, de nombreux pilotis enfoncés dans le gravier qui formait le vieux lit de la Tamise. Les intervalles entre les pilotis avaient été soigneusement bouchés par de petites branches de saule et d'autres menus bois. Tout autour gisaient des ossements, parmi lesquels ceux du Bos longifrons étaient les plus remarquables ; les os longs avaient été brisés pour en retirer la moelle: c’est là une preuve évidente de Paction intelligente de l’homme. À Londres même, des pieux semblables ont été relevés sur l'emplacement du Mansion House et sur celui des vieux murs de la cité. On les croit antérieurs aux temps où les eaux de la mer, puis celles de la Tamise, baignaient les lieux où s'élèvent aujourd’hui les demeures de plus de quatre millions d'hommes.
Les stations lacustres en France sont moins importantes que dans les contrées voisines. On croit que Vatan, petite ville du Berry, avait été édifié sur l'emplacement d’une cité lacustre; elle est située au milieu d’un marais desséché, et sur des points différents on a retiré des pieux profondément enfoncés dans la vase. On cite des palafittes dans Les lacs du Jura, dans les vallées pyrénéennes de la Haute-Garonne, de l'Ariège, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales. Les Landes qui se relient d’un côté au plateau de Lannemezan, de l’autre aux plaines élevées du Béarn, renferment aussi de nombreux bas-fonds marécageux, où l’on a retrouvé des amoncellements de poutres, de bois calciné et de tessons de poterie. |
Des découvertes non moins curieuses ont été faites dans le lac du Bourget; mais les habitations qui s’élevaient au sein de ce lac datent d’une époque comparativement récente. La céramique, dont les fragments sont abondants, présente une perfection de formes et de couleurs inconnue dans les temps primitifs. Un certain nombre de vases portent même le nom du potier romain qui les avait façonnés. C’est aussi à une époque postérieure à l’âge de pierre, qu'il faut rattacher les restes de constructions
découvertes dans les tourbières-de Saint-Dos, auprès de Salies (Basses-Pyrénées). À une profondeur moyenne de quatre-vingts centimètres, on rencontre un véritable plancher formé de troncs d'arbres reposant sur des pilotis, reliés d’une façon toute primitive par des filaments de racines. Ils portent des incisures très profondes, très nettes, que le fer seul a pu produire. Sur d’autres points de notre pays, l'habitation lacustres’est prolongée jusqu'aux Carolingiens. C’est à cette époque que remontent les palafittes du lac de Paladru (Isère). Ils ont été abandonnés, autant que leurs ruines permettent d’en juger,à la suite de l’envahissement des eaux.
Au temps où les stations lacustres étaient habitées, les mammifères caractéristiques de l’époque quaternaire, les éléphants, les rhinocéros, les lions, les hippopotames avaient disparu de nos régions. À leur place, nous voyons nos premiers animaux domestiques. La faune lacustre de la Suisse comprenait soixante-dix espèces environ”; on cite parmi elles le chien, le cochon, la chèvre, le mouton et deux variétés de bœuf. Ces animaux étaient déjà domestiqués; nul doute ne peut exister à cet égard, car dans plusieurs Pfahlbauten on voit jusqu'au fumier qui prouve clairement que leur vie était mêlée à celle de l’homme.
Parmi les animaux, le cerf etle bœuf sont ceux qui se rencontrent le plus fréquemment; mais 1l est facile de voir que la vie pastorale gagne chaque jour en importance. Dans les stations les plus anciennes, dans celles de Mooseedorf, de Wangen, de Meilen, par exemple, on trouve surtout le cerf ; dans les stations des lacs occidentaux relativement plus récentes, le bœuf domine. Au village lacustre de Niddau qui date de l’âge de bronze, les ossements des animaux domestiques deviennent de plus en plus nombreux, ceux des animaux sauvages au contraire sont de plus en plus rares. Le progrès de la domestication est évident: mais il n'est pas moins évident qu'il a fallu de longs siècles pour former les troupeaux dont on constate sur certains points la présence. Que ces animaux soient arrivés en Europe à la suite
1. Trente mammifères, vingt-six oiseaux, dix poissons, quatre reptiles. Rutimeyer, Fauna der Pfahlbauten in der Schweiz.
d'invasions étrangères, qu'avant d’être réduits en servitude ils aient vécu dans nos régions à l’état sauvage, qu'ils aient mème été les comtemporains des espèces disparues, tout cela est possible. Uneseule choseest certaine, c’est que leur domestication n’a pu être spontanée. Elle s’est exercée, selon toute apparence, d'abord sur une race, puis sur une autre, et progressivement l’homme est devenu le maître de tous les animaux qui l’entourent encore aujourd'hui.
