‹ Mœurs et monuments des peuples préhistoriquesChapitre 61 sur 107 · Monuments de Roknia, p · texte numérisé non relu

Monuments de Roknia, p

triques entourant une construction formée de cinq pierres de dimensions considérables”. Le cromlech d’Anajapoura, dans l’île de Ceylan, probablement d’une construction assez récente, se compose de cinquante-deux piliers de granit d’une hauteur de quatre mètres environ, dressés autour d’un temple bouddhiste. On voit un cercle à Peshawur, des cromlechs au Pérou, d’autres au pied d’'Elephant Mount, dans les plaines désertes de l'Australie. Ces derniers varient de dix à mille pieds de diamètre; nulle tradition ne s’est conservée sur leur origine et les fouilles n’ont donné qu'un petit nombre d’ossements humains.

À Mzora, dans le Maroc, le voyageur voit devant lui un monticule surbaissé de six à sept mètres de hauteur, flanqué à l'Ouest d’un groupe de menhirs et entouré d’une ceinture de pierres debout. Leur nombre estaujourd’huide quarante environ*. Ce groupe était le centre d’un ensemble de mégalithes, car au nord et au sud-ouest on peut voir encore une cinquantaine de monolithes, les uns couchés les autres debout *.

C’est dans la Grande-Bretagne que les cromlechs semblent avoir atteint leur plus grand développement. Celui de Salkeld dans le Cumberland comprend soixante-sept menhirs, celui auprès duloch Stemster dans le Caithnesshire trente-trois ; dans le Westmoreland, Long Meg et ses filles sont aujourd’hui encore l’objet d’un respect superstitieux. Le cercle d’Avebury est entouré d’un rempart de terre et d’un fossé intérieur qui mesure près de quatre cents pieds de diamètre. Stonehenge est probablement le monument mégalithique le plus curieux du monde entier. Il comprenait un portique circulaire de quatrevingt-huit mètres de diamètre, un cercle de menhirs et, à l’intérieur de ce second cercle, un ovoïde formé de trilithes dont les supports irrégulièrement taillés mesurent quatre mètres de hau-

1. Haxtausen, Mém. sur la Russie, t. II, p. 204. — A. Bogdanow, Mat. pour servir à l’histoire des Kourganes, Moscou, 1879.

2. En 1831, il en existait encore quatre-vingt-dix et on remarquait sur le côté sud deux piliers ronds placés parallèlement et destinés à former une entrée. Sir A. de Capell Brooke, Sketches in Spain and in Marocco.

3. Tissot, Recherches sur la géographie comparée de la Mauritanie Tingitane.

teur sur deux de largeur ; les trilithes enfin renfermaient un cercle elliptique de pierres levées. Aussi loin que l'œil peut porter, il s'arrête sur des tumuli, tous à une distance à peu près égale du monument principal. Comme la plupart des archéologues, Henri Martin en concluait que Stonehenge était un sanctuaire entouré d’une nécropole. Les fouilles ont donné quelques ossements humains échappés aux flammes, quelques misérables ornements, quelques armes en pierre ou en bronze. Les piliers et les linteaux du portique extérieur comme ceux des trilithes sont maintenus par des tenons et des mortaises. C'est une remarquable exception à la coutume générale.

Silbury Hill (Wiltshire) peut rivaliser avec Stonehenge ; il ne comprenait pas moins de 650 pierres debout entourées d’un fossé mesurant 384 mètres de l’est à l’ouest, et 355 du nord au midi. A l’intérieur, on distingue un menhir très élevé et trois autres inclinés de manière à former une sorte de crypte.

Les mégalithes de l'Irlande sont non moins importants ‘. Les -cromlechs de Moytura ? rappellent le souvenir des combats qui ensanglantèrent les plaines de Meath et de Sligo et Les ossements que l’on recueille sont ceux des guerriers qui succombèrent dans ces guerres intestines. Ces cercles ne sont pas les seuls témoins des luttes ardentes que l’histoire enregistre ; la tradition veut que deux grands monolithes dans le Cornwall rappellent un combat entre les rois saxons Howel et Athelstane ; les cromlechs d'Ostergothland, la bataille livrée en 736, où le vieux rot Harold Hildebrand fut vaincu et tué par son neveu Sigurd-Ring. Un groupe de quarante-quatre cercles marque l'emplacement d’un combat célébre où Knut le Grand défit, en 1030, Olaf, le saint

1. Un relevé récent porte a 276 le nombre de ceux encore debout. M. Stokes La distribution des principaux dolmens de l'Irlande. Revue arch., juillet 1882.

