Hist. Francorum, lib. I, ch. xxxur
2. De Rosemont, Étude sur les antiquités antérieures aux Romains. — Desjardins, Les camps retranchés des environs de Nice. — Rivière, Ass. française, Reims, 1880, p. 628.
défendait Les approches des habitations. Le rempart de Castione (Parmesan) qui remonte à l’âge de bronze était même consolidé à l’intérieur par de grands caissons en charpente ‘. En Suisse, des travaux récemment entrepris pour détourner le cours de l’Aar à sa sortie du lac de Bienne ont amené la découverte d'un village de l’âge de pierre avec les ponts qui y conduisaient et les fortins destinés à Le protéger *. Comme ses voisines, cette station a donné en abondance des flèches, des haches, des grat-
Fig. 84. — Cuillère et bouton préhistoriques trouvés dans une station lacustre à Soutz (Suisse).
toirs, des harpons. Nous reproduisons une curieuse cuillère et une rondelle qui paraît être un bouton (fig. 84); elles montrent les progrès accomplis.
La Grande-Bretagne est sillonnée par des lignes de fortifications d’une origine inconnue, mais certainement d’une antiquité reculée. On cite le Dane’s Dyke, le Wandyke, le Devil’s Dyke à Newmarket, la digue d'Offat qui s'étend de Bristol à la rivière Dee, séparant ainsi l'Angleterre du pays de Galles. D’anciens camps, d'anciens retranchements couronnent, nous apprend sir J. Lubbock, la plupart des collines de l’Angleterre. Le général Pitt Rivers a exploré nombre de ces camps dans Le comté de Sussex. Plusieurs occupent des superficies considérables, tous renferment de nombreux silex travaillés et d’autres débris de l'industrie préhistorique. Ces débris se rencontrent en grande
1. Pigorini, Terramara dell'eta del bronzo situata in Castione de’ Marchesi, 2. Nature, 1887, 2e sem., p. 62.
abondance au pied même des retranchements, ce qui permet de croire qu'ils datent bien de la même époque.
Le plus célèbre de ces camps est celui de Cissbury, à trois milles au nord de Worthing'. Des découvertes récentes ont ajouté à l'intérêt de cette station, il est donc utile de la décrire avec quelques détails ?.
Le camp de Cissbury est situé sur un plateau assez élevé de forme irrégulière; son emplacement a été choisi avec une grande intelligence des nécessités de la défense. Les remparts en terre avec le fossé qui les protège couvrent une superficie de soixante acres; leur importance varie selon le relief du terrain ; ainsi l’épaisseur est notablement plus grande du côté de l’est, où l'attaque était la plus dangereuse; quatre portes donnaient accès à l’intérieur, et à côté de chacune de ces portes, des ruines de forme rectangulaire devaient aider à la défense. Mais les archéologues estiment que ces réduits, dont la construction est cependant absolument semblable à celle des fortifications, sont d’une époque plus récente ; on y a rencontré en effet des tuiles romaines, ce qui, à vrai dire, ne prouverait rien, car le seul point sur lequel tout le‘monde est d'accord, c’est l'occupation de Cissbury par les Romains, après que l’Angleterre eût été soumise à leur domination; et la seule question est de savoir si les murs dont les ruines subsistent datent de cette époque ou remontent à des temps antérieurs à l'invasion. Nous penchons vers cette dernière solution; l’enceinte ne présente aucun des caractères si connus de la castramétation romaine; l’eau potable manque absolument; c’est là un indice important, car le premier soin des généraux romains était d'établir leurs camps auprès de sources abondantes. Sur le versant occidental, de chaque côté du rempart, setrouvent cinquante dépressions en forme d’entonnoir, dont quelques-unes atteignent un diamètre de soixante-dix pieds et
1. Le camp de Hod-Hill, dans le comté de Dorset, présente une grande analogie avec celui de Cissbury.
2. Mém. lus à la Soc. royale des Antiquaires de Londres (Archæologia, t. XLIT, p. 21-16). — Lane Fox, British Ass. Bristol, 1875. — Evans, Les âges de la pierre, trad. Barbier, p. 79.
une profondeur de douze pieds. Ces excavations ont pu servir d’abri et Les plus grandes ont été utilisées comme habitation, tout au moins provisoire. Les pierres calcinées du foyer, les débris de charbon que l’on y rencontre ne laissent aucun doute à cet égard. Nous savons d’ailleurs par Tacite ‘ que les Germains habitaient de semblables demeures. Mais quelle qu'ait été leur destination ultérieure, ces excavations avaicnt tout d’abord été creusées pour rechercher les silex abondants dans la craie marneuse qui forme la colline; des fouilles récentes ont montré qu'il existait des galeries établissant une communication entre elles. Quand plus tard les puits devinrent des habitations humaines, quelques-unes des ouvertures intérieures, furent bouchées avec des morceaux de craie, soigneusement entassés pour mieux assurer la sécurité de l'habitant.
