‹ Mœurs et monuments des peuples préhistoriquesChapitre 65 sur 107 · DE · texte numérisé non relu

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Fig. 64. — Cromlech auprès de Bône (Algérie).

dans la nécropole de Mazela et un nombre plus considérable encore dans celle de Roknia. « À Bou-Merzoug, dit M. Feraud?, sur un rayon de trois lieues, dans la montagne comme dans la plaine, tout le pays qui entoure les sources est couvert de monuments de forme celtique, tels que dolmens, demi-dolmens,

1. Dernièrement le Dr Weisgerber signalait dans la vallée d’Ain-Massin, à l’ouest du Mzab, un cromlech formé de plusieurs cercles concentriques de grosses pierres et situé sur un tumulus elliptique de plus de cinquante mètres carrés de superficie. Tout auprès, est un vaste atelier de taille de silex, contemporain probablement du mégalithe. Revue d’'Anth., 1880, p. 655.

2. Mém. de la Soc. arch. de la province de Constantine, 1863.

cromlechs, menhirs, allées et tumulus. En un mot, il existe là presque tous les types connus en Europe. Dans la crainte d’être taxé d’exagération, je ne veux pas en fixer le nombre; mais je puis certifier en avoir vu et examiné plus d’un millier pendant les trois jours qu'a duré l'exploration. Dans la montagne comme sur la pente, on en rencontre partout où il a été possible d'en placer. Tous les monuments sont entourés d’une enceinte plus ou moins développée de grosses pierres, disposées tantôt en rond, tantôt en carré. La roche forme parfois une partie de l'enceinte complétée ensuite à l’aide d’autres blocs rapportés. Il est même souvent difficile de déterminer où finit le monument et où commence le rocher. Quand l’escarpement était trop abrupte, il a été nivelé par une sorte de mur de soutènement qui forme une terrasse autour du dolmen. Les dolmens qui existent dans la plaine paraissent construits avec plus de soin encore. Les enceintes y sont plus vastes et les dalles des tables plus erandioses. » Les mégalithes se rencontrent jusque dans le désert. Une pyramide construite en pierres sèches se dresse dans le pays des Touaregs; tout auprès, quatre ou cinq tombes sont entourées d’un cercle de pierres debout.

Les monuments de la Tunisie égalent probablement comme nombre ceux de l'Algérie. On peut citer dans l’Enfida une vaste superficie toute couverte de dolmens ; une centaine d’entre eux sont encore dans un excellent état de conservation; les débris des autres jonchent le sol et il est permis de porter à trois mille au moins, leur nombre primitif. Ceux décrits par M. Girard de Rialle‘ sont plus intéressants encore. Auprès du village d’Ellez, sur la route de Kef à Kerouan, des allées couvertes au nombre de quinze environ disséminées sans ordre se montrent au milieu des ruines romaines. Les pierres posées de champ varient de trois à quatre mètres de longueur; elles sont recouvertes de dalles gigantesques. Le dolmen principal compte jusqu’à dix chambres intérieures.

1. Monuments mégalithiques de la Tunisie. Ant. afric., juillet 1884.

De nombreux tumuli existent aussi en Syrie; nous avons parlé de celuide Sarepta ; on en connaît d’autres auprès d’Antioche et dans la plaine de la Bekka, entre le Liban et l’Anti-Liban. Jusqu'à ce jour, ils n'ont pas été fouillés ; nous ne pouvons donc que les signaler aux voyageurs. Les explorations poursuivies par une société anglaise ont fait connaître près de quatre cents cromlechs au-delà du Jourdain. Un groupe de dolmens existe à Ali-Safat

Fig. 65. — Dolmen à Pallicondah près Madras (Inde).

(Palestine); les supports de la table sont percés d’une ouverture. C'est là un fait d’un intérêt considérable. Je l’ai déjà mentionné ; j'aurais encore à y revenir. Un autre groupe comprenant une vingtaine de dolmens a été découvert par M. de Saulcy, sur le plateau d'El Azemieh; un d’eux s'élève au milieu d’une ceinture de pierres debout grossièrement tallées ; un troisième groupe enfin se rencontre au sud du précedent, auprès des monts Nebbo.

