‹ Mœurs et portraits du tempsChapitre 4 sur 111 · LC TEMPLE DE LA RICHESSE · texte numérisé non relu

LC TEMPLE DE LA RICHESSE

de marchés à terme ou au comptant, de titres réels ou éventuels, de livraisons ou de promesses. Mots étranges, et la scène ne Test pas moins I Les offres et les demandes voltigent dans l'air^ se mêlent, se rencontrent, se heurtent. — Mille chemins? dit l'un. — Je prends! dit Tautre. — Deux cents comptoirs? — Cinq cents mines? — Trois cents canaux? — Huit cents zincs? — Deux mille docks? — Quinze cents palais? — Là-dessus, les enchères s'échauffent, les meneurs donnent, les compères suivent , il y a hausse sur toutes les valeurs et la patrie est encore une fois sauvée.

Tel est le spectacle ; jouîssez-en , ne l'approfondissez pas. £t d'abord, en regardant de près aux hommes qui échangent tes mille chemins, ces deux mille docks, ces quinze cents palais, il serait aisé de reconnaître que ces chemins sont dans les nues , ces docks fabuleux , ces palais ima-^ ginaires, et que vendeurs ni acheteurs ne sont en mesure ni de fournir les titres , ni de les recevoir. Ensuite il y aurait de la naïveté, si ce n*est de rindiscrélion à rechercher les motifs de ces mouvements qui éclatent comme la foudre, mettent

3$ LE TEMPLE DE hk RICHESSE.

les zincs au feu et les canaux hors de prix, comme si les canaux et les zincs avaient changé v dans les vingt-quatre heures , de nature et de propriétés. Que si pourtant on insiste , la réponse est prête :

— Pourquoi cette hausse? direz-vous.

*— Parce que.

— Mais encore?

— Vous êtes bien curieux.

Voilà tout ; à moins que, dans un jour de bonne humeur, les auteurs de ces surprises ne consentent à imaginer quelque conte bleu dont rient les initiés et qu'accueillent les esprits crédule^. £t encore est-ce là un excès d*attention, une faveur, une grâce : d'ordinaire les chefs de partie y apportent moins de façon; ils n'aiment à faire les choses qu'à leurs heures et à leur gré, si bien que l'un d'eux , consulté au sujet d'une valeur qu*il avait énrise et qui tournait au délaissement, prononça ces mots dignes de l'antiquité :

— Nous n'avons pas le temps d'aviser aujour-^ d'hui; j'y songerai plus tard.

Quand il daigna y songer, il y eut deux cents francs de hausse.

Page 1