Trente de ces puits ont été successivement fouillés; au milieu des décombres de toute sorte qui les remplissaient, on a trouvé des celts taillés à grands éclats et sans trace de polissage, des armes ou des outils se rapprochant du type moustérien. Le nombre des instruments à l’état débauche, celui plus considérable encore des déchets indiquent un centre de fabrication. Beaucoup de ces outils étaient tirés du bois des cervidés; parmi eux, il faut signaler des pics, par une coïncidence curieuse, absolument semblables à ceux trouvés en Belgique ou dans le midi de la France. On retirait aussi des fragments de poterie qui ne rappellent en rien la poterie romaine, des ossements décheval, de chèvre, de sanglier, de bœuf, tous représentés dans la faune actuelle de l'Angleterre, des coquilles d’huîtres et d’autres mollusques marins, des coquilles terrestres appartenant à des espèces existantes. Parmi ces objets, il ne s’est rencontré aucun métal; les silex ni les ossements n'offraient les traces caractéristiques de la rouille. Ne devons-nous pas en conclure que ces puits ont été creusés antérieurement à l’usage des métaux, bien antérieurement par conséquent aux temps historiques ?
1. « Solent et subterraneos specus aperire, eosque multo insuper fimo onerant, suffugium hiemi et receptaculum frugibus. » De moribus Germanorum C. XVI.
Non seulement les parois des galeries souterraines de Cissbury portent des cupules, des stries, des lignes courbes ou brisées, rappelant par leur disposition celle des anciens mégalithes de l'Écosse ou de l'Irlande; mais M. Park Harrison a relevé de véritables runes, dont on a pu voir la reproduction à l'Exposition de Paris en 1878. Ce dernier fait serait d'autant plus curieux, que M. Sayce a découvert, dans un couloir donnant accès à une grotte auprès de Syracuse, des caractères à peu près semblables, auxquels il attribue une origine protophénicienne. Ajoutons qu'un des caractères reconnus à Cissbury, peu différent de notre lettre d, ou mieux encore du chiffre 6, se rencontre aussi dans les plus anciens alphabets palmyréniens, coptes, ou syriens. Si ce fait était complètement établi, si surtout il était corroboré par d’autres faits analogues, nous aurions un renseignement précieux sur les rapports de l'Angleterre avec les plus anciens navigateurs connus.
L'Allemagne renferme aussi d’antiques fortifications ; les plus remarquables sont les Heidenmauer de Sainte-Odile et le Ring auprès de Hermeskiel, entre la Moselle et le Rhin. De grosses pierres amoncelées sans ciment d'aucune sorte forment une triple enceinte; maïs rien ne permet de faire remonter ni les unes, ni les autres de tes enceintes aux temps préhistoriques. La même conclusion s'applique aux retranchements dont la Société d'Anthropologie de Berlin signale l'existence dans Île grand-duché de Posen’. Plusieurs de ces retranchements, ceux de Potzrow et de Zahzow notamment, avaient été élevés sur pilotis. Dans toute la région qui s'étend de Thorn à la mer Baltique, on rencontre des tertres en forme de cônes tronqués dont la plateforme est entourée d'un remblai et dont le diamètre atteint jusqu’à 180 mètres ?. Auprès de plusieurs de ces tertres, 1l à été recueilli de nombreux ossements humains brisés et confondus dans le plus complet désordre, puis des armes, haches ou marteaux, se rapprochant des formes néolithiques. Tout rappelle les combats dont ces tertres ont été les témoins.
1. Zeitschrift für Anthropologie, 1874, p. 115 ; 1875, p. 1217. 2. Zaborowski, Monuments préhistoriques de la Basse Vistule.