On ne trouve dans les palafittes n1 la souris commune, ni le rat, ni le chat ; le cheval est fort rare ; il ne l’est pas moins, dans les Kjôkkenmôddings, et dans les grottes habitées aux temps néolithiques. La disparition du cheval, si nombreux aux époques antérieures, est générale; c’est 1à un fait inexplicable, mais que l’histoire met hors de doute. La Bible, qui donne des détails si complets sur la vie pastorale des Hébreux, parle pour la première fois du cheval, après la sortie des enfants d'Israël de la terre d'Egypte, et dans ce dernier pays les chevaux ne sont représentés sur aueun monument antérieur à la xvn° dynastie. Il en est de mème en Amérique, les équidés avaient disparu depuis longtemps, lors de l’arrivée des Espagnols et Les chevaux qu'ils avaient amenés avec eux causaient aux Mexicains et aux Péruviens une indicible terreur.
Les animaux domestiques exigeaient une nourriture régulière durant les longs mois de l'hiver; leur seule présence témoigne donc d’un peuple cultivateur. La découverte, dans plusieurs des stations lacustres de l'Helvétie, de céréales carbonisées confirme cette hypothèse. Parmi ces céréales, le blé est l'espèce la plus commune ; on en a recueilli plusieurs boisseaux. Dans le département de la Gironde, on a découvert de véritables silos, où était entassé du blé calciné. En France comme en Suisse, les grains sont plus petits que notre blé actuel dont leur forme Les rapproche. Nous trouvons aussi dans les stations lacustres le millet, le pois, le pavot, les noix, les prunes, les framboises et même des pommes et des poires séchées, réservées sans doute pour la provision d'hiver. À Cortaillod, on a retiré
des eaux, avec quelques épis d'orge, des noyaux de cerise, des glands, des faines de hêtre; à Laybach, des châtaignes d’eau qui depuis longtemps ont disparu de la Carniole. Parfois les grains étaient rôtis, grossièrement concassés et conservés dans de grands vases en terre cuite; d’autres fois, on retrouve de véritables pains plats, ronds, cuits sans levain et ayant de trois à quatre centimètres d'épaisseur. Nous avions raison de dire qu'un grand changement s'était opéré, depuis les premiers temps où l'homme avait vécu sur la terre. |
Les terremaresde l'Italie tiennent à la fois des Kjü‘kkenmôüddings danois et des palafittes suisses. Ils se rencontrent surtout en Lombardie et dans les anciens duchés de Parme et de Plaisance, sous la forme de monticules surbaissés s’élevant de quatre à cinq mètres au dessus du sol naturel. Plusieurs terremares sont quelquefois réunis et forment de véritables villages, couvrant une superficie qui pouvait varier de huit à dix mille mètres carrés. Les excavations ont montré des rangées de pieux de deux à trois mètres de longueur, reliés entre eux par des poutres transversales, véritable plancher sur lequel s’élevaient les huttes qui, comme celles de la Suisse, devaient être construites en branchages, en argile ou en paille,car on n’a remarqué aucune trace de l'emploi soit de briques, soit de pierres. Les rejets de cuisine, les immondices de toute sorte s’amoncelaient rapidement autour du plancher et devenaient le premier noyau du monticule qui grandissait rapidement avec les occupants successifs. Quand ces amoncellements étaient trop gênants, l’homme plantait à une plus grande hauteur de nouveaux pilotis sur le même emplacement; il édifiait de nouvelles plates-formes, de nouvelles cabanes. Sur certains points, on a reconnu jusqu'à trois plates-formes ainsi superposées.
Les fouilles ont donné, comme dans lesstations lacustres, de nombreux ossements d'animaux domestiques; ceux des animaux sauvages, ours, cerfs, chevreuils, sangliers ici aussi sont beau-
{. Anzeiger für Schwerische Alterthums Künde, avril 1884.
