Rev. d'Anth., 1880, p
Le camp de Chassey (Saône-et-Loire) peut se comparer à ceux de la Belgique *. Il est situé sur un plateau d’une longueur de 144 mètres et d’une largeur qui varie entre 110 et 205 mètres. Une barre de rochers gigantesques s'élève au sud et à l’est ; au nord-est et au sud-ouest, nous trouvons deux retranchements importants construits en gros blocs de pierre avec revêtement en terre. Ces retranchements ont l’un une hauteur de 14 mètres, l’autre de 9 mètres seulement. Il n’existe à l’intérieur aucune trace de sources, et de tout temps les habitants ont dû se procurer par des moyens arüficiels l’eau qui leur était nécessaire. Les citernes que l’on voit aujourd’hui paraissent avoir été creusées avec des outils en fer et sont certainement postérieures à la première occupation du plateau. De nombreux objets recueillis au camp de Chassey appartiennent aux temps néolithiques, mais les peuples qui se sont succédé depuis cette époque primitive, les hommes de l’âge de bronze ou de l’âge de fer, les Gaulois, les Romains, les Mérovingiens ont tellement bouleversé le sol, que les produits d'industries complètement étrangères les unes aux autres se montrent partout dans une inextricable confusion.
Plusieurs foyers existaient autour du camp; c’est auprès de l’un d'eux, qu'a été trouvée la cuillère que nous avons reproduite (fig. 25). Avec elle, on a recueilli des haches polies en fibrolite, en basalte, en chloromélanite, en serpentine, en diorite; elles étaient fabriquées sur Les lieux; les nombreux déchets, les pièces ébauchées, la découverte de plus de trente polissoirs, dont plusieurs attestaient par leur usure le long service, le prouvent sans réplique. Des instruments en os de toute sorte, des phalanges de bœuf percées pour servir de sifflets, se rencontrent aussi fréquemment. Si ces objets ne permettent pas toujours des conclusions indiscutables, il n’en est pas moins
1. Arcelin, L'âge de pierre et la classification préhistorique, Paris, 1873. — Flouest, Notice sur le camp de Chassey. — Perrault, Un foyer de l’âge de la pierre polie au camp de Chassey (Mat., 1870). — Coynart, Fouilles au camp de Chassey (Rev. arch., 1866 et 1867).
curieux de reconstituer peu à peu la vie des plus anciens habitants de la France. | Le camp de Catenoy, près de Liancourt (Oise), offre des dispositions à peu près semblables ‘. Le camp de César, tel est le nom quil porte dans le pays, a la forme d’un triangle long dont le sommet repose sur la pointe est du plateau. Les fouilles ont donné nombre d'objets gallo-romains, des haches polies tantôt brisées, tantôt entières, puis, sauf de légères différences, les armes et les outils en pierre ou en os que nous avons mentionnés si souvent. On a aussi recueilli toute une série de tessons de poterie; cette poterie faite à la main, mélangée de coquilles concassées, porte rarement des essais d’ornementation, plus rarement encore des anses. Les poteries, les armes, les outils ne ressemblent en rien à ceux que nous connaissons des Romains ou des Gaulois. Il est impossible, en étudiant les débris amoncelés à Catenoy, de ne pas croire que le camp avait été occupé à des époques antérieures à leur venue et que là aussi les conquérants avaient succédé à des vaincus inconnus. M. de Quatrefages voit avec raison à Cambo (Basses-P yrénées) un ensemble de travaux couvrant la rive gauche de la Nive jusqu’à Itsassou et dont le Pas-de-Roland marque la limite extrême. Un examen même superficiel permet de reconnaître que ces travaux existent seulement du côté où l'accès est facile; l’autre côté à pic sur la rivière et naturellement inaccessible en est totalement dépourvu. Nous retrouvons ici aussi Le nom de Camp de César; le souvenir du grand capitaine plane sur la Gaule entière. Mais M. de Quatrefages estime que les travaux ne sont ni romains, ni gaulois, n1 celtiques, et il arrive par élimination à Les attribuer aux prédécesseurs des Aryas, aux Ibères, qui ont marqué d'une si profonde empreinte tous les pays qu'ils ont successivement occupés. Nous n'oserions affirmer la complète exactitude de cette hypothèse; mais aucune des conclusions de l’éminent professeur du Muséum ne peut être omise par ceux