Les mêmes souvenirs d'un passé encore bien obscur se retrouvent dans le midi de l’Europe. M. Cartailhac a fait connaître les citanias, ces étranges villes fortifiées du Portugal. Sur le plateau de Mouinho-da-Moura, au sud-ouest de Lisbonne, il a été trouvé un nombre considérable de haches en pierre polie associées à des mollusques marins, à des ossements de mammifères appartenant aux espèces actuelles”. Cette station était défendue par des retranchements assez considérables, qu'il a été possible d'étudier sur presque toute leur longueur. Il existe sur le même point un certain nombre de grottes en partie éboulées. Une d'elles formait un véritable entonnoir. Le déblai amené au jour était composé de terres et de menues pierres ; il renfermait aussi des ossements humains et des ossements d'animaux, des cendres et quatre vases d’une facture grossière. Il est difficile de conjecturer l’usage de cette grotte ; l'extrème désordre des ossements exclut toute idée de sépulture.
La station préhistorique de la Muela de Chert dans le Maeztrago rappelle celles du Portugal. Elle est située sur une petite éminence, défendue au nord et à l’est par l’escarpement naturel du plateau, sur les autres côtés par un mur assez élevé, construit en pierres sèches. Des fondations de forme ovale, sur lesquelles s’élevaient sans doute Les demeures des habitants, se distimguent au milieu de l'enceinte. Nous ne pouvons que répéter ici ce que nous avons déjà dit : il est difficile de fixer avec quelque exactitude l’époque où ces retranchements ont-été élevés. La découverte de haches polies en silex, de pointes de lance en diorite, celle d’ossements de ruminants ou de cervidés inconnus en Espagne dans les temps historiques, permettent seulement de présumer leur grande antiquité. Deux jeunes ingénieurs belges? enfin viennent de reconnaître, entre Almeria et Carthagène, un nombre assez considérable de stations préhistoriques où l’on peut suivre les différents âges de la pierre, du
1. Ribeiro, Notice sur quelques monuments préhisloriques du Portugul. Lisbonne, 1878.
2. H. et L. Siret, Les premiers âges du métal dans le sud-est de l'Espagne.
cuivre et du bronze. Plusieurs de ces stations (fig. 85) sont de véritables camps fortifiés, défendus par de grands murs en pierre
Fig. 85. — Vue générale de la station de Fueute-Alamo.
cimentés avec une faible couche d'argile. L'incendie qui à détruit les habitations a conservé sous les cendres de nombreux
objets qui permettent de se rendre compte de la vie que menaient ces hommes ; ils étaient agriculteurs, car on a retrouvé jusqu’à des provisions de céréales carbonisées et agglutinées par le feu. Le silex, qui dans les premiers temps servait à tous les usages, à disparu dans les stations plus récentes ; il est remplacé par le cuivre fourni en abondance par les riches mines que recèlent les flancs des montagnes. Les fouilles ont mis au jour l'atelier du métallurgiste avec les moules, les vases transformés en creusets, les essais de fabrication, les scories, les armes enfin qui montraient dans leur fabrication un art véritable.
Bien qu'il soit impossible de leur assigner une date certaine, il faut, pour compléter cette partie de notre travail, dire quelques mots sur les ouvrages en terre qui se rencontrent en Roumanie. Un ancien ministre du royaume, M. Odobesco’, les classe en vallum, en tumul et en cetati de pamentu ou citadelles.
Les vallum comprennent des travaux importants. Un d'eux coupe la Valachie parallèlement au Danube et va se perdre dans la Russie méridionale. Un autre traverse le nord de la Moldavie et de la Bessarabie, en suivant une direction convergente au premier. Ces vallum, bien qu'ils soient connus dans le pays sous le nom de Fossés de Trajan, sont très certainement antérieurs à l'occupation romaine; des voies romaines en effet coupent les
retranchements et les fossés qui ont été nivelés ou comblés
pour leur livrer passage.
Les fouilles des grands tumuli ne sont pas encore assez com-
plètes pour hasarder une opinion. Les petits sont certainement
de l’époque romaine. Les vases funéraires en pierre calcaire, qu'ils renferment, témoignent suffisamment de leur destination et du rite en usage.
Les cetati de pamentu sont de véritables fortifications en terre échelonnées à d'assez faibles distances, sur tous les points dominant les rivières torrentielles de la Roumanie. Ces retranchements, généralement de forme ronde ou ovale, sont défendus par