TERREMARES. 133
- coup plus rares. Les habitants avaient d’autres ressources que la chasse, et bien que leurs procédés fussent rudimentaires, 1ls cultivaient le blé, la fève, le lin, la vigne, les fruits divers. Si le fer est toujours inconnu, quelques terremares ont donné des objets en bronze; mais le bronze n'était employé qu'à l’état de pièces grossièrement fondues et ne portant aucune trace de martelage ou de soudure. Parmi les poteries, 1l faut mentionner de petits cônes en terre cuite de couleur noire ou grise, assez semblables à des glands percés dans le sens de leur longueur et souvent ornés de lignes en creux, tantôt droites, tantôt courbes. Les archéologues italiens les ont appelés des fusaroles ; les Suisses, qui en ont retiré un grand nombre de leurs lacs, des pesons de fuseau. Les uns et les autres les associent au filage; mais leur nombre rend cette hypothèse inadmissible et nous aurons, en racontant les fouilles entreprises par le D' Schliemann à Hissarlik, à rétablir leur véritable caractère.
À Castione auprès de Parme, sur plusieurs autres points . du Parmesan et du Reggianais, il a été découvert des terremares s'élevant au milieu de vastes bassins rectangulaires artificiellement creusés. On. a voulu en conclure que ces populations étaient issues de celles qui habitaient les lacs de la Suisse et que, fidèles aux traditions de leur race, elles creusaient des étangs, quand les lacs faisaient défaut. L'Italie aurait donc été peuplée par une race descendue des Alpes‘. Quelle était cette race ? Nous sommes réduits aux conjectures. Ce ne pouvaient être les Ligures, un des rameaux de la grande race Ibère ; les plus anciens constructeurs de terremares étaient supérieurs aux Ligures qui ignoraient absolument toute culture. Ce n'étaient point les Etrusques, les reliques étrusques sont distinctes de la couche profonde, où se trouvent les terremares et leur industrie est facilement reconnaissable. Bien des indices prouvent que quand les Celtes descendirent en Italie, leur métallurgie était
1. Comte Conestabile, Sur les anciennes immigrations en Italie. — Heïlbig, Beitrage zur Altitalischen Kultur und Kund Geschichte I. Band. — G. Boissier, Revue des Deux-Mondes. Oct. 1879.
plus avancée que celle des constructeurs de terremares. Nous croyons donc, avec M. Heilbig, que ceux-e1 étaient les Italiques dé race Arvenne, ancêtres des Sabins, des Ombriens, des Osques et des Latins. Les Italiques venaient dans la grande migration des peuples de se séparer des Pelasges, leurs frères, qui s'étaient arrètés dans l'Épire ; ils avaient continué leur marche, peuplé la Suisse, puis franchissant les Alpes, ils s'étaient établis dans les plaines fertiles arrosées par le Pô, où il est facile aujourd'hui encore de constater leur existence.
M. Pigorini' en surveillant les fouilles d’un terremare à Toszig, en Hongrie, fut singulièrement frappé de l’analogie qu'il présentait avec ceux de l'Italie et notamment avec celui de Casarolo. Ce serait une preuve considérable en faveur des Italiques. Mais les objetsrecueillis dans quelques-uns des terremares, ceux de Varano et de Chierici par exemple, montrent qu'ils étaient hab1tés dès les temps néolithiques ; les [taliques n'auraient donc fait que suivre les traditions de leurs prédécesseurs. Malgré les études poursuivies avec ardeur, tout ce qui touche aux origines des peuples et des races reste encore plongé dans l'obscurité la plus profonde et nous ne pouvons qu'en appeler à l'avenir de ce que le présent ne peut donner.
Nous possédons d’autres témoins des vieilles races qui ont peuplé l'Italie. Le D’ Concezio Rosa * avait remarqué dans Îles Abruzzes de grandes taches noires indiquant le séjour de l’homme; les fouilles de ces Fondi di Cabane, tel est le nom qu'ils portent, amenèrent en nombre considérable des couteaux, des grattoirs en pierre, des poinçons en os, des ossements d’animaux tous actuellement vivants. Plus tard on découvrait ces mêmes Fondi depuis les Alpes orientales jusqu'au mont Gargano. Dans le Reggianais, à Rivaltella, à Castelnuovo de Sotto, à Calerno, ils formaient même de véritables groupes. Une de ces stations a donné plus de mille silex travaillés. Nous les mentionnons parce
1. Bul. di Palethnologia ITtal., 1819. Les terpens de la Hollande offrent une curieuse ressemblance avec les terremares.
2. Ricerce di Archeologia preistorica nella valle della Vibrata.
CRANNOGES. 135
qu'ils présentent des formes en losange (se/ci rombordalh) et en demi-losange (semi rombi) inconnues dans les autres régions. Avec ces silex, on recueillait des vases faits à la main sans mélange de grains de sable ni de quartz, munis d’anses et quelquefois ornés de lignes, de sillons, de bourrelets en relief. Ils diffèrent sensiblement de ceux des terremares. Sont-ils, comme on le dit, d'une époque antérieure ? Nous n'oserions l’affirmer.