2. Sir W. Wilde, Jreland past. and present. — Miss Buckland, Cornish and Irish prehistoric Monuments. Anth. Inst. Nov. 1879. — O’Curry, Lectures on the Manuscript Materials of the Irish History. Moytura fut le théâtre de nombreux combats ; le plus célèbre est celui entreles Fir-Bolgs et les Thuata de Dannans : ces premiers furent vaincus et se retirèrent à Arran en Écosse. On voit aujourd’hui encore sur le champ de bataille 14 dolmens et 39 cromlechs.

patron de la Norwège. À Upland, où le prince Danois Magnus Henricksson fut massacré en 1161, vingt cercles ont été érigés en souvenir de sa mort. Un autre groupe de cercles marque le lieu ou une héroïne suédoise, Blenda, vainquit le roi Swen Grate vers 1150. IT serait facile de multiplier ces exemples, ils prouvent, sur certains points tout au moins, l’origine récente des mégalithes. |

Les menhirs, appelés aussi /echs en Bretagne, sont des monolithes isolés, plantés verticalement et atteignant souvent des dimensions considérables. Un des plus connus, celui de Locmariaker (fig. 59), mesure vingt-deux mètres de longueur. Il à été renversé et brisé en quatre morceaux, sans que la tradition populaire ait conservé le souvenir, soit de son érection, soit de sa chute‘. Plusieurs des menhirs de la Bretagne sont surmontés d’une croix. La pierre de Sweno en Écosse porte une croix creusée sur une de ses faces et sur l’autre un bas-relief d'une assez bonne exécution. Il en est donc des menhirs comme des cromlechs, leur érection s’est continuée bien des siècles après l'établissement du christianisme.

Tantôt les menhirs marquent l'emplacement d'une tombe, tantôt, comme les obélisques en Egypte ou les colonnes à Rome, ils sont érigés pour perpétuer le souvenir d’un événement heureux. C’est ainsi qu'en Écosse une pierre levée rappelle la bataille de Largs qui date du xm° siècle, et une légende pieusement conservée veut que le menhir d'Aberlemmo ait été élevé en l’honneur d’une victoire remportée au x° siècle sur les Danois.

Quelques archéologues, à raison de la forme des menhirs et des superstitions qui s’y rattachent, ont voulu y voir des représentations phalliques. On cite en France des menhirs taillés en phallus. Au milieu des ruines d'Uxmal, dans le Yucatan,des pierres debout offrent cette même apparence. Hérodote raconte que Sésostris faisait élever dans les pays conquis par ses armes des monolithes portant en relief les organes sexuels de la femme.

1. Il était encore debout en 1659. Bul. Soc. Pol. du Morbihan, avril 1885.

Ce ne sont là que des exceptions, des faits isolés. [ls ne permet-

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Fig. 59. — La table de César et le grand menhir brisé de Locmariaker.

tent nullement d'affirmer que les menhirs se rattachent au culte

des forces génératrices de la nature.

La statistique des menhirs est assez difficile à dresser. Beaucoup ont été renversés, un nombre plus grand encore échappe à toute recherche. Il est probable qu’en dehors des alignements il n'en existe pas aujourd’hui en France plus de deux cents encore debout’. Une seule chose est certaine; de tout temps, les hommes ont eu un grand attrait pour les monolithes; le voyageur les rencontre en Egypte, en Assyrie, en Perse, au Mexique comme en Angleterre ou en Bretagne. L’historien les mentionne dès les premiers temps; Homère les cite dans l’Iliade? et nous voyons dans la Bible le Seigneur commander à Josué d'élever douze pierres en mémoire du passage du Jourdain par les Israélites”*.

Les avenues ou alignements sont des groupes de menhirs disposés sur un ou plusieurs rangs. Souvent ils sont recouverts de larges dalles, ils prennent alors Le nom d’allées couvertes.On connaît un alignement de trente monolithes à Saint-Pantaléon (Saône-et-Loire). Les menhirs d'Oulad-Aïad en Algérie forment d'immenses avenues se dirigeant de l’ouest à l’est. Les Arabes leur donnent le nom d’Essenam, les idoles, et la tradition rapporte qu'ils ont été érigés à la suite d’un vœu pour arrêter la marche des ennemis. Le tumulus de Run-Aour (Finistère) possède deux allées perpendiculaires l’une à l’autre. Cette disposition assez rare se retrouve à Karleby en Suède et, par une coïncidence remarquable, la longueur des galeries (12 mètres et 17 mètres) est la même que celle des galeries de Run-Aour. Quelquefois ces avenues établissaient une communication entre plusieurs dolmens, les membres de la famille ou les compagnons du chef dormaient à côté de lui leur dernier sommeil.

L’allée couverte disparaît souvent sous les terres amoncelées et les chambres intérieures prennent Les proportions de véritables hypogées. Ces hypogées sont assez communs dans les environs

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