‹ Mœurs et portraits du tempsChapitre 22 sur 111 · LE CRÉDIT FONCIER, UN AMI VÉRITABLE · texte numérisé non relu

LE CRÉDIT FONCIER, UN AMI VÉRITABLE

l'ami, tenant la porte enirebâillée.

Peut-on entrer? Ne vous dérange-t-on pas?

LE CRÉDIT FONCIER, se retoumafit au bruit, Voas ? allons donc ! Est-ce que vous nous dérangez jamais ! ( // se lève et va lui serrer la main, ) Un

ami comme vous I

l'ami.

C'est que vous êtes si lancé à présent !

Lancé on non, vous serez toujours le bienvenu. Asseyez-vous là. (Ils s'installent.) Eh bionique m'apprendrez-vous aujourd'hui ?

l'ami.

Moi, vous apprendre quelque chose? à vous?

Vous voulez rire?

LE CREDIT FONCIER

Et pourquoi pas? Ne serait-ce que les propos dés médisants? Tout le monde les recueille avant nous; et pourtant j*ai un grand intérêt à les savoir : mon conseil est si austère ! ( Lui caressant le genou avec la main.) Voyons, mon ami, que dit-on de nous ? soyez franc !

l'ami.

Eh I eh !

le CREDIT FONCIER.

Comment, eh! eh I J'ai donc touché juste; on nous censure, n'est-ce pas ?

l'ami.

Qui ne censure-t^on pas ? c'est lé lot commun.

LE CRÉDIT FONCIER

Mais encore sur quoi? à quel propos? pour quels faits ? Va-t-on jusqu'à contester notre succès?

l'ami.

Succès de bourse, non I On trouve même qu'il va trop haut, et que vous devriez y mettre ordre.

Trop de succès? le reproche est original! J'en

H LlCâ BEVX CRÉDITS.

ferai part à mon conseil ; son austérité en sera désarmée. Ah[ trop de succès! vraiment?

l'ami.

Oui , et Ton insiste. Comment , dit-t^on , eux aussi ? eut du Crédit Foncier? qui l'eût cru de gens si graves? ne pouvaient-ils pas laisser de semblables moyens aux sociétés en Tair, sans objet comme sans racines? Pourquoi y recourir? pourquoi s'y prêter? Il y avait là un but sérieux et qu'il fallait poursuivre sérieusement; une expérience chanceuse, peut'étre, mais curieuse assurément. Étaitce le cas d'y mêler des questions de jeu, de primes, d'écarts, de reports, enfin tout l'attirail des spéculations purement aléatoires? N'eùt-ll pas été plus sage d'en faire une opération décente, modeste, ennemie de tout bruit prétnaturé , attendant son jour et ne voulant être jugée que sur preuves! Voilà les propos que l'on tient.

LE CRÉDIT FONCIER

Propos d'envieux ! Est-ce notre faute siVopinion nous porte ?

l'ami.

L'opinion? quelle opinion? celle de la Bourse?

DEUXIÈME TÀBLISir. 95

On prétend que vous la faites et il est naturel qu'elle soit à vous. Ou se formerait-elle d'ailleurs, s! ce n'est sous vos yeux et par vos soins? Nulle autre part on ri*en trouverait les éléments. A peine ètes-vous organisés à Paris et tout est à créer pour la province. Point d'exercice complet, point de compte annuel, rien qui puisse fixer Tesprit sur la valeur réelle de vos titres et les chances de vos opérations. Savez-vous ' seulement comment se comportera votre énorme machine? Savez-vous eombien d'annuités seront régulièrement acquittées, combien vous reviendront à remboursement, et jusqu'à quel point Texpropriation, cette compagne de rhypothèque, grèvera votre gestion d'embarras iinprévus el d'inévitables ennuis? Sur tout cela, vous n'avez guère que des présomptions* Et au milieu de résultats si incertains, quand l'entre* prise est encore à l'état d'ébauche , les actions s'élèvent a près du double de leur prix nominal. Je vous le répète, c'est afler trop vite.

lE GHÉDIT FONCIER.

Qu'est-ce que cela prouve? qu'on augure bien de Tafiaire, qu'on y entrevoit de grands profitai*

l'aui.

Ne parlez pas si haut; voilà un mot compromettant.

LE. CREDIT FONCIER

Qael mot ?

l'ahi.

Celui de profit ; il serait aisé de le retourner contre vous.

Bah ! c'est pourtant un mot qui sonne bien à l'oreille.

l'ami.

Écoutez : vous n'êtes pas , à tout prendre , une société comme une autre, ne relevant que d'ellemême et maltresse de ses mouvements. Vous avez été comblés de faveurs et ces faveurs sont autant de chaînes. (La physionomie du Crédit Foncier se rembrunit de nouveau. ) Vous avez obtenu un privilège à peu près général et le droit d'hypothéquer d'une certaine façon les neuf dixièmes de la. France. Vous avez en outre obtenu des subsides en argent, les dix millions que vous savez.

LE CRÉDIT FONCIER

[Avec mélancolie.) A qui le dite»-vous?

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