‹ Mœurs et monuments des peuples préhistoriquesChapitre 66 sur 107 · Monuments mégalilhiques, trad. Hamard, p · texte numérisé non relu

Monuments mégalilhiques, trad. Hamard, p

soit un certain degré de civilisation, soit enfin certaines circonstances à déterminer. On ne peut mieux résumer ces curieux monuments; si nous parcourons leur série, nous les verrons construits en pierres brutes, rarement dégrossies, posées sans ciment et presque toujours dépourvues d'ornementation. En les étudiant séparément, bien que leur air de famille, s’il est permis

Fig. 66. — Dolmen de Maintenon (longueur de la table, 6 mètres).

de se servir de ces mots, soit indiscutable, il sera facile de noter des différences attribuables au génie de la race ou aux matériaux que les constructeurs avaient à leur disposition. Ainsi les cromlechs se montrent surtout en Angleterre, les dolmens en France, et dans ces deux pays nous voyons une forme de dolmen (fig. 66) rarement érigé dans d’autres régions. Une des extrémités de la table repose sur le sol, l’autre est appuyée sur des supports. En Scandinavie, les supports sont des blocs erratiques ; dans l’Inde, des fragments arrachés aux rochers voisins; en Algérie, dans le Midi de la France, les constructions par assises se rencontrent assez fréquemment; en Bretagne, le Msné-er-[roek et le Mané-Lud sont pavés en larges pierres. Le sol sur lequel est élevé le dolmen de Caranda, près de la Fère en

Tardenois *, est recouvert de dalles et l'ouverture est fermée par une pierre plateappuyée sur deux linteaux. Souvent, nous l'avons vu, la crypte était partagée en deux ou plusieurs chambres sépulcrales par des parois construites en pierres. Nous trouvons cette disposition à Gavr'innis, à Gamat (Lot), à Alt-Sammit dans le Mecklembourg, à Wayland-Smith en Angleterre, dans un grand nombre des monuments de la Scandinavie. M. du Chatellier mentionne plusieurs mégalithes du Finistère, comprenant un dolmen central et plusieurs chambres latérales. À Parkwyn dans le pays de Galles, à Uley dans le comté de Gloucester, se voient quatre cryptes disposées de chaque côté d’une allée centrale. A New-Grange, une galerie de trente et un mètres de Iongueur conduit à une chambre se développant à son extrémité supérieure en deux cryptes qui forment la croix. La sépulture de Vauréal (Seine-et-Oise) comprend trois cryptes de dimensions inégales. Le dolmen de Moustoir-Carnac comprenait aussi trois chambres, et par un progrès remarquable, les pierres du plafond chevauchent les unes sur les autres et donnent ainsi au mégalithe une solidité plus complète.

Par les mégalithes encore debout, il est facile de se rendre compte des difficultés que devait présenter leur construction pour des ouvriers ne possédant qu'un outillage bien primitif. Nous avons dit les dimensions des pierres qui forment les alignements de Carnac. Celles d’Avebury mesurent de 450 à 5 mètres de hauteur; un tumulus situé dans le Deccan est entouré de cinquante-six blocs de granit qui les dépassent en dimensions. Une des dalles de la Pedra-dos-Muros (Portugal) est remarquable par sa grandeur; la longueur de la table d'un dolmen situé sur la route de Loudun à Fontevrault dépasse 22 mètres et la table du dolmen de Tiaret (Algérie) atteint 23 mètres de longueur sur une largeur de près de 8 mètres et une épaisseur de 3 mètres. Ce bloc, d'un poids si considé-

1. On ne saurait parler de Caranda, sans rappeler les découvertes et les magnifiques publications de M. F. Moreau. Grâce à lui les Gaulois, les Gallo-Romains, les Mérovingiens revivent pour nous dans leur vie de chaque jour.

rable, repose sur des supports à plus de 12 mètres du sol’.

La pierre, comme le bois, à un sens où il est plus facile de la travailler. Les hommes avaient su de bonne heure reconnaître cette propriété et s’en servir pour attaquer le rocher. Avec leurs marteaux en pierre, 1ls frappaient en ligne droite toujours sur les mêmes points, puis, probablement à l’aide d’un feu violent. ils parvenaient à détacher les fragments. Ils employaient aussi des coins de bois que l’on introduisait dans une fissure naturelle ou artificielle et que l’on arrosait ensuite à diverses reprises. Le bloc se détachait sous l’action du bois gonflé par l'humidité. Ni le temps, ni les bras ne faisaient défaut et M. Fergusson remarque que ceux qui ont vu avec quelle facilité, les coolies chinois transportent souvent à de longues distances les monolithes les plus considérables ne s’arrêteront guère aux difficultés du transport. Une difficulté plus sérieuse était le placement de la table du dolmen sur des supports souvent fort élevés au-dessus du sol. On suppose que Les jambages étaient chargés de terre, de manière à former un plan incliné qui permettait de glisser la table jusqu'au point ou elle devait être fixée à l’aide des procédés les plus élémentaires, tels que des rouleaux et des leviers qui étaient connus dès la plus haute antiquité. Quelquefois ces pierres déconcertent par des prodiges d'équilibre. La pierre Martine près de Livernon (Lot) présente la forme d'un bateau, et la simple pression de la main suffit pour la balancer sur ses deux supports: le dolmen de Castelwellan (fig. 55) repose sur trois pierres à l'extrémité pointue, et certains trilithes de l’Inde sont, par leur disposition, plus extraornaires encore.

Si en général les mégalithes sont dépourvus d’ornementation, on peut cependant citer de nombreuses sculptures ou gravures exécutées sur le granit le plus dur. Mais presque

1. Matériaux, 1887, p.458. M. Pallart (Mon. meg. de Mascara) croit que ce dolmen n'a jamais été élevé par l’homme. Une longue dalle a glissé sur les pentes de la montagne et est venue s'appuyer sur deux montants naturels. C’est là une hypothèse assez difficile à admettre.

toujours les signes, cercles, disques, pointillés, dents de scie ou de loup, spirales, lignes serpentantes, losanges, stries ou fougères échappent à toute interprétation, si tant est qu’ils aient jamais possédé une signification.

M. du Chatellier décrit à Commana (Finistère) une galerie d'accès chargée de sculptures; les parois d’un mégalithe des Deux-Sèvres portent des représentations humaines très infor-

SSS

S EE Er ES ET << TT ET ES, RD EN Ds enr (ES ES S Ses > ‘Qu D = TR ESS SG à TS

RSR RIT pes SRB ® =" SU —— ES: =

We ,

| | ï ji sil

jh j |

2 T SE j 9 RS ET

© SK : ES. Re | K =

Page 1