En parlant des mégalithes de l'Inde, nous ne pouvons que répéter ce que nous avons déjà dit. Le colonel Meadows Taylor en compte 2129 dans le seul district de Bellary (Deccan). Ils sont

l'objet de légendes populaires qui rappellent nos légendes nationales; les uns attribuent leur érection à des nains ou à des géants, à des fées ou à des génies; les autres les rattachent aux Pandaves et aux Karumbers, races probablement aborigènes, qui jouent un grand rôle dans les récits indiens. La plaine de Jellabad, celle de Nagpore, la vallée de Caboul sont littéralement couvertes de ces monuments. Dans la présidence de Madras, ils ne sont pas moins nombreux; ce sont tantôt des chambres souterraines formées de grandes dalles brutes, tantôt des dolmens apparents entourés d’un ou de plusieurs cercles de pierres debout (fig 65). En remontant les vallées de l’Hindoo- Kosch, le major Biddulph ne pouvait cacher son étonnement en voyant partout des mégalithes semblables à ceux de sa patrie et, comme eux, l’œuvre d’une race inconnue‘!

Nous avons rapidement parcouru la série des monuments mégalithiques. Presque loujours, ils sont des tombeaux destinés soit à renfermer, soit seulement à honorer les morts. Il est facile d'ajouter de nouveaux faits à ceux que nous avons déjà donnés; soixante-deux squelettes reposaient dans la chambre sépulcrale de Monastier (Lozère); le dolmen du Mas de l’'Aveugle (Gard) recouvre une cavité circulaire, où quinze cadavres avaient été déposés ; celui de La Mouline (Charente) abritait aussi de nombreux squelettes tous accroupis; au-dessus d'eux, on avait déposé deux vases grossiers, pieuse offrande à ces morts inconnus. Le cimetière préhistorique de Maupas renferme plusieurs cryptes de forme irrégulière, construites en blocage et surmontées d’une grosse pierre rendue fruste par le temps; là aussi les morts étaient repliés sur eux-mêmes et le mobilier funéraire permet de les faire remonter aux temps néolithiques. Les dolmens du Port-Blanc (Morbihan) montrent deux couches superposées de morts étendus horizontalement et séparés par une assise de pierres plates. Sous les menhirs du Finistère, les cendres, les pierres calcinées par le feu témoignent éloquemment

1, Tribes of the Hindoo Kosch. Calcutta, 1881.

de l’incinération des cadavres. « Chaque fois qu’un dolmen non violé a été ouvert en Bretagne, dit le docteur Fouquet, on a toujours recueilli des cendres ou des ossements ; comment ne pas admettre que tous les dolmens sont des sépultures ? » Cest là en effet une conclusion qui s'impose. Les noms consacrés par la tradition populaire seraient au besoin une preuve nouvelle. Un dolmen à Locmariaker s'appelle /e tombeau du vieillard, une allée couverte à saint-Gildas /e champ du tombeau ; plus loin, un chemin qui conduit à un mégalithe en ruines /e chemin du tombeau. L'abbé Hamard cite auprès de Dol un remarquable monolithe connu comme la pierre du champ dolent, et le dolmen du champ dolent se retrouve auprès de Reims. Un groupe de monuments près de Tréhontereuc porte le nom de 7ardin des tombes, et les pierres levées de l’Auvergne celui si caractéristique de plourouses. |

Arrêtons-nous devant les mégalithes de l’Allemagne ou de la Pologne, visitons les mounds de l’Ohio ou du Kentucky, du Missouri ou de l’Arkansas. Partout, les fouilles apportent d'éclatants témoignages de leur destination; partout, nous sommes amenés à la même conviction.

L'archéologue était en droit d'espérer que ces tombes dispersées dans le monde entier lui fourniraient d’utiles enseignements, lui permettraient des conclusions incontestées. Malheureusement 1l n’en est rien. Souvent tout vestige de sépulture a disparu sous des remaniements répétés; plus souvent encore, l'asile de la mort a été violé dans l’attente de trésors imaginaires ; d’autres fois, les premiers occupants ont dû céder la place à de nouveaux morts, expulsés à leur tour bientôt après. La victoire et la défaite se font sentir jusque par de là ia tombe.

L'architecture mégalithique de nos ancêtres, dit M. Fergusson’, est une chose à part, une forme particulière qui caracté- rise soit une race ou un groupe spécial de races dans l'humanité,

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