Pour terminer ce qui concerne les habitations situées au milieu des eaux, il faut dire un mot des crannoges, bien que leur date soit des plus discutables.
Les crannoges sont des îlots artificiels élevés sur les lacs de l’Ecosse ou de l'Irlande’, au moyen de lits successifs de pierres maintenues par des poutres disposées dans tous les sens. Wylde en comptait de son temps quarante-six en Irlande; quelques-uns par leur étendue présentent une véritable importance. Celui d'Ardkellin-Lough (Rosscommon) est entouré d’un mur en pierres sèches établi sur pilotis. Sur d’autres points, on remarque les restes d’estacades établies avec intelligence pour amortir le choc des eaux.
Pour ajouter aux difficultés de la question, l'habitation des crannoges s'est prolongée durant des siècles ; on les trouve mentionnés dans les plus vieilles légendes irlandaises, etau xvi° siècle ils servaient encore de retraite aux rois du pays dans leurs continuelles révoltes. Les objets retirés des lacs appartiennent aux époques les plus différentes, et il est impossible de rien dire de positif sur le moment de leur construction.
Cependant une cabane découverte dans le Donegal pourrait bien dater de temps fort éloignés ?. Elle reposait sur une couche épaisse de sable apporté du rivage voisin et elle était recouverte par un lit de tourbe ne mesurant pas moins de cinq mètres de puissance. Depuis la retraite de l’homme, la tourbe s'était progressivement exhaussée et avait fini par envahir sa demeure.
La cabane comprenait un rez-de-chaussée et un étage de
1. Wylie, Arch. Brit.,t. XXX VIII, — Wylde, Proc. Royal Irish Acad., t. I, p. 420. 2. Arch. Brit., t. XXVI, p. 361. — Proc. Royal Irish Acad., t. VIT, p. 155.
3"60 de longueur sur 2*70 de largeur et 1"20 de hauteur. Les murs se composaient de poutres à peine équarries, réunies
par des mortaises et des chevilles de bois; le toit, probablement
plat, consistait en planches de chène dont les interstices étaient bouchées avec un mortier formé de graisse et de sable. Au rezde-chaussée, gisaient plusieurs outils en silex sans trace de polissage, un coin en quartz et un ciseau en pierre dont l'usure attestait le long service. Ce ciseau, au dire des explorateurs, correspondait exactement aux entailles visibles autour des mortaises. Un véritable pavage formé de galets provenant des bords de la mer et placés sur un lit de branches entrelacées, de troncs de hêtre et de noisetiers conduisait à un foyer de pierres plates mesurant trois pieds environ sur chacune de ses faces. Tout autour, on recueillait des fragments de charbon et des noisettes brisées, en partie consumées par le feu. Récemment il a été mis au jour dans le Comté de Fermanagh, sous un dépôt tourbeux de plus de six mètres de puissance, une autre cabane soutenue par quatre poteaux et appuyée sur un plancher de chêne. Onna remarqué dans ces cabanes aucune trace de miétal; la profondeur de la tourbe qui les recouvre vient aussi attester leur antiquité. Reste une objection sérieuse; les sauvages irlandais des temps préhistoriques étaient-ils déjà capables d'élever des demeures qui témoignent d’un certain dégré de civilisation ?
Les crannoges se rétrouvent en Ecosse comme en Irlande. Des fouilles ont été entreprises dans Le Loch-Lee, elles ont permis de connaître leur mode de construction. Les lacustres amoncelaient des troncs d'arbres au milieu d'un marais ou dans les parties Les moins profondes d’un lac, puis ils les assujettissaient au moyen de poutres et de branches qui retenaient les alluvions et finissaient par former un îlot. Tout autour de cet îlot, on retire des eaux les objets les plus divers en pierre, en bois, en corne et jusqu’à des canots de plusieurs pieds de longueur. Des crannoges semblables existent sur les lacs de Kincardine et de Forfar. M. Troyon les dit de l’âge de pierre. Si cette opinion
1. Habitations lacustres des temps anciens et modernes, p. 110.